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DE LA FORMATION DU CAPITAL ET DE SON ACCUMULATION

Programme officiel : Comment l’Épargne forme, accroit et conserve le Capital.

De la formation, de la conservation et de l’accroissement du capital. — Le fonds des capitaux étant composé uniquernent de richesses, chaque capital est évidemment produit comme toute richesse, grâce au concours du travail, de ta nature et des capitaux antérieurement exislants. Une machine à vapeur, une matière première quelconque, un bâtiment d'usine n'ont certainement pis d'autre origine.

Mais, en conslatant celle vérilé d'évidence, on ne répond pas à la question que nous posons. Nous n'avons pas, en ce moment, à nous préoccuper de la façon dont se fabrique chaque capital, nous devons chércher cominent se forme, se conserve et s’accroit le capital, c'est-à-dire

l’ensemble des capitaux; par quels faits, si l'on veut,

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s'expliquent la formalion, la conservation et l’accroissement, au sein d’une société, d’un fonds des capitaux à côté du fonds de consommation.

Or, nous avons déjà constaté! que le fonds des capitaux ne peut se former, se maintenir et s’accroitre que orâce à une répartilion convenable des forces industrielles, une partie de ces forces étant consacrée à la production des capitaux pendant que l’autre renouvelle et augmente le fonds de consommation. Il s’agit donc, en définitive, de savoir quels sont les faits qui permettent cette répartition convenable des forces industrielles.

Une analyse très simple suffit à les mettre en lumière. Ce sont : d’une part, l'épargne et la deslination donnée à la. chose épargnée, et, d'autre part, les inventions.

1° DE L'ÉPARGNE. COMMENT L'ÉPARGNE AIDE A FORMER, A CONSERVER ET A ACCROÎTRE LE CAPITAL. — L’épargne n'est autre chose qu’un effort d’abstinence. Celui-là épargne qui, ayant à sa disposition un objet propre à satisfaire l’un de ses besoins, s’abstient de le consommer.

C'est assez dire que l'épargne ne porte que sur les richesses appartenant au fonds de consommation. On peut épargner un aliment ou un vêtement, on n'épargne pas des machines et des malières premières,

On se tromperait doûc si l’on croyait que l'épargne suffit à produire des capitaux. Elle représente seulement le premier pas à faire, la première condition à réaliser pour arriver à en produire. Sen effet se borne à ménager le fonds de consommation de façon à ce que son entretien n'absorbe pas toutes les forces disponibles et qu'une partie de cellesci puisse être employée à produire des capitaux.

29 DE LA DESTINATION DONNÉE A LA CHOSE ÉPARGNÉE. — Encore ne suffit-il pas d’épargner pour que ce résultat soit obtenu. L’épargne, si elle n’est pas suivie d’un emploi ulile de la richesse épargnée, aboutit à la thésaurisation, c'est-à-dire à un entassement stérile des richesses qui peut assurer pour un certain lemps la satisfaction des besoins de l’homme, mais n'apporte aucun secours à la production,

1, Voir p. 101,

I] reste à savoir quelle destination doit être donnée à la partie du fonds de consommation qui a été épargnée pour que son emploi facilite la capitalisation.

On le voit aisément si l’on se place, par la pensée, en présence de l’une de ces sociétés primitives, réunion de quelques familles obéissant aux ordres absolus d’un chef. Ce chef décidera quelle portion des approvisionnements sera épargnée aujourd'hui pour être consommée les jours suivants, pendant que les membres de la famille se livreront à quelque travail de longue haleine, comme la fabrication d'un engin de pêche ou de chasse. On épargnera donc aujourd” hui pour pouvoir consommer demain et se donner ainsi le temps de créer des capitaux.

Il n’en est pas autrement dans nos sociétés : le mécanisme est seulement plus compliqué, parce que le soin d'assurer l'épargne et celui d’en déterminer l'emploi sont abandonnés à l'initiative des particuliers. Or, dans nos sociétés, il n’y a

qu'un nombre restreint d'individus en état d’épargner : ce

sont ceux dont les ressources sont plus que suffisantes à la satisfaction des besoins de première nécessité. S'ils n’épargnaient pas, ou s'ils thésaurisaient, ils consommeraient ou conserveraient par devers eux une grande partie du fonds de consommation; l'industrie, privée des ressources nécessaires pour faire à la classe ouvrière les avances dont elle a besoin, ne pourrait entreprendre aucun travail de longue durée. Elle devrait se restreindre à la production d'objets susceptibles d’une consommation immédiate; il lui serait donc impossible de consacrer des forces suffisantes à l'entretien et à l'augmentation du fonds des capitaux. Celui-ci diminuerait rapidement et, de son côté, le fonds de consommation, difficilement renouvelé faute de capitaux, ne tarderait pas à s'épuiser. La misère surviendrait bientôt et la civilisation reculerait.

C’est donc en livrant leur épargne aux entrepreneurs pour la distribuer en salaires, c’est-à-dire en mettant le fonds de consommation à la disposition de tous, que les individus qui épargnent dans nos sociétés permettent à l’industrie de produire des capitaux.

30 Des INVENTIONS. — Mais tous leurs efforts resteraient inutiles si l’industrie, mise à même de s'organiser de la

façon la plus avantageuse et d’activer la production, ne savait pas le faire.

Dans les temps préhistoriques, il a dû arriver, peut-être à maintes reprises, que l’homme, nanti par une chance heureuse, comme le passage d’une troupe d’animaux ou d'un banc de poissons, de ressources abondantes, n’en profitât pas, faute de savoir créer des capitaux. Ces approvisionnements exceptionnels épuisés, il retombait dans sa situation antérieure. Il fallut que l’idée lui fût venue de fabriquer un outil pour qu'il pût mettre à profit le loisir dû aux approvisionnements amassés.

Il en est encore de même aujourd'hui. C’est grâce à l'esprit d'invention qu'une partie des forces industrielles peut être employée à produire des capitaux. Ces capitaux se perfectionnent à mesure que les inventions se succèdent, les réserves s'accumulent et l'épargne peut croître en même temps que le bien-être de tous augmente.

Comme on le voit, les éléments que nous venons d’étudier forment un ensemble indivisible. Ils sont également indispensables pour que le capital se forme, se conserve et s’accroisse, et c'est de leur réunion que résulte le progrès économique. Une société qui épargnerait beaucoup, mais travaillerait peu ou sans art, resterait pauvre en capitaux; et, sans l'épargne, le travail, si capable d’ingéniosité et d'énergie qu’on le suppose, ne pourrait s'organiser comme il convient pour une abondante capilalisation.

Comment l'initiative privée assure la capitalisation. — Cette capitalisation, c’est à l'initiative individuelle qu'est abandonné, dans les sociétés, le soin d'en assurer le développement. De même que, dans ces sociétés, chacun est libre de travailler à son gré, de même c’est sur les efforts des particuliers que l’on compte pour entretenir et augmenter le fonds des capitaux. Tout au plus, l'État intervient-il pour encourager, à l’aide de certaines institutions, l'épargne chez la classe ouvrière, ou, dans des cas exceptionnels, pour se charger de grands travaux d'intérêt général, que les particuliers ne feraient pas, faute “d’un intérêt personnel qui les y pousse, ou feraient dans des conditions peu avantageuses. Au premier cas, l’État agit

dans un but d’apaisement social; au second, il n’est qu'un entrepreneur comme les autres, créant des capitaux comme beaucoup d’entre eux le font, agissant seulement avec plus de puissance. Mais son intervention reste restreinte : il n’a pas la prétention de diriger la société dans la formation des capitaux.

Cette attitude réservée de l'Etat est nécessaire, car rien ne serait plus dangereux que de confier aux gouvernements le soin de capitaliser. D'abord, ils ne pourraient s'en acquitter qu'à la condition de mettre la main sur l'industrie tout entière et de l'organiser par voie d'autorité, puisqu'ils auraient à délerminer quelle portion des forces industrielles sera consacrée à créer ces capitaux, et quelle portion emploiera les capitaux existants à fabriquer des produits achevés. Ce ne serait rien moins que la suppression de la liberté du travail. En outre, il est particulièrement difficile aux gouvernements d’épargner. Assaillis par les solliciteurs, ayant à se défendre contre mille convoitises, réprimant difiicilement la négligence ou la prodigalilé de leurs agents qu'aucun intérêt direct ne pousse à se montrer actifs et économes, ils ont déjà bien de la peine à ne pas gaspiller. Comment pourraient-ils se charger d'assurer à la nation l'épargne abondante, constamment renouvelée, dont elle a besoin pour êlre à même d'entretenir et d'augmenter son capital ?

L'État a donc raison de renoncer à diriger la capilalisation. L'initiative individuelle seule peut se charger de cette œuvre difficile.

PRÉVOYANCE ET DÉSIR DE S’ENRICHIR. — Les particuliers sont en effet poussés à capitaliser par les mobiles les plus puissants qui, en matière économique, puissent agir sur l'homme : la prévoyance et le désir de s'enrichir.

Le premier sentiment les porte à l'épargne. C'est parce qu'ils éprouvent le désir d'assurer l'avenir, de se ménager des ressources pour leurs besoins futurs que les hommes s'absliennent de consommer immédiatement les richesses qui sont à leur disposition. Ce désir, l'individu le ressent d'autant plus fortement que, responsable de ses actes, il sait ne devoir compter que sur lui-même. Ce n'est pas à dire que, même dans les sociétés les plus avancées, tous

ceux qui pourraient épargner épargnent en effet : beaucoup manquent de sagesse et d'énergie. Mais une nalion civilisée comprend toujours un certain nombre d'hommes prévovants el modérés : ce sont ceux-là qui pratiquent l'épargne.

Ils y sont d'ailleurs encouragés par le désir très légitime qu'ils éprouvent d'augmenter leur état de richesse. On n'épargne plus guère, en effet, dans le seul but d'amasser des ressources pour l'avenir. La thésaurisation, si fréquente aulrefois, a presque complètement disparu de nos mœurs. La prévoyance qui porte à l'épargne est presque toujours accompagnée du désir d'employer la richesse épargnée à se créer des revenus ou à réaliser des bénéfices quelconques. Le particulier qui épargne ne manquera donc pas de chercher pour la richesse épargnée un emploi productif, c'està-dire qu’il la mettra à la disposition de l'industrie et aidera ainsi les entrepreneurs à organiser le travail de la façon la plus avantageuse.

Enfin, les entrepreneurs qui, eux aussi, désireat s’enrichir, ne manqueronl pas de proliler de ce secours pour augmenter la force productive de l’industrie : ils chercheront les modes d'emploi les plus lucratifs pour les richesses que l'épargne leur livre et seront naturellement amenés à consacrer une forte portion des forces industrielles à la création de capilaux.

LA DIVISION DU TRAVAIL DE CAPITALISATION. — L'action des sentiments qui encouragent les particuliers à capitaliser est d’ailleurs secondée par une organisation spontanée qui facilite les efforts er les limitant.

Beaucoup d'individus, qui ont le goût de l'épargne, ne peuvent ou n’osent uliliser eux-mêmes les richesses qu'ils ont épargnées : ils préfèrent les confier, moyennant rémunération, à d’autres qui se chargeront d'en tirer parti. On ne leur laisse guère le souci de chercher un placement. De tous côtés les demandes viennent à eux, sous les formes les plus diverses. Ils peuvent, par exemple, acheter quelquesuns de ces titres si nombreux, actions, obligations, titres de rente, qui s'échangent chaque jour à la Bourse. Ils procurent à la société dont ils achètent l’action ou l'obligation, à l'Etat qui leur vend le titre de rente, les moyens de pro-

duire et, en échange, ils obliennent un dividende, un intérêt, une rente, en un mot un revenu. Craint-il de se tromper dans son choix? L’individu qui épargne peut encore se conlenter de remettre son épargne à un intermédiaire qui lui inspire confiance, à un banquier, par exemple. Gelui-ci lui payera un intérêt et acquerra ainsi le droit de choisir, avec son expérience des affaires et sa connaissance du monde industriel, l'individu auquel il confiera la richesse pour en tirer parti.

Il s'opère donc une division du travail de capitalisation qui, non seulement encourage l'épargne, mais encore diminue les dangers qu'un emploi imprudent ferait courir à la richesse épargnée. Ce n’est pas, sans doute, que l'épargne créée ne soit jamais perdue pour la sociélé. Il ne faut pas oublier que le particulier, en cherchant un placement, désire moins aider l’industrie que se procurer un revenu. L’éparsnant, ou l'intermédiaire qui a reçu son épargne, ne se préoccupe pas lant, lorsqu'il consent un prèt, de ce qui sera fait de la somme empruntée, que de la rémunération promise et des garanties offertes. Il est donc possible que l'épargne tombe aux mains d'un emprunteur qui la consomme pour son usage personnel. Quelquefois aussi, malgré les précautions prises, elle sera confiée à un entrepreneur incapable ou malheureux qui lanéantira sans en tirer parti. Dans ces divers cas, le travail d'épargne ne profite en rien à la société.

Ces faits sont évidemment regrettables, mais ils sont relativement peu fréquents et ne sauraient entrer en balance avec les grands avantages de l'organisation que nous venons de décrire.

LA MONNAIE FACILITANT L'ÉPARGNE. — Ajoutons d’ailleurs que l'emploi de la monnaie achève de faciliter le travail d'épargne en le simplifiant. Celui qui veut à l’aide de l'épargne se créer des revenus, n’est pas obligé d'emmagasiner des richesses en nature : il se borne à mettre de côté des pièces de monnaie. Ces pièces de monnaie permettant à celui qui les possède de se procurer une certaine quantité des richesses existantes ou à créer, les prêter équivaut à prêler ces richesses elles-mêmes. C’est donc sous forme de monnaie que l'épargne parvient aux entrepreneurs, qui s’en

servent pour acheter ou faire fabriquer les richesses dont ils ont besoin dans leurs entreprises.

Pourquoi les progrès de la capitalisation ne sont pas également rapides chez tous les peuples ou à toutes les époques. — Il est maintenant aisé de comprendre que les progrès de la capitalisalion ne peuvent être les mêmes chez tous les peuples à un moment donné, ni chez une même nation aux différentes périodes de son histoire.

C'est qu'en effet la prévoyance est une verlu qui ne se répand qu'autant que cerlaines conditions de milieu en favorisent le développement.

1° Elle suppose avant tout un certain perfectionnement, moral et intellectuel, fruit d’une éducation et d’une instruction bien comprises. Mais ses progrès peuvent en outre être encouragés ou au contraire enrayés, par les institutions et les mœurs du pays. Les lois les plus favorables aux progrès de l’épargne sont celles qui assurent le mieux à l'individu la libre disposition des richesses qu'il possède. Il convient notamment de respecter scrupuleusement la liberté de transmeltre ses biens par testament et d'organiser la succession ab intestat; car l'affection que chacun porte aux siens, le désir d'assurer leur bien- être, élargissent l’avenir et engendrent la prévoyance. L'État fait également œuvre prudente quand il s’abstient d'intervenir en matière d’assistance autrement que pour l'indispensable. Sans doute, on ne peut refuser un secours à celui qui est dans le dénüment, mais il faut se garder de dépasser la juste mesure et d'encourager la paresse ou l’imprévoyance. Les peuples dont la législation reconnait au profit des indigents un droit à l'assistance, manquent à ces principes de sagesse et nuisent au progrès de l’épargne. Il faut du reste que l’État soit ici secondé par les particuliers, c’est-à-dire que la charité privée s'exerce avec circonspection.

Ajoutons enfin que certains arrangements peuvent beaucoup pour encourager l'épargne. Nous signalerons notamment l'organisation des caisses d’épargne, des caisses ou des sociétés d'assurance et des associations coopératives, que nous nous réservons de décrire plus tard.

20 Une autre cause agit encore et très énergiquement sur le développement de l'épargne : c'est le plus ou moins de puissance de l’industrie. L’épargne n'étant autre chose qu'un prélèvement fait sur les produils achevés que celle-ci nous livre, peut naturellement suivre les progrès de la production. Une nation qui est riche épargnera aisément plus que celle qui ne l'est pas, et plus aussi qu'au temps où ellemême élait pauvre. Cest ainsi que l'Angleterre, la France, l'Allemagne, les États-Unis, capitalisent plus rapidement que la Russie, que l'Autriche ou que l'ftalie; et chez tous ces peuples la rapidité d'accumulalion des capilaux est aujourd’hui bien supérieure à ce qu'elle élait au siècle dernier.

Il en est donc exactement de même pour les nalions ct pour les simples particuliers ;: celui dont les revenus sont juste suffisants pour lui permeltre de subvenir à ses besoins de première nécessité est dans l'impossibilité absolue d'épargner. Mais si c'est là une silualion commune à beaucoup d'individus, on peut dire cependant qu’il n'existe aucun pays où l'épargne soit impossible. Seules, les peuplades sauvages n accroissent pas sensiblement leur maigre réserve de capitaux. Ce qui leur manque d’ailleurs le plus, c’est la” notion d'épargne dont nous parlions dans le paragraphe précédent.

3° Épargner, nous le savons, ne suffit pas pour que la création des capitaux soit rendue possible, il faut que la richesse épargnée soit livrée à l’industrie. Il est donc indispensable que ceux qui épargnent ne soient pas induits en défiance. Les craintes de guerre, l’incertitude sur la stabilité politique, le défaut d’habileté ou de loyauté des entrepreneurs, la rapacité de certains gouvernements, la tendance à protéger telle classe de la population aux dépens des autres, voilà autant de causes qui nuisent à la capitalisalion. Le manque de sécurité qui en résulle n'empêche peutètre pas l'épargne, mais il pousse à la thésaurisation. L'homme prévoyant, incertain de l’avenir, économise bien, mais il cache les richesses ainsi amassées et l'industrie ne profite pas de son abstinence.

4° Enfin les progrès (eFSFE esprit d'invention sont loin d’être les mêmes partout et à toute époque.

PRODUCTIONCDE LA; RICHESSE 127

Ilestbien vrai qu'aujourd'hui, grâce aux perfectionnements des moyens de communication, les idées nouvelles franchissent presque instantanément les distances et peuvent se répandre dans le monde enlier. Mais, sans même parler des arrangements internationaux relatifs aux brevets d'’invenlion, que d'obstacles l'ignorance et la rouline n’opposent-elles pas à la mise en pratique des inventions ! Si l’accumulalion des capitaux se fait plus vite en Angleterre qu'en France, n'est-ce pas, en grande parlie, parce que les entrepreneurs anglais sont plus que les nôtres actifs, hardis, prêts aux tentatives el prompts aux perfectionnemenis ?

Mais c’est surlout quand on compare les époques que les inégalités dont nous parlons apparaissent. Rien de plus irrégulier, en effet, que les progrès dela capitalisation chez un même peuple au cours des temps. À des époques d’accalmie, où l’augmentalion du fonds des capitaux est prooressive et lente, succèdent des périodes de fièvre, où son accroissement prend un essor parfois prodigieux. Ces alternatives ne se comprendraient guère si l'épargne créait directement les capilaux : l'augmentation de ceux-ci serait régulière, mais nécessairement lente et pénible. Mais nous savons que l'épargne ne crée pas les capitaux, elle permet seulement qu’ils soient produits; c’est l’art industriel qui les enfanle et ses progrès sont nalurellement irréguliers. I faut une longue incubation des idées et de pénibles recherches avant que de grandes découvertes se produisent, qui ouvrent à l’industrie des voies nouvelles : elle se précipite alors. Le capital est renouvelé, transformé; les capi- Laux n'augmentent pas seulement en nombre, mais aussi en puissance, et en quelques années la forcé productive de l'industrie peut se trouver considérablement accrue. Les grandes inventions qui ont marqué le xix° siècle ont produit des périodes de ce genre. De 1850 à 1865, nolamment, les progrès de l'outillage des manufactures en France furent énormes et ce fut dans le même temps que l’on construisit les chemins de fer et que la grande industrie pril son essor. Mais l'œuvre une fois accomplie, l'industrie n'ayant plus qu’à entrelenir et à accroître progressivement en le perfectionnant le capital nouveau qu'elle vient de créer, l’accumu-

lation des capitaux reprend une marche simplement nor-

male. Nous sommes actuellement dans une phase de ce

genre.

Une doctrine et une formule à rejeter. — Nous croyons utile, avant de terminer ce chapitre, de mettre nos lecteurs en garde contre une erreur très répandue et contre une formule aussi célèbre qu'inexacte.

La plupart des économistes voient dans l'épargne l’unique source du capital: elle seule suffirait, selon eux, à le former, à le conserver et à l’accroitre.

Cette doctrine repose à la fois sur une erreur et sur un abus de langage.

L'erreur résulte de ce qu’on oublie le rôle prépondérant des inventions dans la formation, dans l'entretien et dans l’augmentation du fonds des capitaux. En réalité, l'épargne ne crée rien, elle met seulement de côté, elle conserve : elle ne s'applique d’ailleurs qu'au fonds de consommation et n’a par conséquent aucune action directe sur l’accumulalion des capitaux. Son rôle n’en reste pas moins

considérable, puisque c’est grâce à elle que l’industrie peut .

s'organiser convenablement et créer des capitaux; mais, si considérable qu'il soit, nous verrons plus tard combien il importe de ne pas l’exagérer!.

L'abus de langage consiste à désigner par un seul mot deux faits parfaitement distincts : l'épargne, c’est-à-dire l'effort d'abstinence, et la destination donnée à la richesse épargnée.

On reconnait bien, en effet, qu'il ne suffit pas, pour concourir à la formation du capital, de s'abstenir de consommer pour son usage personnel une partie des richesses dont on dispose, qu'il faut en outre livrer ces richesses à la consommation industrielle. Mais, dit-on, celui qui se borne à ne pas consommer fhésaurise, celui-là seul épargne qui, après avoir soustrait la chose à la consommation de jouis-

sance, la livre à l’industrie. De là une formule souvent em-

ployée : « Épargner, c’est dépenser. »

Mais, en s'exprimant ainsi, on force évidemment le sens

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