I CHAPITRE II
I l’interprétation des phénomènes monétaires
I ET la théorie de LA MONNAIE
§1. — Les phénomènes monétaires de l’époque contemporaine.
■ J Nous avons défini plus haut les principaux systèmes
monétaires contemporains ; nous venons d’étudier, dans
Ile chapitre précédent, les relations qui s’établissent entre des systèmes monétaires différents, par suite des règlements internationaux. Grâce à ces notions, il va nous être possible désormais d’interpréter les phénomènes monétaires, et de nous faire une idée plus précise du rôle et de la nature de la monnaie.
La complexité de chaque système monétaire, la coexistence à une même époque de systèmes monétaires différents, et les changements résultant, dans les relations monétaires entre divers pays, des transformations survenues dans le régime monétaire de chacun d’eux sont autant de circonstances qui ont donné lieu à des phé-
I; nomènes que l’économiste doit expliquer, — et qui ne
I s’expliquent, d’ailleurs, qu’en envisageant le fonction-
I nement combiné des divers systèmes et leur évolution.
C est donc ce fonctionnement et cette évolution que , nous allons exposer brièvement tout d’abord, en nous
' limitant d ailleurs, à la période contemporaine (i).
Le début du xix^ a été marqué par l’adoption générale du régime de h frappe libre, appliqué un ou à deux métaux. Nous avons uit plus haut que la frappe libre consiste, de la part de l’Etat, à recevoir tout lingot qui lui est présenté, en restituant au porteur un poids éml d especes monnayées.
Nous avons noté aussi que l’adoption de ce système excluait toute idée de tarification des monnaies : l’Etat désormais se borne à remettre en circulation les lingots qu il a reçus, après les avoir divisés, et leur avoir donné une tonne plus commode. Quant à la mention du nombre d unités monétaires (une livre, vingt francs, etc.), qui est apposée sur les pièces, ce n est, après tou/, qu une affirmation du poids de la pièce, — puisque 1 unité de compte elle-même est définie une fois pour toutes par un certain poids de métal fin.
pans ces conditions, il semblait que le cours des monnaies dût se fixer librement, comme celui d’une marchandise quelconque, et il paraissait illogique d’établir
(i; Nous nous limitons ici au régime monétaire de la période contemporaine, parce qu’il repose réellement sur un principe nou-
~ ^ "PP" l'bre- d’où vont résulter des phénkènes assez dilmrents de ceux de 1 ancien régime, et que, d’ailleurs, cette étude sutnt a nous donner une idée exacte du rôle et de la nature de la monnaie. — Sur les phénomènes de la fin de l’ancien régime et la cnso des assignats, Cf B. Nogaeo et W. Oualid. VMution du commerce, du crédit et des transports depuis la fin du xviiie siècle
n P"'' / lire l’ouvrage de M. Bridrev;
hicoJe Oresme, Essai sur la théorie de la monnaie au xiv» siècle
th. Caen 1906 et celui de M. A. Landry, Essai économique sur les mutations des monnaies de Philippe le Bel à Charles VII, qui utilise les résultats des travaux antérieurs des historiens, et en tire le premier, les conclusions théoriques qu’ils comportent.