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Solis de Campanella. Fénelon lui-même a tracé le tableau d'une société idéale. Mais ce n'étaient là que jeux d'esprit de penseurs isolés.
Le xvine siècle lui-même, qui remua lant d'idées, ne donna naissance à aucun système socialiste digne d’ appeler l’attention. Rousseau et ses imitateurs altaquaient bien la propriété el «les privilèges dont quelques-uns, disaient-ils, jouissent au préjudice des autres, comme d’être plus riches, plus honorés, plus puissants, » ils dépeignaient avec enthousiasme un prélendu « âge d’or » disparu et souhaitaient le retour à « l’état de nature ». Mais de leurs rêveries assez vagues ne sortait aucun plan d'ensemble.
La Révolution elle-même échappa à l'influence a Pt La Convention, il est vrai, compta quelques membres qui, sans avoir une idée d'organisation socialiste bien netle, admeltaient pourtant certains principes socialistes : Saint- Just, par exemple, et à certains moments Robespierre et la Montagne. Elle vota quelques mesures proposées par eux, comme les décrets du 8 ventôse qui invitaient le Comilé de Salut public à faire un rapport «sur les moyens d’indemniser les uns avec les biens des autres ». Mais ces mesures restèrent isolées, et la Convention n’accusa jamais une tendance socialiste réfléchie.
LES PREMIERS THÉORICIENS DU SOCIALISME. — C'est à l’époque du Directoire seulement, lors du complot de Babœæuf, qu’apparaît le premier projet de révolution sociale.
Né en 1764, Babœuf n'avait encore joué aucun rôle, quand, en 1795, il se posa en messie de l'égalité absolue, voulant fonder une république sur le principe de la communauté des biens. La nature, disait-il, ayant aonné à tous un droit égal à la jouissance de ce qu'elle renferme, le devoir de la société est de défendre les faibles contre les usurpations. Que la société se constitue donc seule propriétaire du territoire et déclare le travail fonction publique. Les citoyens seront divisés en classes et chargés d’une somme de travail parfaitement égale, des magistrats étant chargés de diriger la production et de répartir également lés produits. Le savoir même, identique pour tous, se bornera à lire, écrire et compter, sa limitation paraissant être la seule garantie de l'égalilé sociale. Voulant meltre son système en pra-
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tique, Babœuf ourdil une conspiration pour s'emparer du pouvoir : arrêté, puis condamné à mort, il! se poignarda devant ses juges. |
Vers la même époque, en Angleterre, un homme inteiligent et d'un grand cœur, Robert Owen, avait pris à tâche de relever l'état moral de la population ouvrière d’une grande fabrique dont il était devenu propriétaire. Il y réussit complètement, grâce à «une bienveillance absolue, en pratiquant envers tous une égalité tolérante et en laissant à chacun une grande liberté de mouvements ». Aucun genre de succès ne manqua à l'expérience de New-Lanark, « admiration des voyageurs, visiles de souverains, témoignages publics dans la presse et au sein du parlement ». Ce succès inspira à Owen la pensée de généraliser son système. Il en arriva à concevoir une sociélé sans principes ni hiérarchie. «L'homme, disait-il, étant soumis à la fatalité, il n’y a ni bien ni mal, et dès lors pas de responsabilité. La société ne doit reconnaitre aucun lien: ni religion, ni famille, ni propriété. Qu'elle pratique la communauté, mais une communauté sans organisation, chacun prenant ce qu'il veut et s’occupant comme il l’entend, la bienveillance universelle devant suffire à tout. »
Ce système étrange donna lieu à deux expériences qui, naturellement, échouèrentet inspira à son auteur un nombre invraisemblable de volumes. Personne ne s’en souviendrait aujourd’hui sans le succès qui avait marqué les débuis du novateur.
LE SOCIALISME SOUS LA RESTAURATION ET SOUS Louis-PHILIPPE. — En France, le premier Empire avait arrêté les progrès du socialisme. Mais les premières lentalives dont nous venons de parler, bien que grossières encore, avaient laissé des germes que les lendances sentimentales de la Restauration devaient développer. La masse des esprits fut bientôt prête à accepter aveuglément un évangile socialisle, et quand parurent, d’abord le saint-simonisme et plus tard, vers 1830, le fouriérisme, deux doctrines remarquables par leur mysticisme philosophique, l'engouement fut considérable.
Le saint-simonisme. — Il est assez difficile de résumer les idées de Saint-Simon, d’abord parce qu'elles sont restées éparses dans de nombreuses publications, et surlout parce
qu'il en a émis beaucoup et parfois de contradictoires. On peut cependant constater que, pendant la plus grande partie de sa vie, ilse borna à chercher un système propre à réaliser sa formule : « De chacun selon sa capacité, à chacun selon ses œuvres. » La Révolulion, disait-il, n’a accompli qu'une œuvre négative, elle a détruit ; il faut réorganiser, car la liberté n’est pas un but. On ne s'associe pas pour êlre libres, sinon, autant vaudrait rester isolés. Cherchantle but de la société, il le définit : « la production des choses utiles à la vie ». Tout homme doit donc se considérer comme « engagé dans une compagnie de travailleurs », et c'est à la société que revient le soin de diriger les efforts de chacun. |
Saint-Simon propose en conséquence un régime parlementaire où fonclionneraient trois chambres : une chambre d'invention, composée d'ingénieurs et d'artistes chargés de découvrir et de proposer les travaux qu'il convient d’entreprendre ; une chambre d'examen, composée de savants qui statueraient sur les propositions de la première ; et une chambre d'exécution dont les membres, choisis parmi les industriels les plus riches, dirigeraient les travaux votés. Ce n’est que sur la fin de sa vie qu'il donne à sa doctrine le caracière religieux qui, plus tard, fit la force de son école. Dans une série de Lettres au roi, Saint-Simon, présentant son système comme une conséquence des vrais principes du christianisme, jusque-là faussés par l'Église, somme le roi de se mettre à la tête du mouvement et d'arracher le pouvoir aux guerriers et aux théologiens, pour le confier aux industriels et aux savants.
Saint-Simon mort, une école se fonda qui reprit ses idées. Dirigée surtout par Enfantin, Bazard et Rodrigues, elle fit du nouveau christianisme, à peine indiqué par Saint- Simon, son principe fondamental. Le christianisme, n'ayant pas fait une place suffisante aux intérêts matériels, devait se transformer et devenir la religion de l’industrie. Trois calégories de prêtres devaient être instituées : le prêtre : social, chargé de la direction générale ; le prêtre de la science, ou prêtre du dogme, car dans cette religion matérielle les dogmes consistent dans les connaissances utiles ; et le prêtre de l’industrie ou prêtre du culte. Sous leurs ordres, la société devait se livrer à la production des