‹ Éléments d'économie politiqueChapitre 41 sur 85 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

On dit qu'il y a circulation de la richesse chaque fois que le droit de propriété ou de jouissance d’une chose est transféré d’une personne à une autre. Ce résultat se produit normalement dans trois cas : au cas de donation, au cas de succession el au cas d'échange. Mais, de ces trois cas, le dernier seul mérite d'appeler notre attention dans cette partie de nos études, car la donation est un fait rare, qui d’ailleurs échappe à toule généralisation scientifique, et la succession a seulement pour effet de transmettre périodiquement les fortunes des mains d’une génération aux mains de la suivante; et non de transformer, à la volonté de chacun el selon ses besoins, la composition des patrimoines.

Seul l'échange, mode volontaire et supposant un équivalent fourni par chacune des parties contractantes, permet aux hommes de modifier à tout instant la distribution de la richesse entre eux, conformément aux désirs de chacun et aux nécessités du mouvement économique. Grâce à lui, l'individu qui possède, par exemple, une maison, peut la remplacer dans son patrimoine par des machines, par des matières premières, par des objets de consommation per-

sonnelle, etc. La plupart des choses qui existent dans une société se trouvent ainsi à la disposition de quiconque veut et peut donner pour les acquérir d’autres richesses jugées équivalentes, et elles tendent naturellement à arriver aux mains de ceux qui sont le plus aptes à en tirer parti.

La circulation des richesses par voie d'échange est évidemment,:en elle-même, un phénomène économique simple, qui n’a dû coûter aux hommes aucun effort d'invention, car il est naturel que deux hommes, dont chacun possède certains biens en quantité excédant ses besoins, s'entendent pour échanger leur superflu. Mais ce phénomène simple était susceptible de perfectionnements considérables qu'il a reçus progressivement à mesure que l'organisation économique des sociétés s’est compliquée.

. Les peuples primitifs n’ignorent pas absolument l'échange,

mais ils le pratiquent peu, chaque famille produisant tout ce qui est nécessaire à la satisfaction de ses besoins et consommant tout ce qu'elle a produit. Tout au plus, dans des cas exceptionnels, l’une d'elles demande-t-elle à une autre certains objets qui lui manquent, des armes, des outils, par exemple, lui abandonnant en retour une partie de ses approvisionnements. Plus tard, quand ces peuples entrent en relations avec d’autres, la diversité des produits obtenus sur des sôls différents, et par des races dont les aptitudes et l’art industriel ne sont pas les mêmes, développe l'échange. Les Romains, au temps de Tacite, achetaient l ambre aux tribus germaniques et, de nos jours, en Afrique, des peuplades presque sauvages entretiennent les unes avec les autres des rapports commerciaux. Mais ce ne sont encore là que des périodes de transilion; la pratique de l'échange y est encore restreinte à un petit nombre d’objets. Il faut que la propriété individuelle se substitue à la propriété collective et que la liberté du travail soit proclamée pour que-la circulation des richesses par voie d'échange acquière toute son intensité. Supprimant la communauté du travail et des consommalions au sein de la famille, un pareil régime oblige chaque individu à tirer tout le parti possible de ce qu'il possède, biens ou aptitudes. Impuissant à fabriquer tous les objets dont il a besoin et comprenant d’ailleurs l'avantage qu il trouvera à concentrer

ses efforts, chacun se consacre à une fonction déterminée. C’est ainsi que, dans nos sociélés, le boulanger ne fabrique que du pain, et naturellement il en fabrique beaucoup plus qu'il n’en doit consommer; que le tailleur ne confeclionne que des vêlements, el naturellement il en confectionne beaucoup plus qu’il n’en doit porter, etc. Il faut donc que chacun cède à d’autres l'excédent de ce qu’il a produit sur ses besoins propres et obtienne en échange les aulres choses nécessaires à la vie. Il faut aussi que les diverses industries se fournissent les unes aux autres les matières qu'elles doivent employer; que, par exemple, le filateur achète aux cultivateurs le coton qu'il va transformer en fil et que le fabricant de machines demande l'acier dont il a besoin à des usines qui, elles-mêmes, ont dû acheter les minerais qu'elles ont mis en œuvre. Et ces relalions des industries entre elles sont d'autant plus complexes que l’art industriel est plus avancé.

La circulalion des richesses par voie d'échange est donc le complément de la division du travail et constitue un rouage essentiel du mécanisme économique des sociétés avancées. Aussi s’eslt-on efforcé de la perfectionner. L'emploi de la monnaïe et l'usage du crédit n’ont pas d'autre raison d'êlre et un grand nombre d'individus consacrent tous leurs efforts à facililer la circulation de la richesse en se livrant au commerce.

Nous étudierons successivement :

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