‹ Éléments d'économie politique [microform]Chapitre 92 sur 161 · I. — Différence des systèmes monétaires · texte numérisé non relu

I. — Différence des systèmes monétaires

Il est clair que le calcul par perte ou par prime “®/oo n’est possible qu’entre pays ayant le même système et possédant la même circulation. Tout au plus avec d’autres pays ce procédé sert-il de comparaison : ainsi, avec la Russie, les cotes officielles des changes inscriront 250; le public traduira que le change perd 37 1/2 ® o sur le pair fictif de 400 roubles pour 100 francs.

On a deux autres procédés : Vincertain et le certain.

Premier procédé. — On exprime en sa monnaie nationale le prix qu’on peut tirer de la vente d’une créance sur l’étranger, soit qu’on calcule le prix sur l’unité de monnaie étrangère, soit qu’on le calcule d’après un multiple rond de cette unité étrangère. Cette méthode s’appelle donner Paris a coutume

de donner l’incertain sur toutes les places. Ainsi une créance d’une livre sterling sur Londres se vendra selon les temps 25fr.20 ou 25 fr. 30; une créance de 100 roubles sur Saint-Pétersbourg se vendra 250 ou 280 francs; une créance de 100 piastres sur Barcelone se vendra 405 fr., etc.

Deuxième procédé. — On exprime en monnaie étrangère le montant de la créance qu’on peut vendre contre une ou plusieurs unités monétaires de son pays. Cette méthode s’appelle donner le certain, b'ile consiste, non plus comme l’incertain, à faire varier selon la cote l’expression de monnaie nationale, mais au contraire à faire varier l’expression de monnaie étrangère.

Paris, disions-nous à l’instant, donne l’incertain pour toutes les places : on y cote Londres à 25 fr. 20 (la livre sterling), l’Allemagne à 122 3, 4 (les 100 reichsmarks). Vienne à 265 (les 100 florins), New-York à 515 (les 100 dollars), Londres a pour usage de donner le certain à qui lui donne l’incertain (Paris à 25 fr. 30 par exemple) et réciproquement : il n’est fait d’exception qu’avec New-York, qui cote en dollars pour 1. st. 1 (l’incertain) et qui

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LE CHANGE

est coté à Londres en pence pour 1 dollar (l’incertain également).

Toutes les fois que les changes sont cotés dans la monnaie nationale (l’incertain) — et c’est le cas dans presque tous les pays, notamment la France — le change est défavorable au-dessus du pair et favorable au-dessous. Il est clair du reste qu’entre deux pays, si le change est favorable à l’un, il est contraire à l’autre. Le change défavorable est celui qui fait craindre une exportation d’or et l’élévation de l’escompte, ou plutôt, comme on dit volontiers, « un renchérissement de l’argent ».

Le pair de la monnaie se calcule en comparant le poids de métal fin contenu dans l’étalon monétaire de chaque pays. A ce titre le pair de la monnaie entre la France et l’Angleterre établit la livre sterling à 25 fr. 2215. Le pair de la monnaie ne se confond pas avec le point d’or, à cause des frais de transport du métal; le point d’or est toujours supérieur; bien plus, le pair de la monnaie est susceptible d’une détermination exacte, et le point d’or ne, l’est pas parce que ces frais sont variables selon l’habileté et les procédés des banquiers.

IL — Echéance plus ou moins rapprochée des remises.

Jusqu’ici nous avons fait abstraction de l’intervalle ou interusurium entre la négociation et l’échéance de la remise. C’est le cas du chèque, payable à vue, coté régulièrement entre Paris et Londres.

En réalité, la grande majorité des transactions internationales se fait sur des traites à trois mois d’échéance — papier long, qu’on oppose au papier court.

Le théorème, c’est « que le prix du papier long est basé sur le prix du papier court, dont il suit les mouvements de hausse et de baisse; et l’amplitude des divergences dépend : 1® du taux de l’escompte dans le pays sur lequel l’effet est tiré; 2“ de l’état général du crédit L »

Pourquoi calculer sur le taux de l’escompte au pays tiré ? Le voici : supposez que j’aie fait des achats en Angleterre et que l’échéance du paiement étant arrivée, je puisse choisir entre un chèque et une traite à trois mois. Si j’envoie la traite à trois mois, mon correspondant anglais me créditera du montant sous déduction de l’escompte au taux où on le pratiquera en .Angleterre, pays tiré.

En outre, le papier long est exposé, durant trois mois, à plus de chances'd’insolvabilité du tireur et du tiré.

’ G. Clare, op. cit., p. 147.

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à50 DEUXIÈME PARTIE — CIRCULATION OU ÉCHANGE

Normalement il doit être coté plus bas avec le procédé de l’incertain, et plus haut avec le procédé du certain; et l’écart doit être autant plus grand que l’état économique, financier et politique du pays tire présente moins de sécurité,

La cote du change <i Paris nous offre à cet égard une particularite bizarre.

Les changes y sont divisés en deux groupes de pays. Dans le premier groupe (Hollande, Allemagne, Espagne, Portugal, Autriche et Russie) tout papier, quelle que soit son échéance, est coté comme s il était a trois mois : s’il est plus court, l’acheteur supporte une diflerence d’intérêt qui est calculée au taux uniforme de /P o. or, ce taux est plus ou moins élevé que le taux de l’escompte au

rTf?''?.’ ««érection est faite sur le prix môme do

effet . Pour le papier sur les autres pays (Angleterre, Belgique, Suisse, Italie et Etats-T^nis), l’intérêt au cours officiel du pays tire a besoin d’etre ajouté au prix du papier, s’il s’agit d’autre chose que du change à vue^,

~ Différence des étalons monétaires effectifs.

Dans ce cas le point d’or ne peut aucunement fonctionner. Il n y a pas de limite théorique à la baisse du change. C’est actiielement avec nous le cas de tous les pays autres que l’Angleterre.

lemagne et les Etats-Unis parmi les grandes puissances, en ajoutant la Hollande, la Belgique et la Suisse parmi les Etats secondaires.

Ce n est pas que quelques-uns des autres pays — l’Italie et la Grece, par exemple — n’aient pas le même système monétairê que nous, au moins en théorie; c’est parce que l’instrument commun d échangé leur fait défaut pour payer les soldes des a ances internationales, quand ce sont eux qui en sont débiteurs. Les pays qui en sont tombés à ce rang, sont donc condamnés à donner beaucoup pour recevoir peu, c’est-à-dire à vendre bon marche fparce que leur acheteur gagne la différence au change).

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- Comme ce taux ofliciel peut être plus élevé que le taux sur le marché

ông ■ De là à'* ^•'“^''^tée par un prix un peu plus bas du papier

long. De là 1 utilité des deux colonnes (papier long — papier court) même pour les valeurs dites se négociant à vue.

LE CHANGE io?

et à acheter cher (parce qu’eux-mêmes acheteurs payent cette différence en supplément de leurs prix d’achat). Et ces pays, ce sont actuellement tous ceux dont la circulation monétaire n’a pas l’or pour base, ce sont toutes les contrées à circulation de métal blanc, comme l’Inde et le Mexique; ce sont aussi toutes les contrées à circulation do papier inconvertible et déprécié, comme l’Italie et la Russie : car nul doute que, malgré la suppression officielle du cours forcé, l’Italie est hors d’état de livrer de l’or à l’exportafion.

Le défaut d’équilibre de la balance internationale cause la hausse du change (et ordinairement la hausse de l’escompte). Il semble alors que la hausse du change va réagir sur les faits économiques qui l’ont causée et va travailler énergiquement à ramoner toutes choses au point de départ, c’est-à-dire au pair.

En effet, on doit logiquement admettre dans ce cas :

1® Une tendance à l’exportation du numéraire. Cependant cette exportation est impossible si la monnaie manque, si le métal dont elle est faite est déprécié dans les pays créanciers et si le peu qui en reste est sollicité à rester par suite de l’accroissement de son pouvoir ;

2® Une tendance au développement des exportations, par le seul effet du change ;

3® Une tendance à la diminution des importations. C’est précisément pour cela que nous avons signalé la crise actuelle des changes comme un obstacle à l’exportation de nos produits.

D’où la conclusion que « la rupture de l’équilibre approximatif des créances et des dettes ne peut être que provisoire et qu’elle ne tarde pas à être remplacée par une période qui présentera les caractères inverses ». Autrement dit, « la balance des comptes est stable et, si elle est momentanément dérangée, elle revient d’elle-même à son point d’équilibre comme le fléau d’une balance L »

Que faut-il penser d’une formule aussi absolue^

Elle est très plausible pour de faibles écarts ; même l’histoire économique de la France de 1<S71 à 1874 montre que la vérification en est possible pour des écarts momentanés d’une certaine amplitude. Mais ce n’est point fatal, et le nœud de la question n’en est pas moins de savoir si les productions du pays vont être assez abondantes pour que leur écoulement à l’étranger détermine ce surcroît de créances dont il a besoin.

Or, rien ne prouve qu’il en soit ainsi ; bien plus, l’exemple sou-

' Gide, Principes d'économie politique, ire édition, pp. 275 et 276.

tenu de nombre de pays à finances avariées, comme Tltalie, le Portugal, l’Espagne et la Grèce, nous confirme dans une opinion tout à fait contraire.

Il se peut en effet que la production soit elle-même frappée dans son principe par ia situation malheureuse où une rupture trop longue et trop grave de l’équilibre a jeté le pays. En ce cas, les ressources naturelles ne sont pas exploitées ; les entreprises ne se multiplient pas, et le pays, incapable de rivaliser avec ses concurrents, ne les suit pas dans la carrière du progrès. C’est en vain que les exportations seraient provoquées : le pays ne pourrait pas satisfaire à la clientèle qui d’aventure viendrait le solliciter ; ou bien il n’y satisferait qu’après avoir été fécondé à nouveau par des capitaux étrangers. Mais ceux-ci alors réclameraient un loyer que l’exportation des produits suffirait peut-être à peine à payer. Le pays resterait donc toujours pauvre et toujours accablé sous la pression du change, bien que ses richesses naturelles et ses exportations eussent fait la fortune des capitalistes étrangers.

On peut se demander si ce n’est point là la condition économique de l’Espagne, voire même de l’Italie, qui se saigne pour payer les intérêts des emprunts improductifs qu’elle a contractés.

En tous cas nous ne saurions croire que l’équilibre ait en soi quelque chose de nécessaire et de fatal. Ce serait la thèse de l’égalité économique de tous les peuples ; et cette formule ne nous paraît pas plus exacte que la thèse d’une égalité physique, morale ou intellectuelle de tous les hommes. Il y a des peuples, et même dans un peuple il y a des régions, qui sont condamnés par la force des choses, par les erreurs des gouvernements ou bien tout simplement par le caractère des populations, à donner beaucoup plus pour ne pas recevoir davantage et à racheter en quelque sorte les inégalités d’une balance des comptes par une exportation de leurs propres sueurs. Il y a là, selon nous, un obstacle insurmontable contre l’application d’une législation internationale du travail.

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