‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 93 sur 136 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Sterling; en Allemagne» le marc; en Hollande, le florin; aux États-Unis, le dollar.

Parmi les pièces de monnaie, il en est qui ont cours légal pour tout payement sans limites : ce sont les monnaies-étalons.

Les autres pièces, d'un titre inférieur, n'ont cours légal que pour les petits payements: ce sont les monnaies divisionnaires ou d'appoint.

Pour les menus payements, il est émis de la monnaie de billon. Elle est ordinairement en bronze ou en nickel.

L'ensemble des lois et règlements concernant h monnaie constitue le système monétaire.

Autrefois les souverains : monarques, cités, évoques, seigneurs, se réservaient le droit de « battrj monnaie », parce que, l'émettant pour une valeur non:inale supérieure à la valeur du métal qu'elle contenait, la différence entre les deux valeurs, appelée seignenriagCy était pour eux un bénéfice, et ainsi une souvv c tic revenu.

Les souverains ont, à différentes reprises, abusé de ce droit de battre monnaie, pour en diminuer la valeur, soit en diminuant la quantité de métal fm contenu dans les espèces, soit en leur attribuant une plus grande valeur légale. Si, avec l'argent d'une pièce d'une livre, on frappe deux pièces d'une livre, en y ajoutant de l'alliage, ou si l'on déclare qu'une pièce d'une livre sera dorénavant reçue pour deux livres, tous les payements seront réduits de moitié. C'est la façon dont les États faisaient banqueroute autrefois.

Philippe le Bel était appelé le faux-monnayeur, parce qu'il avait fait grand usage de ce moven de diminuer ses

214 ÉLÉME3ÎTS D'ÉCONOMIE POLITIQUE.

dettes. Aussi Dante {Parad., cant. XIX, t. 118-120) le place dans l'Enfer :

Li si vcdrù il duol che sopra Senna Induce, falseggiando la moneta, Quei che morrà di colpo di cotenna.

a Là, on verra la douleur que fit éprouver sur les bords de la Seine, en falsifiant la monnaie, celui qui mourra frappé par un pourceau. »

Plutarque rapporte que, pour soulager les débiteurs^ Solon décréta que la mine vaudrait à l'avenir cent drachmes, au lieu de soixante-treize, « de manière, ajoute notre auteur, que ceux qui devaient des sommes considérables, en donnant une valeur égale en apparence, quoique moindre en réalité, gagnaient beaucoup, sans rien faire perdre à leurs créanciers ». Plutarque énonce ici Terreur qui a présidé à toutes les émissions de monnaie «diminuée » et de papier-monnaie déprécié; nul ne semble perdre parce que tous les |)ayemenls se font aussi bien avec les pièces réduites en valeur qu'avec les anciennes. Seulement les prix montent à proportion que l'unité monétaire perd de sa valeur.

' En France, il est facile de mesurer la réduction de valeur de l'unité monétaire, qui est résultée des « diminutions » successives décrétées par les souverains. La livre, monnaie de Charlemagne, était un poids d'une livre en argent et valait environ 66 francs. A la fin du xvm* siècle, la livre ne valait plus que 99 centimes.

Quand on veut bien comprendre les passages des historiens où il est question de sommes de monnaie et de prix, il faut, premièrement, savoir quelle quantité d'or

Page 1