LE TRAVAIL
Programme officiel : Le Travail.
Définition. Caractères. — Le travail esl une manifestation de l’activité humaine. Il suppose donc essentiellement un effort fait par l’homme, mais non pas un effort quelconque. Deux conditions doivent se trouver réalisées pour qu'on puisse dire que l’homme travaille.
Il faut d’abord que l'effort auquel ilse livre soit volontaire. Nous n’appelons pas «travail » un acte purement instinctif. Aussi a-t-on fait observer avec raison que l’homme seul. travaille, tandis que la fourmi et l'abeille, par exemple lorsqu'elles remplissentleur grenier ou leur ruche, netravaillent pas, leur activité étant dirigée par un invincible instinct.
Il faut, en second lieu, que l'effort soit fait en vue d’un but autre que la satisfaction que nous pouvons trouver à l’accomplir. Tout acte de l’homme est évidemment inspiré par le désir d'atteindre une fin quelconque; mais, lorsque le résultat cherché n’est autre que la satisfaction, le plaisir
que nous éprouvons en agissant, nous disons que l’homme se distrait etnon pas qu'il ‘travaille. Voilà pourquoi le même acte accompli par deux hommes peut être considéré comme travail à l'égard de l’un et non à l’égard de l’autre. Le promeneur et le facteur des postes, s'ils parcourent la même route dans le même temps, se livrent à un effort identique, aussi voulu, aussi persistant; pourtant le second seul travaille et non le premier. C’est que le promeneur ne cherche d'autre résultat que le plaisir qu'il goûte par l’accomplissement de son acte.
Le travail peut donc être défini : tout effort volontaire de l’homme en vue d’un but autre que la salisfaction immédiate que peut nous procurer l’accomplissement de cet effort.
Il n’est pas indispensable, au contraire, quoi qu’on en ait dit, pour qu'il y ait travail, que l'effort paraisse pénible à celui qui s’y livre. Le savant, l’arlisle, travaillent alors même que, passionnés pour la science ou pour l’art, leurs recherches et leurs tentatives leur causent les plus vive satisfactions. C’est qu dE se proposent autre chose que le plaisir ainsi éprouvé : l’un veut découvrir les lois de la nature, l’autre cherche à réaliser son idéal. Cela suffit, peu importe que l'effort leur soit agréable ou pénible.
Mais, si l’idée de peine et celle de travail ne sont pas absolument inséparables, il faut reconnaître que presque toujours la première accompagne la seconde. Cela est si vrai que, dans toutes les langues, travail et peine sont deux mots presque synonymes. Le penchant à l'inaction, l'amour de l’oisiveté, sont innés chez l’homme; c’est seulement sous l'empire de la nécessilé, ou lout au moins poussé par la prévoyance, qu'en général il arrive à les vaincre.
Il semble, à première vue, qu'il y ait à cet égard une sorte de contradiction dans les lois de la nature. Puisque la satisfaction de nos besoins exige que nous travaillions, pourquoi le travail nous est-il pénible ? Mais cette contradiction n’est qu'apparente : l'opposition que nous venons de relever constitue en réalité le principe d’action le plus puissant, la cause de tout progrès.
Poussés au travail par le besoin et retenus en même temps par la répulsion que nous cause l’effort, nous cher-
‘chons sans cesse à réaliser l’économie de l’action; c’est-à-
dire à atteindre le but cherché avec la moindre somme de travail possible. De là les arrangements et les inventions qui augmentent incessamment la puissance du travail de l'homme. :
Cela est si vrai que, selon l'observation d'Adam Smith, «une grande partie des machines employées dans les manufactures ont élé originairement inventées par de simples ouvriers qui, naturellement, appliquaient toutes leurs pensées à trouver les moyens les plus courts et les plus aisés de remplir la tâche particulière qui leur était confiée ». C'est ainsi, par exemple, qu un enfant, le jeune Humphry Potter, employé à ouvrir et à fermer les robinets de la machine à vapeur primitive, frappé du rapport de situation des bras du balancier et des robinets, « eut l’idée de relier par deux bouts de corde le balancier aux robinets et s’en alla jouer! ».
Travail musculaire et travail intellectuel. — Le travail supposant un effort volontaire, on ne peut concevoir qu'il soit purement physique ; l'intelligence intervient nécessairement pour diriger l’action du corps. Bien rarement aussi se bornera-t-il à un effort de l’esprit, car cet effort ne saurait se manifester à l'extérieur sans l'intervention des muscles. Ainsi, presque toujours, le travail suppose une coopération des forces intellectuelles et musculaires. Mais, dans cette coopéralion, les parts sont le plus souvent très: inégales. Le manœuvre déploie surtout les forces de son corps, le savant celles de son esprit. Selon que l’action musculaire ou que l’action intellectuelle prédomine, letravail est dit : musculaire ou inteilectuel.
Cette distinction est intéressante surtout à raison des rôles respectifs de ces deux catégories de travaux. De même que l'esprit dirige le corps, le travail intellectuel dirige le travail musculaire. Le savant, l'inventeur, le chef d industrie, découvrent, imaginent, organisent ; l'artisan, l’ouvrier, suivent les conseils des premiers ou obéissent à leurs ordres.