LES ASSOCIATIONS OUVRIÈRES
Programme officiel : Associations ouvrières.
Syndicats ouvriers.
On vient de voir quels perfectionnements l'initiative des patrons peut apporter au salariat. Les ouvriers, de leur côté, peuvent beaucoup pour lamélioration de leur sort. L'association leur offre un puissant moyen d’aclion, susceptible d'applications très variées.
1°:11s peuvent d’abord s’associer d’une façon permanente, ou se coaliser temporairement, en vue d'obtenir un salaire équitablement fixé, ou de faire modifier les conditions du travail. Ils forment alors des syndicats ouvriers ou des coalitions.
20 [ls peuvent aussi essayer de sortir de là condition de salariés, en se faisant eux-mêmes entrepreneurs, à l’aide d’associalions coopératives de production ou de crédit. Cerlaines associalions de consommation peuvent cel être constituées dans ce but.
3° [ls peuvent aussi chercher à tirer de leurs gains le meilleur parti possible, en se procurant, par exemple, des vivres sains à bon marché, ou en s’assurant contre les hasards de la vie. La plupart des associations coopératives
de consommation et les sociétés de secours mutuels répondent à ce genre de besoin.
De ces trois catégories d'associations, les deux premières seules nous occuperont dans ce paragraphe; nous retrouverons la troisième plus tard.
I. Les associations ouvrières constituées en vue de perfectionner le salariat. — Rien n’est plus légitime que l'association d'ouvriers d’une même profession pour l’élude et la défense de leurs intérêts communs. Les lois naturelles qui régissent le salaire, quelle que soit la régularité de leur action, n'agissent pas instantanément : diverses influences, comme l'ignorance où sont souvent les contractants des conditions économiques, la force d'inertie de la coutume, le besoin pressant de l’ouvrier, parfois même la résistance injuste de l'entrepreneur, peuvent rendre l'entente difficile et même s'opposer à ce qu’elle s’établisse d’une façon équitable. Contre de pareils obstacles, des efforts isolés seraient le plus souvent impuissants : il faut donc recourir à l'association.
Elle peut d'abord aider l'individu à mieux débattre ses intérêts en lui procurant l'instruction, grâce à l’enseignement mutuel, et en l'éclairant sur les faits économiques ambiants, par la recherche et la centralisation des renseignements.
Les ouvriers associés peuvent aussi organiser l’action collective en acceptant la direction de chefs qui discuteront au nom de tous avec les entrepreneurs, ou bien, dans les cas extrêmes, en relusant en masse le travail.
Ce que nous venons de dire des ouvriers, on peut à peu de chose près le répéter pour les entrepreneurs. Eux aussi, peuvent chercher dans l'association un moyen de s’instruire et de se renseigner. Ils peuveñt également y trouver une direction générale, des intermédiaires pour s'entendre au nom de tous avec les ouvriers. Ils peuvent enfin s'unir pour résister à des prétentions jugées exagérées ct, à la grève, opposer le lock-out, la fermeture générale des ateliers.
L'idéal serait évidemment une situation dans laquelle, des deux côtés, l'association, très développée, aurait pour but principal la diffusion de l'instruction et des renseignements.
À coup sûr, l’action des individus éclairés, instruits, comprenant hautement leurs intérêts, serait la plus propice à une entente rationnelle : le jour où elle suffirait à tirer des circonstances économiques le meilleur parti, le progrès dans les rapports des patrons et des ouvriers aurait atteint son terme extrême. Les autres modes d'action de l’association devraient passer au second rang, la négocialion entre représentants des deux classes n'intervenant qu'à défaut d'entente entre les individus, et la grève ou le lockout étant réservés pour les cas exceptionnels. Ce serait le régime de la paix armée.
Histoire des associations ouvrières. —- [l y a longtemps que celte nécessité de s'associer a été senlie, en quelque sorte instinctivement, et l’on peut dire que les diverses périodes de l’histoire des classes laborieuses sont reliées par un effort continu, mystérieux et sourd vers l'association.
Jusqu'au xiv° siècle, les salariés ne se séparent guère des patrons, petits entrepreneurs qui ne sont à vrai dire queles premiers entre les ouvriers : une association unique, la corporation, dont nous avons antérieurement tracé l'histoire{, réunit ces individus que si peu de chose distingue. Ils luttent ensemble contre les périls extérieurs, et, entre eux, une organisalion simple permet de trancher les différends.
Mais, avec la prospérité du xiv® siècle, les situations deviennent plus tranchées, lé patron enrichi se sépare nettement du compagnon. Les statuts des corporations sonl modifiés au profit des maitres. Le chef-d'œuvre et les aulres conditions qu'on exige pour la maitrise ôlent à la plupart des compagnons l'espoir de devenir maitres un jour; une démarcation nette s'établit entre les deux classes. Désormais, la même association ne saurait les contenir, les maîtres ayant mis la main sur les privilèges de la corporation et se les étant réservés. Les compagnons formérent alors entre eux des associations : l’habitude des voyages, du tour de France, en favorisa l'extension, et{bientôt chaque