CHAP. I. LES ÉCHANGES INTERNATIONAUX 'ÔIJ
Or, nous avons vu plus haut que les grands courants du commerce international ne reposent pas moins sur des diflérences de conditions sociales que sur des diflerences de conditions naturelles de production : des pays neufs, de climat tempéré, comme l’Australie méridionale, l’Argentine, le Canada, nous envoient des produits, non parce que nous ne pouvons matériellement les obtenir sur notre sol, ni parce qu’ils ne peuvent matériellement les travailler sur place, mais parce que, dans l’état actuel de leur développement, il leur convient de nous envoyer des matières premières et de recevoir des articles manufacturés.
Et ces aptitudes sociales à la production se modifient assez rapidement dans un même pays, tandis que leurs différences s’atténuent d'un pays à Vautre, sous l'influence précisément des mouvements internationaux de capitaux et de population. Or, contrairement encore aux postulats classiques, les mouvements de population sont devenus très importants et présentent souvent un caractère durable, en dépit des efforts faits par chaque pays pour conserver ses nationaux. Quant aux capitaux, il n’est rien de plus mobile, depuis qu’ils ont pris la forme de valeurs mobilières.
Les mouvements internationaux de capitaux résultent tout d abord, sous le régime de libre-échange qui est îe leur, d’une influence qu’on a pu comparer au principe des vases communicants: le taux plus élevé de l’intérêt dans les pays qui en ont le plus besoin suffit à les faire venir des pays où ils sont abondants. Les mouvements de capitaux résultent encore de la politique financière des Etats (emprunts publics émis à l’étranger) et aussi de leur politique douanière.
^ En effet, pour éviter un droit de douane onéreux, les industriels étrangers n’hésitent pas, bien souvent, à créer un établissement dans le pays qui importait leurs
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])roduits. C’est, en grande partie, sous l’influence des droits de douane que la plupart des industries d origine anglaise se sont constituées aux Etats-Unis, que bien des industries américaines passent à leur tour au Canada, que bien des industries françaises s’établissent en Espagne, etc. Et cet eflet ue la politique douanière est el qu’ont peut la considérer, dans les pays neufs ou qui ;:e renouvellent, comme le résultat de la conscience insiinctive d’un besoin qui avait souvent échappé à l’anayse des économistes.
Il est extrêmement difficile d’apprécier les elïets très :omplexes de ces mouvements de capitaux sur les économies nationales. Ils contribuent puissamment à faire perdre à beaucoup de vieux pays des monopoles de fait dûs ù une supériorité momentanée d’aptitude sociale dus qu’à une supériorité d’aptitude naturelle. Par contre, e développement des pays neufs qui en réculte procure aux vieux pays, un accroissement de débouchés, pour les produits où ils conservent leur supériorité. Quoiqu’il en soit, les échanges internationaux en général, et tout spécialement les mouvements internationaux de capitaux, exercent une influence considérable sur la production de chaque nation. Et, quoiqu’il soit très difficile d’apprécier leurs effets pour chacune d’elles, on peut constater qu’ils provoquent souvent une spécialisation plus grande, mais souvent aussi une décentralisation de la production, et qu’ils tendent lentement à égaliser la densité de la population, au profit des pays neufs.