‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 39 sur 85 · DS DB UE ON? DE: PASRICHESSIE · texte numérisé non relu

DS DB UE ON? DE: PASRICHESSIE

richesses. L’abolilion de l'héritage devait fournir rapidement à la société les ressources dont elle aurait besoin et dispenser de recourir à l’expropriation :des propriétaires actuels. s

On a peine à croire que de pareilles folies séduisirent nombre d'hommes distingués. Il en fut pourtant ainsi, jusqu'au moment où le scandale d’un procès, où Enfantin fut condamné, amena la dissolution de la communauté qu'il avait formée.

Le fouriérisme. — Pas plus que Saint-Simon, Fourier n'assista au triomphe momentané de ses idées, car ses écrits, publiés vers 1808, n’obtinrent l'attention qu’en 1830, une année avant sa mort. Mais, tandis que l’école saintsimonienne avait dû, en s'inspirant des idées du maitre, construire elle-même son système, les disciples de Fourier n'eurent qu’à reprendre sa doctrine et à la conserver dans son inlégralité. Elle forme en effet un tout compact auquel ou ne peut rien ajouter et dont on ne saurait rien retrancher.

Dieu, disait Fourier, n’a pu vouloir le mal, el c’est seulement parce qu'elles sont comprimées par une organisation sociale vicieuse que nos passions sont dangereuses. Loin de les réprimer, il faut organiser la société de façon que chacune d'elles puisse être utilement satisfaite. Ce qu’on appelle l'esprit de rivalité et d'intrigue (la passion cabaliste, dit Fourier) trouvera son emploi si la société est divisée en groupes dont les membres soient étroitement unis, car elle engendrera l'émulation par le désir qu’aurà chacun d’assurer la supériorité de son groupe. Ce qu'on appelle l’inconstance d'esprit, le besoin de changement (la passion papillonne) permettra d'obtenir la variété des produits, si on la satisfait en multipliant les genres d'occupation et en n’astreignant chacun à la même tâche que pendant un temps très court, elc. En conséquence, Fourier demandait qu’on formât des associations convenablement composées, où chacun, en obéissant librement aux suggestions de son esprit, concourrait à la production des objets nécessaires à la vie. C'était ce qu'il appelait « l'ordre. combiné » , ordre supposant l'exploitation du sol et la consommation en commun. Quatre cents familles réu-

nissant leurs champs et vivant en commun suffiraient, pensait Fourier, à assurer le jeu de ce système. Elles formeraient la phalange; él leur village s’appellerait un phalanstère.

Fourier n’a, du reste, jamais fait appel à la violence. Il était convaincu qu'un essai réussissant, les hommes seraient bientôt convertis à ses idées, et que de toutes parts se formeraient des phalanges.

LE SsociaALisME EN 1848. — L'école de Fourier subsistait encore en 1848, mais l’enthousiasme qui l'avait d’abord accueillie n'existait plus. Le mysticisme avait fait son temps, et le socialisme, renonçant aux théories religieuses et psychologiques, cherchait son point d'appui dans les principes du droit. On mettait en avant de prétendus droits de lPindividu vis-à-vis dela société, ou les soi-disant règles d'équité qui doivent présider aux contrats, pour démontrer que le régime économique libéral est injuste, et pour proposer des organisalions nouvelles. De toutes parts, des systèmes étaient proposés : c'était l'époque où Cabet, Villegardelle, Louis Bianc, Proudhon, etc., publiaient leurs écrits. Beaucoup de ces théories sont aujourd’hui oubliées; seuls, l'Organisation du travail de Louis Blanc et le Mutuellisme de Proudhon méritent d’être signalés.

L'Organisation dutravail» de Louis Blanc. — Louis Blanc, qui écrivait en 1839, posait en principe que la société doit assurer à tous ses membres le moyen de vivre, c’est-à-dire leur procurer du travail. Chacun, d’après lui, serait, de ce chef, créancier de la société. Chacun aurait droit au travail. Pour remplir son obligation, l’État, disait-il, doit organiser le travail, c'est-à-dire se faire producteur, chef d'atelier prêt à accueillir tous ceux qui demanderont à être occupés. Il réclamait en conséquence la création de trois ateliers sociaux: l'atelier industriel, l'atelier agricole et l'atelier d'échange. Dans les deux premiers, on produirait; dans le troisième, on vendrait les produits fabriqués et l’on achèterait les malières premières.

Fondés à côté de l’industrie privée, ces ateliers sociaux ne tarderaient pas à la supprimer, parce qu’elle ne pourrait supporter leur concurrence; et l’Élat deviendrait bientôt le seul producteur, ayant tous les citoyens sous ses

ordres. Il donnerait à tous des salaires égaux, et réaliserait ainsi l'égalité des conditions sans détruire la famille, sans tomber dans le communisme.

Cette conceplion, assez vulgaire dans l’ensemble, enfantine dans les délails, ne dut son succès qu’au talent d'écrivain de son auleur. L'idée fut acceptée, et, en 1848, les insurgés inscrivaient sur leurs drapeaux la formule : Organisation du travail. Louis Blanc, membre du gouvernement provisoire, fut nommé président d’une « commission permanente du gouvernement pour les travailleurs ». Des ateliers nationaux furent fondés, dont l'établissement provoqua de tous côtés des grèves, et qui d’ailleurs aboutirent à un échec complet. Cependant, en 1848, l’Assemblée nationale eut à se prononcer sur le principe du droit au travail. Le projet de constitution l’admettait, mais d'une manière assez vague, dans son arlicle8; un amendement fut proposé, affirmant le droit des citoyens « à l'instruction, au travail et à l'assistance », mais il fut repoussé et l’on s'en lint aux termes peu compromettants du projet.

Le «Mutuellisme » de Proudhon ou « Gratuité du Crédit». — Si le système de Louis Blanc est enfantin, que dire de celui de Proudhon ? Il semble être un défi au bon sens ou une insolenle raillerie. C’est que Proudhon ne fut en réalité qu’un polémiste. Il critiqua tout, aussi bien le socialisme, et notamment le communisme, que la propriété individuelle. Il le fit avec une incomparable verve et d’inépuisables ressources d’injures ; mais quand on lui demanda d'exposer son système, ayant lout condamné, ne voulant être ni libéral, ni communiste, nisocialisle, il se trouva fort embarrassé.

A vrai dire, son point de départ seul esl intéressant. C'est une assertion fausse, mais qui a été reprise en Allemagne et constitue encore le grand argument du socialisme contemporain. Le travail étant seul productif, dit Proudhon, le capitaliste n’a droit qu’à la restitution de son capital, et toute la plus-value obtenue doit revenir à l'ouvrier. Celui-ci doit donc être mis à même avec son salaire « de racheter son produit ».

S'il en était ainsi, il y aurait équivalence parfaite des valeurs échangées entre le patron et l’ouvrier, chacun se rendant muluellement des services équivalents. Pour

réaliser ce mutuellisme, il suffit de supprimer l'intérêt, c'està-dire d’assurer la Gratuité du Crédit. Proudhon proposait en conséquence la création d'une banque d’État, recevant sans intérêt les fonds qu’on lui apporterait et prétant à son tour à un taux restreint, 1/4p.100, par exemple, de manière à couvrir les frais d'administration. La propriété des maisons et des terres devait être attribuée aux Communes qui en auraient concédé la jouissance à un prix insignifiant, pour couvrir les frais d'entretien. « Ainsi, s'écriait Proudhon, le producteur aura gratuitement le capital pour produire et la maison pour se loger. » Système peu sérieux, comme on voit, qui suppose que lous les capitalistes s’empresseront de confier leurs capitaux à une banque qui ne leur offrira en échange aucune rémunéralion !

LE SOCIALISME CONTEMPORAIN. — Les écrivains français dont nous venons de parler avaient, on peut le dire, retourné dans tous les sens l’idée socialiste, sans aboutir à un système sérieux. Leurs œuvres sont aujourd’hui tombées dans le discrédil; à leurs théories abandonnées a succédé une théorie nouvelle : le collectivisme.

Le collectivisme est né el s’est développé en Allemagne. Rodbertus Jagelzow, dans une série d'articles de revue, en traça les principales lignes. Karl Marx, avec une rare subtilité d'esprit et un grand appareil d’érudition, s’en fit le théoricien dans son ouvrage : das Capital. Enfin l’agitateur Lassalle, éloquent, instruit et séduisant, précha la doctrine : il personnifie le socialisme militant.

Sous ces influences, le collectivisme fit de rapides progrès en Allemagne. Deux grandes associations se formèrent : l'Association générale des ouvriers allemands, et l’Association démocralique. Eiles différaient dans le choix des moyens. L'une voulait recourir à la violence, et l’autre comptait sur la force de la persuasion. Mais elles acceptaient toutes deux la théorie collectiviste. Elles disparurent, en tant qu'associations avouées, quand fut rendue la loi de 1878 contre les socialistes allemands ; mais leur influence n'a pas cessé de se faire sentir, et ce sont ieurs idées qui forment aujourd'hui le fonds des revendications socialistes dans tous les pays.

A s’en tenir aux apparences, il semble que les collectivistes apportent une formule nouvelle du socialisme. Il n'en est pas ainsi; bien qu'ils s'en défendent, “ls ont seulement repris les idées des socialistes français, en leur donnant une précision scientifique plus grande. Aux phrases déclamatoires a succédé un exposé sec el compliqué; à l’étalage de sentimentalité, l’érudition la plus étendue et l'analyse la plus subtile; mais sous cet habillement nouveau, il est aisé de reconnaitre les idées de Louis Blanc et de Proudhon.

Le point de départ nous est déjà connu. C'esl cette étrange affirmation que, le travail étant seul productif, le capitaliste qui reçoit un intérêt spolie l'ouvrier. C’est le principe de Proudhon déclarant que: l’ouvrier doit « avec son salaire pouvoir racheter son produit ». La démonstration est seulement présentée d’une façon plus habile.

Quant au système lui-même, il rappelle les ateliers sociaux de Louis Blanc. Le seul moyen, dit-on, d'empêcher le capitaliste d'exploiter l’ouvrier, c’est de supprimer le capital privé et de le remplacer par le capital collectif. L'Etat doit donc être déclaré propriétaire de tous les moyens de production (outils, matières premières, terre); il organisera l'industrie qui fonctionnera sous sa direction ; les produits seront recueillis dans de vastes magasins, et les travailleurs seront rélribués proportionnellement à la valeur de leur travail par des bons, contre lesquels les marchandises qu'ils demanderont leur seront délivrées.

Cette conception, affirment les collectivistes, a de grands mérites, parce qu’elle respecte, dans la mesure du possible, l'indépendance des individus. Elle évite le communisme et laisse à chacun le choix de ses consommations, ne porte aucune atteinte à la vie de famille, et maintient même la propriété et l'héritage en les restreignant seulement aux moyens de consommation, seules richesses dont l’appropriation ne permette à aucun homme d'exploiter ses

semblables.

Réfutation du socialisme. — Nous ne nous atlarderons pas à réfuter longuement tous ces systèmes. Il suffit de les connaître pour en sentir le vide et l'impuissance. Dans leurs conceptions chimériques, les socialistes supposent

l'homme tel qu'ils voudraient qu'il fût, au lieu de le prendre tel qu'il est. Les divers arrangements qu'ils proposent devant tous avoir cet effet que personne n'aurait plus un intérêt direct à travailler, il faudrait, pour que l’un quelconque de ces systèmes fonctionnât seulement quelques jours, un admirable dévouement de chacun aux intérêts de tous. Or, quoi qu'on fasse, la charité, ou si l’on aime mieux l’altruisme, n’est pas le sentiment qui ait le plus grand empire sur nos actions. Ce sentiment existe sans doute en nous, mais son influence n'est que secondaire; l'homme obéit principalement aux suggestions de son intérêt personnel, et pourvu qu'il ne tombe pas dans une excessive àpreté, on ne peut guère le lui reprocher. D'ailleurs, qu’on le lui reproche ou non, l’homme est fait ainsi, et il faut bien en tenir compte. Le socialisme s’y refuse; mais en supprimant le ressort essentiel de l'activité humaine, lintérêt personnel, il rend la production impossible et la misère inévitable pour tous.

7 Peut-on d’ailleurs penser sans effroi à la tâche formidable N, qu ‘il prétend imposer à l'État? Celui-ci serait chargé d'orga- > niser et de diriger l'industrie, ayant sous ses ordres une armée de plusieurs millions de travailleurs, responsable de la vie.et du bien-être de tous! Une moitié de la nation passerait son temps à contraindre l’autre au travail, distribuant les tâches, les faveurs el les passe-droits! Sous cette tyrannie monstrueuse, la société tomberait bientôt en décadence!

Ajoutons d’ailleurs que, toujours ardents à combattre le régime capilaliste, les théoriciens du collectivisme aiment peu, en général, à donner des détails précis sur l’organisation de la société future. Un d’entre eux, M. Georges Renard, a publié, il y a quelques années, un volume dans lequel il esquissait le fonctionnement de la production et de la répartition des richesses sous un régime collectiviste. Il lui est arrivé maintes fois, au cours de son travail, de se trouver énsiate dd. objections et d'impossibilités auxquelles ne songent guère les adversaires du capital et qu'ils seraient fort embarrassés de résoudre

nn En somme, le socialisme, sous ses diverses formes, n’est qu'un essai puéril de retour aux organisations primitives

qui, bonnes pour des tribus peu nombreuses, ont précisément disparu parce que les progrès de l’espèce humaine les ont rendues impraticables.

Lire dans les Extraits :

Louis Blanc : Le droit au travail (p. 452).

De Molinari : Protectionnisme et socialisme (p. 452).

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