‹ Éléments d'économie politique [microform]Chapitre 1 sur 161 · L * CO · texte numérisé non relu

L * CO

^ Quelques amis nous ont demaiidé de publier le coups d économie politique que nous professons depuis 1886 à la faculté catholique de droit de Lyon.

Nous nous rendons à leurs sollicitations. Ce n’est pas que les ouvrages d’économie politique fassent défaut, mais il nous a semblé cependant que quelque chose restait à faire : il fallait démontrer que l’économie politique, si décriée maintenant par certains penseurs, a, comme toutes les branches de la philosophie, sa place marquée parmi les sciences que des catholiques doivent étudier, et que, pour occuper cette place, elle n’a nullement besoin de s’écarter de l’enseignement de ses maîtres les plus autorisés.

Ce livre s’adresse tout à la fois aux étudiants qui ont des examens à préparer, aux amateurs quels qu'ils soient et aux hommes du monde dont l’attention est attirée vers les questions économiques par toutes les polémiques engagées autour de la question sociale.

Aux jn*emiers, nous croyons offrir sous une forme claire et concise tout ce qui leur est nécessaire.

La longue habitude de l’enseignement du droit, auquel

. - -, , •' ^ : iiiMiiiyi ^

AVANT-PROPOS

nous appartenons depuis dix-neuf ans, nous permet d’apprécier avec compétence les conditions auxquelles un ouvrage de ce genre doit répondre.

Aux seconds, nous nous proposons d’exposer dans ses diverses parties toute une science dont la connaissance au moins sommaire est indispensable à quiconque parle de réformes sociales à accomplir. On l’a dit cent fois : le monde que Dieu a fait est, dans chacun des règnes et des ordres dont il se compose, plus complexe et plus varié que ne s'imaginent ceux qui voudraient le reconstruire. Deaucoup d illusions d’abord, de déceptions ensuite, naissent de l’ignorance des conditions nécessaires dans lesquelles la société humaine est placée au point de vue des richesses qu’exige la satisfaction de ses besoins.

Ces conditions nécessaires et l’enchaînement qu’elles présentent les unes avec les autres, ce sont les lois économiques. La lascination que certaines doctrines socialistes ont exercée sur un l)on nombre d’excellents esprits, est venue de l’insufrisaiice de l’étude de ces lois autant que d'une pitié sincère et généreuse pour les souffrances des classes ouvrières. Gomme un penseur catholique, M. Maurice Aubry, le disait il y a bientôt un demi-siècle : « L’économie politique est l’antidote scientifique du socialisme, et si cette dernière hérésie a des adversaires plus ardents et plus implacables, elle n’en a pas de plus logiques, de plus désintéressés et de plus courageux que les économistes '. »

Nous ne sommes pas des inventeurs en sociologie, et l'originalité des systèmes ne nous éblouit point. Trop d’hommes ont pensé avant nous pour que nous voulions découvrir beaucoup d’idées nouvelles ou concevoir pour la société un plan et des modes nouveaux d’existence. Dans un livre de ce genre, ce serait, nous semble-t-il, funeste à plus d un point de vue; car les étudiants, d’une part, ont ])esoin de trouver et d’apprendre ce qui fait partout le

' Maurice Aubry, Théorie et pratique (1851).

AVANT-PROPOS 3

fond de l’enseignement habituel ; d’autre part, un livre de système et de parti pris, un de ces livres où les mots prennent un sens nouveau, où les idées séduisent par leur éclat, où les propositions se recommandent par leur originalité plutôt que par leur justesse, ne répondrait pas non plus au but que nous nous proposons d’atteindre auprès de ceux que leur goût seul porte à s'occuper d’économie politique et sociale.

De graves problèmes de morale sont connexes à des questions économiques, particulièrement en ce qui concerne le droit de propriété, le prêt à intérêt et le salaire. Nous les indiquerons avec tout le développement que peuvent comporter les limites de cet ouvrage.

Enfin, nous avons jugé nécessaire de jirésenter ça et là un tableau aussi réduit que possible de l’état et de la législation économiques de la France. Beaucoup veulent réformer, qui savent ])ien peu de cliose de ce qui existe ou de ce qui a précédé la situation actuelle ; or, il est nécessaire de connaître avant déjuger, nécessaire surtout de connaître avant de détruire.

G est ])eaucoup, dira-t-on, pour un volume aussi restreint. Aucune de ces parties, cependant, ne nous semble pouvoir être retranchée. Si sommaire que soit l’étude que l’on veuille entreprendre, la peine qu’on y donnerait serait près d être inutile, si on n’y puisait pas le moyen de suivre, avec une suffisante intelligence des mots et des choses, des discussions économiques et sociales qui encombrent chaque année davantage les revues et les journaux.

Août 189i.

Page 1