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76 SECT. 1. — l’entreprise PRIVEE ET LA REPARTITION

lei r travail, on doit reconnaître que cette influence se mî nileste d’une façon extrêmement variable d’un métier à i n autre, et d’une époque à une autre ; et il paraît un pe I exagéré d’affirmer que, d’une façon générale, la co icurrence soit plus vive parmi ceux qui offrent le trava l que parmi ceux qui le demandent (i). D’autre part, l’influence qu’exercerait, d’après Ricardo et Lassalle, uni hausse éventuelle des salaires sur le développement de la population ouvrière suppose e;Ure les conditions de la vie économique et l’état démographique une relation beaucoup trop simpliste pour pouvoir être acceptée sar s réserves (2). Il en est de même de l’idée professée pai MalfhiiSy et admise par Ricardo^ que la population s’aicroît plus vite que les moyens de' production, et que la population ouvrière, plus spécialement, augmenterait pks vite que le capital permettant de l’employer. Cette conception a sans doute été suggérée à ces auteurs par de; faits contemporains; mais elle ne semble pas avoir été confirmée dans la suite f3). Aussi, l’idée que le prix des services du travail doive, comme on l’admet assez couramment pour les autres prix de concurrence, tendre noi rnalement à descendre aux environs d'un minimum

(]) Voir cependant plus loin, p. 84 et en sens contraire p.93 (: ) Sans doute, la hausse des salaires peut, en sauvant des existences, être un facteur d'accroissement pour la population ouvrière. Mais on observe généralement que la natalité diminue avec le bien-être; et, par conséquent, il se peut fort bien que la hausse des salaires, au lieu de favoriser 1 accroissement de la population ouvrière, favorise au (ontraire, sa restriction.

(; ) Il semble bien, au contraire, que la richesse croisse plus vite que la population. Cependant, il ne faudrait pas se laisser impression 1er outre mesure par l’exemple de la France ; il est bien exact que partout la natalité baisse ; mais la mortalité bai se plus encore, de telle sorte qûe, sauf en France et dans quelques autres pays, jam; is l’accroissemeiit de la population n’a été aussi rapide qu aujourd’hui.

CHAP. V. — LE REVENU DU SALARlé : LE SALAIRE 77

déterminé par le coût de production a-t-elle été assez vite abandonnée par les auteurs qui n’étaient pas systématiquement enclins aux interprétations pessimistes.

De plus, on n a pas tardé à observer que la notion de coût de production, appliquée au prix du travail salarié, ne saurait avoir la meme précision qu’en ce qui concerne les autres prix ; en effet, le coût d’entretien et de reproduction des travailleurs salariés n’est pas déterminé par des nécessités strictement physiologiques : les besoins du salarie, comme ceux de tout homme, sont assez élastiques; ils se développent avec la possibilité d’y satisfaire . et 1 on pourrait dire que, si le salaire dépend d eux, ils dépendent aussi du salaire. En fait, ils sont aujourd hui plus grands qu autrefois, et si vraiment ils constituaient la limite du salaire, cette limite n’aurait rien, en tous cas, de la rigidité de l’airain.

D’ailleurs, le salaire varie assez notablement d’un métier à l’autre, dans un même lieu, pour des travailleurs dont les conditions d’existence semblent être à peu près les miemes. Et, si le salaire des ouvriers les plus mal payés devait être considéré comme répondant aux plus strictes^ nécessites de l’existence, à une époque et dans un milieu donnes, il n en saurait être de même pour les^ autres. La théorie classique a donc abandonné ce point d appui incertain, et son centre de gravité s’est déplacé vers l’offre et la demande.

2. Théorie du fonds des salaires. — C’est ce qu’a fait Stuart MilU en formulant sa théorie du fonds des salaires. Rejetant 1 influence d un coût de production bien mal denni (i), il n a conservé que Tautre élément de la théorie ricardienne, savoir que le salaire dépend du

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(i) P n admet pas que le haut prix des subsistances puisse relever le salaire, puisque celui-ci ne peut dépendre que du rapport entre le fonds des salaires et la population.

yS sECT. I. — l’entreprise privée et la répartition

rapport entre la population {ouvrière) et le capital {destiné à rertretenir) c'est-à-dire le fonds des salaires. D’ailleurs, sans exj trimer l’idée que le salaire tend normalement vers un nii limum correspondant au coût d’existence, il admet l’ensemble des propositions énoncées plus haut, d’après les(|uelles l’offre l’emporte sur la demande du travail, etle salî.ire tend à baisser. Mais, en faisant abstraction de ces cor ceptions tendancielles, dont les fondements viennent d’êi re discutés^ la théorie du fonds des salaires doit être examu ée comme une formule de l'idée que le salaire dépend du rap’yort entre V offre et la demande de travail.

Or, lorsque, à la suite de Ricardo, Stuart Mill oppose

population (ouvrière) au capital destiné à l’entretenir, qu’ 1 appelle fonds des salaires, il ne croit pas faire aufe chose que désigner sous leur forme concrète les deux éléments qui constituent, en fait, l’offre et la demande de travail. Et il ne pense apparemment pas faire 3lu: qu appliquer la « loi de l’offre et de la demande ï>, orsqu il dit ; « Les salaires (j’entends du moins leur taux mopen) (i), ne peuvent s’élever, sinon par un accroissement de la somme totale des fonds employés à louer les traviilleurs, ou par une diminution du nombre de ceux qui offrent leur travail : ils ne peuvent baisser que par une diminution des fonds consacrés à payer le travail,

ou par un accroissement du nombre des travailleurs à pa^er » (2).

A/! ais la forme absolue, et l’apparente évidence de

(1) L expression est general rate taux « général »; mais nous pense ns qu’il n’y a aucune incorrection ni infidélité à traduire par l’expiession plus moderne de taux moyen. Il est d’ailleurs évident que 1 1 théorie de Stuart Mill échappe à la critique souvent formulée contre elle d’être incompatible avec l’inégalité des salaires des divenes catégories d’ouvriers, car elle ne vise que le taux moyen.

(2) Stuart Mill, Principes, ch. xi, Les salaires, S i, in fine. Voir lussi le début du § 3.

CHAP. V. — LE revenu DU SALARIE I LE SALAIRE 79

cette affirmation donnent à penser que notre auteur a pris une vérité artihmétique pour une démonstration économique : en effet, si le fonds des salaires est le fonds effectivement « consacré » {devoted) au paiement des salaires, il constitue, en d’autres termes, la somme totale des salaires, et le taux moyen du salaire ne peut évidemment dépendre que du rapport entre ce total et le nombre des participants, entre le chiffre du dividende et celui du diviseur.

Or, la question qui se pose est alors de savoir si le montant des salaires versés était une somme déterminée d'avance : ce que Stuart Mill a négligé de démontrer, et ce que la plupart des auteurs postérieurs sont peu enclins à admettre. Sans doute, le montant du capital accumulé n’est pas sans influence sur le salaire : car du capital dépend la possibilité de développer la production et d’offrir de l’emploi aux travailleurs. Mais, outre que le mécanisme du crédit donne une grande élasticité à l’emploi du capital, les salaires ne sont pas prélevés seulement sur le capital accumulé, mais sur le revenu actuel des entreprises ; et la part qui revient aux salariés n’est pas prédéterminée : elle résulte d'un partage toujours changeant entre le chef d’entreprise, les capitalistes prêteurs et les salariés.

Ainsi, la théorie du fonds des salaires n’apporte qu’une précision assez illusoire à la notion de l’offre et de la demande appliquée aux salaires. Elle ne visait d’ailleurs qu’à déterminer le taux moyen des salaires, alors qu’il est important de rechercher aussi comment les divers taux de salaires correspondent à diverses catégories de travail.

3. Théories de la productivité. — Un certain nombre d’auteurs contemporains, poursuivant l’application au problème du salaire de la théorie générale de la valeur, ont été amenés à appliquer au prix du travail la théorie de

8o SECT. I. l’entreprise privée et la répartition

r.Uihté finale. Eu comme l’utilité du travail consiste d. sa participation à la production, la théorie de [ utilité a tout naturellement pris ici la forme d une tl eorie de h f-odiictiviîé.

En effet, l'utilité du travail est déterminée parcelle d( son produit et dès lors il semble que sa rémunéra-

tiondoitdependrede la valeur du produit lui-mème.

U.ia est d ai leurs évident pour celui qui vend directement au public, sur le marché, le produit de son propre travail, par exemple pour l’homme qui viendrait vendre e bois lamasse dans la forêt : sa rémunération résultera t nécessairement du prix de chaque fagot et du nembre de fagots vendus dans un temps donné. Sans doute, il s agit hi, à vrai dire, d’un entrepreneur. Mais ce que le patron paie à son salarié, n’est-ce pas aussi le produit de son travail, et dès lors la rémunération du

duh\h)7 dépendre de l’utilité de ce pro-

^a relation entre le taux du salaire et la productivité du travail salarie se trouverait, il est vrai, obscurcie par le lait que le produit du travail de l’ouvrier ne se laisse pas facilement isoler : s’il sort de ses mains un objet n , cet objet résulte non seulement du travail de l’ouvriir, mais de là matière première et de l’outillage qui lui sont fournis, et même souvent de la direction qui ui est donnée. Alors, comment discerner la part qui lui revient dans le travail de production, ou en d’autres termes, sa productivité propre ?

I.es partisans les plus modernes de cette théorie ont cependant cru trouver, dans une analyse détournée, le jrocede permettant d’établir cette sorte de comptabilité : lorsque, sans rien changer au capital, ni à la direction

ni la productivité est ainsi très habilement posé

R P rira r* sù. Distribution of ivcaUh {xrsid. franc,,

K. 1 card, Giard et Bnere), au début du chapitre iv.

CHAP. V. LE REVENU DU SALARIÉ : LE SALAIRE 8l

d une entreprise, on augmente ou on diminue le personnel, la différence de rendement est bien due au personnel ajouté ou retranché. Or, même en admettant que 1 ouvrier-limite, ou le groupe-limite d’ouvriers qui constitue le personnel ajouté ou retranché ait un rendement proportionnellement moindre ( i) que les ouvriers, ouïe groupe d’ouvriers employés les premiers, leur prôduc-

n en sera pas moins, en vertu de la théorie de 1 utilité limite ou finale, celle qui mesurera la productivité des ouvriers, ou des groupes d’ouvriers, de . même catégorie.

Ainsi, la productivité propre du travail pourrait être évaluée, et de cette évaluation dépendrait le taux moyen des salaires en général, et en particulier le taux des salaires de chaque catégorie de salariés. La productivité finale du travail dans chaque catégorie tendrait d’ailleurs à s uniformiser d’une entreprise à l’autre, chaque entrepreneur augmentant ou diminuant le nombre d’ouvriers par rapport à son capital, selon qu’il n’a pas

encore atteint ou qu’il a dépassé l’emploi utile de la main-d’œuvre.

Cette théorie a pour but de préciser la notion d’offre et de demande de travail, sans l’exclure ; car ses adeptes modernes n affirment pas que le travailleur reçoit, en tout état de cause, le prix de son produit, mais seulement qu il le recevrait si l’ouvrier pouvait <ï faire concourir entre eux les employeurs, pour obtenir ses services aussi activement qu’un employeur peut faire rivaliser entre eux les travailleurs pour la vente de leurs services » (2). Et cette réserve est fort importante.

(1) Hypothèse vraisemblable, en vertu de l’application de la loi uu rendement moins que proportionnel aux divers agents productirs, et au travail aussi bien qu’au sol ou au capital.

(2) J.-B. Clark, d'Eçonomtque, trad. franc., par W.

Ouahd et O. Leroy (Giard et Brière), p. 131. ^

y 2 SECT. I. — l’entreprise PRIVÉE ET LA RÉPARTITION

Maison reste un peu sceptique relativement à l’application pratique du procédé de comptabilité ingénieux c ui permet d’isoler ainsi la productivité du travail des silariés. Les auteurs qui citent des exemples les prennent c ans un monde agreste dont la simplicité a quelque chose c 'exceptionnel, et presque d’irréel, quand il s’agit d’explicuer un grand phénomène de la vie moderne. M. Clark affirme, il est vrai, que «les entrepreneurs ont sans cesse à mesurer l’effet d’une petite diminution ou d’un léger a:croissement de leurs forces de travail », et que, « ce frisant, ils mesurent la productivité finale du travail ». Mais cette assertion n’apparaît pas comme parfaitement tondée. Il arrive assurément à tout instant qu’un patron enbauche ou renvoie un salarié, ou un groupe de salariés ; mais il n’est pas aussi certain qu’il mesure exactement l’accroissement ou la diminution de productivité qui en résulte. Quant aux accroissements de personnel de quelque importance, ils sont très souvent accompignés d’une augmentation du capital, et d’un accroissement d’un effort de surveillance ou de direction, si bien q je la productivité du travail doit être englobée dans la p'oductivité de ces deux facteurs. Quoi qu’il en soit, la théorie de la productivité a le mérite de rappeler opportunément cette idée simple que la demande de travail n pose sur sa productivité, et que, par conséquent, la P *oductivité doit n’être pas sans relation avec le prix du travail.

L’application de cette idée, est d'ailleurs, souvent évidente, lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi certains salaires sont plus élevés que les autres. Elle peut être b( aucoup moins certaine lorsqu’il s’agit de mesurer la pioductivité du travail salarié par rapport aux autres éléments productifs. Mais nous verrons plus loin que l’observation, guide beaucoup plus sûr que l’imagination la plus ingénieuse, semble indiquer que la productivité

uicuiic UC lit pruuucuviie contient üonc, comme les précédentes, des suggestions incomplètes, mais utiles à retenir au moment d’étudier le mécanisme par lequel se détermine le salaire. Sans vouloir pratiquer un éclectisnie systématique, il apparaît, en effet, que toutes les théories déductives ont envisagé d’une façon plus ou moins prépondérante certains aspects de la réalité qui méritent d’être, les uns et les autres, retenus. Mais, tout en G efforçant, non sans logique, d’appliquer au salaire des notions empruntées à la théorie générale de la valeur, elles n’ont pas dégagé assez nettement les différences qui existent entre les conditions qui déterminent les prix des marchandises ou des services fournis par les entreprises et celles qui déterminent le prix des services du travail salarié. Pour tenir compte de ces différences, il convient tout d abord d’exposer avec quelques détails le mécanisme de l’offre et de la demande du travail.

— Le mécanisme de l’offre et de la demande collectives de travail : coalitions, grèves et lockouts ; syndicats ouvriers et patronaux ; contrat collectif.

Le taux du salaire ne dépend pas seulement des influences « quantitatives» qu’envisage la théorie classique; 1 action de 1 offre du travail notamment ne résulte pas seulement du nombre des ouvriers qui offrent leurs bras, mais de leur isolement ou de leur groupement, et finalement de l organisation des parties en présence.

En effet, le salaire est généralement, dans la société moderne, le résultat de contrats juridiquement libres. Mais la situation de fait des individus qui contractent

^4 SECT. i. — l’entreprise privée et la répartition

est assez inégale. Ainsi, \orsque le salaiié se trouve isolé aevant un employeur qui occupe un ^rand nombre de salariés^ --ce qui est un cas très fréquent dans l’industrie mocerne — il ne peut discuter avec lui, sur le pied d ega- 1 té, les conditions du contrat de travail. Le plus souvent, en effet, il importe assez peu au patron d’avoir un ouvrier de plus ou de moins; en tous cas, il peut habituellement attendre. Au contraire, l’ouvrier à k recherche de travail, souvent privé de ressources, tient généralement à trouver un emploi dans le plus b ef délai. Le patron est, d’ailleurs, peu enclin à accepter di;s discussions individuelles avec les salariés. Ces inégalités ont été déjà aperçues et nettement mises en lun ière par Adam Smith. Elles peuvent avoir pour effet q le le salaire obtenu par l’ouviier isolé soit inférieur à et lui que l’employeur pourrait consentir à lui fournir.

Cet état de choses se modifie lorsque les salariés se ccncertent, et que le patron qui emploie un grand nombre d’ouvriers les trouve groupés en face de lui, piêts à discuter, par l’intermédiaire de leurs représentants, les conditions du travail et principalement le taux du salaire, prêts aussi éventuellement à cesser simultanément le travail, et à arrêter la marche de l’établissement. Il peut se modifier encore lorsque, d’une part, les gioupements ouvriers englobent le personnel, non pas d’un seul établissement, mais de plusieurs établissements similaires ou voisins, et que, de leur côté, les patrons s' missent pour discuter collectivement leurs revendicati )ns.

Or, les groupements que forment les ouvriers d’une ptrt, les patrons de l’autre, peuvent être temporaires (cDaliticns' ou permanents (syndicats); et ils peuvent aloutir soit à la lutte par la cessation du travail (grève des ouvriers, lock-out patronal) soit à la conclusion d’accords réglant les conditions générales du tra-

I vail, et plus spécialement le tarif des salaires ^'contrats

j collectifs).

Au début du xix® siècle, l’ouvrier de la grande et I moyenne industrie était généralement isolé devant son

patron. Et l’infériorité de fait où il se trouvait était souvent consacrée par une inégalité juridique : les ouvriers n’avaient pas le droit de se concerter en vue de ^ la défense de leurs intérêts professionnels. Cette prohi-

.j bition fut levée en Angleterre dès 1824 (loi du 21 juin

I 1824), mais elle dura beaucoup plus longtemps ailleurs.

I En France, c’est seulement la loi du 25 mai 1864 qui

I fit disparaître du Code pénal le délit de coalition (i).

I; C’est sur cette disposition qu’est basé en France ce que

l’on appelle couramment le droit de grève.

,. cessation collective du travail par

I l’initiative des ouvriers, est, en effet, l’aboutissant ha- [ bituel de la coalition, groupement essentiellement lemj poraire, formé en vue de la lutte. La grève constitue une arme redoutable pour les patrons, auxquels l’arrêt du travail fait subir un préjudice pécuniaire (perte de profits, parfois même perte de capital, par la détérioration du matériel) ; elle est redoutable aussi aux ouvriers euxj mêmes, qui sacrifient leurs salaires pour une durée plus

I ou moins longue. Aussi arrive-t-il parfois que les

\ patrons prennent l’initiative de cesser le travail, en

; choisissant leur heure, afin de faire céder leurs ou-

•' vriers. C est ce que l’on appelle, d’une expression

anglaise, le lock-out [to lock-out, fermer la porte aux t ouvriers). Les cessations de travail collectives sont

(i) Sous l’empire du Code pénal primitif, la coalition ouvrière en France était réprimée bien plus sévèrement que la coalition patronale, laquelle ne constituait un délit que si elle était « injuste ou abusive ». La loi du 23 novembre 1849 supprima cette distinction et réprima également la coalition dans les deux cas. Voir A, ViLLEY, Le droit de coalition, th., Caen, 1903.

16 SECT. I. — l’entreprise privée et la répartition

d’ailleurs préjudiciables non seulement au parties en cause, mais aussi aux consommateurs, et nous verrons plus loin que des efforts ont été tentés dans la législation récente pour restreindre le nombre et la durée de ( es conflits aigus (i).

L’orgcpisation collective de l’offre et de la demande ( e travail comporte également la constitution de groupements permanents, d'associations professionnelles, entre îalariés d’une part, et chefs d’entreprise d’autre part; ces associations n ont pas seulement pour but d’organiser eventuellement la lutte entre ceux qui oflrent leur tra- \ail et ceux qui le demandent, mais d’élaborer des contentions collectives par la discussion paisible des condit ons du travail, et principalement du salaire.

Les associations professionnelles ouvrières se sont développées en Angleterre dès la fin du xviii® siècle ; mais elles n’ont été reconnues comme licites qu’après une longue période de répressions et de violences, par la loi déjà citée de 1824. Encore leur statut juridique n’a-t-il é;é fixé que par le Trade-Unions Actdt 1871. En France, e les se sont heurtées, après la dissolution des anciennes corporations (2), à la législation révolutionnaire, qui, e ;sentiellement individualiste, était nettement hostile au droit d’association ; la loi des 14-17 juin 1791, votée sur le rapport de Chapelier, interdit, en termes précis, toute association professionnelle. Il se forma cependant P iu à peu des associations patronales et ouvrières, ces durnières surtout à partir de 1860 ; mais c’est seulement

(1) Voir 2® section, ch. i, § 3.

(2) Sur lorigine des groupements professionnels, l’histoire des cc rporaiions, des trade-unions et des syndicats, consulter l’ou— vnge très complet de U. G. fEUhRU, Syndicats, Trade-Unions et Cl rporations . Sur les trade-unions en particulier, voir l’ouvrage cl; ssique de Sydney et Béatrice Webb, Histoire du trade-unioni me en Angleterre, trad. franç. par M. A. Métin.

vers la fin du xix* siècle, en 1884 (loi du 2i mars 1884), que leur libre constitution devint licite. Les associations professionnelles françaises portent le nom de syndicats, et ceux-ci peuvent se grouper en unions de la même profession. Souvent les syndicats ou unions existant dans une ville se groupent dans un même local, la bourse du travail. La reconnaissance légale des associations professionnelles a été encore plus tardive dans divers autres pays d’Europe, mais on peut dire que, presque partout, le mouvement d’organisation ouvrière dont elles sont la consécration s’est manifesté ou accentué dans la seconde moitié du xix* siècle (i).

Actuellement, les associations professionnelles ouvrières sont encore loin d’englober tous les salariés, même dans les pays où elles sont le plus développées ; et il s’en faut aussi de beaucoup que les patrons entrent tous dans des groupements professionnels. En Angleterre, pays où l’organisation syndicale a atteint son maximum d’expansion, la proportion des membres des tradeunions dans l’ensemble de la population ouvrière industrielle né paraît pas dépasser 50 0/0: en Allemagne, la proportion tomberait à 26, et en France à moins de 20 0/0 {2}. Si l’on tenait compte des ouvriers agricoles, domestiques et autres salariés, chez lesquels l’organisation syndicale est beaucoup moins avancée, la proportion serait encore bien moindre. Il faut ajouter d'ailleurs que, en France notamment, l’adhésion aux syndicats est souvent intermittente, et que l’effectif déclaré, qui sert de base à la statistique, n’est pas un effectif normal, beaucoup de salariés cessant de verser leur

(1) Ajoutons que, dans certains pays, les anciennes corporations ont été plus ou moins maintenues (Russie) ou rétablies (Autriche, Allemagne) dans de certaines limites. Voir notamment P. Pic! Li'gisl. indust., 3® édition, p. 371 et suivantes.

(2) Voir sur ce sujet Ch. Gide, Economie sociale, 4® éd., p. 99.

8 i SHCT. I. — l’entreprise privée et la répartition

cotisation en dehors des périodes critiques. Cependant, le» syndicats, en fait, ne négocient pas les conditions du trivail seulement au profit de leurs membres, mais pour l’ensemble des salariés travaillant avec eux. Ht, dans les piofessions où il existe des associations professionnelles, ouvrières ou patronales, elles tiennent une place très notable dans l’organisation du marché du travail.

Les syndicats ouvriers s’efforcent d’améliorer les conditions du travail et généralement de relever le taux du sa aire. Il leur arrive d’employer dans ce but l’arme violente de la grève ; étant des groupements permanents et ne n de simples coalitions temporaires, il leur est loisible d’étudier la situation du marché, et de choisir leur heure peur décider de la cessation collective du travail ; il se peut d’ailleurs que, à mesure que l’organisation syndica e se perfectionne, le recours à la grève devienne moins fréquent (i). Les syndicats se servent aussi d’i rmes moins brutales : il leur arrive, en effet, notamment en Amérique, de boycotter les produits de certains fabricants, en invitant les syndiqués à leur retirer leur clientèh, et inversement de recommander par une étiquette, ou label, les produits fabriqués conformément aux tarifs syndicaux (2). De leur côté, les syndicats patronaux dé(:ident, à l’occasion, des lock-outs, ou font venir des briseurs de grèves, c’est-à-dire des équipes d’ouvriers chargées de remplacer les grévistes (3).

Vlais la fonction normale des syndicats, institutions pei manentes, semble être principalement d’élaborer pacifiq aement, et de modifier selon les circonstances, des

(0 Voir Ch. Gide, op. cit., p. 117.

( î) Sur les tendances, les moyens d’action, la tactique des syndicats, voir A. Leroy, La coutume ouvrière, 2 vol.

( 1) Voir Expert-Besançon, Les institutions de défense patronale, th., Paris, 1911.

j CHAP. V. — LE REVENU DU SALARIÉ : LE SALAIRE 89

! conventions ou contrats collectifs, qui fixent les conditions I du travail (i). Ces contrats collectifs ne se confondent

f nullement avec le contrat de travail qui lie chaque ou-

^ vrier individuellement avec son patron ; ils ne visent en I aucune façon l’exécution d’un travail à faire ; ils consti- I tuent simplernent une « réglementation contractuelle »

I du travail, qui se substitue plus ou moins aux règlements I d'atelier, et dominent ainsi les contrats individuels. Ils I comprennent, d ailleurs, habituellement un tarif, qui I fixe les salaires des diverses catégories d’ouvriers inté- 1; ressées. Grâce à ces conventions collectives, le taux du i salaire peut être librement débattu, ce qui est le plus souvent impossible avec les seuls contrats individuels ;

^ et nous allons voir que cette liberté de discussion ne semble pas avoir ete sans infiuence sur le mouvement des salaires. D ailleurs, les contrats collectifs tendent parfois à exercer une infiuence directe sur l’offre du tra- \ail, soit, par exemple, en limitant le nombre des apprentis, soit en stipulant un mode de rémunération plus fovorable aux ouvriers, soit encore en stipulant que, à égalité d aptitude, la préférence sera accordée, dans l’em- ^ bauchage, aux ouvriers syndiqués (2).

I ^ Toute cette organisation collective du travail — coali- I tions et associations professionnelles, avec la tactique

à qui en resuite a incontestablement exercé une in-

fluence sur la détermination du salaire, et il est permis f ' d affirmer que, dans 1 ensemble, elle a amélioré la situa-

j? tion de ceux qui offrent leur travail, et favorisé la hausse

des salaires.

La grève d abord, qu’elle éclate sous l’impulsion de

(i) Voir B. Raynaud, Le contrat collectif de travail, th., Paris

est usuelle en Australie et en Nouvelle- /Uande. Voir B. Nogaro, L'arbitrage obligatoire, th., Paris, 1906.

^0 SECT. I. — l’entreprise PRIVEE ET LA RÉPARTITION

:oalitions momentanées ou d’associations permanentes, iboutit, en moyenne^ à la hausse du salaire.

En effet, des enquêtes menées par l'office du travail rançais il résulte que, en France, la proportion des iuccès dans la décade 1890-1899 a été la suivante :

24,10 o/jj intéressant 18,04 o/q des grévistes.

•oit au total, 6i o/o des grévistes, qui obtiennent une îatisfaction complète ou partielle.

Quant à la décade 1899-1908, elle présente des résultats encore plus favorables aux ouvriers :

22, r6 0/0 intéressant 11,56 0/^ des grévistes 38,28 » 63,21 »

Soit une proportion de 75 0/0 des grévistes obtenant un succès au moins partiel (r).

Les statistiques étrangères indiquent des résultats assez snalogues, et, dans la décade 1900-1909, la majorité des grèves paraît se terminer à l’avantage des ouvriers, sauf en Belgique (2).

Pour établir un bilan complet des grèves, il conviencrait toutefois de tenir compte des journées de travail perdues (3). Mais nous nous bornons ici à envisager leur i ifluence sur la détermination du salaire journalier.

(1) Il faut noter toutefois que toutes les grèves n’ont pas pour oajet le taux du salaire, et pour avoir une idée précise, il faudrait P )uvoir traiter séparément la proportion des échecs et des succès dms les grèves relatives au salaire.

(2) Voir Ch. Gide, Economie sociale, 4® édition, p. 123. — Voir a issi Ch. Picqüenard, Le bilan financier des grèves, Rev. d'êcon. püit., 1908, p. 356.

(3) Voir plus loin, § 9, Le chômage.

Succès . .

Transactions Echecs . .

Succès. , .

Transactions Echecs . ,

Quant aux associations professionnelles ouvrières, en dépit de la résistance qu’elles ont pu rencontrer de la part des groupements patronaux, le fait seul de leur constitution paraît également avoir contribué à la hausse des salaires, soit qu elles aient eu pour objet l organisation de la grève, — et alors leur action se confond avec 1 action de la grèvT elle-même, — soit qu’elles aient manifesté leur activité dans la discussion pacifique des conditions du travail. A vrai dire, l’idée d’une relation entre la constitution des syndicats ouvriers et la hausse des salaires ne paraît pas confirmée par certaines données statistiques globales. Ainsi, en France, les syndicats, d’abord peu nombreux, se sont considérablement multipliés après leur reconnaissance légale en 1884; or, la hausse des salaires qui, d’après la statistique française, avait été très forte entre 1871 et 1880, est devenue très lente entre cette époque et la fin du siècle ; et c’est seulement au début du xx® siècle que l’ascension est redevenue rapide. Cette constatation suggère l’idée que, si l on.^ considère le niveau moyen dessalaires dans un pays, il tient principalement à des causes plus profondes que la constitution d’associations professionnelles permanentes. Cependant, les ^témoignages ne manquent pas pour attester l’effet, parfois immédiat, de la création de syndicats ouvriers sur le taux des salaires (i) ; et il est

(i) S. et B. Webb, dans leur histoire du trade-unionisme, déclarent que, dans beaucoup de villages anglais, en 1872, la simple

tondation d’une succursale de syndicat suffisait à provoquer une hausse subite du salaire. D’autre part, le rapport final de Vlndustrial commission des Etats-Unis (cité par Cornélissen, op. cit., p. 517) cite l’exemple suivant : dans l’Illinois, les salaires (des mineurs de charbon) baissèrent dans les années précédant 1884. Ils baissèrent encore de 17 0/0 environ entre 1890 et 1896, mais, en 1897, lorsque se constitua, sur une vaste étendue, la première forte organisation des mineurs, leurs salaires haussèrent de 3o à 40 0/0, alors que la hausse avait été infiniment moindre dans les autres

Ainsi, les domestiques agricoles, qui louent leur travail à l’année, sont embauchés isolément, ou par petits groupes, dans des exploitations différentes. Cependant, il faut noter d’autre part que l’exploitant, propriétaire ou fermier, qui n’emploie lui-même qu’un seul salarié ou un très petit nombre de salariés, n’a pas dans la discussion des conditions du travailla supériorité du chef d’industrie qui en emploie un grand nombre ; il arrive même fréquemment aujourd’hui en France, avec la désertion des. campagnes et la décroissance de la natalité, que les besoins de main-d’œuvre soient plus pressants pour le chef d’entreprise que le besoin de trouver du travail pour le salarié. Aussi, en dépit de l’absence d’organisation collective de l’offre et de la demande de travail, létaux du salaire, résultat de discussions individuelles, s’établit dans des conditions assez favorables pour l'ouvrier.

D’ailleurs, une certaine catégorie de travailleurs agricoles, ceux notamment qui s’embauchent en grand nombre pour les récoltes, ont appris à se concerter; et l’urgence du travail à effectuer donne à leurs coalitions et à leurs menaces de grève une puissance singulière : c’est ainsi que les ouvriers agricoles, dans le Midi de la France, ont pu obtenir en peu de temps de fortes augmentations de salaire.

Dans l'industrie et le commerce J V état du marché du travail varie d'un métier à l'autre. Cependant, on peut distinguer d’une façon générale, les ouvxxtïs qualifiés, c’est-àdire ceux qui ont un métier bien déterminé, exigeant un apprentissage de longue durée, et les ouvriers non qualifiés, manœuvres et aides de toutes sortes, dont le travail n’exige, ni des connaissances techniques longues à acquérir, ni des dons naturels exceptionnels, et qui peuvent s’employer à peu près indifféremment dans un très grand nombre d’industries ou de commerces.

Ces derniers forment la grosse masse des salariés des

certain que les salaires les plus bas se rencontrent le plus souvent dans les métiers où les syndicats sont rares, pauvres ou inexistants (principalement chez les travailleurs et les travailleuses à domicile).

§ 6 — Les divers marchés du travail : salariés indus triels et agricoles; ouvriers qualifiés et non qualifiés salaires des femmes et des travailleurs à domicile « sweating system. »

Les services du travail salarie — meme en prenant l’expression de salarié dans l’acception restreinte qui a été définie plus haut — sont loin d’avoir la même homogénéité que ceux du capital prêté, et le marché du travail est loin de présenter l’unité de celui du capital ; aussi les salaires varient-ils selon la nature du travail journi, et selon l'organisation du marché relatif à chaque catégorie de travail.

Il y a, en effet, des marchés où l’oftre et la demande collectives sont organisés ainsi qu’il vient d’être exposé, d’autres, au contraire, où l’offre et la demande ne se manifestent guère que par des actes individuels (i). A cet égard, on peut distinguer tout d’abord les ouvriers agricoles et les ouvriers de l’industrie et du commerce. En effet, pendant longtemps, les ouvriers agricoles ont été plus rebelles à l’association que les ouvriers de l’industrie et du commerce ; leur dispersion constitue d’ailleurs, en bien des cas, un obstacle au groupement.

métiers. Et ce rapport conclut que le facteur le plus important pour le progrès des salariés est leur aptitude à établir et à maintenir une organisation.

(i)Sur tout ce sujet, consulter l’ouvrage de Christian Corné- LissF.N, Tke'orie du salaire et du travail salarié. — Voir aussi E. Levasseur, Salaires et salariat.

94 SECT. I. — l’entreprise privée et la répartition

villes, leur marché de travail est très étendu ; mais ils subissent à la fois la concurrence de tous les ouWiers qui n’ont pas de métier et de ceux qui ne trouvent pas d’emploi dans leur métier ; leur salaire varie peu, mais il est généralement inférieurà celui des ouvriers qualifiés, et il ne s’élève guère, comme nous allons le voir, audessus du coût de l’existence ouvrière.

Cependant, il existe des salariés dont le travail exige un apprentipage, etqui gagnent moins que les ouvriers non qualifiés ; il convient de noter tout d’abord que les scilüires JéfHîHws sont presque toujours inférieurs aux salaires des ouvriers mâles ; meme à travail égal, la femme, en vertu d une coutume constante, est moins rétribuée que l’homme. Quant aux travaux spécialement féminins, travaux de couture, lingerie, etc..., ils sont généralement aussi moins rétribués que le travad de l’ouvrier non qualifié, même lorsqu’ils exigent un long et difficile apprentissage. Ainsi, des ouvrières qui possèdent une habileté et parfois un sens artistique rares reçoivent souvent des salaires dérisoires. Encore faut-il ajouter que les salaries, surtout du sexe féminin — qui travaillent à domicile principalement dans l’industrie du vêtement) sont encore généralement moins payés,

à travail égal, que les salariés qui travaillent à l’atelier.

Cette condition des salaries du sexe féminin en o'énéral, et des travailleurs et travailleuses à domicile en* particulier, s’explique en grande partie par l’état inorganique de leur marché. D’une façon générale, les ouvrières > associent peu f i), et ne se concertent guère en vue de a grève ; cela est vrai aussi de tous les travailleurs, lommes et femmes, qui travaillent isolément dans leur

(i) En France, la proportion des syndiquées par rapport à l’enîenible des ouvrières, est à peine de 4 0/0.

domicile. A cela, il convient d’ajouter que les connaissances techniques de cette catégorie de salariés, quoique longues à acquérir, sont souvent très répandues ; ainsi, la compétence nécessaire aux travaux du vêtement est très répandue parmi les femmes, et il existe de ce fait une offre de travail virtuelle très large (ij. De plus, le travail leur est souvent apporté par des intermédiaires, ou sous-entrepreneurs, qui, pour obtenir la commande des grands magasins de vente, s’efforcent de réduire leur prix au minimum, et qui n’ont d’autre moyen d’abaisser leur propre prix de revient que de réduire le prix du travail. Enfin, il faut noter que les salaires des travailleurs à domicile sont assez souvent des salaires familiaux ; et, comme il s’agit, au total, d’assurer la subsistance de la famille, les salariés d’une même famille travaillant ensemble en arrivent à se contenter, pour eux tous, d’un salaire global à peine supérieur à celui d’un homme travaillant seul au dehors. Quant aux salaires féminins, ce ne sont, en principe, que des salaires d’appoint, destinés à fournir à la femme, à la jeune fille, le complément du salaire du chef de la famille (2). Si une veuve chargée d’enfants en est réduite à son travail, elle ne peut guère manquer, sous un tel régime, de recourir à l’assistance. Cependant, ces salaires tendent de plus en plus à être considérés comme anormaux. L’exploitation dont les travailleurs et travailleuses à domicile sont l’objet de la part de ceux qui les emploient, et surtout des sous-entrepreneurs, a été fiétrie sous le nom de siucating System (système de la

(1) Chr. Cornélissen, ob. cit.

(2) Parfois même, des femmes appartenant à la petite bourgeoisie vendent des travaux de broderie, par exemple, dans le seul but de pouvoir s'offrir un peu de superflu, et concurrencent ainsi des ouvrières qui ont besoin de leur travail pour vivre.

sueur) (1). Nous verrons plus loin que, dans certains pays, 1 Etat n a pas hésité devant une intervention directe pour relever ces salaires à un taux correspondant aux nécessités de l’existence (2).

mécanisme réel de loffre et de la demande de travail ; et l exposé que nous avons fait de ce mécanisme sur les principaux marchés du travail ne suffit p-as davantage à résoudre le problème de la détermination des salaires. Nous allons cependant compléter les notions qui précèdent en nous efforçant de coordonner quelques propositions générales.

Nous allons,' à cet effet, revenir à la théorie générale des prix, sous la forme simple et concrète qui suffit aux besoins de la pratique, et, dans une large mesure, à ceux de la théorie; puis nous nous efforcerons d’adapter cette théorie au salaire, en tenant compte des différences qui existent entre les marchés des marchandises et des services fournis par les entreprises et les marchés du travail salarié.

Dans le cas, le plus normal, de la concurrence générale des acheteurs et des vendeurs, le prix des marchandises se fixe, avons mous vu, selon le rapport existant entre 1 offre et la demande : lorsqu’une certaine quantité de marchandises, offerte par les vendeurs à un certain prix ne rencontre pas un nombre suffisant d’acheteurs disposés à payer ce prix, les vendeurs les plus exigeants se retirent, et les autres abaissent le prixd ’ofire; inversement, si les acheteurs ne trouvent pas une quantité suffisante de marchandises pour satisfaire à leurs besoins au prix actuellement offert, un certain nombre d’entre eux se retirent, et les autres consentent à payer plus cher. Nous avons vu en outre que le prix d’offre ne saurait être longtemps inférieur au coût de production, et que^, d’ailleurs, quand la concurrence joue pleinement, il ne s’élève pas beaucoup au-dessus ; de là on conclut aisément que, en règle générale, la valeur d’échange respective des diverses marchandises dépend de leur coût de production, les prix des marchandises les plus

Eléments positifs de la théorie des salaires

Ainsi, les salciircs sont lu Tét)innévcition de services diffé~ vents, dont le prix s étublit sur des mur chés différents \ ou peut les classer en div’erses catégories assez homogènes, mais on ne saurait les ramener à l’unité. Cette diversité ne constitue pas u priori un obstacle à une théorie générale du^ salaire, puisque aussi bien les marchandises et les services que vendent les entreprises répondent à des besoins fort divers et ont des marchés bien distincts, et que nous n’en avons pas moins exposé une théorie c^énérale des prix. Cependant, dans l’état actuel de la science économique, il ne semble pas qu’une théorie générale des salaires soit complètement élaborée ; les théories purement déductives que nous avons examinées plus laut contiennent des suggestions utiles, mais il s’en faut le beaucoup qu elles tiennent suffisamment compte du

(i) La situation des travailleurs et travailleuses à domicile a fait ’objet d’un grand nombre d’études et aussi d’enquêtes officielles, armi les ouvrages, on peut citer A. Afta^ion, Le développement de a fabrique et le travail à domicile dans les industries de T habillement. i.-E. Barrault, La réglementation du travail à domicile en Angleerre, th., Paris, 1906. E. Schwiedland, Ziele und lVe<re einer ieimarbeit^eset:(gehiing R. Gonnard, La femme dans l'industrie .H. BExVOIst, L’ouvrière à l’aiguille. — Parmi les enquêtes offilelles, on peut citer celles qui ont été publiées par l’office du ravpl en France : La petite industrie (2 vol., 1893-1896) ; Enquête ur le travail a domicile dans la lingerie (5 vol., 1907-1911) • Enquête

c« SECT. I. — L ENTREPRISE PRIVEE ET L\ REPARTITION

Quoique ces principes ne s’appliquent pas, dans toute leur rigueur, à tous les marchés des diverses entreprises, en peut admettre que, en général, les prix des marchandises et des services tournis par les entreprises sur un marché soumis à la concurrence résultent de la faculté q'i ont vendeurs et acheteurs de se retirer librement du marché lorsque le prix n’est pas à leur convenance.

Or, bien que les marchés du travail salarié comportent t ès généralement la concurrence, à la fois du côté de 1 offre et du côté de la demande, il convient d’observer que les salariée ne sont généralement pas libres de se retirer au marché. Nous avons déjà noté que celui qui cherche du travail est presque toujours très pressé d’en trouver, t indis que l’employeur n’a, le plus souvent, pas un besoin aussi urgent de main-d’œuvre. De là il résulte que, s IV la plupart des marchés du travail, le prix des services fournis par le salarié ne s’établit pas d’une façon aussi régulière que le prix des marchandises et des services fournis par les entreprises; l’action de l’offre et de la demande s’y fait sentir plus ou moins, mais pas d’une f.çon aussi normale.

Il convient d’ajouter, par contre, que la coalition de Ciux qui offrent., ou parfois de ceux qui demandent, le travail p’ut avoir des effets plus notables que la coalition des vendeurs

0 1, éventuellement des acheteurs, sur le marché des entreprises ; cette coalition, en effet, ne diminue pas seulement la concurrence que se font entre eux ceux qui ctîrent leurs services, ou ceux qui les demandent ; elle Cluse, de plus, à la partie adverse un préjudice pécuniaire

1 nmédiat ; ainsi les ouvriers, en cessant de travailler, font subir aux patrons des diminutions de revenu, et, parfois, même une perte de capitaux ; les patrons, d’autre part, en fermant leurs usines, peuvent jeter leur personnel dans la misère. Voilà pourquoi le mécanisme nllectif de l’offre et de la demande doit jouer un rôle

'fl

^out particulier dans la détermination du prix des services tournis par les travailleur» salariés aux chefs d’entreprise.

Enfin, la notion de coût de production, appliquée à ceux qui fournissent leur travail, — c’est-à-dire la notion du coût d'existence de la famille ouvrière — est loin d’avoir la rigueur qu’elle avait précédemment dans la théorie générale des prix ; elle se laisse assez mal définir d’une façon objective, et Userait bien difficile d’établir que les différences de salaire correspondent exactement à la différence dans le coût d’existence des salariés.

Cependant, ces réserves faites, nous allons voir qu’il n’est pas tout à fait impossible de se guider sur la théorie générale des prix pour ébaucher une esquisse de la théorie des salaires.

En premier lieu, la notion de coût de production, qui, nonobstant de subtiles et intéressantes analyses, reste pratiquement à la base de la théorie générale des prix de concurrence, ne paraît pas tout à fait inapplicable à la théorie des salaires. En effet, l’idée du coût d'existence de la famille ouvrière, sans correspondre à une notion très nettement définie ni stable, n’est cependant pas dépourvue de signification (i) ; et il semble bien quelle exerce une notable influence sur le salaire de la classe la plus étendue des salariés, celle des ouvriers non qualifiés. En effet, le salaire de ces ouvriers (actuellement, environ cinq francs par jour à Paris) semble s’expliquer par deux considérations : la première est que l’état du marché ne permet pas à ces salariés d’obtenir un salaire supérieur à celui qu’il leur faut pour satisfaire aux nécessités de l’existence ; la seconde est que ces nécessités de l’exis-

(i) Voir l’ouvrage de M. Halbwachs, Les niveaux de vie et l étude de M. Porte, Budgets de famille et consommations privées fEw.xA\x. dts Annales de\ Université de Grenoble,

CIIAP. V. — LE REVENU DU SALARIE I LE SALAIRE lOl

aurait plutôt entre les deux une influence réciproque. Les fluctuations de prix d’où résultent les variations dans le coût de l’existence se traduisent le plus souvent par quelques modifications dans la consommation, l’ouvrier augmentant le nombre ou la variété de ses achats, si les prix baissent, et portant au contraire son choix sur des succédanés moins onéreux en cas de hausse. Mais, une fois que, sous la poussée d'un effort collectif, une aiigfneniation de salaire est obtenue, la notion traditionnelle des nécessités de V existence s’élève au niveau du salaire acquis, et rend fort difficile un mouvement régressif du salaire.

Il ne semble d’ailleurs pas que l’on puisse établir une corrélation précise entre le coût exigé par la formation (éducation, apprentissage) d’un ouvrier qualifié et le salaire qu’il obtient (i). Mais, certain coût d’existence établi établi, certaines catégories de salariés obtiennent progressivement des salaires supérieurs à celui qui suffirait à le couvrir : sur certains marchés, cela peut résulter, par fois, du seul jeu de l’offre et de la demande individuelles (ainsi, comme nous l’avons vu plus haut, pour certains travailleurs agricoles, ou encore dans des industries nouvelles, où les spécialistes sont rares); les salariés jouissent alors d’une sorte de rente plus ou moins durable, due souvent non seulement à l’état du marché du travail, mais au marché des entreprises auxquelles ils collaborent. Mais la hausse progressive du salaire paraît résulter plus souvent de r organisation collective de ceux qui offrent leur travail.

lence, tout en échappant à une définition abstraite et générale, ne constituent pas moins pour eux une réalité assez précise. Leur salaire permet, en effet, tout jjste, avec l’appoint plus ou moins constant du salaire ( e la femme, et parfois des enfants, d’assurer l’existence c’une famille ouvrière moyenne, dans des conditions qui, certes, paraîtraient insuffisantes, dans la classe aisée, même aux familles les plus austères, mais qui répondent aux habitudes traditionnelles de la classe ouvrière. Lorsque la famille dépasse la moyenne, et que les enfants r e peuvent encore fournir un salaire d’appoint, le salaire ce cette catégorie d’ouvriers devient insuffisant, et il faut alors recourir à des travaux supplémentaires ou à l’assist ince. Par contre, les ouvriers célibataires ou le ménage c 'ouvriers sans enfants, ont une condition supérieure à Cîlle de leur milieu, et jouissent en quelque sorte de la « rente du célibataire » ou du ménage sans enfants.

Le fait signalé plus haut qu’il existe des salaires notablement inférieurs même à ceux des ouvriers non qualifiés n est pas de nature à infirmer ces considérations ; cir ces salaires inférieurs, salaires d’enfants, de vieillards, e:, le plus souvent, de femmes, ne sont en principe que d^s salaires d’appoint.

Cependant, les données de l’expérience ne permettent P is d’affirmer, même en ce qui concerne les ouvriers n an qualifiés, qu’il existe entre le coût de l’existence et le salaire une relation rigoureuse et constante (i) ; il y

M. L. Moore, Laws of vjages, pp. 26 et suiv. D’après les calculs de cet auteur, il existe un rapport assez net entre le salaire de l’ouvrier non qualifié et le standard oflije local, tel qu’il s’exprime dans le prix de pension de l’ouvrier isolé : à une différence de salaire d’un franc correspond une différence de 58 centimes dans le prix de pension (op. cit., p. 36).

(i) Voir cependant, sur cette idée, Marshall, Principes, trad. franç., tome ii, p. 364-365 et Halbwachs, op. cit., p. 213.

(1) Pour la relation entre le salaire et le coût de la vie dans le tenps, voir le graphique de la page 120. Il est vrai, qu’il se rapporte ai salaire en général et non au salaire des ouvriers non qualifiés. — Quant au rapport existant entre les différences de salaires et les di îérences dans le coût de la vie d’un lieu à un autre, on peut const lier la publication de l'Office du travail, Salaires et durée du travail dons l'industrie française, 1893-1897, vol. IV et l’ouvrage de

Nous avons constaté plus haut que les salariés obtiennent assez fréquemment, en se coalisant ou en s’associant, des augmentations de salaire. Mais, sous ce méca-

•ttsme, qui nous est connu, il nous reste à chercher désormais <niets sont les principes qui agissent.

Une étude monographique, à vrai dire propre à une l eule industrie, mais unique en son genre, et qui doit î.utant à la méthode de l’auteur qu’à la qualité des matériaux une valeur exceptionnelle, permet de rér une certaine mesure, ce nouveau problème. id. trançois Simiand, dans son étude sur le Salaire des cuvriers des mines de charbon en France, a tiré parti de la statistique (i) la plus précise, la plus étendue, et la plus complété qui existe en France et peut-être dansaucun pays etranger, sur un ensemble de phénomènes se rapportant au salaire, pendant une durée de cinquante ans.

Oracea d ingénieuses combinaisons des données brutes

fournies par les statistiques officielles et à des investigations historiques précises, il est parvenu à établir un cer-

tan ^nornbre de corrélations qui présentent un haut ir teret scientifique.

Les principaux éléments envisagés sont les suivants : 1° Prix de vente du produit (du charbon) ; 2° dépense tnyenne^ de main- d æuvre par unité produite (par tonne) •

3 salaire journalier moyen ; 4° quantité moyenne produite per journée d'ouvrier; 5° enfin, en multipliant ce dernier element par le prix de vente, on obtient la valeur moyenne produite par journée d'ouvrier.

Or, en considérant les courbes que présentent ces di .-ers cléments entre 1850 et 1900, on constate la succeision de quatre cycles ; et, au cours de chacun de ces cycles, les variations des courbes considérées sont concomitantes. Chaque cycle se divise, d’ailleurs,

( r) Statistique de l’industrie minérale.

ei deux phases, et l’on peut faire pour chacune d’elles les 0 3servations suivantes :

A la première phase, caractérisée tout d’abord par une hausse du prix de vente, correspond également une hausse du coût delà main-d^ ceuvre et une hausse moindre du salaire journalier, et enfin une baisse de la quantité produite par ouvrier. Quant à la valeur produite, elle monte néanmoins, grâce à la hausse du prix de vente.

A la seconde phase, caractérisée tout d’abord par une baisse du prix de vente, correspond aussi une baisse du cuit de la main d'œuvre; mais le salaire journalier se maintimt, ou baisse peu\ la quantité produite augmente, — et enfin {^valeur produite baisse, tn raison du prix de vente, n ais moins, grâce à l’accroissement de la quantité prod -lite.

En résumé, il y a dans la phase ascendante quatre éléments qui varient dans le même sens ^hausse) : le P 'ix de vente, le coût de la main-d’œuvre, le salaire jcurnalier, et enfin la valeur produite ; et un élément q ai varie en sens inverse : la quantité produite. Dans h phase descendante, il y a trois éléments qui varient dans le même sens (baisse) ; ce sont : le prix de vente, le coût de la main-d’œuvre, et la valeur produite : un élément à peu près stationnaire, le salaire journali ir ; et enfin un élément variant en sens inverse : la q lantité produite.

Ces variations concomitantes peuvent, avec l’aide des rf nseignements de fait recueillis par l’auteur, sfinterp] éter de la manière suivante :

La poussée ouvrière en vue de la hausse du salaire est à ptu près continue ; mais son ejjicacité varie selon les circo'istances. En période de hausse des prix de vente, la rési. tance patronale cède plus ou moins ; V ouvrier obtient une ntrihution plus élevée de son travail {calculé généralement à k tâche), et son salaire journalier augmente, — cependant

pas en proportion, parce que, désormais mieux payé, l'ouvrier produit moins en moyenne {i).En période de baisse du prix de vente, la résistance patronale ne cède pas : aucune hausse de salaire nest acceptée, la direction s’efforce même de réduire le coût de la main-d’ œuvre par le développement du machinisme, par une meilleure organisation de travail, et enfin par une diminution de la rémunération de l’ouvrier : celui-ci cependant accepte plus dijficilement encore un abaissement de son revenu journalier qu une diminution du prix de son travail ; et, joignant ses effortsà ceux de la direction, il produit davantage, afin de maintenir, autant que possibl, le montant de son salaire.

Comme, à traversées alternatives, le salaire varie non seulement avec le prix de vente, mais avec la valeur produite par journée d’ouvrier, certains économistes ont été tentés de voir dans cette étude monographique une confirmation de la théorie de la productivité.

Cependant cette interprétation, contraire à l’opinion de M. Simiand, n’est pas exacte au point de vue psychologique : en effet, si le salaire varie avec la valeur du produit, les variations de cette valeur sont dues, non à la quantité — puisqu'elle varie au sens inverse du salaire — mais au prix du produit. Si donc il se trouve que le travail de l’ouvrier rende plus aux périodes de hausse, ce n’est pas par son fait, mais par suite de l’état du marché ; et, si l’employeur, dans ces périodes consent à payer un salaire plus élevé, c’est, semble-t-il, moins parce que l'ouvrier lui rapporte plus, que parce qu’il peut payer davantage.

Cette étude met, en tous cas, très nettement en lu-

(i) La diminution de la quantité produite peut être cependant attribuée en partie aux travaux non productifs de mise en exploitation de gisements nouveaux, et, peut-être, à un certain relâchement de la direction.

I06 SECT. I. — l’entreprise PRIVÉE ET LA RÉPARTITION

inière les principes qui régissent la détermination du salaire dans une grande industrie où l’otîreet la demande collective du travail sont régulièrement organisées; elle ait apparaître un certain nombre de notions bien établies, et d’autant plus instructives que certaines d’entre

dles n avaient été suggérées par aucune théorie déducive.

On ne saurait toutefois lui attribuer une portée tout a lait générale, parce que l’industrie considéiée prél'Cnte certains caractères qui ne sont pas communs à outes le prix du charbon, en effet, est en grande partie ilcterminé^par le marche international de ce produit, alors que l’organisation de la main-d’œuvre est tout au )lus nationale; le prix du produit apparaît donc ici ( Omme une donnée établie par une force extérieure, et il exerce ainsi sur la volonté patronale, et sur sa résistance ;.la poussée ouvrière, une inffiience apparemment beaucoup plus décisive que s’il était au pouvoir des chefs d’entreprise de relever leurs prix.

Il est^ donc à présumer que, dans les branches de la ])roduction où 1 entrepreneur a la faculté de relever son ])rix de^ vente en^ raison de l’accroissement des frais de main-d’œuvre, l’action du prix de vente du produit sur le salaire est beaucoup moins précise. Cependant, la poussée ouvrière tendant au relèvement du salaire doit ( tre encore contenue par la crainte qu’ont les chefs ( entreprise de restreindre leur débouché en relevant hur prix de vente ; et les augmentations de salaire ne doilent être obtenues en général que lorsqu mi progrès technique, hne meilleure organisation du travail, ou parfois un état jazorable du marché, élargissent la marge des bénéfices, et que h s salariés parviennent a se faire attribuer une part du surplus réalisé.

-if»

§ 8. — La répartition du revenu global entre le travail et le capital.

La société moderne est une société progressive, où, grâce aux perfectionnements de la technique et de 1 organisation, la production va croissant, et où le revenu pécuniaire des producteurs augmente. Les statistiques des salaires présentent une progression, sans doute inégale, mais continue, depuis l’époque où elles ont commencé à être tenues (début du xix^ siècle) jusqu’à nos jours (i). Cette progression des salaires atteste une participation de la classe ouvrière dans l’accroissement du revenu global des producteurs. On s’est toutefois demandé si la part des salariés dans le revenu global croissant était^ plus ou moins que proportionnelle à son accroissement, et si c’était le travail ou le capital qui avait le plus largement bénéficié de l’accroissement iu revenu global. ^

Le problème, posé depuis longtemps déjà, était résolu en sens opposé par Bastiat et par Rodbertus, dont les thèses respectives ont été reprises et précisées par deux économistes contemporains M. Yves Guyot et M.E. Châtelain (2). Rodbertus, suivi par M. Châtelain, affirme

(0 France, les salaires ont plus (^ue doublé au cours du XIX® siècle ; les hausses les plus fortes onteulieu entre 1850 et 1860 et entre 1870 et 1880. — Voir le graphique de la page 120. Consulter aussi sur ce point les ouvrages déjà cités de M. Gide. Economie socxale,^. 62 et suiv.,etde M. LE\\ssEVR,Salaires et salariat, m et 145 Je livre de M. Villey, La question des salaires (F® partie) et celui de M. Paul Beaureg.ard sur le même sujet, ch. i à iii.

(2) Pour suivre leur polémique, consulter notamment les Quèstîons pratiques de législation ouvrière (janvier et mai 1907) le Journal des Economistes (juillet et août 1907 et juillet 1912) le Journal delà société de statistique de Paris (février et avril 1909), la Revue economique internationale et septembre 1910 et nov. 1912).—

Voir aussi Yves Guyot, la Science économique, page 303 et l’art, de

]ue le salaire de la classe ouvrière « constitue une fracdon de plus en plus petite du revenu social ». Bastiat, tu contraire, suivi par M. Guyot, affirme que la part ibsolue des capitalistes dans les produits totaux augmente, mais que leur part relative diminue. A vrai lire, c’est là un de ces problèmes qui ne peuvent se résoudre qu’avec le concours de la statistique, et les staistiques, en cette matière, manquent totalement de jirécision (î ) Cependant, si l’on admet qu’elles présenlent un degré d’exactitude suffisant pour les besoins de la démonstration, on doit constater que, conformément 1. la thèse de Rodbertus, la part du travail salarié dans le revenu global va en diminuant (2).

CHAP. V. - LE REVENU DU SALARIÉ : LE SALAlr.E ,0?

annuel du salarié et la durée du Chômage volontaire et invon- ! : le placement.

jusqu ici que, pour connaître le reouvrier, il suffirait de multiplier le salaire

J journées de travail effectif, re, il ne suffit pas de déduire imanches (j) et jours fériés, journées pendant lesquelles empêché de travailler, ne autrement dit les journées de chapon du chômage volontaire des ou- . * qui travaillent irrégu-

‘Stinguer plusieurs causes du chô-

oullfer's qui

n’clVas'd^ÿ- qui

Enfin, il y a le chômage involontaire résultant de la maladie ou d un accident.

Ce dernier cas de chômage ne résulte pas de l’organi-

sation economique, et nous n'^umnc a ° irrAt^r Tl.- • i ^ U aurons pas à nous y

arrêter. Il convient seulement d’observer que la maladi-

" '’°u''"er une occasion de dé-

pense, mats qu elle comporte aussi une diminution

salaries de Ihtat, ou des entreprises privées pavés an mois, reçoiveni leur traitement intégral, lorsque l’interruption du travail n’est pas de trè.f longue denrée les travailleurs manuels, payés à la journée, subi.ssem une

(i) Ou autres jours de repos hebdomadaire.

travail : le chômage. — r lontaire. — Remèdes au chômage

Nous avons admis

venu annuel del’(

journalier par le nombre de

iVIais, pour obtenir ce nombi

des 365 jours de l’année les d n faut tenir compte aussi des 1 ouvrier, accidentellement reçoit pas de salaire,

7nage.

Si r on fait abstract vriers paresseux ou fièrement, on peut d mage.

M. CHATELAIN, Introduction à Vétude d'un problème de répartition, l'ev. d'écon. polit., janvier 1911.

(:) M. Yves Guyot se sert notamment des statistiques du Census américain, qui sont parmi les plus compréhensives, mais aussi parmi les plus fantaisistes des statistiques olficielles. Cependant, leurs résultats concordent assez sur ce point avec d’autres sources. MM. DE Lavergne et Paul Henry dans leur ouvrage sur la richesse de la France (pp. 119-197-199), établissent que, entre 1326 et 1906, la part du travail dans le revenu global serait tombée dï 64,48 à 56,34 o/odu revenu global, tandis que celle du capital serait passée de 34,52 à 43,66 0/0 ; et l’augmentation des salaires n’aurait été que dans le rapport de i à 2,72, tandis que celle du ri venu du capital aurait été dans le rapport de i à 4.

(2) Toutefois, comme dans la période considérée, le tau.\ de l’intt rêi et des profits a diminué, chaque unité du capital est moins rétrib lée à la fin de la période qu’au début et M. Yves Guyot observe juste ment que l’augmentation de la part du capital s’explique parle fait q lele capital employé dans la production a augmenté dans une proportion plus grande que le nombre des ouvriers. Il n’en est pas moins vrai que la part des 'capitalistes dans le revenu global augmente, tandis que celle des salariés diminue corrélativement. Il reste-ait à examiner si le nombre des capitalistes s’est accru relative-

INTEN7I0NAL SECOND EXPOSURE

: o8 SECT. I. — l’entreprise privée et la répartition

([ue le salaire de la classe ouvrière « constitue une fraction de plus en plus petite du revenu social ». Bastiat, :.u contraire, suivi par M. Guyot, affirme que la part î bsolue des capitalistes dans les produits totaux augmente, mais que leur part relative diminue. A vrai (lire, c’est là un de ces problèmes qui ne peuvent se résoudre qu’avec le concours de la statistique, et les statistiques, en cette matière, manquent totalement de f récision (î). Cependant, si l’on admet qu’elles présentant un degré d’exactitude suffisant pour les besoins de I l démonstration, on doit constater que, conformément à la thèse de Rodbertus, la part du travail salarié dans 1 î revenu global va en diminuant (2).

^ CHATELAIN, Introduction à Vétude d'un problème de répartition, Riv. d'écon. polit., janvier 1911.

(:) M. Yves Guyot se sert notamment des statistiques du Census américain, qui sont parmi les plus compréhensives, mais aussi p.irmi les plus fantaisistes des statistiques officielles. Cependant, leurs résultats concordent assez sur ce point avec d’autres sources. ^ M. DE Lavergne et Paul Henry dans leur ouvrage sur Li richesse de la France (pp. 1 19-197-199), établissent que, entre i<.26 et 1906, la part du travail dans le revenu global serait tombée d( 64,48 à 56,34 o/odu revenu global, tandis que celle du capital serait passée de 34,52 à 43,66 0/0 ; et l’augmentation des salaires n’iurait été que dans le rapport de i à 2,72, tandis que celle du revenu du capital aurait été dans le rapport de i à 4.

(2) Toutefois, comme dans la période considérée, le tau.\ de Tinté êt et des profits a diminué, chaque unité du capital est moins rétribi ée à la fin de la période qu’au début et M. Yves Guyot observe justement que l’augmentation de la part du capital s’explique parle fait qiele capital employé dans la production a augmenté dans une proportion plus grande que le nombre des ouvriers. Il n’en est pas moins vrai que la part des capitalistes dans le revenu global augm( nte, tandis que celle des salariés diminue corrélativement. Il rester ait à examiner si le nombre des capitalistes s’est accru relativem( nt plus que celui des salariés.

§ 9. — Le revenu annuel du salarié et la durée du travail . le chômage. — Chômage volontaire et invonlontaire. — Remèdes au chômage : le placement.

Nous avons admis jusqu ici que, pour connaître le revenu annuel de l’ouvrier, il suffirait de multiplier le salaire journalier par le nombre de journées de travail effectif. Mais, pour obtenir ce nombre, il ne suffit pas de déduire des 365 jours de l’année les dimanches (i) et jours fériés. Il faut tenir compte aussi des journées pendant lesouelles l’ouvrier, accidentellement empêché de travailler! ne

reçoit pas de salaire, autrement dit les journées de 'cUmage.

Si 1 on fait abstraction du chômage volontaire des ouvriers paresseux ou instables, qui travaillent irrégulièrement, on peut distinguer plusieurs causes du chômage.

Il y a d’abord le chômage, volontaire, mais collectif, des ouvriers qui font grève.

^ Il y a ensuite le chômage involontaire des ouvriers qui nont pas d'emploi. ^

Enfin, il y a le chômage involontaire résultant de la maladie ou d’un accident.

Ce dernier cas de chômage ne resuite pas de l’organisation économique, et nous n'aurons pas à nous y arrêter. Il convient seulement d’observer que la maladie n’est pas seulement pour l’ouvrier une occasion de dépense, mais qu elle comporte aussi une diminution immédiate du revenu. Eandis que les gros et moyens salariés de 1 Etat, ou des entreprises privées, payés au mois, reçoivent leur traitement intégral, lorsque l’interruption du travail n est pas de très longue durée, les travailleurs manuels, payes à la journée, subissent une

(i) Ou autres jours de repos hebdomadaire. Nogaro

I lO SECT. I. — L ENTREPRISE PRIVEE ET LA REPARTITION

rédaction de salaire dès qu’une maladie ou un accident les contraint à abandonner le travail.

(^uant au chômage volontaire et collectif résultant de la ^ rêve, nous savons déjà dans quelles circonstances il se :>roduit : sa fréquence est d’ailleurs assez irrégulière, le nombre des grèves, dans un pays donné, étant très var able d’une année à l’autre. Mais il nous reste à donner quelques indications sur l’influence que cette sor e de chômage exerce sur la condition économique des salariés.

Nous avons vu plus haut que la majorité des grèves abcutissent à un succès au moins partiel. Mais, pour dresser le bilan des grèves, il faut mettre en face des augmentations de salaire obtenues les pertes de salaire subies du tait du chômage impliqué par la grève (i). Ces per.es sont extrêmement variables d’une année à l'autre. Pour la décade 1897-1906, il résulte d’une étude faite en Fra.ice par les soins de l’Office du travail que les salaires .tin .i perdus par les ouvriers français auraient été d’environ quatre-vingts francs en moyenne par gréviste : le gain aurait été une augmentation moyenne de salaire de trei te-deux centimes par jour pour chaque ouvrier; ce qui fait que deux cent quarante-trois jours de travail par ouvrier ont été nécessaires pour réparer les pertes rési Itant de ce chômage volontaire (2). Certaines années ont été encore beaucoup plus onéreuses à l’ensemble des grévistes : ainsi, à la suite des grèves de 1921, il a

fallu neuf cent journées de travail pour compenser les salaires^ perdus par les augmentations obtenues. Par contre, soixante-quinze jours ont suffit en 1905 (i). Passons à présent au chômage involontaire par déjaut

d emploi, c est-à-dire au chômage au sens le plus usuel du mot.

Ce chômage est essentiellement professionnel : il dépend avant tout des conditions technîcjues ou de l*état du marché de chaque branche d'industrie. D’abord certaines professioiis comportent des chômages saisonniers . ainsi, dans 1 industrie du bâtiment, le mauvais temps provoque un chômage plus ou moins étendu en hiver. P autres subissent des crises qui obligent les chefs d entreprise à licencier une partie de leur personnel. Mais, en dehors de ces cas, où il s’agit d’un dîomage collectif, il existe en tout temps, par rapport aux Ouvriers employés, une certaine proportion d’ouvriers sans emploi.^ Cette proportion varie tout d'abord selon la pro- Profession (2). Elle varie aussi suivant les époques : aux époques de prospérité, les chômeurs sont rares"; ils abondent, au contraire, aux époques de crises générales ou de dépréssion économique (3

Enfin, la durée du chômage est encore un élément

(i) Voir sur ce sujet Ch. Picquenard, Le bilan financier dégrevés, Rev. dec. pol., 1908, p. 356 et les études publiées chaque année dans le Bulletin de l'Ojfice du travail. ^ ^ ^

• ^^ns son ouvrage Le chômage et la ôro/'«-

(Th., Pans 1909), s’est efforcé, par une méthode touiàfait rigoureuse, de dégager le coefficient de chômage propre à chaque profe^ion ; il a constaté, d une catégorie de salariés à une autre des différences allant de o ou 1 0/00 à 100 o/ooet plus.

7 <^^ômageen France en ign dans le Bulletin

/o/yî« y?/ /rawi/ février 1913, principalement p. 128 et suiv Voir aussi article de M. Ch. Rist, Relations entre les variations annuelles du chômage, les grevés et les prix (Rev. d'econ. bol 1012 p. 748 et suiv.) ' ^ ■’ ^ '

(i Encore faudrait -il, pour être complet, tenir compte, non seulement du chômage des grévistes, mais du chômage des salariés des i iJustries connexes, dont le travail peut se trouver arrêté par la grèv ;.

(2) (1 s’agit, bien entendu, de l’ensemble de la classe ouvrière ; ,-ar c ;ux des grévistes dont la grève a échoué ne reçoivent aucune om^ensation pour le chômage qu’ils se sont imposé.

t] ès variable, et d ailleurs difficile à évaluer avec les d années statistiques dont nous disposons (i ).

Mais, quoiqu’il se manifeste d’une façon assez Irrégulière, on peut dire que le chômage fait subir un très lourd d ammage à la classe ouvrière considérée dans son ens( mble.

11^ ne constitue pas, d’ailleurs, en lui-même, une anon alie, un accident en quelque sorte pathologique ; il n suite de l’organisation même de la production. La demande de travail fût-elle toujours suffisante pour rf pondre à 1 offre, il ne serait pas toujours possible de mettre instantanément en rapport l’offre et la demande. Le plus, l’adaptation de la production aux besoins ne s’opère que par des tâtonnements, qui supposent l’échec de certaines entreprises, l’arrêt ou la restriction de certaines productions. Enfin, l’équilibre une fois réalisé,

1 évolution de la technique et de l’organisation économique ne tardent pas à le détruire ; et, pour adapter de nouveau la production aux besoins, des tâtonnements sent encore nécessaires, qui impliquent des pertes de capitaux pour les chefs d’entreprises et des pertes de salaires pour les salariés.

Mais de ces constatations il ne résulte pas que le chômage ne puisse être restreint par un effort en vue de

(1) L’applicau’on de cette loi a d’ailleurs, à son tour, donné lieu a des abus. VoirR Amblard, L'application de la loi du 14 mars içoa sur les bureaux de placement . Th., Paris, 1909.

(2) Les bourses du travail françaises ne s’occupent qu’accessoirerement du placement. Mais l'idée de « bourses de travail », avant pour foncuon de mettre en rapport l'offre et la demande, tout conyne des bourses de marchandises, avait été émise dès 184a nar un économiste libéral, M. de Molinari, et l’expression de bourses du travail a continué à désigner en Belgique les offices de placement. Sur ce sujet, voir aussi D. Bellet, Le chômage et son re-

emploi dans une autre localité. Certains syndicats patronaux s’occupent également du placement ; mais il existe entre ces deux catégories de groupements professionnels un esprit de rivalité et de défiance réciproques qai entrave leur lâche.

[.e gouvernement allemand s’est efforcé, depuis 1894, de faire coopérer les municipalités et les groupements patronaux et ouvriers, en organisant des bure.iux de placement paritaires, généralement entretenus ou subventionnés par les municipalités, avec un conseil de direction composé de membres patrons et de membres ouvriers en nombre égal, plus un président qui n’est ni patron ni ouvrier. Ce système, étudié par un grand n ambre de commissions envoyées en Allemagne, tend à se généraliser dans divers pays L’Angleterre d’autre part organise à son tour le placement d’une façon systématique par la création de labour exchan^es ou bourses du tiavail. au sens originaire du mot. Quoique les statistiques du placement soient fort incomplètes, il est periiiis d affirmer que les progrès réalisés dans l’organisation du placement sont suivis d'un recours toujours plus éiendu aux offices chargés de l’assurer: c’est par milliuns aujourd’hui que se comptent les salariés placés annuellement par les bureaux paritaires allemands et les « bourses » anglaises (1).

Cependant, l’organisation la plus rationnelle et la plus a( tive du placement ne peut, pour les rajsons exposées plus haut, que restreindre le chômage, sansle faire dispar. ître. Le chômage reste pour la classe ouvrière dans son ensemble une charge, pour le salarié considéré indi-

viduellement un risque, auquel il ne peut être paré que par l’assistance (i) ou par ïassurance (2).

(1) Sur l'assistance privée, voir plus loin, ch. vu, sur l’assistance publique, voir 2® section, ch. ii. Un mode d’assistance particulièrement approprié aux chômeurs paraît être Wéssistance par le travail. Voir plus loin, chap. vu,

(2) Sur l’assurance contre le chômage, voir plus loin, 3® partie. Consommation, ch. iv et v.

(i) Voir le Bulletin de l'association internationale pour la hUte contre le chômage (septembre 1913) consacré entièrement aux statistiques du placement. Cf. aussi Bulletin de V Office du travail, passim.

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