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CHAPITRE II

LA TECHNiaUE ET l’oRGANISATION DE lA PRODUCTION

DANS l’industrie

^ i: Les ïormes successives de l’organisation

industrielle: industrie domestique et travail loué; métier; industrie à domicile et fabrique.

L influence de la technique sur l’organisation économique,dont il vient d’être parlé au chapitre précédent, se mai ifeste d’une façon particulièrement évidente dans le domaine de l’industrie. Lorsqu’on envisage les formes successives de 1 organisation industrielle, on constate qu’elles correspondent aux étapes d’une évolution dans le sens d'une division croissante du travail.

Si l’on accepte la classification de Karl Bûcher (i), on ])eut distinguer cinq formes principales d’organisatior industrielle, apparues successivement, mais dont aucune n’a complètement disparu à l’époque actuelle.

La première forme est celle de Yindushie domestique : elle comporte des opérations industrielles par leur nature (fabrication de la farine, du pain ; du fil, des tissus,

(il Cf. Etudes d'histoire et d’Ecotiomie politique, chap. ni, p. 2o et St iv.

CllAP. 11. TECHNIQUE ET INDUSTRIE

des vêtements, du cuir ; travaux de torge, de maçonnerie, de charpente, de peinture, etc.), mais qui sont efiéctuées à l’intérieur de la maison et pour son usage propre, avec les matières premières qu’on y trouve. Elle peut comporter une certaine spécialisation, en quelque sorte professionnelle, notamment là où des esclaves sont adjoints à la famille. Mais, en principe, ^ elle ne comporte pas d'échange. Tout au plus vient-il un moment où certaines familles fournissent aux autres 1 excédent de leur production industrielle. En un mot, 1 industrie domestique est la forme d’organisation industrielle qui correspond le plus exactement àl économie familiale (i).^

La seconde forme est celle du travail loué. Certains individus, spécialisés dans un travail industriely quittent la famille, et vont porter leur travail au domicile d’au- j

trui ; quelquefois, ils travaillent chez eux — tels les tisserands — parce qu ils ne peuvent transporter leur machine, ùlais, dans les deux cas, la niatiet e pt eniière est fourtiie par le consoniniateur i le producteur échange déjà son travail à un prix déterminé : mais c’est plutôt un salarié qu’un entrepreneur.

Au contraire, avec 1 organisation du tnetier, nous voyons apparaître l'artisan chef d’entreprise ; il est propriétaire de la matière première et des outils, et il vend, non son travailf mais le produit de son travail. Le plus souvent, il travaille sur commande ; il peut cependant fabriquer aussi pour les marches hebdomadaires ou les foires annuelles ; mais, son débouché est généralement local. Le métier est, par excellence, la forme d’organisation industrielle qui correspond à 1 économie lubaine.

Aux xvu® et xviii^ siècles, l’extension des marchés ap-

(i) Notons toutefois, avec Bûcher, que « sous cette forme, l’mduùric est plus ancienne que l’agriculture » et qu’on la trouve chez des peuples nomades ou pécheurs.

AcHe une organisation commerciale, qui transforme, en 3ien des cas, le métier rn industrie à domicile. Entre le CO isommateur, désormais lointain j et le producteur se glisse un intermédiaire. Ce système c< laisse tout d’abord subsister intact le mode antérieur de production, et se bo ne à organiser la vente. Le chef de l’exploitation est un entrepreneur marchand, qui, en dehors de ses propres ateliers, occupe dans leurs maisons un grand nombre d’ouvriers (i).

Zes ouvriers sont d’anciens artisans qui, au lieu de produire pour un grand nombre de consommateurs, produisent pour un seul marchand. Ou bien, ce sont d’anciens ouvriers salariés qui ne reçoivent plus du consommi.teur, mais du marchand, la matière première qu’ils so U chargés de travailler. Ou encore, ce sont des familles de paysans qui produisent pour le marché les anci< ns articles de l’industrie domestique ; l’intermédiaire se charge de les jeter sur le marché du monde.

Aux petits producteurs, qui ont encore, au commence nent, une position assez indépendante, tantôt l’intermédiaire avance le prix d’achat de leurs produits, tantôt il leur fournit la matière première et les paie alors à la pi ;ce ; parfois même, les outils princi iaux lui appartiennent (métier à tisser, machine à broder, etc.). Peu à pcj, les petits producteurs n’ayant c\u un seul acheteur tonbent dans une dépendance toujours plus étroite; Vi itermédiaire devient leur patron, eux sont des ouvr.ers '2). »

Enfin, apparaît un dernier mode d’organisation industrielle, celui qui domine l’époque contemporaine : la fabrique. Avec la fabrique, les ouvriers sont groupés dans de; ateliers, sous la direction du patron, qui répartit entre

\ 1) Tels sont encore, en partie, les caractères de certaines industri( s modernes, notamment de l’industrie lyonnaise.

2) K. Bûcher, op. cit., p. 139.

Il I

CHAP. II. — TECHNIQUE ET INDUSTRIE 4b

eux les tâches. La fabrique « décompose tout le travail nécessaire à la confection d’un produit en ses éléments les plus simples ; elle sépare les travaux pénibles des travaux faciles, ceux qui se font mécaniquement de ceux qui réclament l’intervention de l’intelligence, ceux qui sont qualifiés de ceux qui ne le sont pas. Elle en arrive ainsi ù un système d’opérations successives, et se trouve en état d’occuper en même temps et successivement les lorces humaines les plus diverses : ouvriers faits et ouvriers non formés, des hommes, des femmes, des entants, des travailleurs manuels et intellectuels, des techniciens, des artistes et des marchands (i). C’est cette décomposition du travail qui a favorisé l’introduction du machinisme, et qui a, grâce aux inventions de la science moderne, fait passer la fabrique de l’état de manufacture à celui de machino- facture. Mais, quels que soient les perfectionnements apportés par le machinisme à la production industrielle, les principes essentiels d’arganisation, qui sont la concentration et la décomposition du travail, sont apparus avec la manufacture. (2)

§ 2. — La part respective des diverses tonnes d’organisation industrielle dans l’économie moderne : grande industrie concentrée; grande industrie à domicile; petite et moyenne industrie (3).

De toutes les formes d’organisation industrielle que

(1) K. Bûcher, op. cit., p. 141.

(2) Voir cependant ce qui est dit plus loin au sujet de l’intégration, 2* section, chap. iii, § 2.

(3) Sur les origines de la grande industrie, consulter les travaux de M, Geemain Martin : La grande industrie en France sous Louis XIV, th., Paris 1898; Histoire de l'industrie en France sous Louis XV; et l’ouvrage de M. P. Mantoux, La Révolution industrielte au xviii* siècle.

4b PART. 1. — CONDITIONS GÉNÉRALES, ETC.

noi S venons d’envisager dans leur ordre d apparition, aucune n’a complètement disparu à l'époque contemporair e. L’industrie domestique elle-même existe encore dans quelques régions agricoles, notamment dans les pay; slaves. On trouve encore aussi, dans certaines can pagnes, des artisans, des tailleurs notamment, qui vort exercer leur industrie au domicile ào. la clientèle. Ma s les formes anciennes de l’industrie occupent une place de moins en moins grande; et, si l’on veut classer les divers types d’organisation industrielle d’après leur im{ ortance, il faut renverser l’ordre historique, et comme icer par la grande industrie concentrée (fabrique poi rvue de machines).

1° La grande industrie concentrée. — La prédominance cro ssante de cette forme de l’industrie est un des traits can ctéristiques de l’époque contemporaine. En dépit de l’imperfection des statistiques et de leur défaut cl’unifonnité, on peut dire que le phénomène se manifeste d’u le façon générale dans les divers pays.

Ainsi, en Allemagne, entre les deux recensements professionnels de 1882 et de 1895, la proportion du personnel (i) des grandes entreprises (plus de 50 personnes) est passée de 26, 3 .à 36, 3 0/0, celui des moyennes entreprises (6 h 50 personnes) de 18, 6 à 25, 8 0/0, tandis que celui des petits établissements (travailleurs isolé: et établissements occupant 5 personnes au plus) tombait de )5, I à 39 0/0. — Le recensement de 1907 atteste également, pour l’empire, et notamment pour la Prusse, une diminution absolue du nombre des entreprises indus déliés n’employant pas de salariés, et une augmentation des entreprises collectives, avec accroissement par-

(1) Nous prenons surtout comme indice le personnel des établis semnits, car le des petits établissements est beaucoup plus

considérable que celui des grands et il peut même s’accroître quoique le personnel se concentre dans les grandes entreprises.

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