LES ÉCHANGES INTERNATIONAUX
L’école classique met surtout en évidence les avantages que chaque nation relire de ses importations^ : car le commerce international résulte des différences d aptitudes productives entre les divers pays, et ils permet
à chacun d’eux d’acquérir, en échange des marchandises qu’il produit aisément, des marchandises dont la production sur son sol serait impossible ou beaucoup plus
onéreuse.
En conséquence, elle montre que les droits de douane à F importation, en rendant l’importation plus difficile et plus coûteuse, diminuent les avantages du commerce international au détriment des habitants du pays considérés comme consommateurs. Enfin, elle conteste que la protection douanière soit favorable aux producteurs ; car, dit-elle, en diminuant la concurrence, elle nuit au progrès technique ; et, en augmentant le coût de l’existence, elle augmente indirectement le coût de la production’, de sorte qu’elle réduit également les avantages naturels dont jouissaient la production et 1 exportation nationales. L’école classique s’est donc montrée hostile à l’emploi des droits de douane comme moyen de protection, et favorable au libre-échange.
Ces conceptions, devenues populaires en Angleterre dans la première moitié du xix^ siècle, et partagées d’ailleurs par la plupart des économistes de l’époque, ont abouti, en 1860, à la conclusion d’un grand nombre de traités de commerce à tendances très libérales, entre la plupart des pays d’Europe (i).
Cependant, il s’est constituée également une doctrine protectionniste, dont un des théoriciens les plus notapies lut Frédéric List (2) ; et, en fait, la pratique pru-
<i) Voir au chapitre suivant.
(2) Frédéric List exposa ses a nceptions dans son nationale System der poiiliscbsn ŒJconomie, dont le premier volume seul a paru
FART. II. — CIRCULATION
tectionniste n’a d’ailleurs pas tardé à reprendre le dessus. Actuellement, en dehors de l’Angleterre où le protectionnisme ne représente encore qu’un courant d’idées, et de quelques petits Etats condamnés par l’exiguité d^e leur territoire à acheter de nombreux produits à 1 étranger, la pratique est en complet désaccord avec la doctrine classique, et les droits de douane tendent à isoler les unes des autres les économies nationales.
La controverse du libre-échange et de la protection a été longtemps limitée aux échanges de marchandises, et, jusqu ici, les échanges de capitaux se sont effectués librement. Mais un courant d’idées se manifeste actuellement, notamnient en France, en faveur d’une restriction de cette liberté. Et les ministres des finances français, s’inspirant de ces idées, mettent généralement certaines conditions à 1 admission à la bourse de Paris des emprunts étrangers.
Enfin, en ce qui concerne les mouvements de la population, ils sont généralement libres : cependant, certains pays arrêtent les immigrants non désirables (Etats-Unis, Australie, etc.) ; et si, d’autre part, les habitants d’un pays sont, dans 1 état actuel du droit, généralement libres de s expatrier, fût-ce sans esprit de retour, on tend, semble-t-il, même dans certains pays surpeuplés,— en Alle-
(1841) trad. franc, par Richelot. Il montre Que l’on ne saurait apprécier les avantages du commerce extérieur pour une nation uniquement du point de vue de la valeur d’échange (économie résultant de 1 achat de produits importés, dont la production serait plus onereuse à 1 intérieur). Il soutient qu’il faut envisager surtout le développement des forces productives de la nation, et préconise, dans ce but.^ la protection pour les nations qui n'ont pas encore atteint le dernier stade de leur évolution, c’est-à-dire qui ne sont pas encore suffisamment industrielles (Voir plus loin, livre quatrième Le développement de la pensée économique). ’
CHAP. 1. LES ÉCHANOLS IM EKXaTIONAUX SlS
magne notamment — à retenir la populrtion sur le sol national. :
Nous allons examiner la signification de ces diverses |-
tendances,en recherchant comment les échanges interna- j :
tionaux affectent la vie économique de la nation. \
^ 6. — Influence des échanges internationaux sur la vie économique de la nation.
1° les éléments d’appréciation.
L’influence qu’exercent sur la vie économique d’une nation les mouvements internationaux de marchandises, de capitaux et de population, dans lesquels elle est intéressée, est extrêmement complexe, et difficile à déterminer.
Si l’on prend d’abord comme éléments d’appréciation les indications quantitatives, telles que celles que fournissent les statistiques globales du commerce international, on constate que leur signification est généralement assez incertaine.
En premier lieu, le mouvement général du commerce extérieur et sa progression ne suffisent pas à donner une idée exacte du développement économique d’une nation comparé à celui des autres nations : il y a, en effet, des pays qui, ayant une production variée-^ demandent et lournissent relativement peu au dehors; d’autres, au contraire, ayant une production ^\us spécialisée, sont, par là même, tenus d’avoir un commerce extérieur beaucoup plus intense. — C’est ainsi que les petits pays, dont le territoire exigu ne comporte pas une grande variété de production, tels que le Danemark, la Hollande, la Belgique, la Suisse, ont un commerce extérieur relativement beaucoup plus considérable que les grands pays. Par contre, les Etats-Unis d’Amérique, dont la superficie
ji
est sensiblement égale à celle de l’Europe, n’ont eu, pendant fort longtemps, qu’un commerce extérieur assez modeste, et sont encore dépassés aujourd’hui, malgré leurs quatre-vingt millions d'habitants, par l’Angleterre et l’Allemagne. Ôn peut cependant admettre en général que, si Ton considère un pays donné, à quelques années de distance, l’accroissement de son commerce extérieur correspond généralement à un accroissement de son activité économique. Mais ce n’est qu’une indication : car, une mauvaise récolte, par exemple, provoquant des importations anormales, peut suffire à taire augmenter le chiflre total du commerce extérieur.
Quant à la balance commerciale^ c’est-à-dire à l'excédent des exportations sur les importations, ou inversement, son interprétation, — contrairement à des conceptionssimplistes anciennes, mais encore assez répandues — est encore plus indécise. Ainsi, un excédent d’exportations peut bien indiquer que le pays se suffit aisément, et que, ayant acheté au dehors ce qui lui est nécessaire, il reste finalement en possession d’une certaine créance disponible sur l’étranger. Mais, d’autre part, un excédent d’importation peut représenter, en quelque sorte, un emprunt productif fait à l’étranger : par exemple, s’il s’agit d’une acquisition de matières premières ou d’un outillage destinés à la production nationale.
Plus complexe est encore l'interprétation de la balance des comptes, telle qu’elle s’exprime par Ventrée ou la sortie des métaux précieux. En effet, si une importation ou une exportation de numéraire indique bien l’excédent de créance ou de dette, dont le montant rentre ou sort actuellement , elle n’en fait nullement connaître la cause, et elle nous laisse ignorer totalement le montant et la nature des engagements à long terme provenant des placements de capitaux.
La France, par exemple, reçoit presque chaque année