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CHAP. 11. — PHÉNOMÈNES MONÉTAIRES

un rapport légal d'échange constant entre des monnaies faites de deux métaux difiérents, — dont les cours semblaient devoir être aussi indépendants l’un de l’autre que celui de deux marchandises, répondant à un même besoin mais differentes, comme le café et le thé, par exemple.

Ce fut à titre d’expédient pratique — et avec l’idée que le rapport légal devrait être fréquemment modifié — que le législateur français de l’an XI décida d’adopter un système qui combinait l’existence d’un rapport légal (là 15 1/2) entre les monnaies d’or et d’argent avec la frappe libre des deux métaux. (Système du bimétallisme proprement dh).

La contradiction intime que semblait comporter le régime bimétalliste, non moins que la diversité dessystèmes monétaires, paraissait de nature à donner naissance à certains phénomènes monétaires, — et notamment à des fluctuations notables entre les cours respectifs des deux métaux, exigeant des modifications fréquentes du rapport légal entre les monnaies d’or et d’argent.

Bien plus, tandis qu’un grand nombre de pays d Europe et d’Amérique adoptaient le bimétallisme, il existait des pays qui n^admettaient que l’or à la frappe libre — notamment l’Angleterre — et d'autres qui ne recevaient que l’argent.

Cependant, le bimétallisme a pu fonctionner pendant trois quarts de siècle sans que les pays qui r avaient adopté fussent, pour la plupart, contraints de modifie^' leur rapport d échange légal entre les pièces d’or et d’argent. En outre, pendant cette période, les cours du métal or et du métal argent sont restés, meme en dehors des pays bimètallistes, dans une relation correspondant, à très peu de chose près, au rapport légal établi dans les pays bimetallistes d’Europe. (La cote de l’argent à Londres n’a oscillé, dans cette période, qu’entre des limites correspondant à un rapport de 1 à 15 et de

I à i6 entre les deux métaux). Les seuls phénomènes importants qui aient attiré l’attention, dans les pays bimetallistes ont été un drainage alternatif dt l’or et de l’argent vers 1 extérieur, et une prime alternative des deux meuux en vue du change extérieur (i (Dans les échancres intérieurs, ils n ont pas cessé de circuler avec un. valeur conforme au rapport légal).

C’est seulement vers iSjj que le cours de l’argent a commencé à s’affaisser cn-deçà de la limite correspondant au rapport de i à i6, pour n’y jamais remonter : L est la période dite de la dépréciation de l'argent. A partir de cette même époque, les pays qui pratiquaient le bimetaLisme ont cessé d'admettre l'argent à la jrappe libre

tandis que d’autres nations adoptaient formellement le régime de 1 étalon d’or.

Les changesjont alors devenus très instables entre les pays à monnaie d’or et ceux qui, par suite de leur régime monétaire legal (pays à étalon d’argent) ou de fait (pays bimetallistes ayant perdu leur or) ne disposaient quQ d'argent. — Les pays à monnaie d’argent sont ainsi venus s ajouter aux quelques pays à monnaie de papier pour grossir considérablement le groupe des Etats ^ nminaie

depreciee (2).

Après des campagnes infructueuses pour rétablir le bimétallisme (3), en le généralisant, les nations affectées par la dépréciation de l’argent se sont efforcées,

^ grandes périodes

d oscillations alternatives, voir plus loin P 26/ ^

(2) Voir Edmond Théry, La crise des changes', Paris, 1804

(3) Principalement entre 1878 et 1892. Ces campagnes furent surtout ardentes aux Etats-Unis, où les producteuVs^d’argent v

étaient directement intéressés, et où elle prirent l’allure de campagnes lulitiques. Consulter notamment l’étude de M. R. LafarL^ Ta

f Î’/IW ? Producteurs d'argent et les campagnes himé-

tallutes en Europe, dans Questions monétaires contemporaim s.

une à une, à partir de 1892, — aussi bien que les pays à .

monnaie de papier — de retrouver la stabilité de leurs f

changes. Les unes (Russie, japon, etc.), ont changé |

complètement leur système monétaire, introduit de 1 or dans leur circulation intérieure, et adopté l étalon d or (i).

Les autres se sont simplement procuré une réserve d'or en \

vue des règlements avec l'extérieur, de façon à pouvoir ;

maintenir un change fixe entre la circulation intérieure ■

d’argent ou de papier et l’or, monnaie extérieure (2).

(Pays d’Extrême-Orient, de l’Amérique du Sud). ^ ,

Il y a donc, en somme, trois grandes catégories de phénomènes monétaires à expliquer dans la période contemporaine : . . ,

1° Les phénomènes résultant du fonctionnement du

bimétallisme à l'intérieur et à l’extérieur.

2° La dépréciation du métal argent. .

3" La dépréciation de divers systèmes monétaires, et • •

s réformes qui en sont résultées.

§ 2. — Les éléments classiques de l’interprétation des phénomènes monétaires i théorie quantitative et loi de Gresham.

On a longtemps admis que les phénomènes monétaires s’expliquaient par les notions les plus simples et les plus générales de l’économie politique.

Comme les phénomènes monétaires sont, en somme, des phénomènes relatifs à la valeur des monnaies, on a pensé à les expliquer par la « loi de l’offre et de la demande » , que ’on a appliquée à la monnaie, d une façon

(1) Voir Christian Paultre. La question monétaire en Chine et au Japon dans Questions monétaires contemporaines.

I2) C’est le régime du gold exchange standard, ou de la réserve d'or, défini plus haut.

abstraite sous le nom de théorie quantitative. Lin effet, on constate généralement, sur un mrrché, que le prix,c’estr-dire la valeur d'une marchandise exprimée en monnaie, lausse quand les acheteurs sont plus nombreux, o.i plus riches, en d’autres termes, quand il y a plus de monnaie sur le marche, et qu'elle baisse dans le cas contraire. On peut dire aussi bien, si l’on envisage dést:)rmais la monnaie et non la marchandise, que la valeur de la } lonnaie diminue (i) quand la monnaie elle-même est ] lus abondante, et qu’elle augmenre quand elle est plus rire. On arrive a. nsi à une formule simple: la valeur ae la monnaie varie en raison inverse de sa quantité (d’ou

(i) Notons que hausse des prix et diminution de valeur delà monnaie, ou baisse des prix et augmentation de valeur de la monniie sont des expressions synonymes : le prix, en effet, exprime 1< rapport d'échange existant entre la monnaie et les marchandises pir le nombre d’unités monétaires : donc, plus le prix est élevé, P us il faut en donner pour une même marchandise, et moins vaut cl laque unité de monnaie — Il est donc incoriect de dire qu’une h lusse ou une baisse de valeur de la monnaie provoque une variation inverse des prix : il n’y a pas là une relation de cause à elîet, n ais l’expression d’une synonymie. On ne peut pas dire davantage q ae la valeur des marchandises peut varier sans modifier la valeur à h monnaie ; car un changement de valeur des marchandises en génhal suppose nécessairement un changement inversement corrélati;' des prix ; et un changement, même dans la valeur de quelques n archandises, modifie la moyenne des prix, ou, autrement dit, la valeur moyenne de la monnaie ; et si Tondit que la valeur des marcliandises baisse ou s’élève, on ne peut donc sans contradiction affirn er que celle de la monnaie n’a pas varié : pas plus que Ton ne Sî urait soutenir qu’un plateau d’une balance reste immobile quand Tiutre s’abaisse ou s’élève. La valeur d’échange entre la monnaie et les marchandises est un rapport qui ne peut manquer de varier quand U 1 de ses termes varie ; on peut seulement se demander si la anse de cette variation est relative aux marchandises ou à la monnaie. — Sur ce dernier problème, consulter E. Dolléans. La monno.ie et les prix ààns Questions monétaires contemporaines, Paris, Larose ei Ténin, 1906.

JJ — phénomènes monétaires

k dénomination de théorie f 'f

chose qu’une expression ue la loi de l offre et de la

mande vue du côté de la monnaie.

Cette conception, tirée d’une observation courante,

un peu hâtivement généralisée d’ailleurs, a paru longtemps suffire à l’interprétation des variations qui se produisem dans la valeur des monnaies. Ainsi, on expl quait tout naturellement - et sans procéder a une vérification statistique — la prime d’un métal sur 1 sa raréfaction relative par rapport a l autre— , pur 'e r^'en issement de sa production, par exemple De meme, la dlllLlicn d’une monnaie ou d’un système monétaire était Généralement attribuée à la surabondance des es pèces,'’et le remède préconisé était nécessairement de

r0strcindrc Ici circulation. r *-*

Une autre formule rendait compte, d une façon un

peu elliptique, des mouvements des especes^ et des variations dans ta composition des stocks '

sécutifs aux fluctuations qui se produisent dans la valeur des monnaies ; cette formule, connue sous le nom d^e « loi de Gresham » est la suivante : '< la mauvaise mon naie chasse la bonne ». Cette proposition s explique

d’ailleurs aisément : lorsque deux

avoir une même valeur légale, mais que 1 une d * valeur commerciale supérieure, cette derniere disparau soit parce que les particuliers préfèrent la conserver, soi parce qu’elle est exportée C’est ainsi que les pièces d or et d’argent disparaissent souvent devant le papier-monnaie ; c’est ainsi que les pièces lourdes ou de poids droit sont expédiées à l’étranger, où on ne les accepte que pour leur poids de métal, tandis que les pièces frayees restent dans la circulation intérieure, où elles sont acceptées, malgré l'usure, pour la valeur menuonnee P” ' preinte, tant que celle-ci est reconnaissable , c est ai Lcore que l’or et l’argent ont ete alternativement

PART. II

Ui

drainés des pays bimétallistes au cours du xix® siècle.

La théo} ic ÇHcifitiidtivc Ici loi de Gyeshcitu reposent sur des^ observations initiales exactes. Toutelois, elles ne suffisent pas pour interpréter les phénomènes monétaires. La dernière, en effet, dans sa formule laconique, wOnstate les conditions dans lesquelles s'effectuent certains mouvements monétaires plutôt qu’elle n’en donne l explication. Quant à la première, elle constitue, le plus souvent, une application trop abstraire de l’idée de l ofîre et de la demande pour fournir une explication exacte et précisé des phénomènes envisagés.

Nous allons voir, en effet, que les phénomènes monétaires ne sont pas seulement des phénomènes relatifs 1 la valeui de la monnaie, mais aussi, le plus souvent,

I la conversion d une nwnnaie dans une autre nwnnaie ^ et, aartant, au rapport d échange qui s’établit entre elles. Il ae suffit donc pas d’envisager la quantité de la monnaie que 1 on considère pour expliquer les fluctuations de sa /aleur il faut encore rechercher par rapport à quoi cette quantité vai ie . si c est par rapport à l’ensemble des mar- .handises, ou plutôt par rapport a une autre monnaie j et, fans ce cas, il faut encore rechercher qu’elles sont les

circonstances qui déterminent la quantité des monnaies à ( 'changer.

Ce sont ces facteurs fort complexes que nous allons

< ssa\ er de mettre en relief dans 1 interprétation des trois

gTandes catégories de phénomènes monétaires indiquées plus haut i).

f i; On trouvera une expression remarquable des principes classicues, d’ailleurs renouvelée par l'emploi de la méthode mathématique et par une utilisation fort ingénieuse des données statistiques dans 1 ouvrage de M. A. Aupetit, Essai d'une théorie générale de la n onnaie, th. Paris, 1901. — Sur la critique de la théorie quantitative et surtout de certaines de ses formules, voir l’ariiclede M.Mon- G X, La nwnnaie et la mesure des valeurs, dans la Rev. d’éc. polit.,

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