CHAPITRE PREMIER
l’entefpiuse et l’association de production
^1. — L’entreprise individuelle et l’entreprise familiale.
En examinant les conditions techniques qui dominent l’organisation de la production dans la société moderne, nous avons constaté qu’elles comportaient une spécialisation des tâches telle que chaque catégorie de producteurs ne fournit le plus souvent qu jine senk catégorie de produits ou de services,
D autre part, nous savons déjà que la grande majorité des richesses existantes sont appropriées par des particuliers ; et, comrne, pour produire, il faut disposer déjà de richesses existantes, c’est généralement aux particuliers que revient r initiative delà production.
De ces deux ordres de considérations il résulte que
CH AP. I. — l’entreprise PRIVÉE
l’élément primordial de l’organisation éconoinique, dans la société principalement individualiste où nous
vivons, est l'entreprise privée.
Un individu peut, à lui seul, entreprendre de fournir certains produits ou certains services, qu il livre à la « clientèle ou au a marché », c’est-à-dire à quiconque les accepte moyennant rémunération : (tel est le cas de certains artisans, petits commerçants, etc.). Il constitue, à lui seul, une entreprise privée, qui est du type le plus simple ; c’est l'entreprise individuelle. Elle ne pose manifestement aucun problème d’organisation intérieuie, et sa place dans la vie économique est déterminée uniquement par
sa participation aux échanges ( i).
Mais c’est, au total, un type plutôt exceptionnel ; l’entreprise qualifiée d’individuelle est fréquemment, comme nous allons le voir, tout au moins familiale ; et l’étude de l’entreprise implique celle des div:^rs modes d'association qui peuvent la constituer.
Il suffit, en effet, à défaut d’une connaissance approfondie de nos mœurs, de considérer l’organisation juridique de la famille pour constater qu’elle constitue, à certains égards, un groupement economique. Et, sans meme relever que des considérations d’ordre économique ont souvent une influence déterminante, dans la constituûrn de l’association conjugale, on se rend compte aisément que la communauté de l’existence et la présence, dans le groupe familial, d’individus en bas âge implique, pour le moins dans la consommation des biens, un communisme qui en fait une véritable unité économique. De plus, l’ lomme, la femme, et souvent aussi les enfants adultes, se répartissent généralement les tâches selon leurs aptitudes, de manière à pourvoir aux besoins communs.
(t) Voir Ansiaux, Essai d'une étude analytique cl syulhdiquc de l enreprise (Rev. d’cc. pol., 19-3) P* '93)-
6o PART. 1. — CONDITIONS GÉNÉRALES, ETC.
Cependant, il ne s’ensuit pas nécessairement qu’ils constituent une même entreprise. Ainsi, lorsque la femme se livre aux travaux du ménage, ou qu’elle accomplit au dehors une besogne distincte de celle du mari, on ne saurait dire que le groupe familial, dans son ensemble, forme une entreprise. Par contre, cela est vrai, lorsque les membres de la famille coopèrent habituellement à une œuvre de production commune en vue du marché. C’est le cas, de nos jours, dans beaucoup de petites exploitafions agricoles, industrielles et commerciales : le paysan, l’artisan, le petit boutiquier accomplissent très fréquemment leur tâche professionnelle avec l’aide des membres de leur famille.
On a pu croire que, avec les progrès réalisés par la grande entreprise par rapport à la jietite, cette modalité de l’association économique tendrait à disparaître. Il n’y a, cependant, rien de moins assure. Car si, par suite de causes techniques, le métier recule souvent devant la grande ou moyenne industrie, et si la situation de la petite exploitation paysanne est assez variable selon les pays (i), le petit commerce, où les membres de la famille travaillent très souvent ensemble, semble se développer assez généralement. Epiciers, boulangers, bouchers, charcutiers, laitiers, débitants d’alcool pullulent à vue d'œil ; et ce sont précisément des professions où la femme travaille presque toujours à côté du mari (2).
^ 2. — Le groupement de l’entrepreneur et des salariés.
L’entrepreneur agit très fréquemment avec le con-
(1) Voir plus haut, les chapitres relatifs à l’influence de la technique sur l’organisation de l’agriculture et de l’Industrie.
(2) Voir plus loin, le commerce, 2® partie, ch. préliminaire.