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LA SOLIDARITÉ DES INDUSTRIES

Au début de toutes les sociétés, l’industrie manufacturière était nulle pour ainsi dire.

Les besoins de l’alimentation, qui sont les plus impérieux et les plus continus de notre nature, étaient satisfaits par la chasse chez les peuples nomades, et par les produits des troupeaux chez les peuples pasteurs ; ils le furent ensuite par les fruits artificiels du sol dès que l’agriculture sédentaire eût été pratiquée. Quelques travaux accomplis à l’intérieur des familles constituaient alors tout ce qu’il y avait d’industrie proprement dite : là étaient faits les vêtements et les armes grossières des premiers hommes, et la division des professions ou la spécialisation du travail n’existait pas encore.

Cette division marqua une des grandes étapes du progrès. L homme peut davantage quand il se consacre plus exclusivement à un travail ; et l’échange forcé qui commence entre les produits de chaque métier distinct, leur donne une utilité nouvelle en même temps qu’il resserre et consolide les liens moraux de la société.

Les progrès d’une industrie considérée isolément influent sur les progrès des autres. Un excédent de produits agricoles rend disponibles des bras pour l’industrie ; des outils plus perfectionnés permettent d’obtenir de la terre, à égalité d’efforts, un rendement plus considérable. Sans remonter bien haut, on peut citer des régions de la France où la culture du froment n’a remplacé tout près de nous la culture du seigle qu’après l’introduction des charrues en fer, plus perfectionnées et devenues d’un prix moins élevé qu’autrefoisL

L’essor fut brusque quand les découvertes scientifiques furent plus précipitées et plus fécondes en grandes applications.

Voilà une des formes sous lesquelles se manifeste la solidarité des industries.

De plus les crises heureuses ou malheureuses que traversent

‘ C’est le cas dans une grande partie des Cévennes et de la chaîne centraie, au commencement du xixe siècle.

quelques-unes d’entre elles, ont une influence également heureuse ou malheureuse sur les autres. Lorsque l’une, en efTet, est prospère, ses produits plus nombreux offrent des débouchés à toutes les autres'. Qu’une crise funeste au contraire survienne: l’industrie éprouvée fera refluer les travailleurs sur toutes les autres industries et cessera de demander autant leurs produits : les autres souffriront donc tout à la fois d’une baisse des salaires et d’un moindre écoulement de leurs richesses.

Le prétendu antagonisme de l’industrie proprement dite et de l’agriculture n’est qu’une illusion, et l’une ou l’autre souffre ou profite du déclin ou de l’essor de sa rivale. Les conséquences de cette solidarité sont d’autant plus sensibles que l’industrie frappée ou prospère a, relativement aux autres, une plus grande importance par le nombre des bras qu’elle emploie et par la quantité des produits qu’elle met en circulation.

Ces remarques méritent d’être prises en sérieuse considération lorsqu’une industrie importante par le chiffre de ses travailleurs et la valeur de ses produits vient à péricliter et sollicite des mesures qui la mettent à même de surmonter les difficultés, peut-être momentanées, contre lesquelles elle lutte. Dans les milieux industriels des villes, on n’y a peut-être pas assez songé lors de la crise agricole dont les débuts remontent à 1881 et dont le terme n’est pas encore arrivé. L’agriculture demandait des droits protecteurs sur les blés : on supputa renchérissement dont le pain allait être frappé pour les ouvriers de l’industrie, mais on ne mesura pas 1e contre-coup qu’une ruine irrémédiable de l’agriculture française aurait eu sur toutes les branches du travail manufacturier. Nous reviendrons sur ces questions-là à propos du commerce international.

' Ile partie, chap. i.

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