La distribution des revenus globaux
La distribution des revenus dépend, dans une assez large mesure, de la distribution préalable de la propriété, sans toutefois être en parfaite corrélation avec elle.
En effet, si nous considérons tout d’abord les revenus de ceux qui possèdent des capitaux, nous savons que tantôt les propriétaires de ces capitaux en tirent un revenu fixe, tantôt ils les placent dans quelque entreprise ; dans le premier cas, ils reçoivent un revenu modeste, mais assez constant ; dans le second, ils subissent des risques et courent aussi des chances de gros rendements : si
(i) Cette inégalité dans !a distribution de la propriété ne résulte pas seulement du jeu d’une organisation économique basée sur l’entreprise privée et sur la propriété privée. Elle est due aussi, pour une très large part, au caractère héréditaire de cette propriété, et, dans une mesure bien moindre, au droit de tester. (En France, près des quatre cinquièmes des successions se produisent en ligne directe ou entre époux, un huitième va aux parents du second, degré (frères et sœurs, oncles ou tantes et neveux ou nièces) et un neuvième seulement aux personnes non parentes, aux personnes morales et à l’Etat). — L’aggravation que l’hérédité apporte aux inégalités qui résulteraient du mécanisme pur et simple de l’entrecrise et de la propriété privées a suggéré à certains auteurs l’idée d’une absorption progressive de l'héritage par la collectivité, tout en laissant la propriété privée se reconstituer à chaque génération. "Voir sur ce sujet le livre de M. R gnano, Un socialisme en harmonie avec la doctrine économique libérale, Paris, Giard et Brière, et un abrégé du même livre, composé par M. A. Landry, sous le titre, la Question de l'héritage.
] 6o SECT. III. — RÉPARTITION DES REVENUS GLOBAUX
tien que les revenus des capitaux ne sont pas nécessairement proportionnels aux capitaux eux-mêmes.
D autre part, le travail salarié fournit aussi des revenus dont 1 ensemble constitue une masse plus considérable que le^ revenu des capitaux. Voici, d’après les données élaborées par M. Colson (i), comment se répartissent approximativement en France les revenus des e itrepreneurs, des capitalistes prêteurs, et des salariés.
Revenus d’entrepreneurs 8,i milliards
Revenus des capitalistes prêteurs, pensionnés
et propriétaires fonciers (2) 7,4 „
Revenus des salariés »
25,0 milliards
L’importance des revenus ne dépend d’ailleurs pasnéctssairement de leur origine, ni de leur mode de détermination : s’il est vrai que les non-possédants, les « prolétaires », qui n’ont pas d’autres revenus que le salaire de leur travail, ne reçoivent, pour la plupart, que des revenus modestes, il en est cependant parmi eux qui ti'ent de leur travail un revenu considérable. Et enfin, il y a des individus qui reçoivent des revenus de diverses sortes, qui sont à la fois salariés et prêteurs, entrepreneurs et prêteurs, etc. Nous allons donc chercher désormais à iKuis faire une idée de la distribution, dans une nation nmderne, des revenus globaux, que soit leur ori-
giie, qu’ils procèdent du travail, ou du capital, ou, dans ui e proportion quelconque, de l’un et de l’autre.
Nous ne disposons plus ici d’une évaluation directe de 1 administration fiscale, comme celle que nous a tour—
I i) Cours d'économie politique, t. III, p 303.
2) Q.uoique, dans l’étude de la détermination des revenus, nous ayons rapproché le propriétaire foncier du chef d’entreprise, nous conservons ici le groupement de M. Colson.