‹ Éléments d'économie politique [microform]Chapitre 76 sur 173 · I.ES ÉCHANGES INTERNATIONAUX 3l · texte numérisé non relu

I.ES ÉCHANGES INTERNATIONAUX 3l

résout la question de façon affirmative. Elle professe, en effet, que les entrées et les sorties de métaux précieux — du moins pour les pays qui ne produisent pas ces métaux

— sont limitées, et ont unetendanceà se contrebalancer. Voici la démonstration. Lorsqu une nation a un excédent d'importations, elle règle la différence en numéraire ; mais son stock monétaire se trouve diminué, et celui de 1 etranger accru d autant ; la valeur de la monnaie augmente donc dans ce pays,autrement dit les prix baissent, tandis qu il y a une tendance contraire à l’étranger; ainsi, les exportations de la nation considérée se trouvent stimulées — puisqu’elles peut vendre moins cher

— et les importations entravées : un excédent d’exportations aura donc lieu, qui fera rentrer les métaux précieux sortis. — Puis un phénomène inverse se produit, par suite de l’accroissement du stock monétaire dans le pays en question. Ainsi, les échanges d’une nation avec 1 extérieur tendent, à travers de perpétuelles oscillations, vers un état d équilibre; et finalement, comme l’observe ingénieusement Stuart Mill, le rôle de la monnaie a pour effet précisément que les choses se passent à peu

près comme si elle n’existait pas, — comme s’il v avait un troc.

Cette théorie, assez simpliste, repose sur des vues

déductives, dont quelques-unes sont assez incorrectes du

... la logique (i). et assez difficiles à con-

cilier avec les faits.

’^’oir A. ScH.^TZ, Uæuvre êconoinique de David Hmne, th. Paris iOo2 p. 141.

(i) Ainsi, même en admettant que les prix varient automatiquelent avec le stock de monnaie, et que la demande varie avec le prix nous Ignorons de combien sera la baisse des prix pour une diminution donnée du stock monétaire, et de combien sera l’accroissenient ces exportations pour une baisse déterminée des prix' par conséquent nous ne pouvons affirmer a priori que le stimulant à exportation sera su'fisant, en cas de sortie du numéraire, pour pro-

3lG PART. 11. CIKCULMIO.V

En réalité, les mouvements internationaux de munéraire indiquent qu’un certain nombre de pays ont une balance des comptes créditrice depuis un très grand nombre d’années (i) ; d’autres, au contraire, ont subi un drainage prolongé de leur stock monétaire : tel est, ou a été, le cas de plusieurs républiques américaines, et, en Europe même, de pays tels que l’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Suisse, la Belgique (2).

Cependant, si l’on considère dans leur ensemble les engagements internationaux, et principalement les deux éléments principaux de la balance des comptes, transactions commerciales et transactions financières, on constate qu’ils se compensent dans une certaine mesure. Ainsi, le-, nations d’Europe qui ont atteint leplusgrand développement économique ' Angleterre, France, Allemagne), ont une balance commerciale débitrice, et cependant leurs importations d’or semblent bien attester une balance des comptes créditrice dans son ensemble : résultat que l’on doit généralement attribuer au solde créditeur de leurs opérations financières.

En outre, on peut penser que le mécanisme même des règlements internationaux contribue à équilibrer la balance des comptes.

voquer un excédent de cette exportation de nature à faire rentrer le numéraire. Sur la critique générale de cette théorie, voir B. Nogaro, Le rôle de la monnaie dans le commerce international et la théorie quantitative. th. Paris 1904.

(i iNotammcnt, la France, l’Angleterre, l’Allemagne.

(2j Aujourd’hui, la balance des comptes d’Italie est redevenue créditrice, grâce, notamment aux économies que renvoient les émigrants. Par contre, la Belgique se trouve actuellement avoir une balance débitrice qui fait considérablement monter son change, malgré les facilités exceptionnelles que lui donne l’Union latine, qui lui permet de faire des paiements extérieurs en argent.

CHAP. I. — l-ES kCHANGES INTERNATIONAUX 3iy

contribuer, à provoquer une opération spéculative, telle

En efiet, lorsque, par suite d’une balance des comptes longtemps déficitaire, la monnaie métallique, ou, en des termes plus modernes, la monnaie d’or a été exportée, le change, n’étant plus contenu dans les limites du gold point J oscille dans de larges proportions, et s’élève considérablement au-dessus du pair : dès lors, les créanciers de l’étranger, tireurs de lettres de change, les vendent avec un bénéfice appréciable, ce qui favorise la production en vue de l'exportation ; par contre, les débiteurs de l’étranger, et notamment les importateurs, subissent une perte appréciable pour payer leurs achats : ce qui invite à ralentir l’importation. Et, malgré les répercussions diverses de la perte au change, il semble bien qu’elle tend à rétablir l’équilibre de la balance des comptes. — C’est ce qui paraît s'être produit dans divers pays à monnaie dépréciée.

Tant que le numéraire exportable — pratiquement, aujourd’hui, l’or — n’a pas été drainé, les oscillations du change, contenues dans les étroites limites des gold points, ne paraissent pas être de nature à agir d’une façon appréciable sur les transactions commerciales. Le pair de la livre sterling étant, par rapport au franc, de 25 fr. 221, une affaire portant sur 1000 f de marchandises, représente, en principe, 25.221 francs; que le change monte à 25. 35, les 1000 livres de marchandises représenteront, en fait, 25.750 francs. Il ne semble pas qu’une différence aussi minime (129 francs, sur un chiffre de plus de 25.000) suffise à faire décider ou arrêter, ni même hâter ou différer la conclusion du marché, s’il s’agit d’une opération commercitle ordinaire, c’est-à-dire d’un achat en vue d’un besoin actuel et déterminé, et comportant un bénéfice calculé au pair.

Cependant, cette différence peut suffire, ou du moins

qu uv\ üi hitf ü^e sur marchandises, ou plutôt sur valeurs mobilières.^ En effet, les arbitrages internationaux sur valeurs mouilières sont des opérations basées sur le bénéfice résultant à'unQ très petite différence, multipliée par un très gros chiffre : car elles portent toujours sur un très grand nombrede titres. UnelégèredilFérence de cours sur deux bourses où est cotée une même valeur, par exemple

\ à Paris, — pourvu qu’elle ne soit pas

absorbée ultérieurement par les frais divers de transfert, commissions, etc.. pourra suffire à provoquer un arbitrage, c est-à-dire 1 achat sur la place où le titre a la cote la moins elevée, accompagné de la vente sur la place où 1 est le plus cher. Alais, il faut ajouter que, au moment d effectuer son opération, l’arbitragiste doit évaluer très exactement à combien lui reviendra son opération au moment où il la règle ; or, s’il fait un achat à l’étranger, il dispose, pour payer, de monnaie du pays où il habite, alors qu’il doit payer en monnaie étrangère, et il faut donc qu il sache exactement combien, il devra donner de sa propre monnaie; si au contraire il vend à l’étranger, il lui faut calculer exactement la somme qu’il recevra finalement dans sa monnaie ; en d’autres termes, il doit nécessairement tenir compte du cours du change. Et. comme 1 opération est tout entière basée surde très petites différences, on voit que le,s variations du change, même limitées entie les gold points, peuvent tendre à neutraliser es différences de cours, ou, au contraire, à les augmenter, de manière à décider de l’opportunité de l’arbitrage .

^ Ainsi, supposons que la cote des consolidés anglais a Londres corresponde à un prix de 3 £ 15 sh. ; s’ils sont cotes a Pans au même moment 94 fr. 50, le cours de Pans ne sera inférieur que de o fr. 07, par titre, bi on le calcule au pair des monnaies ; car au pair de 25 fr. 221 par livre sterling, le cours de 3 ï 15 sh. correspond sen-

LES ÉCHANGES INTERNATIONAUX 3l9

siblement à 94 fr. 57. Mais, à moins que le change entre Paris et Londres ne sc trouve être précisément au pair — ce qui est un cas exceptionnel — cette différence de j

ofr. 07 peut être neutralisée, et au delà, ou au contraire i

notablement majorée pour l’arbîtragiste, par suite de l’état '

du change. Si le change est à 25 fr. 15 par exemple, j

les titres achetés à Londres au prix de 3 f 15 sh. revien- |

dront à l’arbitragiste parisien chacun à 94^.30; en ;

tenant compte du change, c’est donc à Londres et non -i

à Paris que le prix d’achat est le moins élevé (abstraction faite des frais accessoires). Si, au contraire, le cours est a 25 fr. 27, le titre acheté à Londres revient à j

94 fr. 76, et la différence en faveur de Paris est donc |

non pas seulement de o fr. 07, mais bien de dix-neuf |

centimes. I

^ Cela posé, on comprend aise'ment comment le méca- f

nisme même du change tend à équilibrer la balance des i

comptes : c est, en effet, quand la balance des comptes J

est débitrice que le cours du change, exprimé en mon- |

I ùaie nationale, s’élève, et par conséquent que les valeurs achetées à l’étranger reviennent plus cher ; on n’est donc

I pas porté à en acheter, mais plutôt à en vendre au de- \

hors. '

C est.au contraire, quand la balance des comptes est |

créditrice que le cours du change, exprimé en monnaie j

nationale, baisse, et que, par conséquent, les valeurs achetées à 1 etranger reviennent moins cher, toutes choses égales d ailleurs. Le cours du change pousse donc, en ce cas, à acheter des titres à l’étranger. En somme, le cours du change tend à restreindre les achats et même à provoquer des ventes de titres à V étranger quand le pays est déjà trop endetté vis-à-vis de l'extérieur, et réciproquement. Ainsi quoique l’influence du change sur les arbitrages internationaux ne puisse être exactement mesurée, il semble que 1 on soit en droit d’y voir un facteur d’équilibre, du j

■ rt

moins dans les échanges entre pays dont les marchés financiers sont en relations constantes.

5. — Les conceptions doctrinales et la politigue commerciale ; libre-échange et protection. — La protection douanière.

En matière de commerce extérieur, les conceptions doctrinales sont dans un rapport étroit avec les faits, d’abord parce que le problème des échanges avec l’extérieur a, depuis l’origine des nations modernes, vivement préoccupéle public et les gouvernements, et ensuite parce que chaque gouvernement dispose en cette matière de notables moyens de contrôle et d’action. Les impôts doiianierslm permettent de restreindre l’entrée, ou même le transit, des marchandises étrangères, ainsi que la sortie des produits nationaux.

Pendant tort longtemps, la doctrine — celle des mercantilistes — et la pratique ont été généralement d’accord tout au moins sur le but de la politique commerciale. Par suite d’une assimilation un peu simpliste delà nation à un individu, on admettait que la nation avait; intérêt à vendre plus qu’elle n’achetait, c’est-à-dire à exporter plus qu’elle n’importait, le solde de la difiiérenceen numéraire devant apparemment représenter le bénéfice du commerce avec l’étranger.

Mais à la fin du xviii' siècle, on a commencé à envisager le problème sous d’autres aspects, et de cette époque date la controverse du libre-échange et de la protection. L’idée d’un équilibre national des échanges internationaux, généralement acceptée par l’école classique ou libérale, fait considérer comme vaine la préoccupation d’assurer un excédent des exportations sur les importations, — puisque tout écart entre ces deux éléments sembleêtre, de sa nature, temporaire et oscillatoire.

Page 1