PREMIÈRE PARTIE
Production de la Richesse
Programme officiel : Production de la Richesse, Les éléments de la Production.
Production de la Richesse. — Qu’esl-ce que produire la richesse ?
11 faut, pour le savoir, délerminer la portée exacte du mot « richesse » que nous avons employé jusqu'ici dans son sens le plus ordinaire sans aucune préoccupation de rigueur scientifique. L'économie politique lui donne une signification plus précise, partant moins large, que la langue vulgaire. Il ne faut pas s’en étonner. Chaque science est obligée de se créer un vocabulaire propre qu'on doit connaître pour éviler d’incessantes confusions.
Définition de la Richesse. — Est richesse en économie politique, tout objet matériel, ulile et approprié par l’homme. La richesse est l'ensemble des objets qui présentent ces trois caractères.
Le premier ne demande aucune explication, tout le monde sachant distinguer une chose matérielle d'une chose imma-
térielle. L'utilité et l'appropriation méritent au contraire de nous arrêter quelques instants.
UriLiTéÉ. — On désigne ainsi la qualité que possède une chose d’être apte à satisfaire l'un des besoins de l'homme, de quelque nature que soit ce besoin. Ainsi le pain est utile, car il répond au besoin de se nourrir, et un vêtement ne l'est pas moins, puisqu'il nous préserve du froid; mais d’autres objets, comme les diamants ou le tabac, le sont également, bien qu'ils servent à satisfaire des besoins moins pressants. Sans doute l’économie polilique attache un grand intérêt à la distinction des besoins de première nécessité et des besoins de bien-être ou de luxe. Elle n'hésite pas, par exemple, à blâmer le développement exagéré des derniers dans une sociélé ; mais elle ne peut refuser le caractère d'utilité aux choses qui permettent de les satisfaire. C’est dire que, de même que le mot richesse, le mot utilité est pris par elle dans un sens un peu différent de celui qu'il recoit ordinairement.
La définition que nous venons de donner de l'utilité montre que celte notion ne peut se séparer de la notion du besoin. Quelles que soient ses qualités, une chose n’est pas utile si elle ne répond pas à un besoin ressenti par l’homme, Il résulte de là que l'utilité est essentiellement variable, car le besoin l’est lui-même. Telle chose, utile aujourd’hui, peut ne l'être plus demain, parce que le besoin auquel elle répondait aura cessé d'exister. Si, par exemple, le goût, aujourd’hui répandu, de certains cbjets d'art venait à disparaître, ces objets cesseraient d’être utiles et par conséquent ne feraient plus partie des richesses. Il esi rare qu'un besoin disparaisse ainsi complèlement d'une société, mais il arrive souvent qu'après avoir élé ressenli par tous ou presque tous il ne le soit plus que par quelques-uns. L'objet alors n’est plus utile que pour ces derniers. Les caprices de la mode en sont le meilleur exemple. En pareil cas, l'objet ne cesse pas d’être une richesse, mais c’est une richesse moins recherchée, ayant moins de valeur qu'antérieurement.
APPROPRIATION. — Une chose utile n’est pas une richesse tant que l’homme ne l’a pas appropriée par son travail. Jusque-là, en effet, élle n’est pas à sa disposition. Il y a dans les entrailles de la terre quantité d'objets, tels que les
minerais, qui nous seront très utiles quand nous aurons pu
nous en emparer, mais actuellement nous ne pouvons les
appeler des richesses. Presque toujours d’ailleurs le défaut d’ubiquité de la matière empêche qu'une chose puisse être partout à la fois profit table à tous. Elle ne sera donc une richesse pour moi que lorsqu'un acte d’appropriation, c'est-à-dire d’appréhension physique, m’en aura assuré la jouissance. Je ne puis considérer le früit qui pend à une arbre, n'appartenant à personne, comme une richesse pour moi tant que je n’ai pas effectué la cueillette, puisque le premier venu qui passera pourra le détacher et m'en priver.
Expressions a rejeter. — Grâce aux trois caractères très nets que nous venons d'indiquer, il est facile de savoir si une chose mérite ou non la qualification de richesse. C’est là un avantage précieux qu’il faut se garder de compromettre en employant certaines expressions qui détournent le mot « richesse » de son sens exact.
On parle quelquefois de richesses immatérielles et de richesses naturelles.
Par richesses immatérielles, on désigne des choses qui, sans être matérielles, sont pourtant utiles à l’homme. Une société, dit-on, n’est- elle pas riche des talents de ses membres ? Une belle harangue, une mélodie harmonieuse, ne sont-elles pas choses propres à satisfaire un besoin intellectuel de l’homme ? Sans doute, et cependant il est évident qu'on force ainsi d’une façon choquante le sens des mots. Malgré l'autorité de J.-B. Say qui l’a introduite dans la science, il vaut mieux renoncer à cetle expression.
Par richesses naturelles, on désigne les objets matériels que la nature nous fournit spontanément. Mais ce ne sont pas là des richesses, ce sont des moyens offerts à l'homme d'en produire. Sans doute, quelques-uns de ces objets n’exigent de la part de l’homme qu'un mince effort (exemple : le poisson dans larivière, lefruit qui pend à un arbre sauvage), encore cet effortest-il nécessaire. L'expression de richesses nalurelles a donc le tort de confondre les agents de la pro- duction avec le produit. Nous conseillons de l’éviter soigueusement.
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Lis Hd CSS + Part PRODUCTION DE LA RICHESSE 25 Ce que c'est que produire. — On comprendra main-
tenant aisément en quoi consiste la production d'une richesse. L'homme produit soit quand il approprie une chose utile, soit quand il donne de l'utilité à la chose qu'il: possède, soit enfin quand il augmente l'utilité qu'avait déjà cette chose. Qu'il extraie la houille d’une mine, qu’il transforme un minerai de fer en outil, ou qu'avec de la farine il fabrique du pain, dans chacun de ces cas il produit une richesse.
Comme on le voit par ces exemples, produire n’est pas créer. L'homme, en effet, est impuissant à créer un atome de la matière. Mais il peut transformer celle qui existe et c'est ce qu'il fait quand il produit une richesse. La chose qui n'était pas à sa disposition devient une chose appropriée, ou bien l’objet qui lui était inutile ou même nuisible est remplacé par un autre propre à satisfaire l’un de ses besoins. |
Les éléments de la production. — Du moment que la
production consiste en une transformation de la matière, on
aperçoit sans peine deux éléments indispensables à toute production : la matière qui sera transformée et le travail de l’homme qui la transformera.
Mais il y en a d’autres.
L'homme, en effet, serait le plus souvent impuissant à agir sur la matière à l'aide de ses seules forces. Pour qu'il en soit autrement, il faut supposer des cas tout à fait exceptionnels, par exemple qu'il porte un fardeau, ou qu'il poursuive un gibier et s’en empare. En général, il est obligé d'appeler à son secours les forcesnaturelles qui l'entourent. S'il sème du blé, il compte sur les réactions chimiques des éléments qu'il met en présence; s’il construit une machine, c’est pour utiliser la force de la vapeur, etc. En réalité, son
œuvre consiste à disposer convenablement les forces natu-
relles, puis àattendrede leur action le résultat qu'il souhaite. C’est le rôle des inventeurs d'imaginer les meilleures disposilions à prendre dans ce but.
Enfin, dès les débuts de l'humanité, un dernier élément s'ajoute aux précédents : c’est le capital. Quand l’homme a produit des richesses en quantités excédant ses besoins, il
a bien vite l’idée de profiter du répit que lui procure l’existence de ressources assurées pendant quelque temps pour fabriquer des armes, des oulils, elc. Son travail en est rendu plus productif. Encouragé par ce premier résullat, et devenu d’ailleurs plus maitre de son temps, il recommence, accroît son outillage, le perfectionne, conslilue des réserves de malières premières, si bien que, peu à peu, le capital, ce nouvel élément de la production, acquiert une importance considérable. Il rend aujourd’hui aux sociétés avancées des services dont il leur serait impossible de se passer. |
En résumé, trois éléments concourent à la production de la richesse : | |
49 La nNarure, qui fournit à l’homme la matière à transformer et des forces naturelles pour l'aider dans son œuvre;
2° LE rravalz, effort de l'homme en vue de produire;
3° LE caPiTaL, résultat d’un travail antérieur, et accumulé en vue d'augmenter la puissance productive de l'homme.
Nous consacrerons un chapitre distinct à chacun d’eux.