‹ Éléments d'économie politique [microform]Chapitre 168 sur 173 · JO · texte numérisé non relu

JO

C( nditions techniques de k production. C’est ainsi que nous voyons peu à peu la pensée économique se dégager

k auxquels nous devons d’aiheurs

le mot même d économie. Ce terme désigne surtout, il

Tr i l’étymologie, l’économie

privée , mais certains aspects sociaux de la vie écono-

des historiens, comme

œ’mme P/^f ACTupfon, et par des philosophes

conme Platon et Aristote. ^

Dans la République et dans les Lois, Platon observe nettement le phénomène de l’échange, dont il fait la na.e de notre organisation sociale. Mais à l’observa-

nnmriét ® ^ ‘I hostile à la

propriété pnvee du moins héréditaire, parce qu’elle

Ré’tbUnV -‘."T richesses et le luxe; et, dlns sa Re,ubhque,i\ depemt une cité idé.ile, où l’Etat sera le régulateur de la production et le maître de la disrr.ution des richesses produites : Platon est un socia-

!lr L- "“‘V® imaginatif, présente des ob-

ser.ations plus complétés, et l’on trouve chez lui, les

rue iments d une théorie de la valeur et de la monnaie (i !

.hez les Romains, nous ne trouvons guère que qudques études d économie rurale {Caton, Varron), frès spe.iales, et d un caractère plutôt technologique qu’économique. Il faut noter cependant que les juHsco^ultes romains eurent à se constituer une doctrine relative-

wlne jnridico-économiques ; pro-

blème de I intérêt, de la monnaie, etc. (2)

AU début du Moyen Age, l’état très rudimentaire à la

vriâ- I°m' A foucLt^H a Consulter l’ou-

g. ae M. A boucHON, Histoire des doctrines économiaues dans la

Grio^^t.p,e. Voir aussi Espi.as, HiMre des éoclnnJ Zj,T/Jl.

fois de Téconomie et de la culture intellectuelle est peu favoLible au développement de la pensée économique. Cependant, peu à peu, les théologiens, qui sont les penseurs de 1 époque, sont amenés, par des préoccupations morales, à envisager de nouveau certains problèmes économiques. A l’origine, les pères de l’Eglise n avaient guère envisagé les conditions fondamentales de la vie économique que pour en taire la critique comme Platon, ils condamnaient la propriété privée, génératrice des inégalités sociales, du luxe et de la misère (i). Avec le développement de la vie économique, avec les progrès d’une production plus diversifiée, où 1 échai'.ge reprend une large place, l’opinion des théologiens évolue ; et, dans un efibrt pour concilier la doctrine de 1 Evangile et les idées d’Aristote avec l’observation d’une économie en progrès, ils élaborent des théories de 1 intérêt et de la valeur (théorie du juste prix) (2). Au xiii' siècle. Saint Thomas d’Aquin condamna encore l’intérêt du prêt — l’usure comme on dit alors — ; mais il admet, dans certains cas, la possibilité d’une indemnité en faveur du prêteur.

Ce mélange de préoccupations morales et de constatations économiques continuera à alimenter d’abord les écrits des théologiens et des philosophes scolastiques. Puis 1:1 Renaissance inspirera des œuvres d’imagination connue celles de Thomas Morus, Utopie ou de la meilleure république, (1518) ou de Campanella, La cité du soleil, (1623), qui procèdent du socialisme platonicien, ou des ‘œuvres de pensée, comme la République de Jean Bodin, également imitée de Platon. Les théories relativesà l’in-

(1) « La nature dit Saint-Ambroise, a mis en commun toutes choses pour l’usage de tous..., l’usurpation a fait le droit privé. »

(2) Voir L. PoLiER, La théorie du juste prix, Th , Toulouse, 1903

et VOM Bôhm-Bawerk, der Kapital-undKapitals^instheorien^

tér< t continueront à être discutées par les théologiens et ausji par les jurisconsultes, notamment p2LY Dumoulin en France (xvi' siècle) et Grotius en Hollande (xvii® siècle). Qu int aux théories relatives à la propriété, elles seront discutées de nouveau avec ampleur par les philosophes du xviii® siècle (i), et finalement par les socialistes du XIX . Mais ces discussions sortiront peu à peu du domaine de l’économie politique proprement dite, tandis que celle-ci commence de bonne heure à se développer par l’observation des faits (2).

§ 2. — Les ouvrages fragmentaires.

L’évolution de la vie économique et sa complexité croissante devaient se combiner avec le développement interne de la pensée économique pour aboutir tout d’abord à des ouvrages fragmentaires, à des monographies comme nous dirions aujourd’hui. Les systèmes mor.étaires et la politique très arbitraire des princes en mat ère de monnaie, puis le mécanisme nouveau du change, qui se' développe dans les républiques commerçantes de l’Italie, allaient tout d’abord attirer l’attention

(I, Voir J. Ckarmont, La renaissance du droit naturel.

(2^' Sur l’histoire des doctrines économiques, les principaux ouvr: ges d’ensemble sont, en dehors des ouvrages déjà un peu ancieis d’IwGRAM, History of political economy (trad. en français) et d’OscKEN, Gescbichte der ationalœkonomie, celui de Luigi Cossa, livre d’une sobre et précise érudition, ftrad. franç., par M. Bonnet, avec une introduction de M. A. Deschamps) ; l’ouvrage de M. Dubois, dont le ler volume, relatif aux mercantilistes et aux précurseurs des Physiocrates, a seul paru; celui de M. Hector Denis, . iistoire des systèmes économiques et socialistes ; et surtout le livre tout lécent de MM. Gide et Rist, qui embrasse toute l’histoire de la pensée économique, depuis les Physiocrates jusqu’à nos jours.

Citons aussi un ouvrage rédigé sur un plan analytique : M. B -OCR, Les progrès de la science économique depuis Adam Smith.

d’un petit nombre d’observateurs. Aussi, à partir du XIV® siècle, nous voyons apparaître des auteurs, non pas encore spécialisés dans 1 étude des problèmes strictement économiques, mais du moins consacrant à ces problèmes des ouvrages spéciaux, et non plus seulement quelques digressions ou quelques chapitres dans les ouvrages embrassant un sujet plus vaste. C’est ainsi que Nicole ^ Oresme, précepteur de Charles V, puis évêque de Lisieux, écrit un Traité de la première invention des nimnaies (i). Puis, au xvi® siècle apparaissent, surtout en Italie, des etudes sur le mécanisme des changes et du crédit.

§ 3. — Les mercantilistes. — Cantillon.

A cette epoque (xvi® siècle), la formation des Etats modernes, ayant une économie complexe et des intérêts non seulement distincts, mais souvent, semblait-il, opposés les uns aux autres, développe dans l’esprit des observateurs contemporains, une conception toujours plus nette, et aussi plus étroite, de ces intérêts et de ces conflits. Désormais, la grande majorité des auteurs qui traitent des problèmes économiques sont préoccupés avant tout de la prospérité de leur propre pays ; et cette préoccupation dominante donne parfois à leurs écrits 1 allure, non plus d’études spéciales, mais di ouvrages généraux, sinon d’économie politique, du moins d’économie nationale.

La plupart de ces auteurs, il est vrai, par suite d’une assimilation un peu sommaire delà nation avec les particuliers, se représentent le développement économique de la nation comme essentiellement lié à l’état de son commerce extérieur , c’est-à-dire à une balance des comptes

(i) Voir E. Bridrey, 'Nicole Oresme. Th., Caen, 1906.

favorable, et à l’afflux des métaux précieux qui en résulie. C est cette réduction, assez simpliste assurément, du problème de l'économie nationale à un problème commercial, qui leur a valu, de la part des économistes classiques, la dénomination péjorative de mercantilistes.

I s’en faut de beaucoup cependant que les mercantilistes constituent une àole proprement dite, possédant un corps^ de doctrine commun. Si la majorité des mei cantilistes sont avant tout préoccupés du commerce exu rieur, de la balance du commerce, de l’acquisition des métaux précieux, ils sont loin d’être d’accord sur les moyens d’obtenir une balance du commerce favorable. Il en est, les hullionnisteSy qui veulent recourir, pour atteindre leur but, à la prohibition d’exporteries métaux précieux, ou à l’obligation, pour les négociants exportateurs, de rapporter une partie de la valeur de leurs marchandises, sous forme de numéraire (système de la balance des contrats). D'autres, au contraire, con me Thomas Mun, pensent aboutir au même résultat eii s’efforçant simplement d’obtenir, par des mesures générales {fondation de colonies, encouragements à la mar ne et au transit, à l’introduction des matières premiè -es, etc.), une balance des comptes favorable dans son ensemble. Enfin, parmi les écrivains de l’époque que 1 on a coutume d’englober sous la dénomination de mer :antilistes, il en est — on les qualifie parfois d’mdnst 'lalisles, — qui sont beaucoup moins préoccupés des échî nges avec 1 extérieur que du développement des diverses branches de la production nationale. Tel est le cas notamment d’Antoine de Montchrétien, dont l’ouvrage, assurément prolixe et superficiel, s’intitule pour la pi entière fois Tî'aité de T économie politique (1615), et coniient du moins l'esquisse d’une étude d’économie nation lie.

De ces travaux tendant immédiatement à des fins

LE DÉVELOPPEMENT DE LA PENSEE ÉCONOMiaUE 235

pratiques oii‘ peut retenir cependant — et c’est là sans doute l’essentiel au point de vue du développement de la science — quelques observations précises relatives au mécanisme de la vie économique. Ainsi, l’ouvrage de Thomas Mun, En^lands treasure hy forraign trade (écrit vers 1650 et publié en 1664) contient, dans un anglais archaïque et savoureux, parmi de bons préceptes adressées au fils de l’auteur, une analyse vraiment précic des divers éléments de la balance des comptes.

Le champ de la pensée économique commence d’ailleurs à s’élargir vers le xvii* siècle. Nous voyons alors 5/V William Peity (1623-1687) analyser les facteurs de la production (le travail qui, dit-il, est le père, et la terre, qui est la mère, de toutes les richesses), puisétudier diverses applications de la statistique (l’rrithmétique politique) à l’étude des faits économiques et des impôts, et dégager enfin la notion de rente agricole ( ).

Enfin, au xvin® siècle, nous voyons apparaître, avec Richard Cantillon, un auteur, qui, plus que beaucoup d’auteurs postérieurs sans doute, mérite d’être considéré comme un économiste moderne. Son Essai sur la nature du commerce en général (2), — que son titre plus que son contenu a pu faire ranger dans la catégorie des œuvres mercantilistes, — contient, avec un exposé tout à fait rigoureux des règlements internationaux, un grand nombre d’aperçus sur les facteurs de la production (d’après Petty), sur la valeur, sur la monnaie, sur les salaires, sur la population. Cantillon avait été banquier, et à sa compétence professionnelle se joignent une clarté

(1) Pour ses oeuvres, voir la trad. franç., Giard et Brière.

(2) Quoique l’auteur fût d’origine irlandaise, l’ouvrage fut publié tout d’abord en français en 1755, après la mort de l’auteur. Une excellente réimpression en a été faite en 1892 à Boston, par les soins de M. Dünbar.

et une j recision d esprit et de style qui donnent à cet ouvrage une réelle valeur scientifique. Le livre de CantiUon ci'cula en manuscrit avant d’être imprimé; il tut d ailleuis mentionné et apprécié par Adam Smith, et aussi en France par plusieurs Physiocrates.

§ 4. — La réaction libérale en France : Pécole physioc:*atique.

Land: s que des écrivains continuaient, à travers le xviii' si( de, la tradition du mercantilisme et préconisaient d;s mesures interventionnistes destinées à favoriser le caiiimerce et 1 industrie, d’autres auteurs commençaie it à réagir en faveur d’une politique plus large et plus ibérale. La reaction est surtout maïquée en France, )ù un régime corporatif toujours rigide et tracassier, un système de douanes intérieures (i) et de péages piiu en harmonie avec la constitution administrative d ui Etat déjà très unifie, et enfin un interventionnisme miladroit et versatile (2) contrastaient avec l’évolution dis idées et des mœurs, et avec le développement de l’esprit public.

^ La réy dte des idées est d’ailleurs accélérée par la misère qui sévit en France au début du xviii® siècle, et par le déîarroi qui ne cesse de régner dans les finances publique». Dès le début du siècle, BoisguilbcKt (3) et le

(1) On trouve alors de très nombreux écrits relatifs à la liberté du commei ce des grains Voir l’introduction de M. E. Dépître, à la réédition d; \' Essai de Herbert, sur la police générale des grains.

(2) On t ouvera un exemple de cet interventionnisme bien intentionné ma s tracassier dans 1 histoire des toiles peintes. Voir E. Depîtri , La toile peinte en France aux XVll^ et XVIIE siècles.

(3) Ledèiail de la France (1696) et le Factum de la France (1707). Dissertation sur la nature des richesses, de Varpent et des tributs.

maréchal de Vauban (i) signalent la détresse où se débat le royaume, et cherchent un remède à la fois dans une j réforme projonde du système d'impôts et des douanes, et

i' dans une analyse plus précise des jondeuents delà richesse pu-

blique. Boisguilbert notamment, par sa conception des lois naturelles qui dominent l’activité des hommes, et par l’importance qu’il attache à l’agriculture, apparaît déjà,j dans certains passages, comme un véritable précurseur des Physiocrates.

De la double préoccupation de remédier aux misères du temps par une réforme fiscale profonde et l’abolition d’une réglementation surannée, et, d’autre part, de I constituer l’économie politique en un corps de doctrine allait sortir VEcoh physiocraiique. Mais cette école, l’une des plus disciplinées peut-être qui aient existé parmi les écoles économiques, devait en outre recevoir l’empreinte personnelle de son chef, le D*" Quesnay.

Quesnay (1694-1774), médecin de Louis XV, n’a écrit lui-mê.me que des opuscules assez courts, dont les principaux sont les articles Fertniers et Grains dans

y Encyclopédie, les Maximes générales du gouvernement économique d'un royaume agricole, une brochure sur le Droit naturel, les Dialogues sur le commerce et les travaux des artisans. Mais il a directement inspiré les travaux de ses disciples : il avait, en effet, avec eux des entretiens I fréquents, discutait leurs ouvrages, et en corrigeait par- I lois les épreuves pour en mieux contrôler l’orthodoxie. I Parmi scs disciples les plus connus sont le Marquis de Mirabeau, Dupont de Nemours, Mercier de la Rivière, J l'abbé Bandeau, Le Trosne, et enfin un adepte lointain, prince régnant d’ailleurs, le margrave de Bade. Un peu I n marge de l’école, mais en coniact étroit avec elle, se tenaient l'intendant Vincent de Cournay, et Turgot, au-

(1) La dime royale (1707).

leur des Lettres sur la liberté du commerce des grains et des Réflexion, sur la formation et la distribution des richesses (écrites <n 1756, publiées en 1769) (i).

La préoccupation théorique dominante, celle qui donne au système physiocratique son unité, est la préoccuj: ation de découvrir un ordre naturel de la vie économique. Sans doute, l’idée de lois naturelles en économiî politique est-elle déjà ancienne ; on la trouve non seu ement chez les précurseurs immédiats de la Physioci atie en France, ou du libéralisme anglais, mais même chez certains écrivains mercantilistes. Mais elle prend daas la doctrine des physiocrates une valeur toute particuli(Te : d’abord, au point de vue théorique, cette notion s; rattache à toute la philosophie de Tépoque; puis, au point de vue pratique, elle fournit un argument général et « scientifique » contre la réglementation de l’Ancien Régime : les lois positives doivent être conformi s aux lois naturelles, et les laisser s’exercer sans obsiacle : « laissez faire; laissez passer » telle est la maxin e de l’Fcole.

Cet O ‘dre naturel, que l’Ecole s’est proposé de découvrir, file croit l’avoir trouvé ; et c'est ici que se manifeste 1’ nflnence personnelle de son chef. Le D*" Quesnay, se servant d’une métaphore déjà ancienne (2), mais qui pouvait sembler neuve — et qui d’ailleurs

(i) La P upart de ces écrits ont éié réimprimés dans la collection des Grands économistes fédit. Daire). Mais il existe des éditions posté 'ieures et préférables. Pour Quesnay, consulter l’édition Oncken. e pour un certain nombre d’auteurs la Colleclion des écom mistes a de; reformateurs soeiaux en France. — Sur les Physiocrates, i existe un cuvrage récent et fondamental : G. Weülersse, Le mou vement phyiiocratique en France., 2 vol., qui ne doit pas faire oublici cependint les très bons chapitres de l'Histoire des doctrines économiques de Hector Denis. — Voir aussi L. Brocard. Le marquis d '- Mirabeau,

{2) On il trouve notamment chez Montchrétien,

n’est pas encore tout à fait usée — compare la I société à un organisme, dont il étudie la physiologie ;

I et il se représente la circulation naturelle des richesses d’une façon assez analogue à la circulation du sang. Le point de départ de cette circulation est dans l’agriculture. « Le cultivateur consomme immédiatement ce qui est nécessaire à sa nourriture; le reste se partage entre lui et le propriétaire, et tous deux, par leurs dépenses, distribuent le reste en salaires à tous les autres membres de la société pour prix de leur travail. Les valeurs que ceux-ci ont reçues retournent, par l’achat des denrées qu’ils consomment, entre les mains des cultivateurs, pour en sortir de nouveau par une circulation dont la continuité fait la vie du corps politique, ainsi que la circulation du sang fait la vie du

i corps anim.il » (i)-

Ainsi, toute richesse a sa source dans l’agriculture, et c’est à elle que les Physiocrates attribuent cette pri- ^ mauté que les Mercantilistes attribuaient au commerce où à l’industrie. Ils vont même plus loin ; ils consi- ^ dèrent que seule l’agriculture est productive ; et, tandis qu’ils voient dans les cultivateurs la « classe des producteurs », ils qualifient les artisans et les commeri çants de classe stérile. Non pas, à vrai dire, qu’ils contestent la réalité ni l’utilité du travail effectué par ceux qui transforment ou font circuler les richesses, mais parce que, seule à leurs yeux, l’agriculture ajoute au stock de richesses existant. Les cultivateurs seuls « proj duisent par génération, par augmentation réelle du pro-

I duit » ; l’artisan au contraire « produit par addition des

matières premières et des substances convertis en travail»^ ; il

(i) Quesnay. V* lettre sur la liberté du commerce des grains. Œuvres, édit., Guillaumin, t. I, p. 183-184. Le célèbre tableau économique n’est qu'une illustration de cet exposé.

ne fait que cotnbUuT des richesses existantes, et reçoit une valeur égale à celle qu'il fournit.

De l’existence d’un ordre naturel, les Physiocrates concluent à une politique généralement très libérale; ils continent aussi qu’il faut favoriser l’agriculture. Mais, conséquents avec leur propre doctrine, ils estiment que l’impôt doit Irapper immédiatement la terre, source de toute richesse, et se montrent partisans d’un impôt unique^ qui, au lieu d’atteindre le propriétaire foncier par de multiples et coûteux détours, l’atteindrait directement.

La doctrine physiocratique, fondée sur des arguments qui valent plutôt par les circonstances historiques que par leur force logique, et reposant d’ailleurs sur une connaissance bien^ restreinte, chez la plupart de ses adeptes, du mécanisme de la vie économique, n’a même pas eu besoin de l’épreuve du temps pour s’effondrer. La « secte », comme on disait alors, a connu, parmi ses contemporains, de nombreux détracteurs, parmi lesq^uels on peut citer Condillac (i),et Voltaire lui-même. Cependant, le libéralisme contenu dans sa doctrine, et aussi son projet de réforme financière n’en ont pas moins eu une grande influence sur la préparation du mouvement révolutionnaire et sur la législation des assemblées de la Révolution.

Il est d’ailleurs permis de voir dans la foi des Physiocrates en un ordre naturel l’expression un peu naïve sans doute, mais très nette, d’une conception scientifique assez nouvelle : les Physiocrates ont eu l’intuition que la^ vie économique est faite avant tout du jeu spontané d’activités individuelles, et que, avant de préconiser des moyens d en améliorer le fonctionnement, il convient d’étudier les phénomènes qui en sont la manifestation.

(î) Le commerce et le gouvernement, i volume, 1776.

§ 5. — Les origines et la formation de l’Economie politique classique : les philosophes écossais ; Adam Smith ; J. -B. Say.

Au moment où la pensée économique se développait en France sous une forme si particulière, l’Economie politique commençait à prendre une place dans l’enseignement des Universités de la Grande-Bretagne, et principalement en Ecosse. Elle est alors cultivée par des professeurs de philosophie, et peut-être est-ce à cette origine que l’on doit attribuer le caractère abstrait et déductif que l’économie politique anglo-saxonne a conservé jusqu à nos jours. Parmi les précurseurs du classicisme économique, on peut citer Hutcheson, qui professa, de 1730 à i74^> philosophie morale à l’Université de Glasgow, et fut lemaître d’Adam Smith,F>r^w5(?«, qui enseigna à Edimbourg, enfin David Hume {l'j ’

Dans ses Essays. ce dernier consacre des études pénétrant6s il un certain nombre de problèmes économiques : monnaie, commerce international, taux de l’intérêt, population, dette publique. Par ses tendances liberales, il annonce déjà Adam Smith, sur qui il exerça d ailleurs une influence personnelle et directe; il s’en faut cependant de beaucoup que 1 etude économique soit dégagée chez lui des préoccupations morales. A sa culture philosophique il doit d’ailleurs une conception très nette des notions de cause et de loi appliquées à l’économie politique, mais aussi sans doute ce goût pour les théories rigides et automatiques (2) qui sont restées si en vogue dans l’école anglaise.

(1) Sur David Hume consulter A. Schatz, L'œuvre èconoinique de David Hume, th., Paris, 1902.

(2) Telle, la théorie de l equilibre du commerce international, déjà exposée avant lui .mais rendue classique plus tard par Ricardo et Stuart

Nogaro

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Tru’nTversVtf d^ ^

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ou 11 fit la connaissance des « philosophes .. (des encv^

mTetr/ie?'pi'°‘’ «'^•1 « Jes « écono-

mis es » fdes Physiocrates et de Turgot). En 1776 il

publia son célébré ouvrage sur la Richesse des nallmsl et il mourut en 1790. et

Malgré ce qu’Adam Smith a pu devoir à ses maîtres 7 notamment à David Hume, sa forte personnalité, si tournure d esprit, sa méthode, donnent à son œuvre un caractère tout a fait original, et très difierent aussi des productions postérieures de l’économie politique anglaibe. Cornme son titre complet rindiaue (An in--

‘i’Zlrsaf and causes oj the ivealth of nations)

1 ouvrage de Smith est une « enquête ». C’est tout

d abord un ouvrage d’observation et de documentation

d ailleurs coordonnées par l’effort d'une logique aussi

souple que pénétrante. Le plan en est simple; il est

rrJf J P - P'^^rniers sont consa-

c es a 1 économie politique proprement dite ; le troisième— intitulé ; de la marche différente des progrès

f * 1 es nations — à Thistoire

economique; le quatrième - intitulé : des systèmes

des doctrines et à

letude de la politique economique ; le cinquième — intitule : du revenu du souverain ou de la république — a la science financière. ^ ^

se léiablii. Sutl^

LE DÉVELOPPEMENT DE LA PENSEE ÉCONOMIdUE ^43

Les deux premiers livres sont ceux qu’il convient d envisager de plus près; car ils contiennent tout 1 essentiel de la théorie de Smith. Le premier a pour titre . (( des causes qui ont perfectionné les facultés de travail et de 1 ordre suivant lequel ses produits se distribuent dans les différentes classes du peuple » ; c’est un exposé des conditions de la Production (qui débute par l’étude de la division du travail), et de la Répartition ; l’auteur y expose en bon ordre la théorie de la valeur et de la formation des revenus. Quant au second livre, intitulé « de la nature des fonds, de leur accumulation et de leur emploi », c est une étude très documentée du mécanisme du crédit.

Au point de vue doctrinal, Adam Smith professe en général des opinionsnettement libérales ; cependant, son libéralisme nariend intransigeant, et il sait y apporter de lui-même les dérogations qui lui paraissent opportunes.

L ouvrage *^de Smith est d’une lecture aisée et agréable, d’ailleurs instructive et suggestive encore de nos jours. Et, si parfois sa pensée paraît incertaine et prend des formes contradictoires, c est parce que la souplesse de son esprit lui a fait entrevoir la complexité des grands problèmes dont la théorie économique donne tant d’interprétations divergentes. Le succès de cette œuvre puissante fut d’ailleurs aussi rapide qu étendu : quelques années seulement après sa publication, la Richesse des nations était traduite dans presque toutes^ les langues civilisées. Aussi est-ce 'avec raison que Smith est considéré à peu près universellement comme le fondateur de l’Economie politique moderne. Il faut reconnaître cependant qu’il n’a pas eu, dans son propre pays, la même influence qu’à l’extérieur. L ecole anglai.se allait, aussitôt après lui, revenir à la logique etriquee de David Hume. Et c’est plutôt sur le continent qu il devait trouver des continuateurs.

Le premier en date, et aussi le plus populaire d’entre eux, tut un Français. J. -B. Say (1767-18^2). Cet économiste lut d’abord employé de commerce, puis journaliste ; il devint industriel, et professeur au Consérvatoire des Arts et Métiers, puis au Collège de France, yant lu Smitl, par hasard, il s’était passionné pour la

f '^”5 un Traité d'Econo-

mie politique, profondément remanié dans l’édition de

i»id, puis, en 1828, un Cours complet d’Economie poli-

tique. Moins savant moins érudit que Smith, dont

I facilitait singulièrement sa tâche

•r"' P"** gr^nd mérite d’avoir

rédigé le premier véritable traité d' Economie politique (i)

d avoir adopte une classification logique (Production

éparmion, Consommation) qui V justifie encore

au ourdhui, et d avoir, à l’intérieur de ces larges

nrohu’ un ordre excellent, la plupart des

P oblenies qui s imposent à 1 attention des économistes.

C« très notables qualités valurent à son ouvrage une diffusion sensiblement aussi rapide et aussi étendue qu â celui de Smith, et lui acquirent une réputation et une influence universelles.

On doit lui reconnaître aussi l’apport de quelques théories nouvelles, notamment de la célèbre théorie des débouchés (2). Et, quoique l’apparente clarté de sa

poul^J'dQ Principes d' Economie

pounque de Canard. Mais, si cet ouvrage n’a pas été tout à fait

P" 'héori-

(2) On M comparer au traité de Say

théorie mais ilTl 70'', 0°"’"''^ ^

uieorie, mais il I a, en tous cas, amplement développée. La fnr-

"^n re ï^ùloduu'^ ‘ ‘ ^^s produits s'échangent

— ; et le fait que la monnaie est l’inietmédiaire

eur P^^ masquer cette vérité, dont l’au-

eur tire plusieurs conséquences : d’abord, en ce qui concerne

e commerce mternahonal - qui selon lui. s’équilibre, ?arce que, en

langue masque souvent l’incertitude et îa confusion de a pensee, on doit reconnaître dans son oeuvre une inspiration sincèrement scientifique. Moins soucieux observer une logique rigide que de suivre la réalité, il continue la tradition d’Adam Smith, qu’il a contri-

nënr - .ë il T" T' " 'P^"sp'^nter sur le conti-

nent , et il lormule, avec autorité et en termes excel-

nts, des principes méthodologiques que ne sauraient

desavouer les économistes français contemporains (i).

Tandis que, avec le concours de J.-B. Say, l’influence d Adam Smith se développait dans l’Europe continennenta le, une ecole proprement anglaise se constituait

Ricardo. Daw’d Ricardo (1772 1823) fut d abord un financier habile et heureux

qui, apres avoir acquis rapidement une grosse fortune! s adonna a la spéculation désintéressée. Ayant lu

des nations, W se consacra a 1 etude des problèmes les plus théoriques de l'Eco-

fin de compte, on paye les produits avec des produits — • nuis

crVs%erven?rs’rchet/^^^^^^^^ ' nouvellement

créés servent a s acheter les uns les autres — se servant rérlnm

q^uement de débouchés, et il ne saurait y avoir de surproduction génê-

l’emploi trop exclusif de la méthode deductjve « Il ne suffit pas, dit-il, de partir des faits iî^flut se placer dedans, marcher avec eux, et comparer incessamment les conséquences qu on rite avec les effets qu’on observe. L’économie

au èti. réè'l 7 (observé) es, la conséquence d“ n

autre fait réel. Elle doit découvrir la chaîne qui les lie et touîours

constater par 1 observation, l’existence des deux points où la chaîne âuilîa'uZ.Tr^r' préliminaire, éd.

nomie politique. Les principes d' Economie politique, qu’il publia en 1817 sur les instances de ses amis, ne rappellent ni la vaste érudition de l’ouvrage de Smith, ni l’ampleur systématique du Traité ou du Cours de J. -B. Say. Ün n’y trouve guère, au total, qu’une théorie de la Répartition, une brève théorie du commerce international, et une série de chapitres sur les impôts. L’exposition est d'ailleurs extrêmement défectueuse — l’auteur ne se faisait aucune illusion à cet égard — ; enfin, les théories exposées par lui et souvent mentionnées sous son nom dans la suite, ne lui sont pas toujours personnelles (i); cependant on ne saurait lui contester une forte part d’originalité, une réelle puissance de pensée, et même, en dépit d’une présentation maladroite^ une grande vigueur dans l’enchaînement des idées.

Sa théorie de la Répartition débute — fort logiquement — par un exposé de la théorie de la valeur. Sans nier que l’utilité soit la condition préalable de la valeur, Ricardo considère toutefois que la valeur d'échange normale dépend du coût de production, et, finalement, du travail. Mais il observe, en ce qui concerne les productions du sol, que, en raison de l’inégale fertilité des terres, le coût de production n’est pas le même pour tous les propriétaires : or, comme le prix du marché se règle sur le coût le plus élevé des marchandises nécessaires pour satisfaire à la demande, il existe, en faveur des propriétaires favorisés, un revenu supplémentaire : la rente, — qui, dans l’exposé de Ricardo, leur est payée par leurs fermiers. — D’autre part, P accroissement de la population exige la mise en culture de terres de moins

(i) La théorie de l’équilibre du commerce international est déjà au moins dans Hume, et on trouve l’idée de rente agricole dans quelques écrits antérieurs.

en moins fertiles, où la production est de plus en plus onéreuse; dès lors, — réserve faite de l’abaissement du I coût qui peut se produire de temps à autre par suite de progrès techniques, — le prix des subsistances tend à s'élever ; il en résulte, au profit des anciens propriétaires, un accroissement de la rente. Quant aux salariés, bien que le taux du salaire dépende, selon Ricardo, du rapport entre le capital (disponible) et la population (ouvrière), il admet cependant que leur revenu ne peut tomber audessous des strictes nécessités de Inexistence, et qu’il tend à s’élever, mais seulement dans la mesure où il le faut pour parer à la hausse du prix des subsistances, et, par conséquent sans profit pour la dasse ouvrière. Enfin, comme, d’après Ricardo, la part des capitalistes ne saurait manquer d’être restreinte par l’augmentation du salaire des ouvriers, les profits iront en diminuant, jusqu’au moment où l’accumulation des capitaux cessera d’être lucrative. Alors, on en arrivera à un état de production stationnaire, tandis que le propriétaire foncier bénéficiera d'une rente toujours croissante.

Cette théorie de la Répartition, dont les prémisses paraissent aujourd’hui aussi contestables que les conclusions, a exercé une grande influence sur le développement de la pensée économique. Nous verrons plus loin qu’elle a fourni de notables arguments aux socialistes et aux adversaires d’une organisation purement individualiste de la production (Lassalle et la loi d’airain, Henry George et la nationalisation du sol).

Mais, tandis que, à l’étranger, on envisageait surtout les applications pratiques de cette large théorie tendancielle, en Angleterre on retenait surtout de Ricardo sa méthode. Renouant, par-dessus Adam Smith, la tradition de David Hume, Ricardo revenait, par l’emploi d’une méthode strictement déductive, à des théories tranchantes, exclusives, et auxquelles le petit nombre

fl

des idees considérées, que l’on retrouve à tout moment, permet de donner aisément la forme d’un système. A cet égard, Ricardo reste, malgré la subtilité croissante des concepts et le perfectionnement des procédés de raisonnement, le véritable fondateur de l’Economie politique anglaise; et son influence est telle que des contemporains, comme M. Marshall, se préoccupent encore constamment de relier leurs concepts à ceux du vieux maître.

A côté de Ricardo, il convient de faire une place à un de ses contemporains, Thomas Robert Malthus (1766- 1834), flui lut pasteur, et professeur d’histoire au collège de Haileybury. Malthus a publié aussi en 1820 des Principes d' Economie politique, qui contiennent des vues intéressantes. Mais sa célébrité est due à son Essai nir le principe de la population, publié d’abord en 1798, d’une façon anonyme, puis en 1803, dans une édition beaucoup plus documentée, sous le nom de l’auteur (i).

Dans la première moitié du xix" siècle, les disciples mmediats de Ricardo forment une pléiade d’auteurs lont les noms sont encore souvent cités dans la littéraure économique contemporaine : Mac Culloch (qui pul)lie des Principes en 1823), le colonel Torrens, James -Vf/// ^ Eléments d’économie politique, 1^2 \), Senior { Abrégé d’Econom.ie politique, 1836).

Puis v'xeui John Stuart Mill (1806-1873), filsde James iv'lill, à la fois philosophe et économiste, comme les an- (iens maîtres de l’Ecole écossaise. Les Principes d'Ecovomie politique parurent en 1848. Ils forment un ou-

(i) Sur la théorie de Malthus, voir plus haut p. i6j. On trou- \era d’ailleurs une excellente discussion de la formule relative à 1 accroissement respectif de la population et des subsistances (pro- ^ression géométrique d’un côté et progression arithmétique de 1 autre) dans le chapitre de M. Gide sur \qs Pessimistes (Gide et Rist, Histoire des doctrines économiques).

vrage méthodique divisé en cinq livres : le premier consacre à la Production, le second à la Répartition, le troisième à 1 Echange, le quatrième à 1’ « Influence des progrès de la société sur la production », le cinquième à r « Influence du gouvernement ». On y trouve au total assez peu de vues vraiment originales (i) ; mais il présente et développe avec une rigueur et une clarté au moins apparentes, et avec une ampleur systématique qui en impose, les théories formulées d’une façon conluse par Ricardo et élaborées par son école. Son ouvrage comporte d’ailleurs une documentation abondante. Néanmoins, Stuart Mill reste avant tout un esprit déductif, amateur de « grandes lois » et de systèmes. Ce philosophe airne à retrouver l’unité dans la diversité ; et il pense avoir apporté une notable contribution à la science Dour avoir expose que le commerce international, malgré l’usage de la monnaie, se ramène à l’idée d’un troc, et que l’influence de la monnaie sur le règlement des échanges aboutit précisément « à ce que les choses se passent comme si la monnaie n’intervenait pas » (2); il s embrouille d’ailleurs assez souvent dans ses démonstrations, et commet parfois d’étranges erreurs de raisonnement (3)- Mais sa bonne foi est absolue ; loin de régler ses théories sur ses opinions, il conforme strictement

(1) Ainsi, la théorie du fonds des salaires, n’est en réalité qu’un des aspects de la théorie du salaire de Ricardo. De même, sa théorie

du commerce international n’est qu’une combinaison des théories emises par Ricardo.

(2) Sur la critique de cette théorie voir B. Nogaro, Le rôle de la

monnaie dans le commerce international et la théorie quantitative Th Paris 1904, ch. n. et iii ’

1, pour 1 analyse de sa théorie des valeurs internationales,

1 étude citée à la note précédente. Pour la théorie du fonds des salaires, voir plus haut p. 79; il suffit d’ailleurs de lire l’exposé 1res bref de Stuart Mill pour se convaincre qu’il a pris l’expression d une vérité arithmétique pour une démonstration économique.

^50 livre aUATRlÈMÊ

ses opinions aux résultats, d’ailleurs pessimistes, de ses théories : représentant éminent du classicisme libéral et individualiste, il va jusqu’à préconiser des réformes à tendances socialistes : abolition progressive du salariat par 1 association coopérative de production ; socialisation de la rente du sol par l’impôt foncier; limitation du droit d’acquérir par succession (i).

^ Au total, l’ouvrage de Stuart Mill est scientifique, sinon toujours par la méthode, du moins par l’intention. Très représentatif de l’esprit classique* il a acquis une diffusion universelle ; et il a cette rare fortune d être aujourd hui encore — soixante-cinq ans après son

apparition — un manuel usuel dans les universités de langue anglaise.

§ 7- — Le libéralisme économique en France : Fr. Bastiat.

Tandis que l’économie politique se développait en Angleterre selon une méthode un peu scolastique, mais dans un esprit purement scientifique, elle dégénérait rapidement en France en un sujet de discussions doctrinales. De Smith et de Say on retenait moins l’enseignement positif que les tendances libérales. L’absence presque complète d’un enseignement officiel explique probablement, pour une grande part, cette évolution : les très rares chaires du Collège de France et du Conservatoire des arts et métiers furent occupées par des hommes de talent, tels que Rossi (1787-1848), Michel Chevalier (i8o6-i879)> Joseph Garnier {1813- 1881); à côté d’eux, il convient d’ailleurs de citer le Suisse Cherbuliei (1797-1^69), dont le Précis delà science

(i) On doit signaler l’influence exercée sur Stuart Wiil par Comte et les Saint-Simoniens.

économique, trop vite oublié, mérite une place à côté des Principes de Stuart Mill ; et enfin Cournol{ 1801-1877), qui, par ses Recherches sur les principes de la théorie des richesses (1838), fut un initiateur de l’Economie politique mathématique. Mais la popularité alla à cette époque aux publicistes, aux polémistes qui se faisaient les champions du libéralisme contre le socialisme naissant.

Journaliste, puis magistrat, Ch. (1786-1862)

a publié un ouvrage qui, sous sa forme définitive (édition de i8q3 en 3 vol.), est intitulé : Delà liberté du travail, ou simple exposé des conditions dans lesquelles les Jorces humaines s’exercent avec le plus de puis-

: sance. Cei ouxïzgc perfectionne sur quelques points les

analyi-es de J. B. Say, mais il est surtout destiné à exposer l’influence de la liberté sur le progrès écono- ■ inique, intellectuel et moral ; et l’optimisme libéral de I l’auteur s accompagne de jugements extrêmement durs ; à l’égard de la classe ouvrière (i).

Frédéric Bastiat (1801-1850) .‘eut, malgré l’extrême brièveté de la période active de sa vie, une popularité beaucoup plus grande, juge de paix ignoré d’un canton des Landes, il commença, en 1844, à écrire une série d’articles, de brocimres et de pamphlets, d’une logique inégale, mais toujours fins et spirituels, et il couronna son œuvre, l’année même de sa mort, par un ouvrage dont le titre suffit à indiquer l’esprit ; les Harmonies économiques. Ce brillant amateur, doté d’une culture insuf-

, (i) « Elle n’a. dit-il, à s’en prendre qu’à elle-même de ses pro-

I près misères - . Ceci, à une époque où le Vjllermé écrivait son I véridique et triste Tuhleau de la situation physique et morale des ou-

I vriers^, 2 vol , 1840. Sur Ch. Dunoyer, consulter l’ouvrage de

M. Vii.LEY, L'œuvre économique deDunoyer, l’étude de M. Allix, La deformation de l'economie politique libérale après J. -B. Say : Ch. Du- ^ noyer [Revue d'histoire des Doctrines écon. 1911, p. 115, et Schatz I L'individualisme éccvcniiquc et social, page 20o et suiv. ’

fisante, mais pourvu de qualités d’exposition merveilleuses, n’a sans doute pas apporté de contribution bien appréciable à la science économique, mais il a très largement contribué à répandre dans le public les notions ' chèresà Téconomie politique libérale. De plus, il a pris une part active à la polémique contre les socialistes, et préparé 1 avènement du régime libre-échangiste de i86o(i).

§ 8. — Sismondi, précurseur de l’école historique.

Sirnonde de Sismondi (1773-1842), historien et écono- ' miste, occupe une place à part dans le développement de la pensée économique au début du xix' siècle. Disciple d’Adam Smith, dont il accentue la méthode d’observation, il s’écarte à la fois de ses successeurs anglais auxquels il reproche leur méthode déductive et abstraite, et de ses adeptes français, auxquels il reproche leur libéra lisme béat. Vivant à cette époque de crises violentes qui accompagnèrent le développement de la grande industrie, témoin du contraste entre l’accroissement de la production, dû au machinisme, et la misère des classes laborieuses, il constate que l’équilibre de la production, cette harmonie, comme dira Bastiat, ne s’établit qu’ « à la longue, et par une effroyable souffrance ». Sismondi n’a d’ailleurs rien d’un polémiste, et sa sensibilité ne fait qu’aiguiser son sens historique. A travers les « lois » simplistes de la « science » classique et libérale, il voit l’humanité, et, par là, la réalité économique, qu’il s’efforce d’expliquer plus en détail. Et c’est ainsi, qu’à un exposé, d’ailleurs excellent, des conditions d’équilibre de la production (2), il ajoute une étude des crises.

(1) Sur Bastiat, consul/er A. Schatz, op. cit., p. 259 et suiv. et Fr. Bidet, Frédéric Bastiat, th. Montpellier, 1906.

(2) Voir notamment les chapitres vi du livre premier et 11 du livre quatre de ses Nouveaux principes, quQ l’on pourrait croire écrits par la plume de M. Marshall.

Les Nouveaux principes d' Économie politique, parus en 1819, contiennent, malgré l’insuffisance fréquente de la dialectique, d’excellentes analyses et témoignent d’un sens de la relativité qui fait de lui un véritable précurseur de V école historique. Il faut ajouter que Sismondi, d’esprit trop scientifique d’ailleurs, pour mêler à la constatation des faits et à la critique qui en résultait implicitement, des projets de réforme sociale, n’en a pas moins ouvert la voie à un grand courant d’idées doctrinales. Sa critique du libéralisme absolu devait aboutir à l’interventionnisme moderne, et son exposé de la concentration de la production et des fortunes devait inspirer directement Karl Marx (i).

§ 9- — Les tendances socialistes dans la première moitié du XIX® siècle : Owen, Fourier, Saint-Simon, Proudhon.

Tandis que la pensée économique tendait à s’élaborer en une science positive, l’antique tradition platonicienne, renouée après la Renaissance par Moruset Campanella, était reprise au xviii® siècle par des penseurs imaginatifs, comme Mably, Morelly, Brissot de Warville (2) ; et elle allait se poursuivre jusqu’au cours du xix® siècle, avec des écrivains, tels que Cabet, qui, dans son voyage en Icarie, inspiré de Morus, décrivait à

son tour la cité idéale, qui était à ses yeux une société communiste (3).

(i ) Sur Sismondi, consulter l'ouvrage de M. Aftalion L'œuvre économique de Sirnonde de Sismondi, ih.. Paris, 1899. ’

(2) Voir A. Lichtenberger, Le sociahsmeau xviiie siècle.

(3} Cabet fonda une société communiste aux Etats-Unis (1843), qui vécut, après s’être beaucoup transformée, jusqu’en 1898. Voir

les deux ouvrages de M. Prudhommeaüx, Etienne Cabet Histoire de la communauté icarienne.

Nogaro ..

Mais de nouvelles circonstances devaient encore favoriser l’éclosion des systèmes de réforme économique et sociale : l’esprit révolutionnaire allait se joindre à la critique de notre organisation économique pour favoriser un mouvement « socialiste », où l’action politique allait souvent se mêler au développement de la doctrine.

C’est ainsi que , dès l’époque delà Révolution française, Babeuf s proposé de parachever l’œuvre politique accomplie par une réforme agraire à tendances communistes (i). Vers la même époque l’Anglais Godwin (1756-1836) s’en prend à la propriété privée (2).

Puis apparaît, en Angleterre, une physionomie singulière et puissante, celle de Robert Owen (1771-1858), gros industriel philanthrope, qui contribua à répandre la notion et le mot, alors nouveau, de socialisme (3). Owen toutefois n’est pas un révolutionnaire; il songe à abolir le profit, non par l’expropriation des capitalistes, mais par la création de capitaux nouveaux (4).

(1) Babeuf, après avoir répandu ses idées dans diverses publications, et notamment dans Tribun du peuple, tenta de les réaliser par une conjuration qui lui coûta la vie (1796). Voir les extraits publiés par M. A. Thomas, sous le titre : Babeuf. La doctrine des égaux. Voir aussi A. Lichtenberger, Le socialisme et la révolution française.

(2) Dans An enquiry concerning political justice, 1793.

(3j Une brochure publiée par lui en 1841 était instituée What is 50Cîa/i5w? Cependant le publiciste français Pierre Leroux avait déjà forgé ce mot, qui fut vulgarisé ensuite par l’ouvrage de L. Rey- BAUD, Etude sur les réformateurs ou socialistes modernes, Paris, 1840-

(4) Robert Owen écrivit peu ; mais il réalisa dans son usine un grand nombre d’innovations (réduction de la journée de travail, oeuvres patronales diverses). Il se trouva ainsi en relations avec la société aristocratique anglaise et avec des souverains étrangers. En 1825, il fonda en Amérique la colonie de Ntzu Ilarmony, organisée d’après ses idées, et qui ne réussit pas. Il avait également tenté à Londres, l’expérience d’un Magasin d'échange, où les marchandises étaient vendues et achetées en bons de travail correspondant exac-

Vers la même époque, un penseur inoffensif, mais à l’imagination déréglée, Ch. Fourier (1772-1827), exposait, dans des ouvrages aussi incohérents que prolixes, un système de communautés agricoles : grâce à une connaissance toute personnelle de la psychologie humaine, Fourier pensait rendre le travail attrayant par sa variété même, et il se proposait d’organiser la société en de petits groupements ruraux ou pha}ansléres{àQ 1600 personnes environ), où la consommation se ferait en commun comme la production. Toutefois, Fourier n’est pas à proprement parler un socialiste : il se défend de l’être, et, en effet, il conserve la propriété privée et héréditaire : la vie en commun dans le plalanstère n’empêche pas les uns d’avoir apporté des capitaux, les autres seulement leurs bras ou « leurs talents », et la répartition de se faire en conséquence. Mais le programme de Fourier n’en vise pas moins à l’abolition progressive du salariat.

Cet auteur, plus en vogue aujourd’hui peut-être que de son temps, doit sa notoriété moins à ses plans constructifs, aussi naïfs qu’incohérents, qu’à la pénétration de certaines critiques et à la précision en quelque sorte divinatoire avec laquelle il a entrevu certains aspects de l’évolution économique moderne. Sa critique de l’organisation commerciale notamment a retenu l’attention de certains économistes, et le double souci qui apparaît dans son œuvre de supprimer l’intermédiaire et de préparer l’accession des travailleurs à la propriété l’a fait considérer comme le père du mouvement coopératif moderne i).

tc'ment au temps de travail nécessaire pour les produire. Cette expérience ne réussit pas davantage. Par contre, il convient de rappeler que les Pionniers de Rochdale, fondateurs de la coopération de consommation, sans procéder directement de ses idées, furent de ses disciples.

(t) Voir V Introduction de M. Ch. Gide aux AforcMt/x choisis de

Avec Saint-Simon (1760-1825^ et ses disciples (i), la pensée économique franchit une étape vers le socialisme contemporain# C#e n est pas que Saint”Simon lui^même soit hostile au principe de la propriété privée : il se borne à critiquer Vmsuffisante organisation delà production (2), et A préconiser un système de gouvernement économique, où des chambres, composées de savants, d’ingénieurs, d’artistes, de chefs d’industrie, s’efforceront de coordonner, d’améliorer, et d’accroître la production.

En somme, la doctrine de Saint-Simon était beaucoup plus « productiviste » que socialiste. Mais cet aventurier grand seigneur avait groupé autour de lui des disciples de marque . Augustui Thierry et Auguste Comte, qui furent successivement ses secrétaires ; deux banquiers, les frères Rodrigues, enfin Enfantin et Bavard (3) ; et ces derniers, en exposant et en développant ses idées* en tirèrent des conclusions autrement subversives. La théorie qui se dégage de Y Exposition de la doctrine de Saint-Simon {1829) faite par Bazard et Enfantin (4),

Fourier. — Sur Fourier on peut consulter encore l’ouvrage tout à fait complet de M. H. Bourgin, th.. Lettres, Paris, 1906 et les Extraits publiés par le même auteur.

(1) Sur le comte de Saint-Simon, dit Saint-Simon, lire l’ouvrage de M. G, Weil, Saint-Siwon et son œuvre, — Voir aussi Muckle, Heinrich von Saint-Simon.

(2) Les Saint-Simoniens, qui ont lu Sismondi, sont très frappés par ce qu’ils appellent déjà l’anarchie de la production. Ils constatent qu’une « vue générale des besoins de la consommation » fait défaut aux producteurs, et aussi que la direction des entreprises,

liée à la possession des capitaux est souvent dévolue au hasard dé '

la naissance. Mais, peu familiarisés avec la théorie de la valeur, ils

négligent le ?ôle coordinateur du mécanisme de la détermination des prix.

(3) Les Saint-Simoniens, comme les Physiocrates, constituaient

une véritable « secte » ils en arrivèrent même à constituer une sorte d’Eglise.

(4) Cet ouvrage est un recueil de conférences faites devant des

aboutit à un système auquel il ne manque plus guère, pour être un système collectiviste, que le nom : la propriété privée cessera d’être héréditaire ; YEtat, devenu maître des instruments de production, les distribuera au mieux de l’intérêt général ; il sera avant tout un banquier, qui fournira les capitaux a.ux individus les plus aptes à en tirer parti, de telle sorte que personne ne soit oisif et que chacun reçoive un revenu proportionné à ses capacités.

Il n’y à plus là aucune idée de communauté de consommation ; ce n'est plus du socialisme égalitaire; seul, le point de départ dans la vie économique sera égal. Par là, quoique les publications des Saint-Simoniens soient en partie antérieures à celles d’Owen ou de Fourier, ou tout au plus contemporaines, leur doctrine apparaît comme beaucoup plus moderne. Et, quoique l’alure religieuse prise par le Saint-Simonisme l’ait assez rapidement discrédité, la haute notoriété et l’influence personnelle de ses adeptes lui assurent une place importante dans l'évolution de la pensée économique contemporaine.

La doctrine Salnt-Simonienne fut d’ailleurs la principale source d’inspiration de Louis Blanc (1813-1882), qui, dans son livre sur Y Organisation du travail {1841) expose son projet de créer des ateliers sociaux, lesquels ne sont autres, en somme, que des sociétés coopéraratives de production. Le projet de Louis Blanc est très simple ; et, s’il est utopique, c’est surtout pour avoir attribué à ce mode d’entreprise qu’est la coopérative de production une vitalité et une puissance d’expansion que ’expérience ne permet guère de lui reconnaître (i).

hommes tels que H. Carnot, Ferdinand de Lesseps, les frères Pereire, Michel Chevalier.

(i) Publiciste et historien, Louis Blanc, fit partie du gouvernement, de 1848, et dut, bien malgré lui d’ailleurs, organiser les ateliers nationaux, qui ne correspondent nullement à sa conception

^ Plus éloigné encore de l'utopie que les Saint-Simoniens, et moins constructif qu eux, refusant d'ailleurs ainsi qu’eux-mêmes et que Fourier, de se considérer cornme socialiste, Proudhon (1809-1865) n’en a pas moins contribué à frayer la voie à la pensée socialiste. Sa célébrité remonte à un mémoire, publié en 1840 sous le titre Ouest^ce que la propriélé ? et contenant celte réponse énergique et brève : c’est le vol.

Cependant, le développement ultérieur de la pensée de Proudhon ne devait pas aboutir à la suppression de la propriété privée, si violemment attaquée dans ses premiers écrits ',1). Il prétendit finalement concilier le maintien de la propriété et de la liberté du trav'ail avec la disparition des revenus sans travail, en modifiant sim )lement les conditions de Véchaiii^e, en organisant le crédit de manière à mettre des capitaux à la dis-

position des travailleurs. Une banque mutuelle, fondée sans capital, et émettant, en échange des traites escomptées, des bons acceptés par ses membres, devait permettre de réaliser cette conception. La révolution de 1848 lui donna, un peu prématurément à son gré, l’occasion de préciser ses idées, et même d’en tenter, mais en vain, la réalisation pratique (2).

des ateliers sociaux. Voirie petit volume de Tchernoff, Louis Blanc.

(1) L’oeuvre de Proudhon est réunie en trente-sept volumes. Parmi ses principaux ouvrages, il convient de citer les Contradiclions économiques. Sur Proudhon, consulter les ouvrages deM. Karl Diehl, H, Bourgin, C. Bouclé. Voir aussi Isambert, Les écoles socialistes de iSi’) à 1S4S, et enfin les extraits de nombreux auteurs publiés par

MM. G. et H. Bourgin, sousletitre Le socialisme français de il8o a 1S4S. ^

(2) Proudhon se tint à l’écart des efforts tentés par le gouvernement de 1848 pour réaliser les formules socialistes du droit au travail ou de l’organisation du travail. Mais il constitua, par devant notaire, une société, la Banque du peuple, dont le capital ne fut d ailleurs pas souscrit, et qui ne fonctionna pas. — Voir Aucüy, Les systèmes socialistes d'échange, th., Paris, 1907.

§ 10. — La formation de l’économie nationale et de l’école historique en Allemagne et en France : Frédéric List, W. Roscher, Le Play, E. Levasseur.

Jusqu’ici, c’est d’Italie (mercantilistes), d’Angleterre et de France que nous avons vu partir les larges courants d’idées qui caractérisent l’évolution de la pensée ^

économique ; quant aux économistes allemands, leur notoriété n’a guère dépassé les limites de leur pays, et, tandis qu’ils subissaient les influences extérieures,^ ils n’ont guère exercé d'influence au dehors (i). L économie politique était sans doute apparue dans les Llniversités allemandes, mais elle y figurait en rang modeste parmi les KaineTalwisseuschajten (les sciences cameraies, c’est-à-dire les sciences administratives), à côté du droit public. Peut-être est-ce à cette localisation originaire de l’Economie politique parmi les disciplines juridiques que sont dûs les caractères de son développement ultérieur en Allemagne : tandis que l’économie politique anglaise, issue delà philosophie, est restée une discipline un peu scolastique, 1 Economie politique allemande s’est affirmée, peu après avoir pris son autonomie,

comme une science positive.

D’autres circonstances d’ailleurs devaient contribuer à développer chez les économistes allemands le sens de la réalité, et aussi celui de la relativité, en d’autres termes ce sens historique qui semble etre la condition générale du développement de l’esprit scientifique en ma-

(i) On ne doit cependant pas méconnaître le mérite d’homme s tels que Rau (1792-1870), qui paraît continuer la tradition descriptive autant que théorique de Smith, Hermann (1795-1863), vop Mangoldt (1824-1868); et il faut signaler un économiste très original, von Thünen (1783-1850), qui dans son ouvrage,

Staat, paru en 1826, fait de curieuses applications de la méthode

mathématique.

tière de sciences sociales. L’Allemagne de la première moitié du xix*" siècle, libérée du joug étranger n’avait pas encore réalisé l’unité politiqLe. ni même’ l’ùnhé economique qui étaient les conséquences nécessaires jl une conscience nationale. Sans doute, la doctrine liberale, en préconisant la liberté des échanges et la suppression de ces^ nombreuses barrières douanières dont 1 Allemagne était encore hérissée, donnait en partie satistaction aux aspirations du moment. Mais, en même temps qu apparaissait le besoin d’abaisser les barrières qui séparaient des Etats de même langue et de même culture, le besoin se manifestait aussi de donner au groupement de ces Etats une unité sensible, tangible, qui ne pouvait se réaliser qu'en établissant une frontière douanière entre 1 Allemagne et l’étranger. En même temps aussi, il devenait évident que l’Allemagne, riche

w"’ capitaux, n’avait pas

a teint le degré de développement économique auquel

elle pouvait prétendre ; or, des industries nouvelles ne pouvaient iiaitre qu'en les protégeant contre la concurrence inégalé d industries étrangères déjà en pleine aaivite. Le libre-echange, dogme de l’école classique, apparaissait désormais comme une doctrine conforme non pas aux intérêts d’une nation quelconque, à un moment quelconque de son évolution, mais d’une nation pleinement développée comme l’était alors l’Angl^erre, et comme ne l’était pas l’Allemagne.

furent mises en lumière Frédéric List ( y «9-1846) dans son Nationale System der polilischen üikonomie (ibqi) (i); eteetauteur se trouve ainsi être le

-pni'aJ’ promoteur du Zollverein. Le premier volume

par Riche’LfVs'rM “

Pnn soppose aux classiques surlout en coniestant

lUe 1 on doive se préoccuper exclusivemenl d'acquérir monienia.

fondateur de l’Economie nationale, tout en frayant la voie à l’école historique.

Le premier représentant officiel de l école historique allemande fut JF. Roscher, professeur à l’université de Güttingen, qui indiqua sa conception tout d’abord dans un modeste Précis, paru en 1843 ; puis il la développa dans des Principes d’ Economie politique, 4 volumes, 1854. L’économie politique, avec Roscher, se tient (t en contact étroit avec les autres sciences de la vie nationale, en particulier avec l’histoire du droit, 1 histoire politique et l’histoire delà civilisation » ; en somme, elle se relie de nouveau aux sciences camérales : elle devient descriptive, et tente d’expliquer la réalité vivante dans le détail, au lieu de se confiner dans des lois abstraites; mais Roscher juxtapose sa description aux théories classiques, plutôt qu’il ne cherche à reconstruire la théorie avec une autre méthode.

Cette nouvelle prétention lut celle de Hildebrand (1) et de Knies (2), compatriotes et contemporains de Roscher. Cependant, au total, ceux-ci n’abordèrent pas une reconstitution d’ensemble ; ils se bornèrent à rédiger des études monographiques, sur des sujets assez^ limités d’ailleurs très précises, et de réelle valeur scientifique.

L’école historique désormais allait prévaloir en Allemagne (3). Son titre ne doit pas faire croire qu’elle se

nément les marchandises au meilleur compte. Il faut, au contraire développer avant tout, d’après lui, la force productive de la nation. Il montre aussi l’intérêt qu’il y a à posséder dans un même pays,^ des branches de production variées (industrie et agriculture), qui se stimulent réciproquement parleur rapprochement même. Ces idées ont été reprises aux Etats-Unis par Garey, dans ses Principes de la

science sociale, publiés en 1858-1,9.

(1) Die Nalionalakonomie der Gegenwart und Zukunjt, 1848.

(2) Die politische Œkonomie vom Standpunkte der geschichtlichen Méthode, 1853. . . ,

(3) Les économistes allemands paraissent d’ailleurs avoir ignore

^ismondi et aussi Aug. Comte.

Ir]

soit livrée exclusivement ni même principalement h des recherches rétrospectives sur Thistoire économique ; elle étudie surtout les laits contemporains, mais avec la méthode patiente de Thistorien, en serrant de très près la réalité, et en s edorçant, contrairement à TEcoleanglaise, d’expliquer d’abord les aspects concrets de la vie économique avant d’en rechercher les principes.

Cette méthode n’allait pas tarder à prévaloir aussi en France. Déjà Stsifioudi , comme nous l’avons vu plus haut, en avait été le représentant, isolé, il est vrai, bien avant que les principes de l’historisme aient été l.;rmulés en^ Allemagne. Un ingénieur, Fvédéric Le Llay (1806-1882) allait faire de la méthode historique une application très particulière en elFectuant, par des enquêtes directes, des monographies d’existences ouvrières, afin de bien apprécier la condition économique des masses populaires dans les divers pays (i)* Enfin Emile Levasseur (1828-191 r) a donné, à partir de 1854, d excellentes monographies, rédigées dans un esprit lussi rigoureusement scientifique que les travaux les plus récents (21, puis d’importants ouvrages d’ensemble sur I histoire économique (3). N’ayant à aucun degré ce sectarisme qui fait souvent les chefs d’Ecole, cet infati-

(0 Le Play, Les ouvriers européens, 6 vol., Paris, 185s Les ou- >riers des deux mondes, 8 vol., Paris, 1858. La réforme sociale 1864- «93. La méthode « monographique » de Le Play continue à être ; pphquée par ses disciples. Voir ViGxVES. La science sociale d'après les l'rincipes de Le Play, 2 vol Le Plav a été aussi l’initiateur d’un mouvernent chrétien de réforme sociale. Voir plus loin, ij 13. Les laees théoriques et doctrinales des deux écoles qui se réclament de lui J ont exprimées dans deux revues : la Science sociale et la Réforme sociale.

[2] Recherches Insloriques sur le système de Laiu, 1854, La question

ce lor. 1858. ■'

(3) Notamment son Histoire des classes ouvrières et son Histoire du c ymmerce del a France.

gable travailleur n’en a pas moins exercé, par ses œuvres et par son exemple, une influence durable.

§ 11. — Le socialisme d’état et le collectivisme en Allemagne : Rodbertus, Lassalle, Karl Marx.

Le même esprit positif qui commence à pénétrer la littérature économique en Allemagne et en France,^ au milieu du xix" siècle, tend à se répndre et à se développer aussi dans la littérature socialiste. Tendancieuse par le but même qu’elle poursuit, puisqu’elle a pour objectif une rénovation sociale, la pensée socialiste va cependant mettre peu à peu au service de sa thèse les procédés de critique et dé construction historiques. Désormais, elle va s’efforcer de présenter son idéal social comme le résultat prochain de l’évolution économique. Et c’est, en effet, en Allemagne, terre d’élection de l’historisme économique, que le socialisme nouveau, le socialisme « scientifique » comme diront ses adeptes,^ va se développer avec le concours de trois personnalités originales, RodberitiSi Lassalle et Karl Marx.

Rodbertus, un gros propriétaire prussien (1805 -1875) (i) s’inspire directement de Sismondi et des Saint-Simoniens; il pense que l’organisme économique ne fonctionne pas bien de lui-même i l’échange libre aboutit à fournir aux capitalistes et aux propriétaires fonciers une part — toujours plus grande d’ail eurs (2) — d’un produit qu’ils n’ont pas créé ; et ils vivent dans le luxe, tandis que d’autres peuvent à peine pourvoir à leup besoins essentiels. Rodbertus conclut donc que l’Etat doit prendre la direction de l’activité économique. Cependant, il ne

(i) Sur Rodbertus, consulter l’article de M. Ch.Rist, dans l’histoire des doctrines déjà citée et Ch. Andler, Les origines du socialisme d'Etat en Allemagne, 2® éd.

(2f Sur cette proposition, voir plus haut, p. 107.

^■a pas jusqu’à demander la suppression de la propriété ft de 1 entreprise privées. Ce gros propriétaire foncier I a rien d un levolutionnaire. Il se contente de vouloir r ous (( faire passer par une évolution pacifique » du système de la propriété privée « à cet ordre social qui doit 1 ai succéder historiquement, lequel reposera sur le mér te et sur la seule propriété du revenu ». Et il demande, dans ce but, que, tout en laissant subsister la propriété e . 1 entreprise privées, l’Etat intervienne dans les rapports entre le capital et le travail ; d’abord en obliaeant us chels d’entreprise à déposer les produits de leurs entieprises dans des magasins publics 5 ensuite, en leur re-

n ettant en échangé de leurs produits des bons de salaire ei alliés en travail ( i ) .

Feidinand Lassalle ( 1825-1864) partage avec Rodberti s et Marx la croyance en une évolution historique cjiii aboutira à la disparition de la propriété privée. Agitateur populaire et orateur élégant, Lassalle a une physionomie bien différente de celle de Rodbertus. Mais les nécessités mêmes de l’action l’obligent à res- L. ,indre plus encore son programme pratique, et il se borne à préconiser, comme Louis Blanc, la création,

a\ ecl appui de EEtat, de sociétés ouvrières de production.

Enfin, avec la puissante figure de Karl Marx (18 r8- 1883;, nous voyons apparaître le théoricien le plus compht du socialisme moderne. De son célèbre ouvrage, le

i) Signalons à côté de Rodbertus, un auteur qui est passé à peu pr;s inaperçu en son temps, mais dont les écrits ont été remarqués dans la suite, Winkelblech (1810-1865), qui écrivit, sous le pseudonyme de Karlo Marlo, des Untersuchun^en üher die Ormni.ation der Arheif. Voir Allix, Vanivre économique de Karlo Mario ih , Paris, 1898. ’

Capital {i)^ on peut dégager deux conceptions essentielles : d’abord, une théorie de la plus-value, appuyée sur la théorie classique de la valeur ; puis une conception de révolution économique, qui, basée sur l'observation des faits contemporains, tend à présenter l’avènement de la propriété collective comme une nécessité historique.

La conception marxiste île la plus-value a pour but, non plus de critiquer l’exploitation du travailleur par le capitaliste, mais de Vexpliquer par la théorie de la valeur : Marx, adoptant la notion ricardienne de la valeur Jondée sur le travail ou le coût de production, prétend expliquer le profit par les propositions suivantes : 1“ le patron vend le produit à un prix correspondant à la quantité — au temps — de travail qu’il contient ; 2° par contre il paie à l’ouvrier, non pas tout le temps de travail fourni, mais seulement un salaire correspondant aux strictes nécessités, au coût, de l’existence ouvrière ; 3° enfin, la valeur des subsistances nécessaires à l’entretien de l’ouvrier est inférieure à la valeur des produits de son travail : de telle sorte que, par le seul jeu des mêmes lois de la valeur, appliquées à la fois aux marchandises et au travail salarié, le patron se trouve jouir gratuitement d’une partie du travail de l’ouvrier, et reçoit une partie du produit de son travail, une plusvalue (2).

Cette théorie, aussi superflue qu’incorrecte, n’a pas tardée à être rejetée même par les adeptes de la doctrine

(1) En trois volumes, dont le premier fut publié en 1867, et les deux autres après la mort de l’auteur, en i88> et 1894. Il faut citer aussi, parmi ses oeuvres, le Manijeste du parti communiste rédigé en collaboration avec Engels et publié en 1848 (trad. franç., de Benoit Malon, rééditée avec une introduction de M. Ch. Anler).

(2) Voir P. Moride, Le produit net des Physiocrates et la plus-value de Karl Marx, ih,, Paris, 1908.

nVRE QUATRIÈME

marxiste. Quant à la conception de l’évolution historique et nécessaire vers la propriété collective des insti uments de production, qui est étayée non plus sur une d alectique surannée, mais sur l’observation historique, e.Ie est restée digne d’un examen plus approfondi. Karl iV arx montre par 1> histoire la concentration croissante des c.' pitaux avec le développement de la grande industrie, leur accumulution dans un très petit nombre de mains, lû « prolétarisation » croissante de la masse des travailleurs, qui d’artisans deviennent salariés, et, après a\oir vendu leurs produits, en sont réduits à vendre leur trivail ; il montre la séparation toujours plus tranchée d( la classe, riche et peu nombreuse, des capitalistes, et dt la classe, nombreuse et pauvre, des travailleurs niant els; et il conclut à la nécessité de la lutte de classes.

Mais il va plus loin encore ; il prévoit que cette évolution du régime capitaliste vers la concentration, qui s effectue par je seul jeu de la force interne qui est en lu,, aboutira a sa propre destruction i les capitaux liniro it par se concentrer en un si petit nombre de mains qn une révolution de la masse prolétarienne ou une grande crise économique suffira alors à faire passer enire les tnains de l Etat la production ainsi concentrée \ c’est la « thèse catastrophique », sur laquelle s’achève cette imposante conception d’une évolution, jusque-là spontai ée et fatale (ly.

Des faits nouveaux, tels que d’une part, la formation de: trusts, et, d’autre part, la constitution des syndicats ou Tiers et de leurs puissantes fédérations, sont venus,

( :) L’évolution sociale apparaît à Marx comme conditionnée beaucoup moins par le mouvement des idées que par les transformatiot s de la technique. Cette conception a donné naissance au matérialisme historique. Voir notamment Labriola, Li conception matérialiste de l'histoire.

dans une certaine mesure, apporter une confirmation posthume à cette vision d’avenir. Mais, par contre, l’évolution vers la concentration est devenue indécise (i); |

les crises auxquelles Marx et les autres socialistes atta- |

chaient une si grande importance sont devenues moins intenses ; le sort de la classe ouvrière n’a cessé de s’améliorer peu à peu.

Ainsi il est apparu que la science historique ne permettait pas de prévoir, comme Karl Marx avait cru pouvoir le faire, le sens de l’évolution économique. Il a f^allu reconnaître que, contrairement aux prétentions du |

maître et de ses disciples immédiats, le socialisme ne pouvait être « scientifique ». Le « collectivisme » — |

c’est ainsi que la doctrine de Karl Marx a été dénom- |

mée par ses adeptes français — est redevenu, comme ■

tous les autres systèmes socialistes, un idéal corres- !

pondant à des préoccupations de justice sociale, dont j

Karl Marx prétendait vainement se défendre. Le j

plus qu’on en puisse dire est qu’il ne semble pas contenir de contradiction interne, qu’il n’est pas manifestement irréalisable, et que l’on peut, par conséquent, se proposer de le réaliser, ou du moins de s’en rapprocher (2;. Mais il faut ajouter que le collecti- i

visme intégral reposerait sur une organisation de la production essentiellement différente de celle que nous connaissons, et dont le fonctionnement reste absolument |

problématique (3). 1

(1) Voir plus haut t. I, p- 47. — Voir aussi l’ouvrage désormais classique de M. BoüRGUIN, Les systèmes socialistes et V évolution écono-

mi'iue. ;

(2) On trouvera un exposé moderne des conceptions collecti- j

vistes dans G. Rknard, Le régime socialiste, et dans Vandervelde, i

Le collectivisme. Voir aussi Jean Jaurès, Etudes socialistes. i

(3) Rappelons ici que la production des entreprises privées a un régulateur, imparfait sans doute, mais efficace, qui est dans le mé-

(cependant, tandis que le collectivisme, formule extreue et absolue du socialisme d Etat, se dissolvait ain >i sous la critique, non seulement des économistes, ma s des écrivains socialistes eux-mêmesi i), l’idée d’une inUrveniion plus large de l’Etat sur le domaine écononiK ue apparaissait de plus en plus comme conforme aux nécessités de 1 économie temporaine. Déjà, au milieu du XIX siècle, Michel Chevalier, et surtout Dupont-White (2) ava ent protesté, en France, contre le dogme de la noniiitt rvention de 1 Etat. En 1872, le congrès d’Eisenacb, qui réunissait un grand nombre d’économistes et de juri )Consultes allemands, s efforça de réhabiliter contre de Manchester les fonctions économiques de 1 E 1 1 1 . sans vouloir tracer une ligne de démarcation pré( ise entre les domaines de 1 initiative privée et celui de l’intervention étatique, ces socialistes de la chaire, con rne on les a appelés (parce que c’étaient pour la plupart des professeurs) ont cru d abord devoir constater l’évolutionqui étend, entait, les atiributioxisde l’Etat, et, de )Ius,^ préconiser cette extension, dans les circonstances où elle semble opportune (3). Il convient d’ajouter ( ue le développement récent de la législation industriel.e, des assurances sociales, des monopoles d’Etat et

canis ne de la détermination des prix (Voir plus haut, t. l, p. 562).

Et c( St un régulateur incompatible avec la conception collectiviste.

7 > 7 ^ So^ialinius und sopale Beuégufw im tq teii

Jahrh uiderl Bernstein, Die Voraussetiiwgen des Soiialismus. — G.So- -k

REL, La décomposition du marxisme. — Sur la littérature socialiste

en general, consulter Stammhammer, Bibliographie des SoTialismus nna i ommunismus.

(2) Wo\x {'Individu et l'Etat (1847) et la préface à la traduction de la Liberté de Stuart Mill (1860).

(3) Consulter notamment les ouvrages du professeur A. Wagner

de Berlin : sa Grundlegung (trad. franç., chez Giard et Brière, Les fondements de l Economie politique) e: son livre Finannuissenschajt und S'aatssoitahsmus. ^

des entreprises municipales, mettent cette conception

doctrinale en accord avec les faits (i).

§ 12. — Les doctrines de la nationalisation du sol, et les déductions socialistes de la notion de re nte : Henry George ; les socialistes Fabiens.

En même temps que des projets de socialisation intégrale, se développaient peu à peu, des projets de socialisation, ou de nationalisation du sol. La propriété du sol a été longtemps considérée comme la propriété par excellence ; et, pendant longtemps, les critiques socialistes s’en sont prises tout particulièrement à elle Cependant, avec le développement de la richesse mobilière et des c( capitaux circulants )), ces conceptions eussent peu à peu perdu leur portée théorique, si la théorie de la rente n’était venue leur rendre une signification précise. La rente du sol, si vigoureusement mise en lumière par Ricardo, apparaissait non seulement comme étant essentiellement un revenu sans travail, une plus-value non gagnée {unearned incrément), mais aussi comme un revenu destiné à s'accroître indéfiniment avec le progrès de la civilisation. Aussi vit-on bientôt des auteurs, tels que Stuart Mill, demander la confiscation au moins partielle de ce revenu au profit de la collectivité. Un publiciste américain, Henry George 1897), dans un ouvrage qui eut un grand succès, Progress and Poverty (1879), poussa les conséquences de la thèse ricardienne à l’extrême : il affirma, sans démonstration bien précise, mais avec conviction et éloquence, que la rente toujours croissante perçue par le propriétaire foncier absorbait tout l'accroissement du revenu

*ii

’li

(1) Voir t. I et t. II, 3® partie, Consommation, ch. v.

’ «' >' en en

eomnie celui des Pliysiocrit'es dTh '’ ‘"'¥‘

•ioctrine eut un s^d snr.t ’f (')• Cette

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ces ligues pour préconiser l’inr ? constitua

D’autres\an,eSè,ent uTuTt'

ei apparence, en réclamant la r 9^^'^ du moins

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■ ^5,3 par l’économiste alltlmî^ ct n d\'ns“u?r^ ii genieux (21, qui nassa ossen un ouvrage

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Piofesseur à LausinneT^. IValras,

’irakde la société ( iZ’’-j) (^\ rfeme

R. JFalhce (4). Mais ces ân r'’ '®"-'’'“''‘''Este anglais

qt a une expropriation “ec MemnitT^fe"''" retwverà l’Etat tout on partie Th re 't»’ fm ^

lie "i^d-id'^iistr^é

la 'ente étant comme nn. socialistes :

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conséquences extrêmes • car t jusqu à ses

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•-.veradLrmais^nTesSr^'dfir'^*:^^^^^

sol' If gj^tnnes .|e la nationalisation du

A. métis-, i”" Voir

individu un capital pour tavoriser cette initiative. |

Mais aussi il apparaît, si l'on donne aux doctrines de î

la confiscation de la rente une telle portée théorique, ■

qu’il fiiut considérer non plus seulement la rente du ?

sol, mais la rente au sens large qui est généralement |

adopté dans l’économie politique contemporaine. Telle i

est, en efiét, à peu près la position adoptée par cer- |

tains socialistes Fabiens, notammeni par M. et M"’® ÏVebb, j

qui tendent au collectivisme (i). |

§ 13. — Les tendances doctrinales contemporaines : libéralisme ; interventionnisme ; solidarisme ; socialisme chrétien.

Le développement scientifique de la pensée économique a créé une atmosphère peu favorable aux systèmes I

doctrinaux. De plus en plus, il apparaît que c’est déjà une I

tâche fort ardue, et bien loin d’être achevée, que de comprendre et d’exposer le mécanisme de la vie écono- y

mique dans la société actuelle ; décrire par avance une j

organisation économique basée sur d’autres principes, r

comme le serait, par exemple, le collectivisme, semble !

aujourd’hui une tâche inaccessible. En tous cas, un *

effort de ce genre dépasserait de beaucoup les limites d’une |

œuvre de science. Mais des tendances diverses et diver- l

gentes subsistent encore dans l’esprit des économistes.

Il en est qui s’en tiennent aux principes du libéralisme, et estiment que, tout compte fait, la société ne peut que gagner à une abstention aussi complète que !

possible de l’Etat dans le domaine économique ; géné-

(i; Voir les Fahian Essays et les Fabian Iracls. Toutefois, les Fabiens, qui sont des socir listes anglais, ne sont nullement révolu- i

tionnaires ; ils s’intitulent fabiens du nom de Fabius cunclator, le temporisateur. Et, en pratique, ils s’occupent surtout de réaliser, ‘

par la législation ouvrière, un commencement de socialisme d’Etat. ;

râlement libre-échangistes, les libéraux s’efforcent de signaler^ ^es vices du protectionnisme, et soumettent à une critique rigoureuse les divers modes d'intervention uel htat ; très sceptiques sur ses aptitudes à gérer des exploitations autonomes, ils manifestent également une grande défiance à l’égard des innovations législatives, et ne font, pour la plupart, que des concessions progressives a la législation ouvrière.

Au contraire, un grand nombre d’économistes, tout Ml reconnaissant que notre organisation économique ist principalement basée sur la propriété et l’initiative jinvées, et subsidiairement seulement sur l’action de htat, constatent que 1 un et l’autre facteurs ont un rôle : jouer dans la ^ vie économique, et admettent une < xteiision des attributions de l’Etat, dans les cas où elle ]'arait opportune, soit pour des raisons de sécurité,

( liygieiie, ou de justice sociale, soit encore pour des raisons financières ou d’autres raisons pratiques. Cts interventionnistes ne sont généralement guidés que par c es considérations d’opportunité (i) ; et leur tendance, t'es répandue parmi les économistes contemporains, e;t souvent liée à une certaine défiance cà l’égard des « glands principes » et des systèmes, quels qu’ils soient, cependant il en est aussi qui peuvent, en donnant à urs conceptions une allure systématique, se rattacher ai socialisme d Etat, décrit plus haut. C’est ainsi qu’en l--ance la politique interventionniste, qui tend à assurer la classe ouvrière contre les principaux risques de l’existence, a été présentée comme l’application d’une doc- i sohdariste(2). '

.1) Un interventionnisme très mesuré a été longtemps représenté

al université de Paris, par M. Cauwès, qui a, en même Vnm

largement contnbué a orienter l’économie politique française vers une méthode historique et réaliste. que irançaise sers

La formule du solidarisme, rendue populaire par M, Léon

Une tendance analogue à la systématisation se manifeste chez certains socialistes chrétiens, quoique dans des orientations bien diverses : les uns (surtout parmi les catholiques) tentent de restaurer par le moderne syndicat, l’antique association corporative ; d’autres se proposent de généraliser les associations ouvrières de production ; d’autres enfin professent des doctrines fort voisines du collectivisme (i).

Mais il convient d’ajouter que les systèmes doctrinaux se réfugient de plus en plus en dehors du domaine de la science. Le collectivisme est resté l’idéal d’un parti politique ; mais il ne semble pas qu’il représente une doctrine admise par des économistes de profession, fussent-ils adhérents à ce parti. Le communisme fournit encore une thèse aux littérateurs de l'anarchie (2). Mais déplus en plus, les élucubrations doctrinales deviennent étrangères au développement de la pensée économique. Et il faut ajouter, à la louange de la science économique contemporaine, que, si les différences de caractère, d’ambiance ou de culture générale se traduisent encore, chez les économistes, par les divergences d’opinion, ces divergences n’influent plus guère aujourd’hui sur leurs méthodes de travail : ils savent que leur tâche se borne à exposer ce qui est, sans se préoccuper de ce qui doit ou devrait être, et qu’ils ont le devoir de faire connaître le résultat intégral de leurs recherches, sans souci des conséquences doctrinales qui peuvent en être tirées par d’autres.

Bourgeois, dans un petit ouvrage sur La solidarité, a été transportée sur le domaine de l'Economie politique par M. Gide. Voir dans Quatre Ecoles d'Economie sociale, l'Ecole nouvelle, par M. Gide.

"" (i) Voir le chapitre de M. Gide sur Les doctrines inspirées du christianisme, dans l’FIistoire des doctrines déjà citée.

(2) Consulter le chapitre de M. Rist sur Xts Anarchistes dans le

mêmeouviage.

§ 14. — Les tendances scientifiques contempoliinesÿ le conflit des méthodes.

L’heure ne semble plus être beaucoup plus aux

n systèmes doctri-

niux. hn dehors d ouvrages élémentaires, destinés à

coordonner et à exposer les principaux résultats acquis,

avec un eclect.sme voulu, les économistes profession^

n.ls au)ourdhui très nombreux, se consacrent habi-

tiellement a des recherches très spécialisées, qui per-

construire, ou de reconstruire, peu à peu 1 édifice d une discipline vraiment scientifique. ^

seuls, quelques théoriciens ont cru devoir présenter, sous les app.irences de traités d’économie politique, des endes, d ailleurs très développés, sur la valeur! où sur 1 » équilibré economique », - sans doute parce que. aleuisyeux, 1 économie politique y tient tout entière C( pendant, sans méconnaître la place tout à fait centi. e qu occupent dans 1 ensemble de la vie économique

n ice le"n r ' '’éelle impor-

nn cede quelques-uns d entre eux, il nous paraît plus

ex ict de les considérer aussi comme des monographies.

Mcis ICI nous touchons à un point controversé à la

cmiception même de la science'^économique "^^sa

lin effet, si les divergences doctrinales sont auiourd hui releguees a 1 arrière-plan, et n’inffuent plus guère sur le développement de la pensée économique, il fxiste n^ore des divergences relativement au but à assigner au> etudes economiques et aux moyens de les élabofer • ces divergences sont si profondes que I on a pu avoir ar ois 1 impression que deux sciences, ou du moins deux disciplines prétendant chacune au titre de science coe nstent sur le domaine de l’économie pci q e ’ deu. disciplines animées d’un esprit si différent qu’elles

n’eussent guère pu manquer de s’excommunier l’une l’autre, si elles ne s’étaient le plus souvent ignorées (i;.

On peut voir, en effet, jusqu’ici subsister deux i grands groupes, deux écoles, d’économistes : l’une qui comprend notamment la presque totalité des auteurs I allemands et la majorité des auteurs de langue française ; l’autre qui comprend l’école autrichienne, la très grande majorité des économistes anglais et américains, et beaucoup d’italiens.

La première, qui procède d’une façon lointaine d’Adam Smith et de J. -B. Say, et plus directement de Sismondi et de l’école historique allemande, représente l’esprit positil et documentaire. Ses adeptes s’efforcent de n’affirmer rien qui ne soit conforme aux laits ; ils traitent l’économie politique en science historique ; ils sérient les problèmes, les analysent en détail, en s’appuyant sur des données nombreuses ; et ils n’aboutissent à des théories générales que par de longues et patientes synthèses. En fait, les économistes de cette école ont surtout analysé le mécanisme de la Production et de la Circulation.

L’autre école, qui procède de Ricardo et de Stuart Mill, envisage habituellement des problèmes très généraux, simplifie la réalité pour pouvoir l’analyser, se borne à choisir quelques faits pour illustrer les idées, et s’efforce de résoudre les problèmes posés par le raisonnement déductif. En fait, les travaux de cette école portent principalement sur la valeur et sur la Répartition. Une j telle conception de la méthode économique ne pouvait

'^i ) Du moins, la discussion des méthodes a eu lieu entre les adeptes de l’Ecole historique allemande et ceux de l'Ecole autrichienne. Mais les économistes de langue anglaise, dont les conceptions sont voisines de l’Ecole autrichienne, continuent à produire selon leur méthode, sans paraître recevoir d’influence appréciable de l’Ecole allemande contemporaine, ni en exercer une sur elle.

manquer de suggérer 1 emploi des mathématiques ; et, enectivementjbon nombre d’économistes contemporains, suivant la tradition de Thiinen, de Cournoi, et de Stanley Jevons, emploient volontiers, dans une mesure d’ailleurs très inégale, le langage mathématique. L extreme complexité des phéncmènes économiques et le grand nombre des relations qui existent entre eux invitent, en effet, disent des partisans de cette méthode c\ résoudre par des formules mathématiques des pro-

èmes que ne saurait résoudre le raisonnement déductir ordinaire (i).

^ Mais, sans méconnaître que la méthode mathématique puisse s’appliquer utilement à certains problèmes de 1 économie politique, il n’en résulte pas qu’elle suffise a ecarter 1 objection que ses adeptes eux-mêmes soulèvent contre la méthode déductive en général. Il semble bien, en effet, que l’extrême complexité des phénomènes economiques invite, en tous cas, à ne pas faire une place trop large à la déduction dans l’élaboration des tneories. L esprit humain est ainsi fait que le raisonnement ne peut porter utilement que sur un petit nombre de données ; dès lors, pour élaborer des théories deductives, il faut d’abord simplifier les hypothèses, ce qui conduit trop souvent à les fausser, et à défigurer a réalité; de plus, les esprits déductifs, accoutumés à taire absU-action de ce qu’ils n’ont pas en vue. sont tort enclins à nier implicitemem l’existence de tout ce qui nest pas contenu dans leurs formules. Et, au total,

(i) On trouvera une défense élégante de la méthode maihénia-

M. AuPETiTsur l'Œuvre economique de p;// / 0/ dans la de métaphysique et de morale, 1905 Consulter aussi etude de M. Bouvier méthode mathématique en Economie politique, extrait de la hevue d ^.conomie politique, 1901. Sur la cri ■

nque de la méthode mathématique, voir F. Simiand. La méthode positive en science economique.

ils négligent tant de facteurs qui, dans la réalité, agissent ou peuvent agir sur les phénomènes considérés, qu on ne peut généralement pas présenter les résultats de leurs théories comme scientifiquement démontrés ( i ).

Ce n’est pas à dire que le raisonnement déductif ne tienne une place nécessaire en économie politique, comme dans toute science, ni que les efforts des théoriciens déductifs soient vains. Les économistes font de la déduction comme M. Jourdain faisait de la prose : ils en font à tout instant. Mais les déductions à longue portée ne peuvent avoir de valeur scientifique que dans la mesure ou elles permettent, par la simplification des hypothèses, de poser les problèmes, de les « retourner», et d’en préparer la solution. Elles sont nécessaires, sans être suffisantes ; elles empêchent l’esprit de s’égarer

(t) Ceci a été fort exactement noté par J. -B. Say dans le Dis^ cours introductif de son Traité d’économie politique : « Ils ont tiré, dit-il en parlant des disciples de Ricardo, toutes les conséquences de leurs principes en faisant abstraction de tous les autres, et sont arrivés en effet à des résultats différents des cas réels, qui sont les conséquences de 1 action combinée d’un grand nombre de lois. » II conclut que cette méthode n'est pas de notre siècle, et se réclame « de la méthode expérimentale de Smith ».

Plus d’un siècle s’est écoulé depuis que Say écrivait ces lignes. Mais, tandis que Sismondi et les historiens formulaient contre lui précisément les mêmes griefs qu’il formulait contre Ricardo, l’économie déductive continuait à fleurir en Angleterre et ailleurs. Les déductifs acceptent d ailleurs d un cœur léger la critique qu’on leur adresse quand on leur reproche de s’écarter de la réalité ; ils assurent que leur but n’est pas d’expliquer la réalité concrète, et qu’ils ont des visées plus hautes... Encore conviendrait-il que leurs théories ne fussent pas en contradiction avec les faits ; et c’est bien à eux cependant qu’il conviendrait de le démontrer.

Par contre, les^ théoriciens déductifs ont souvent reproché, non sans raison parfois, aux adeptes de l’école historique de ne pas savoir poser les problèmes, et d’attacher plus d’importance à la description des menus détails de la vie économique qu'à l’étude des problèmes les plus généraux.

Kogaro

dans le détail touffa de la réalité ; elles fournissent des constructions provisoires, ou plutôt des échafaudages, qu un labeur plus patient, fait de beaucoup d’observations combinées au moyen de déductions courtes, serrées, et constamment contrôlées, doit remplacer tôt ou tard par une construction solide et scientifique.^

On peut espérer que l'économie politique, bientôt dégagée non seulement des conflits doctrinaux, mais aussi des conflits de méthode, saura desorinais concilier et combiner tous les procédés d investigation et de raisonnement que le progrès de la pensée met à la disposition de la science.

Aflalion, 80, 360, 378, II, 6a, 96,

Allix, 96, 220, II, 146, 251, 264.

Amblard, II, 113.

Andler, II, 263, 263.

Antonelli, 67.

Ansiaux, 59,122, 254, 274, II, 13;.

Armagnac, 302.

Arnauné, 245, 339.

Astier, 86.

Aubert, 330.

Aucuy, II, 258.

Augé-Laribé, 34.

Aupeiit, 264, II, 276. d’Avenel, 126, 148, II, 36, 193.

Babeuf, II, 254.

Bade (margrave de) II, 237.

Barrault, 265, II, 96.

Bastable, 109.

Bastiat, II, 107, 250.

Bazard, II, 236,

Beaudeau, II, 237.

Beaureg- rd, II, 107.

Becqué, 302.

Bellet, II, 113.

Bellom, 109, II, 228.

Benoist, II, 96.

Benoist-Lévy, II, 197.

Bergès, 119.

Bernard, 290.

Bernstein, II, 238.

Bertillon, II, 166.

Beveridge, II, 112.

Biaise, H, 191.

Blanc (Louis), II, 237.

Blanchecotte, 144.

Bloch, II, 43, 232.

Blondel, 112-330.

Bodin (Jean) II, 231.

Bodin (Ch.), 74.

Bôhm-Bawerk (von), II, 14, 15, 48, 59, 63, 231.

Bôhmert, II, 70.

Boisguilbert, II, 236.

Bonar, 109,

Bonnevay, II, 198.

Bosc, II, 203.

Bougie, II, 238.

Bourgeois, II, 272.

Bourgin (H.), II, 236, 238.

Bourgin (G.), Il, 258.

Bourguin, 47, 49, 30, 31, 54, 75, 76, 129, II, 267.

Bouvier, 348, II, 43, 149, z-h.

Boven, II, 16.

Boverat, loi.

Brants, 31.

auteurs cités

Bridrey, 258, N, 233.

Brissot de Warville, II, 03, Brocard. 188, 302, II, 238.

Broda, II, 137.

Brouilhet, 57, 79, H2.

Bry, 122, II, 133.

Bûcher, 31, 32, 37, 39, 42, 43, 44 45, 49-

Bureau, 113, II, 70.

Cabet, II, 253.

Cabouat, II, 223.

Canipanella, II, 251.

Canard, II, 244.

Canlillon, II, 173, 233, 2^5.

Capitant, 122, II, 134. ' ^

Carey, II, 41, 261.

Carver, 57, II, 80.

Cauwès, 41, 57, 292, II, 272.

Chailley, 349.

Charniont, 119, U, 232.

Châtelain, 61, II, 107, 138.

Chaussegros, 360.

Chausserie-Lapré, 173.

Cherbuliez, H, 250. '

Chevallier, II, 141.

Chevallier (Michel), II, 230, 258.

Clark, II, 8r.

Clauss, II, 22r.

Clerget, 16, 126, 286, 349.

Colson, 117 138. 349, 35^, 35^^

356, 337, II, i6o, i6r.

Comte, II, 236.

Condillac, II, 240.

Cormouls-Houlès, H, 126.

Cornélisseu, II. 73, 91, 92 , 3.

Cossa, II, 232.

Coulet, 68.

Cournot, II, 231, 276.

Cuminal, 86.

Delpech, II, 132 Denis, Jl, Î32, 2,8.

«9, II. 236

Derouin, II, 141,

Deschamps, II, 229, 232.

Detieux, 274.

Diehl, II, 238.

Diouritch, 286, 330.

Dolleans 76, 77, 262.

Dreyf^us (Ferdinand) II, ,41.

Dubois, II, 232. ’ ^

Dufourmantelle, II, 193.

Dugarçon, 106, II, 48.

Dulac, 37.

Dumoulin, II, 13;.

Dunan, 229.

Dunbar, II, 23,5.

Dunoyer, II, 231.

Dupont (de Nemours), II «jt Dupont-White, H, 238.

Durckheini, 32.

Dureau de la Malle, II, ,30.

khreaberg, 178,

Ely, 84.

Enfantin, II, 236,

Engels, II, 263.

Escarra (Edouard), II, 270.

Escarra (Jean), II, 12-.

Espinas, II, 230.

Expert-Bezançon, II, 88.

Damaschke, II, 270.

Danj’, 182, 262, 224, 223.

Fagnot, II, 112.

Faure (Fernand), 74, 312.

Ferguson, II, 241.

Fisher, 16, 149, II, 48, 38, 60, r „ 123-

Fontaine, 129.

Fontana-Russo, 336, II, 132, Fourier II. 233, 253.

de Foville, 1x4, 147, 148, 134, i- 159, 173, 269, 349, 330.

AUTEURS CITÉS

Freund, II, 221.

Frézouls, II, 20.

Gariel, 241.

Garnier, II, 230,

George (Henry), II, 43, 148, 247,

Geouifre de la Pradelle, II, 127.

Gide, 6, 63, 67, 122, 288,290, 344, 11, 13, 44, 87, 88, 90, 107, 123, 144, 164, 174, 176, 179, 180, 184, 186, 188, 193, 196, 203, 207, 232, 248, 255, 273.

Ciraud (P), 329.

Girault (A), 110.

Godwin, II, 234.

Gonnard, 120, 313, II, q6.

Gory, II, 141.

Goschen, 241.

Gossen, II, 14, 270.

de Gournay, II, 237.

Granier, 67.

Grotius, II, 232.

Grunzel, 126.

Guyot (Yves), 126, II, 107, 108.

Halbwachs, H, 45, 99, loi.

Hecht, 296.

Hennebicq, 362.

Henry, II, io8, 112, 136, 137.

Henry-Gréard, 98.

Herbert, II, 236.

Hermann, H, 239.

Hernies, 112.

Hitier, .57.

Hildebrand, II, 261.

Houllevigue, riç.

Huart, 187.

Hume, II, 241.

Hutcheson, II, 241.

Huvelin, 243.

Imbert, II, 73.

Ingram, II, 232.

Isambert. II, 238.

Janssen, 173.

Jaurès, II, 267.

Jay, 122.

Jenks, 84.

Jevons, II, 14, 276.

Jèze, 96, II, 132.

Juglar, 374, 373, 377.

Julhiet, 112.

Knapp, 274.

Knies, II, 261.

Kovalewski, 107.

Labriola, II, 266.

Lacombe, 104.

Lafarge, 260.

Lallemand, II, 140.

Lamprecht, 104.

Landry, 6, 10, 16, 104, 238, 367, II, 30, 48, 61, 62, 139, 163, 173, Lassalle, II, 73, 247, 263, 264.

Laughlin, 263, de Laveleye, 104.

Lavergne (Bernard) 67, II, 186.

Lavergne (de) II, 108, 112, 136,

Lazard (Max), 40, II, ni, de Leener, 80.

Léon, 357.

Le Play, II, 239, 262.

Leroux, II, 234.

Leroy, II, 88, 144.

ri

AUTEURS CITÉS

Leroy-Beaulieu, 13, 96, 298, II,

Lescure, 149, 231, 302, 373. 375,

Le Trosne, II, 237.

Levasseur, 120, 147, II, 92, 107, 259, 262.

Lévy (R G,), 192, 206, 256, 302, Lévy (Maurice', 144, 252.

Lexis, 47, 126, T29.

Lichtenberger, II, 253, 254.

Liefmann, 297.

Lindemann, II, 213.

List (Fréd.), 321, II, 209, 260,

Lu 111 m, 198.

Leonard, H, 141.

Mably, II, 253.

Mac Culloch, II, 248.

Mac Leod, 277.

Malon, II, 265.

Malthus, II, 76, 95, 165, 169, 245,

Mandiez, 214.

Mangoldt (von), II, 259.

Mantoux, 43.

Mardi (Lucien), 129, 148, II, 167.

Marlio, 337.

Mario (Karlo\ II, 264.

Mars, 334.

Marshall, II, 16, 20, 21, 24, 35, loi, 248.

Martin (Germain), 43, 84, 207, Martin (Saint-Léon), 79.

Marx, 55, II, 75, 263, 264.

Mater, loi.

Maunier, 19, 32.

Menger, II, 12.

Mercier de la Rivière, II, 237.

Mérignhac, iio,

Merklen, II, 227.

Métin, II, 86, 137, 227, 270.

Milhaud (E.), 102.

Mill (James), II, 248.

Mill (Stuart), 315, 326, II, ii, 78, 243, 248, 269, 275.

Mirabeau (marquis de) II, 237.

Molinari (de), II, 113.'

Mongin, 264.

Montchrétien (Antoine de) 11,234, Moore (L.), II, loi.

Morelli, II, 233.

Moride, II, 263,

Morus (Thomas), II, 231.

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