INFLUENCE DE LA TECHNIQUE
L influence de la technique sur Vorganisation écononomique provient surtout de ce qu’elle détermine, pour la plus grande part, la division du travail.
^ On peut même remarquer que les divers stades de l'évolution économique, tels qu’ils ont été analysés dans les sociétés de 1 Europe occidentale, correspondent, dans une très large mesure, aux étapes successives d’une division du travail qui se développe avec le progrès de la technique.
Si nous nous inspirons de la classification de Bûcher et si nousdistinguonsl’économie/ï////7m/^, urbaine, natiomile et mondiale, nous faisons les constatations suivantes. Dans la première phase apparaît une différentiation des taches qui tend a devenir habituelle, 1 homme, la femme, les enfants se livrant plus spécialement aux travaux conloimes a leurs aptitudes respectives. La division du travail peut même prendre un caractère permanent, et en quelque sorte professionnel, dans une économie familiale très étendue, comme celle qui comprend des esclaves, parmi lesquels figurent des travailleurs spécialisés. Mais, dans cette économie essentiellement rurale c est son caractère technique dominant — et patriarcale, il n’y apas encore d'échanges libres.
Lorsque, pat suite de circonstances, où les fadeurs politiques peuvent sans doute jouer un rôle, mais où le facteur technique est essentiel, une partie de la population se groupe dans des villes. Use produit une division du travail beaucoup plus marquée entre les agriculteurs et les artisans ; et des échanges s’établissent entre la ville et la :^one rurale environnante. C’est le trait essentiel de V économie urbaine.
Enfin, à mesure que la technique se perfectionne, les professions deviennent plus nombreuses, et le travail se diversifie dans chaque profession ; puis, \qs moyens de transpoit permettent à chaque /Ni de se spécialiser '. Lyon peut
Nogaro
produire des soieries pour la Fraise entière, puis pour le monde entier. On ne produit plus seulement sur commande, mais pour le marché. La concentration accompagne la spécialisation. On en arrive à h grande production J avec un rayon d’échanges de plus en plus été idu ; c’est ainsi que se développent peu a peu la ph:.se de Véconomic nationale, puis de V économie mondiale.
<)ii peut dire aussi que c’est une phase d économie essmtiellement capitaliste, non pas seulement en raison de la grande quantité de capitaux employés à la production, *^de leur mobilité et de leur concentration, mais aussi à cause de rallongement et dn caractère indirect du pn cessas technique de la production : désormais, pour produire plus de blé, il ne suffit pas d’en semer davantap ; il aut se procurer des engrais, des machines, poup lesquelles on a dû extraire de la bouille et des minerais ; il lai t aussi construire d’autres machines, des voies lerrees, de; navires, etc. Ainsi, pour subvenir à des besoins fondam mtaux, qui sont toujours les memes, et prmcipalem mt aux besoins alimentaires, une proportion toujours m uns grande de la population active se consacre aux travaux qui ont diixctemcnt pour effet d y satisfaire. Lu Fiance, pays dont la production subvient pourtant à peu orès aux* besoins alimentaires de la population, moins de mul millions de travailleurs, sur une population active d’ environ vingt millions, se consacrent à 1 agricultuie^, a l’( levage ou aux industries de 1 alimentation, tanuis que, parmi les individus employés au commerce, aux transports, à la manutention, a un certain nombre d industries extractives, métallurgiques, chimiques, etc., beaucoup concourent en réalité à la satisfaction des bescins alimentaires. Ce caractère indiiect du processus pjodi et if est une des manifestations les plus évidentes de f extrême division du travail de l époque contemporaine (i).
'i) En ce qui concerne l’évolution des formes de l’orgamsaiion
CHAH. I. — INFLUENCE DE LA TECHNIQUE 3g
§ 3. — Les formes actuelles de la division du tra- . ail et l’élément fondamental de notre organisation économique ; l’entreprise travaillant pour le marché,
La division du travail, dans l’économie moderne, est t^lle que l’œuvre de production est, pour la plus grande part, accomplie soit par des individus, soit par des groupements d’individus — le plus souvent privés v|ui ne fournissent qii’une catégorie de produits ou de services. Le producteur ne subvient directement — sauf dans ragricuhure, où il existe encore de petits exploiî:.nts qui produisent beaucoup de choses pour leur usage personnel — qu’à une infime partie de ses besoins ; en outre, il n’utilise qu’une part infime — et encore pas î lujours — du produit de son travail : le chapelier n’utilise chaque année, que quelques-uns de ses chaeaux ; le bijoutier peur fort bien ne se parer d aucun aijou. Chaque producteur travaille donc pour les autres, autrement dit, pour la clientèle, et bien souv:nt pour une clientèle anonyme, à laquelle il offreses marchandises sans attendre de « commande » ; en d’autres termes, il travaille bien souvent pour le mar-
ché. ,
Les personnages qui, individuellement, ou en s associant, assument ainsi l’initiative de la production sont désignés, dans le langage de l’économie politique, sous !e nom d'entrepreneurs ; et l’on dit de tous ceux ^ qui travaillent sous leur direction qu’ils font partie d une même entreprise.
économique, on consultera avec profit, outre l’ouvrage de Bûcher déjà cité, celui de G. Schmoller, Principes d' Economie poh- Üque (trad. franç., Giard et Brièrc, s vol.) et les travaux de son école (Voir notamment sa revue ; Jahrhnch fUr Gcsel:gehung, Yeriecitlung und Volkswirtschaft.)
— CONDITIONS générales, ETC.
N 3US examinerons, plus loin les diverses rnodalites de l'mtreprise ; qu’il nous suffise de noter ici qu’elle constitue le caractère essentiel de notre organisation
économique.