CHAP. 111. — TECHNIQUE ET AGRICULTURE
minimes en général, et l’on n’en saurait tirer aucune conclusion d’ensemble (i).
Cette indécision s’explique, d’ailleurs, par les caractères techniques de la production agricole. « D’abord, il n est pas possible — du moins dans les vieux pays — de créer de toutes pièces une vaste exploitation agricole, comme on crée une grande usine ou un grand magasin ; la grande culture ne peut se substituer à la petite que par des agrandissements territoriaux, par des usurpations sur un sol déjà occupé et exploité en petits lots ; or, des obstacles de tout genre tenant à la nature des lieux, à l’espèce des cultures, à l’état historique de la propriété et aux difficultés des transmissions, entravent à la fois les modifications de l’exploitation agricole et celle de la propriété, qui ont entre elles des liens étroits » (2).
En outre, la grande exploitation agricole n’a pas sur la petite la supériorité technique du grand établissement sur le petit établissement industriel. Sans doute, la grande exploitation peut bénéficier d’une direction plus éclairée, d’un outillage plus puissaffit, d’une division du travail rationnelle, et d’ « avantages multiples dans les achats de matières, les ventes de produits, les transports, les conditions du crédit, etc. ». Et tous ces avantages se reunissent « en fait, dans certains grands domaines de 100 à 300 hectares, comme il s’en trouve dans le nord de la France, qui se consacrent à la culture des céréales, de la betterave, etc. (2) ». Ces grandes exploitations fournissent, dans certains cas, un rendement en nature et un revenu en argent proportionnellement plus élevés que les petites (3).
(1) Pour la France on peut consulter une enquête officielle récente : La petite propriété rurale en France. Enquête monographique rçuS-iÿoç^, publiée par le ministère de l’agriculture. lmp. nat.
(2) Cf. Bourguin, op cit., p. 206.
(3) Voir M. Augé Laribé, Grande ou petite propriété Montpellier, 1902.
Cependant, en dehors de l’Angleterre, pays de grande culture, les pays où les statistiques indiquent le plus tort accroissement du rendement à l’hectare sont des pays où domine la petite culture : Belgique, Hollande, Danemark. C’est que la nature des travaux agricoles ne permet pas de donner à l’outillage un emploi continu, ni d’opérer une division du travail rigoureuse. La con- ' trnuité des soins et surtout le zèle du petit exploitant, quand il est propriétaire, compensent souvent les avantages de la grande exploitation, et assurent même une supériorité décisive au petit cultivateur dans certaines cultures qui exigent un travail minutieux (dans les cultures maraîchères et fruitières, celle du tabac, etc., parfois aussi dans l’élevage). Enfin, comme nous le verrons ^ plus loin, les petits exploitants ruraux sont souvent arrives, beaucoup mieux que les petits entrepreneurs urj bains, à s’assurer, par l’association, les principaux avan-
' tages techniques et commerciaux de la grande exploita- , tion (i).
En résumé, la situation respective de la grande et de la petite culture, depuis qu’elles font l’objet d’études précises et approfondies, ne confirme en rien la concepémise un peu hâtivement par certains écrivains, socialistes pour la plupart, — d’une tendance à la concentration, analogue à celle que l’on peut constater dans l’industrie (2).
A — L’industrialisation de l’agriculture et la i « loi du rendement moins que proportionnel ».
On a remarqué depuis longtemps que le développement de l’outillage dans l’exploitation du sol se heur-
( 1) Voir p. 67.
(2) Sur la concentration et la doctrine de Karl Marx, voir livre quatrième : Le développement de la pensée économique.
tait à un obstacle technique ; et cette observation a été formulée sous la dénomination de « loi du rendement moins que proportionnel» ou « du rendement décroissant ». Il s’agit d’une remarque très simple et très générale : quand on affecte des capitaux sous forme d’engrais, machines,etc., à un fonds de terre, le rendement de ce fonds peut être d'abord au moins proportionnel à cet investissement de capitaux : si, par exemple, un champ d’une valeur de 2.000 francs rapportait un revenu de 60 francs, un supplément de dépenses de i.ooo francs destiné à l’améliorer (engrais, labour, etc.) peut porter le revenu à 90 francs, ou plus. Mais, il vient un moment où l’affectation de nouveaux capitaux à ce champ devient moins avantageuse que l’acquisition d’une terre nouvelle, carie rendement de ces capitaux nouveaux diminue. Ainsi, mille francs de plus à notre champ accroîtront peut-être encore son revenu de 30 francs; mais il viendra sûrement un moment où une nouvelle addition de mille francs n’en augmentera plus le rendement d’une façon appréciable. (C’est un fait bien connu de tout cultivateur : il lui faut un certain fonds de roulement pour exploiter ses terres ; mais, au delà d’un certain point, il se sent contraint, pour accroître l’importance de son exploitation, d’employer son argent à acheter d’autres terres). A’// en était autrement, celui qui possède un morceau de terre ne chercherait jamais à l’agrandir, et consacrerait toutes ses ressources h V améliorer partout, on pratiquerait une culture de plus en plus intensive, et on laisserait en friche le sol des pays neufs.
On peut dire, il est vrai, que, réciproquement, celui qui étendrait indéfiniment ses terres, sans avoir un capital mobilier suffisant pour les exploiter, ne verrait pas davantage son revenu augmenter en proportion de son sol. Dans un état donné de la technique, il convient d’observer une certaine proportion, déterminée par la
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science et l’expérience, entre les divers éléments productifs, notamment entre le sol, les capitaux mobiliers, la
^ D’autre part, on peut remarquer que la nécessite d’affecter une partie des ressources de 1 entreprise a étendre l’emplacement dont elle dispose pour obtenir un ' accroissement de revenu proportionnel
seulement dans l’agriculture, mais aussi dans dustrie ; on ne saurait agrandir une usine uniquement
en la surélevant de quelques étages. ,i,, rendement
L’observation, contenue dans la «loi du rendemen moins que proportionel », n’est donc pas relative seuëmeiit au développement de l’outillage et ne s applique ml ëhlusivement à l’agriculture. Mais elle exprime une difficulté technique à laquelle on se plus vile et beaucoup plus manifestement dans a^,
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