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DASRERUBOTIO NE D'ESLALRIGIFESSE 205

métier donna naissance à une vasle organisation qui, sous le nom de compagnonnage ou de devoir, réunit tous les ouvriers d'une même profession.

Une force collective puissante se trouva donc constiluée qui, bien dirigée, eûl pu rendre à la classe ouvrière les plus grands services.

Il semble qu'il en fut ainsi au début. Pendant un certain temps, les compagnons trouvèrent dans l'association une protection précieuse en ces temps troublés. Chacun, à cette époque, devait faire son tour de France, et s’instruire en travaillant dans les principales villes industrielies. Reçu compagnon, l'ouvrier voyait s’aplanir devant lui toutes les barrières, quand il arrivait dans une ville, quelle que fût la quantité d'ouvrage quil y eûl à faire, les associés lui en donnaient une part. Quelquefois, quand le travail ne pouvait se partager, le plus anciennement établi cédait sa place au nouveau venu. « Les communications étaient fréquentes; des avis officiels. quand il fallait entreprendre un grand ouvrage, prévenaient les compagnons et les engageaient à se rendre dans la ville : les ouvriers accouraient promptementt. »

Malheureusement, ces excellentes lendances firent bientôt place à d’autres. À mesure que les associations ouvrières devinrent plus puissantes, les mauvais instincts se développèrent : entre les divers devoirs, la lutte fut permanenle, on persécuta les ouvriers non affiliés, el l’on prélendit restreindre la concurrence en limitant le nombre des apprentis.

Les rapports des ouvriers et des maîtres devinrent aussi plus difficiles. L’instruction et la moralité faisaient trop souvent défaut aux compagnons, et les maitres, de leur côté, ne se prêlèrent pas à l'entente. L’habitude du monopole et des privilèges ne les avait guère préparés au respect de la liberté. Cette force qui s'élevait devant eux, et parfois contre eux, les effraya et Iles irrita; ils cherchèrent à la détruire. Des procès furent engagés entre les corporalions et les compagnonnages, et ces derniers furent dénoncés à tous les juges pour leurs excès et leurs praliques occulles.

1. M. Levasseur, Histoire des classes ouvrières en France, t. 1°, p. 502.

L'Étatenfin fut appelé à l’aide et, à plusieursreprises, prohiba formellement les associations ouvrières. Au xvinf siècle seulement, ces prohibitions se renouvellent trois fois.

Toutes les condamnations ct les défenses eurent ici leur effet ordinaire. Le compagnonnage ne disparut pas, il se cacha seulement davantage, son action fut plus mal dirigée, les haines s’accrurent et l’on arriva à un état de guerre permanent. Les grèves se multiplièrent. Les ouvriers, obéissant à un mot d'ordre, frappaient d’interdit les patrons dont ils croyaient avoir à se plaindre, et parfois la grève s’'étendait à tout un métier dans une ville. Au xvi siècle et au xvu*, on signale un assez grand nombre de ces coalilions; el elles deviennent encore plus fréquentes et plus dangereuses au xvin°. À Lyon, par exemple, en 1744, les ouvriers sont pendant huit jours maîtres de la ville et le gouvernement doit envoyer des troupes pour rélablir l’ordre. En 1786, nouvelle émeute des ouvriers lyonnais qui réclament une augmentation de deux sous par aune, . arrêlent tous les métiers et parcourent la ville en bandes menaçantes.

Ainsi, au cours des siècles passés, les patrons et les ouvriers n’arrivèrent pas à constiluer convenablement les groupements qui auraient dû faciliter leur entente. L'ignorance des uns, la mauvaise volonté des autres, les tendances despotiques de tous et les prohibitions de l'État aboutirent à l’état de guerre.

Les lois restrictives de la Révolution. — On croirait volontiers que la Révolution. qui supprima les privilèges, rendit aux ouvriers et aux patrons la liberté de se constituer comme ils l’entendraient et d'agir au mieux de leurs intérêls. Il n’en fut pourtant pas ainsi. La peur des grèves fit prohiber les coalilions d'ouvriers et de patrons, et la crainte de voir reconstituer les corporations qu'on venait d’abolir fit défendre les associalions permanentes.

Cette législation restrictive était doublement injuste.

C’est un droit absolu, pour les ouvriers, comme pour les patrons, de s'associer pour étudier et défendre leurs intérêts communs : c'est un droit non moins absolu pour eux de se coaliser pour suspendre le travail.

Sans doute, la grève est un moyen de guerre dangereux, dont l’abus. est détestable. Trop souvent elle compromet la cause qu elle devrait servir parce qu'elle porte atteinte à la vitalité d’une industrie nationale et favorise la concurrence étrangère. Mais elle peut aussi rendre à la classe ouvrière de grands services. On a voulu le contester en évaluant les dépenses et les perles que les grèves entrainent pour les ouvriers. En 1876, par exemple, 114 grèves avaient coûté aux ouvriers anglais 112 millions de francs. Mais ces chiffres ne sont pas probants : il est impossible d'établir une comparaison sérieuse erttre les pertes causées par la grève et les avantages qu'elle procure. Les pertes sont passagères, tandis que l’augmentation de salaire obtenue constitue un bénéfice permanent, et d’ailleurs l’augmentation du salaire n'est pas le seul résultat des grèves. Il faut tenir compte aussi de la situation meilleure qui en résulte pour louvrier vis-à-vis du patron. Comme l'a très bien dit M. Lerov- Beaulieu : « Ce sont moins les grèves effeciuées qui ont d’heureux résultats que la simple crainte, la simple possibilité des grèves... L'effet préventif du droit de grève a rendu bien plus de services à la classe ouvrière que les désordres et les dépenses des grèves ne lui ont porté préjudice‘. »

L'’injustice des prohibitions dont nous parlons élait encore aguravée par ce fait qu'elles restaient à peu près sans effet à l'égard des patrons, car on ne pouvait empêcher les chefs d'atelier de s'entendre secrètement pour abaisser le salaire ou refuser le travail. On aboulissait, en réalilé, tout en proclamant l’égalilé devant la loi, à favoriser de la façon la plus inique l’une des classes au détriment de l’autre.

Un pareil régime ne pouvait que pousser la classe ouvrière à des actes violents. L'association ouvrière, en effet, ne disparut pas. Pendant la première moilié du xx° siècle, les campagnonnages subsistèrent en secret, et plus tard, on toléra la formation de syndicats; mais, obligés de se cacher ou dépendant du bon plaisir du pouvoir, ces associations furent impuissantes pour le bien, et capables seulement de fomenter des grèves.

1. M. Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, p. 398.

Abolition des lois restrictives. Les syndicats ouvriers. — On comprit enfin les dangers des lois restriclives. Une loi du 25 mai 1864 restitua aux ouvriers le droit de coalition; encore les dernières enlraves ne disparurentelles qu’en 1884. Quant aux associations corporatives. permanentes, la loi du 21 mars 1884 les a reconnues sous le nom de syndicats professionnels.

Il convient de rendre celte justice aux législateurs de 1884 que la réforme fut opérée largement. Les syndicats ouvriers peuvent aujourd’hui constituer des associations puissantes, capables de plaider, capables aussi de posséder. On leur refuse seulement le droit de posséder des immeubles, en dehors de ceux qu'ils utilisent pour leurs réunions, leurs bibliothèques, et leurs cours d'instruction professionnelle. La loi va même plus loin : elie autorise les. syndicats à se grouper et à former des unions permanentes, de telle sorte que rien n'empêche aujourd'hui tous les ouvriers d'une même profession existants en France de se constiluer en une immense association. On a pris seulement la précaulion de refuser à ces unions les atlributs de la personnalité morale, c'est-à-dire le droit de posséder, celui de contracter et celui de plaider, de peur que, devenant trop puissantes, elles n'arrivent à accaparer certaines branches de la production, à exclure tous ceux qui refuseraient de s'affilier et à rétablir ainsi indirectement des corporalions oppressives.

Ainsi la classe ouvrière, en France, esl aujourd’hui pleinement libre de ses actions. Quel usage fera-t-elle de cette liberté? Il est difficile de le dire, puisqu'au lieu d’avoir derrière nous, comme cela devrait être, une longue expérience profitable, nous ne sommes qu’au début du mouvement. Tout dépendra de. la sagesse des syndicats : il faut qu’ils évitent certains dangers, comme de se faire iyranniques et d'essayer d'arracher à l'État d' injustifiables privilèges. C'est en se renfermant dans leur vrai rôle, qui est l'étude et la défense des intérêts de leurs membres, et en respectant scrupuleusement les droits de tous, que les syndicats ouvriers peuvent rendre les grands services qu’on altend d'eux. S'élèveront-ils à la hauteur de leur tâche? On doit l'espérer. Mais ils n’y arriveront vraisemblablement qu'avec

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