Le théorème de l’équilibre général du marché pourrait
s’énoncer dans les termes suivants :
— A l’état il’é<imlibre général du marché, les m(m — i) prix ifui règlent l’échange de m marchandises deux ii deux sont mildicitenie>it déterminés par les m — l prix (jui règlent l’échange ,1e [ guelcongues d’entre ces marchandises avec ia
.Viiisi, à l’état d’équilibre général, on jieut définir complètement la situation du marché en rapportant les valeurs de toutes les marchandises à la valeur de l’une d’entre elles. Cette dernière marchandise s’appelle numéraire, et son unité de quantité s’appelle étalon. Supposant les valeurs de (A), (B), (C), (D)... ainsi rapportées à la valeur de (A), on a la série de pi ix .
Pa,a=l, pb.a = /«, Pc,a = ^, Pd,a = />---
Si, au lieu de rapporter les valeurs à la valeur de (A), on les avait rapportées à la valeur de (B), on aurait eu la série de pi i.x .
Ainsi ; — Pour passer d’un numéraire à un autre, il suffit de diviser les prix exprimés dans le premier de ces deux numéraires par le prix du nouvel étalon exprinxé dans l antie)t
numéraire.
146. Dans ce système, soit ( A) l’argent, et soit le demi-décagramme au titre de 9/,q l’unité de quantité d’argent ; soit (B) le blé, et soit l’hectolitre runité de quantité de blé. Le fait que,
sur un mai'ché à l’état d’équilibre général, l’hectolitre de blé s’échangera couramment contre 24 demi-décagrammes d’argent au titre de s’exprimera par l’équation
Ph,a = 24,
laquelle doit s’énoncer ainsi : — «Le prix du blé en argent est de 24 » ou, si l’on veut mentionner les unités de quantité : — «Le prix de l’hectolitre de blé est de 24 demi-décagrammes d’argent au titre de 'J/, y, » soit autrement; — « Le blé vaut 24 demi-décagrammes d’argent au titre de^/,o, l’hectolitre.» Entre cette énonciation et celle que nous avons empruntée dans nos considérations générales (2t>) aux habitudes actuelles et qui est ainsi conçue : - - « Le blé vaut 24 francs rhectolitre, » il y a une ditférence consistant dans la substitution au mot fnnics des mots demi-décagrammes d’argent au titre de ^/iq. Cette ditféi'ence demande à être soigneusement discutée.
Le mot franc, dans la pensée d’un grand nombre de personnes, est analogue aux mots mètre, gramme, litre, etc. Or le mot mètre exprime deux choses : il exprime d’abord la longueur d’une certaine fi-action du méridien terrestJ'e, et il exprime ensuite une unité lixe et invariable de longueur. De même, le mol gramme exprime deux choses: d’abord le poids d’une certaine quantité d’eau distillée au maximum de densité, et ensuite une unité fixe et invariable de poids. De même pour le litre en ce qui concerne la capacité. De même aussi, aux veux du vulgaire, pour le franc. Ce mot exprimera deux choses : d’abord la valeur d’une certaine quantité d’argent à un certain titre, et ensuite une unité fixe et invariable de valeur.
Dans cette opinion il y a deux points à distinguer: 1" que le mot franc exprime la valeur du demi-décagramme d’argent au titre de 9/,o ; 2« que cette valeur, prise pour unité, est fixe et invariable. Le second point ne représente qu’une erreur grossière qui n’est partagée par aucun économiste. Tout homme, pour si peu qu’il se soit occupé d’économie politique, convient qu’il V a entre le mètre et le franc cette différence essentielle ([ue le mètre est une unité fixe et invariable de longueur, lan-
(iis ((ue le franc est une nnilé de valeur ((iii n’est ni iixe, ni invariable, mais (}ui change, au contraire, et varie d’un point à l’autre, d’un moment cà l’autre, en raison de circonstances sur les(|uelles on est plus ou moins d’accord. Aussi n’est-ce pas la peine de perdre aucun temps à nM'uter le point en (piestion.
•Mais, ce second point écarté, il reste encore le pnmiier, savoir que l(‘ franc est la valeur du demi-décagramme d’argent au titre de '-'/lo, comme le mètre est la longueur de la dix-millionième partie du (juartdu méridien tern'stre. Le tranc, disent les économistes attachés à ce |)oint de vm*, est un mètre variable, mais c’est un mètre. Si toutes les longueurs sans exception étaient dans un inouvenKmt coidinuel de variation, par suite de contraction ou dilatation des corps, nous ne pourrions les mesurer (pie dans certaines limites, mais nous pourrions encore les iiK'surer dans ces limites. Eh liien ! toutes les valeui’s, nous le savons, sont dans un mouvement contimu'l de variation : (;ela nous interdit de les comparer eidre elles d’un point à l’autre, d’un moment à l’autre, mais non de les comparer entre elles ou de les mesurer sur un point donné, à un moment donné. Nous les mesurons dans ces co'uditions.
Üans ce systènu', (A) étant l’argent, le demi-décagramme au titre de étant l’unité de quantité d’argent, (B) étaid le blé, l’hectolitre étant l’unité de (piantité de blé, on croit pouvoir poser l’équatiou
l\^— I franc,
et alors le fait (pie, sur le marché, 1 hectolitre de blé s’échange couramment contre 24 demi-décagrammes d’arg(mt au titre de s’exprime par l’é(piation
ri, = 24 francs,
laquelle s’énonce ainsi ; - « Le blé vaut 24 trancs 1 hectolitre. » Mais le second point dont il s’agit est une erreur comme le premier; et, sous ce rapport non plus que sous l’autre, il n y a point d’analogie entre la valeur d’une part et la longueur, le
poids, la capacité d’autre part. Lorsque je mesure une longueur donnée, par exemple la longueur d’une farjade, il y a trois choses ; la longueur de cette fa(;ade, la longueur de la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre, et le rapport de la première longueur à la seconde, qui est sa mesure. P(jur <pi’il y eût analogie et (pie je pusse, sur un point donné, à un moment donné, mesurer de même une valeur donnée, par (xxempU* la valeur d’un hectolitre de hié, il faudrait qu’il y eût trois choses : la valeur de l’hectolitre d(> blé, la valeur du demidécagramme d’argent au titre de et le rapport de la premièi'e valeur à la seconde, qui serait sa mesui'e. Or, de ces trois chos('s, deux n’existent pas, la première et la seconde; il n’existe que la troisième. Notre aiudyse l’a parfaitement démontre : la valeui- est une chose essentiellement relative. Sans doute, derrière la valeur relative il y a quelque chose d’absolu, savoir les intensités des derniers besoins satisfaits, ou les raretés. Mais ces raretés, (jui sont absolues et non relatives, sont subjectives ou |iersonnelles, et non point réelles ou objectives. Elles sont en nous, et non dans les choses. Il est donc impossible de les substituer aux valeurs d’échange. De quoi il résulte qu’il n’y a rien (pii soit ni la rareté, ni la ralear d'an demi-décagramme d'argent à 'Vki et que le mot franc est le nom d’une
chose (pii n’existe pas. ,1.-B. Say avait partaitement aperçu cette vérité à laipielle la science doit se tenir.
147. Il ne s’ensuit pas de là que nous ne puissions mesurer la valeur et la richesse; il s’ensuit seulement que notre étalon de mesure doit être une certaine quantité d’une certaine marchandise, et non la valeur de cette quantité de marchandise.
Soit toujours (A) le numéraire, et l’unité de quantité de (A) l’étalon. Quant aux valeurs, elles se mesurent d’elles-mèmes, puisque leurs rapports apparaissent directement dans les laipports iiivi'rses des quantités de marchandises échangi^es. Ainsi les rapports des valeurs de (B), (E), (D)... à la valeur de (A) apparaitront directemeut dans les nombres d’unités de quantité de (A) échangées contre 1 de (B), l de ((’.), 1 de (D), c’est-adire dans les prix de (B), (G), (D)... en (A).
Soit, dans ces conditions, Qa,i la quantité de (A) équivalente à ta somme totale des quantités de (A), ( B), (C), (D)... possédées par l’échangeur (1), de telle sorte que l’on ait, en désignant simplement par pb, Pc pci-.- B's pt’i-v de (B), (C,), (D)... en (A),
= (ya.l + (?b,ipi) + 'JcAPc + qdAPi\ + •••
En vertu du théorème des répartitions éipiivalentes, nous pouvons taire varier ./au, r/b.i, i/c.i, q^A- Boi'fvu que les quantités nouvelles satisfassent à l’équation ci-dessus (en même temps qu’à la condition d’égalité des quantités totales de marchandises), elles permettront toujours à réchangeur (1) d’ohtenir sur le marché, aux prix de pb, Pc, Pii--. les mêmes quantités de (A), (B), (C), (D)... lui procurant, à ces prix, la satisfaction maxima. Qa.i, qui re}irésente également toutes ces quantités différentes, et aussi les quantités de satisfaction maxima, est Hnnp. in miantité de richesse possédée par 1 échangeui ( 1).
échangeurs CD, (o)... ües quamiies sérum »,
et comparables entre elles, comme étant composées d’unités
de même espèce.
Soient entin Qa, Qb, Qc, Qd... les quantités totales de (A), (B), (G), (D)... existant sur le marché, et soit
( Ja = Qa.-l -f Qa.-> + Qa.:i + • ■ •
= Oa + QhPh 4- QcPc + QdPd +
( )a sera la quantité totale de richesse existant sur le marché ; et cette quantité sera comparable à Qa.i, Qa-ij Qa.a--- et a Qa,
Qbpb, Q.'Pc, Qd/»d...
148. Tel est le véritable rôle de l’instrument de mesure de la valeur et de la richesse. Mais, généralement, la même niarrhandise uni sert de numéraire sert aussi de monnaie et joue
lOr)
le rôle d’intermédiaire d’échange. L’étalon numéraire devient alors étalon monétaire. Ce sont là deux fonctions qui, même cumulées, sont distinctes; après avoir expliqué la première, il nous faut donner une idée de la seconde.
Soit encore (A) la marchandise désignée pour servir d’intermédiaire d’écliange. Soient toujourspb = /<, pc=~, p,\-p..- A ces prix d’équilibre général correspondent, en vertu de la condition de satisfaction maxima, les quantités etiectivenient demandées égales aux quantités effectivement offertes : M, P, B... N, F, H... Q, G, K... S, J, L... des marchandises (A), (B), (G), (D)... Et, dans l’hypothèse de l’échange direct, cet échange se ferait suivant les équations
A Cb M l'a, Pl'a, Sl'ti — Bta*.*
G LV. = F r b, ■! t'd = H l'b. . . LiVi = K l'c. . .
149. Mais, dans l’hypothèse de l’intervention de la monnaie, qui est, en délinitive, plus voisine de la réalité des choses, il en est autrement. Soit (A) l’argent, (B) le blé, (G) le calé, etc. Dans la réalité des clioses, le producteur de blé vend son blé contre de l’argent, te producteur de café fait de même ; et avec l’argent ainsi obtenu, ils achètent l’un du caté, l’autre du blé. C’est ce que nous allons supposer ici. Les porteurs de (.\) vont être érigés en intermédiaires par le fait qu’ils détiennent la marchandise monnaie. Les |)orteui-s de (B) leur vendront, au prix de a, tout le (B) qu’ils veulent vendre, sauf à leur acheter, aux prix de rr, p... tout le (G), tout le (D)... qu’ils veulent acheter. Ges opérations peuvent s’exprimer par les équations
(N -P F -P IH- ...) i'b = (M + Fp + tin -P ...) t'a,
( F/ « = GtT ) l'a = G l'c , ( H/.« =- ) y a “ -I l\l • • •
Les porteurs de (C), de (D)... feront les opérations analogues pouvant s’exprimer par les équations
(G“ = F//) t’a = F l'b, ( K- = Lp) l'a = Ll'd. . .
{^f^= I]/«) i'a = H('b, (L/j = Krr) Va = Ki’c...
lôO. Nous supposons ici les achats et l'eveutes de (A) comme intermédiaire s’effectuant de manière à n’influer en rien sur le prix propre de cette marchandise. Dans la réalité, les choses se passent tout autrement. Chaque échangeur a par devers lui un approvisionnement de monnaie en vue de l’échange et, dans ces conditions, l’emploi d’une marcliandise comme monnaie a sur sa valeur une influence que nous étudierons plus loin. Mais, sous réservée de cette étude, on voit qu’il existe une parfaite analogie entre l’intervention de la monnaie et l’intervention du numéraire. De même, en effet, (fue des deux éipiations
151. Il ressort déjà de notre résolution des é(juations de I échange (It27, 128, 129, 130) que l’adoption d’une marchandise comme numéraire a pour résultat de simplifier la détermination des i)rix courants d’équililire général en faisant rentrer jusqu’à un certain point le cas de l’échange de plusieurs marchandises dans le cas de l’échange de deux marchandises entre elles. Il nous faut, à présent, revenir pour y insister sur cette simplification très importante au point de la théorie pure ou appliqm^e, et de la pratique ; et cela d’autant plus qu’en nous plaçant dans cette hypothèse de l’usage d’un numéraire, nous nous rapprochons de plus en plus de la réalité des choses.
Soit donc (A) le numéraire. Soient, d’un côté, les quantités etlectiveinent demandées, égales au.x quantités effectivement otlertes: P', Q', R', S', K', 1/... des marchandises ( A), (C), (D)... s’échangeant ou prêtes à s’échanger entre elles aux prix déterminés d’équilibre général pc = -, /m =/?... de (C), (D)... en (A). Et soit, d’un autre côté, la marchandise (R) se présentant sur le marché pour s’y échanger contre les'marchandises (A), (C),(D)...
Cela posé, soit un porteur de (R), pris entre tous. Si, à un prix ph de (R)en (A), correspondant à un prix-^- de (A)en (R),
ce porteur offre une quantité oj, de (R), il obtiendra en échange une quantité da = Ob/*b de (A) ; et, connaissant d’ailleurs les
de même, des deux équations
Ainsi, de même qu’on revient, quand on veut, du prix indirect au prix direct en faisant abstraction du numéraire, de même on revient aussi, quand on veut, de l’échange indirect à l’échange direct en faisant abstraction de la monnaie.
rf.
— ir>8 —
prix (le (G), ( D)... en (A), il peut décider en toute connaissance de cause comment il répartira cette quantité de (A) entre (A), (G), (D,)... En d’autres termes, connaissant les prix déterminés-,/)... il n’ignore que le prix à déterminer /»b ; mais il peut faire sur ce prix toutes les hypotlièses possibles et, pour chacune de ces hypothèses, exprimer ses dispositions à l’enchère soit par une courbe d’offre de (B) en fonction de pb, soit par
une courbe «aeiide demande de (A) en fonction de (Hg- ")•
G’est ainsi que les choses se passent dans la réalité. Une nouvelle marchandise se présentant sur le marché, les porteurs de cette marchandise règlent leur offre sur son prix, en décidant à la fois quelle quantité ils en veulent sacrifier et quelle quantité ils veulent acquérir des autres marchandises.
Soit, d’autre part, un porteur de (A), (G), (D)... pris entre tous. Si, h un prix />b de (B) en (A), ce porteur demande une quantité dh de (B), il devra donner en échange une quantité de (A), (G), (D)... équivalente à Oa = di,pb; et, connaissant d’ailleurs les prix de (G), (1))... en (A ), il peut décider en toute connaissance de cause comment il composera cette quantité de (A) avec (A), (G), (D)... En d’autres termes, connaissant les prix déterminés r,/)... il n’ignore que le prix à déterminer /a,; mais il peut faire sur ce prix toutes les hypothèses possibles et, pour chacune de ces hypothèses, exprimer ses dispositions à l’enchère par une courbe èaèp de demande de (B) en fonction de ph.
Ici aussi les choses se passent bien de la sorte dans la réalité. Une nouvelle marchandise se présentant sur le marché, les porteurs des autres marchandises règlent leur demande de cette marchandise sur son prix, en décidant à la fois quelle quantité ils en veulent acquérir et quelle quantité ils veulent
sacritier des autres marchandises.
Nous n’avons pas parlé du cas où un échangeur serait à la fois porteur de (B) et de (A), (G), (D)... Mais ce cas est prévu, lui aussi, par la théorie de l’écliange de deux marchandises entre elles. Un tel échangeur aurait à produire deux courbes :
une de demande de (A) ou d’offre de (B) pour certains prix, et une de demande de (B) ou d’offre de (A) pour des prix réciproques (94). Ges deux courbes s’ajouteiaient aux précédentes.
Les courbes de demande partielle étant ajoutées donneraient les courbes de demande totale AaA,,, BaBp (Fig. 8). De la courbe de demande de (A), AaAp, on déduirait la courbe d’offre de (B), NP, laquelle pourrait, au surplus, être obtenue directement par l’addition des courbes d’offre partielle de la même marchandise. La courbe décroissante BaBp, qui est la courbe de demande de (B) en numéraire, peut être appelée courbe d’achat ; et la courbe successivement croissante et décroissante de zéro à zéro (à l’intini) \P, qui est la courbe d’offre de (B) contre numéraire, peut être appelée courbe de vente. L’intersection de ces deux courbes au point B déterminera le prix l>b = n.
152. ^lais cette première détermination sera-t-elle définitive? Ici se présente une question qui n’existait pas pour l’échange de deux marchandises entre elles. L’équilibre général existant avant l’apparition de (B) sur le marché, nous avions, entre les prix -, /)... et les quantités à échanger à ces prix P', (V, R', S', K', I/... les relations
Pour que cet équilibre subsiste après l’apparition de (B), il faut que nous ayons, entre les prix/i, -,/>... et les quantités M, N, P, Q, R, S, F, G, H, J, K, L... (148), non seulement les relations
que nous avons effectivement, d’après le mode de détermination de //., mais aussi les relations
P = Pv=:S/), K-=L/>...
t>r, de la comparaison de ces dernières équations avec les premières, on tire bien aisément
Ainsi : — l’ne marchandise noui'elle se firesentant sur un marché à l’élat d’éiiuilibre général, et le jtrix de celte marchandise se déterminant gar l’égalité de sa demande en numéraire et de son offre contre numéraire, il faut, gour que ré(}uilibre général du marché ne soit gas troublé et (gie le grix déterminé soit définitif, que les demandes ou offres récigroques des ancietnies marchandises avant et agrès Vaggarition de la marchandise nouvelle sur le marché soient grogortionnelles.
Celto comlitioü ne si'ca pfcsijiK' jaiiiiiis |■('ln|)li^‘ d’iiiu' iiianièiv abs()liu“, pas plus dans le cas de l’apparitiou d’ime marchandise nouvelle qm' dans celni d(' rencliérissenient d’une des ancimiiK's marchandises. Par suite, la demandt' (d l’cdlre dt‘ (P>) au pi'ix dt' étant égales, la demande et roiïre de (A), (C), (D)... aux pi-ix de-, p... seront devejuies inégales. Nous nous rtdrouvons alors dans le cas général, c’(‘st-à-dire (pi’il faudra faire une hausse du prix des marchandises dont la demande sera d('ven ne supérieure à l’oflVe, et une baisse du prix de celles dont l’otfre sera devenue siq)éi-ienr<' à la demande (IIÎO). On arrivera ainsi à un état d’éipulihre général dans letpiel le prix de (B) sera un peu ditïérent de /«.
Non seulement la condition dont il s’agit ne sera |)res(pie jamais absolument remplie ; mais on peut même supposer tel cas oii la marchandise (B), pouvant jouer le rôle td tenir la [)lace de qnebpie auti'e marchandise (G) ou (D), ferait tond)er eonsidéi-ablement le i)idx de (*ette dernière. C’est ce ipii se voit tous les jours. Et totdefois^ si I’oji excepte ce cas spécial, et si l’on suppose que la marchandisf' (B) est une marchandise sui generis, ou si l’on ne considèi-e, parmi les marchandises qui étaient i)récédemment sur le marché, que celles auxquelles la marchandise (B) ne fait aucune coiicui-rence particidière, on recomiHit aisément que, si ces marchandises soid en grand nombre (d en quantité considérable, le prix /« l'ésultant des courbes de vente et d’achat de (B), établies comme il a été dit (d-dessus, sera sensiblement un prix détinitif. Dans ce cas, en (dTet, la portion d(‘ (A), (C), (D)... détournée pour
constituer l’otfre de ces marchandises contre (B) sera emin‘unté(“ à chacune de ces nombreuses marchandises par fractions fort petites, et d’antant plus petites relativement à la quantité de chacune d’elles ; elle ne saurait doiu' altérer sensiblement les proportions primitives de son échange avec toutes les autres.
153. Il y a un cas particulier du ))roblème (pii nous occupe qui est extrêmement sinqde et qui mérite d’être considéi-é spécialement : c’est celui oii tous les porteurs de la marchandise nouvelle qui paraît sur le marché, qu’ils ne soient porteurs que de cette marchandise seule, ou qu’ils le soient aussi des mai'chandises anciennes, offrent à tout prix toute la quantité de cette marchandise nouvelle, soit la quantité totale (existante. La forme particulière d’enctiére qui a lieu dans ce cas est celle de la vente à l’encan, en supposant toutefois la totalité de la marchandise offerte à la fois. Mathématiquement, le [irix courant est alors déterminé par l’inter.section en ~b delà courbe d’achat BaBp avec une ligne droite Qb^b, parallèle à l’axe des prix, menée par un point Qb tel que la distance OQb soit égale à la quantité existante de fB). C’est cette pai“ailèle qui (‘st alors la courbe de vente. Ce cas si simple est, en réalité, (vxirèniement frvquent, par la raison que la plupart des marchandises sont des produits et que, généralement, les producteurs mettent en vente la quantité totale de leurs produits, ou n’en gardent par dev(‘rs eux qu’une fraction insignitiante. Dans ces conditions, la courbe d’achat prend nn caractère lout à fait reman^iiable ; elh* devieid courbe de grix en tbnelion de la quantité totale existante, puisqu’elle donne le prix de la marchandise par ses abscisses en fonction de la quantité totale existaide représentée [)ar ses ordonnées.
l.)4. Au lieu de sujiposer l’équilibre primitif établi entre (A), (C), (D)... pour faire inteiTenir (B) et déterminer pb, nous aurions pu le supposer établi entre ( A), (B), (D)... pour faire inh'rvenir (C) (ff déterminer gc., on entr(> ( A), (B), (C)... pour faire intervenir (D) et déterminer p,i... et ainsi de suite. Par con- •séquent, chaque marchandise peut êtreconsidérée comme ayant
^li' ■
Md
ti
demandes et offres effectives déjà déterminés, en les considérant comme des constantes, le premier membre de cette équation.
sa courbe d’acliat, laquelle devient, eu c»utre, courbe de prix, si l’on suppose l’offre égale à la quantité totale existante et si, eu vertu de la loi des grands nombres, on fait aussi abstraction de la condition de proportionnalité des demandes ou offres antérieures et postérieures. L’équation générale de cette courbe considérée comme courbe d’acbat serait D — l’équation gé-
nérale de cette môme courbe considérée comme courbe de prix serait Q = F { /»), soit
(,'st une fonction décroissante d’une seule variable /»j,, susceplible d’être représentée géométriquement par une courbe d’achat BiiBp (Fig. H), et le second membre.
est une fonction successivement croissante et décroissante de zéro à zéro (à l’infini), de la même variable //b, susceptible d’ètre représentée par une courbe de vente NP. L’intersection des deux courbes Bd Bp et NP en B déterminera, au moins approximativement, le prix in~, = n.
Nous rattacherons de la même façon les courbes de prix aux équations de la production.
15B. Faisons, avant de finir, um^ remarque intéressante sur un point discuté précédemment. (}uand les marchandises sur le marché sont en grand nombre, la courbe de vente de chacune d’elles, alors même qu’elle ne se confond pas en toutou partie avec la parallèle de la quantité totale existante, s’en rapproche évidemment pour la plupart des prix entre les plus faibles et les plus forts; de sorte qu’il n’y a pas généralement, dans le cas de l’échange de plusieurs marchandises entre elles, plusieurs prix courants d’équilibre possibles, comme cela a lieu dans le cas'de l’échange de deux marchandises entre elles (BH).
si on la suppose résolue par rapport au prix. C’est exactement celle que (iournot, dans ses Recherchea sur les iirincipes matliémati(iues de la théorie des richesses (1838), pose à priori et qu’il appelle équation de la demande ou du débit. Elle est susceptible d’un grand usage.
lôü. On peut aussi rattacher les courbes de vente et d’achat aux équations de l’échange de la façon suivante.
Soit (A) le numéraire. Et soient, d’un côté, les marchandises (A), (C), (D)... s’échangeant ou prêtes à s’échanger entre elles à des prix déterminés d’éqiulibre général /»,. = pa=p...
de (C), (1))... en (A). Et soit, d’un autre côté, la marchandise (B) qui se présente sur le marché pour s’y échanger contre les marchandises (A), (C), (1))...
Tliéoriquement, l’apparition de (B)- nécessiterait l’établissement à nouveau du système des équations de l’écbange (12;{) avec introduction d’une inconnue nouvi'lle i>h et d’une équation de plus
Fb (/»b, /'c, /»(|...)~0
qu’on peut, en désignant, comme nous l’avons fait (127, 128), par une fonction Jb la somme des ij positifs, soit Db, et par une fonction IJu la somme des y négatifs pris positivement, soit Ob, mettre sous la forme
Jb(/'b, /'c, /M-..) = .-b(pb, /»(■, /'il---)-
si nous faisons abstraction des variations des prix et des
fi’
» acquérons à la sueur de notre front. Cet argent et ces mar- » chandises nous épargnent dans le fait cette fatigue. Elles cony> tiennent la valeur d’une certaine quantité de travail, que nous » échangeons pour ce qui est supposé contenir alors la valeur » d’une quantité égale de travail. Le travail a été le premier )) prix, la monnaie payée pour l’achat primitif de toutes choses. » Ce n’est point avec de l’or ou de l’argent, c’est avec du travail » que toutes les richesses du monde ont été achetées originaire- » ment, et leur valeur pour ceux qui les possèdent et qui cher- » client à les échanger contre de nouvelles productions est pré- » cisément égale à la quantité de travail qu’elles les mettent en » état d’acheter ou de commander. »
Cette théorie a été généralement mal réfutée. Elle consiste essentiellement dans cette assertion que toutes les choses qui valent et qui s’échangent sont du travail sous une forme ou sous une autre; que le travail constitue à lui seul toute la richesse sociale. Sur quoi l’on montre à A. Smith des choses qui valent et qui s’échangent et qui ne sont point du travail, des choses autres que le travail qui constituent de la richesse sociale. .Mais cette réponse est peu philosophique. Que le travail forme à lui seul toute la richesse sociale, ou qu’il n’en forme qu’une espèce, c’est ici ce qui nous importe peu. Dans un cas ou dans l’autre, pourquoi le travail vaut-il et s’échange-t-il? Voilà la question qui nous occupe et qu’A. Smith n’a ni posée ni résolue. Or, si le travail vaut et s’échange, c’est parce qu’il est à la fois utile et limité en quantité, parce qu’il est rare (101). La valeur vient donc de la rareté, et toutes les choses qui seront rares, (ju’il y en ait ou non d’autres que le travail, vaudi'ont et s’échangeront comme le travail. Ainsi, la théorie qui met l’origine de la valeur dans le travail est moins une théorie ti'op étroite qu’une théorie complètement vide, moins une aftirmation inexacte qu’une affirmation gratuite.
159. Quant à la seconde solution, voici en quels ternies J. -B. Say l’a fournie au Ch. Il de son Catéchisme:
« Pourquoi Vutilité d'une chose fait-elle que cette chose a de » la valeur ?
E.cfiosition et réfutation des doctrines d’A. Smith et de J. -B. Saq sur l’origine de la valeur d’échange.
So.M.MAiHE : — 157. Trois solutions principales du problème de l’origine de la valeur. — 158. Doctrine d’A. Smith ou du travail. Cette doctrine se borne à énoncer que le travail seul a de la valeur ; elle n’explique nullement pourquoi le travail a de la valeur, ni, par conséquent, d’où vient généralement la valeur deschoses. — 159, 160. Doctrine de J. -B. Say ou de Vutilitr. L’utilité est une condition nécessaire, mais non suffi.sante, de la valeur. — 161. Doctrine de la rareté. — 162. Condition de satisfaction maxima de Gossen : le maximum d’utilité auquel elle se rapporte n’est pas celui de la libre concurrence. — 163. Equations d’échange de .levons ; elles ne sont applicables qu’au cas de deux échangeurs. — 161. Grenzautzen.
157. Il y a, dans la science, trois solutions principales du problème de l’origine de la valeur. La pi'emière est celle d’A. Smith, de Ricardo, de Mac-Culloch ; c’est la solution anglaise : elle met l’origine de la valeur dans le trumiL Cette solution est trop étroite et elle refuse de la valeur à des choses qui en ont réellement. La seconde est celle de Condillac et de .L-B. Say; c’est plutôt la solution française: elle met l’origine de la valeur dans l’afilité. Celle-ci est trop large et elle attribue de la valeur à des choses qui, en réalité, n’en ont pas. Enfin, la troisième, qui est la bonne, est celle de Burlamaqui et de mon père, A.-.\.\Valras: elle met l’origine de la valeur dans la rareté.
158. A. Smith a formulé sa doctrine en ces termes, au L. 1, Ch. V, de la Richesse des Nations :
« Le prix réel de chaque chose, dit-il, ce que chaque chose » coûte réellement à celui qui veut se la procurer, c’est le tra- » vail et la peine qu’il doit s’imposer pour l’obtenir. Ce que » chaque chose vaut réellement pour celui qui l’a acquise et » qui cherche à en disposer ou à l’échanger pour quelque autre » objet, c’est la peine et l’embarras que la possession de cette » chose peut lui épargner et qu’elle lui permet d’imposer à d’au- » très personnes. Ce qu’on achète avec de l’argent ou des mar- » chandises est acheté par du travail aussi bien que ce que nous
invütiiié plus souvent (lu’üu ik‘ pourrait le croire; il ii'eu est pas, du reste, meilleur pour cela. Il est, en elTet, évident que si l’on appelle ces actions un sacrifice économiqiu', il faut trouver un autre mot i)our celui d’une valeur proprement dite; cai‘, quand je vais chercher de la viande chez le boucher, un habit chez le tailleur, je fais aussi l’etfort ou le sacrifice d’appréhender ces objets, mais j’en fais de plus un autre tout particulier qui est de tirei'de ma poche une certaine somme d’argent au profit du marchand.
.l.-B. Say s’y est pris d’une autre manière, f/air respirahie, la lumière solaire, l’eau des fleuves et rivières sont utiles, selon lui, et, en conséquence, ils ont une valeur. Ils sont mênu' si utiles, si nécessaires, si indispensables, qu’ils ont une valeur considérable, immense, infinie. Et voilà tout justement pourquoi nous les avons pour rien. Nous ne les [layons pas, parce (pie nous ne pourrions jamais les jjayer à leur prix. L’explication est ingénieuse; malheureusement, il y a d(‘scas où l’air, la lumière, l’eau, se [(aient; c’est quand, par exception, ils sont rares.
160. Nousavons [m troiiversans tro[)de peine, dans A. Smith et .l.-B. Say, deux passages caractéristiques; mais il faut dire qu’en réalité ces auteurs n’ont (]u’eff1euré la question de l’origine de la valeur d’échange et que ni l’iin ni l’autre ne se sont enfermés dans les théories insuffisantes que nous avons signalées. Quelques lignes plus loin que celles que nous avons citées, .l.-B. Say verse de la doctrine de l’utilité dans celle du travail ; ailleurs il semble se rallier à celle de la rareté. Quant à A. Smith, il s’est heureusement conti-edit lui-même en admettant la terre comme le travail parmi la richesse sociale. Il n’y a que Bastiat qui ait entrepris de systématiser la théorie anglaise et qui en ait accepté lui-même et voulu faire accepter aux autr('s les conséquences les plus contraires à la réalité des faits.
161. Reste enfin la théorie de la rareté, excellemment énoncée par Burlamaqui de la manière suivante, au Ch. XI de la 3"'c partie de ses Elrmenta du droit naturel :
» Parce (jue rutilité qu’elle a la rend désirable et porte les » hommes à faire un sacrifice pour la posséder. On ne donne » rien pour avoir ce qui n’est bon à rien, mais on donne une » certaine quantité de choses i|ue l’on possède (une certaine » quantité de pièces d’argent, par exemple) pour obtenir la y> chose dont on éprouve le besoin. C’est ce qui tait sa valeur. »
Ici, il y a bien un essai de démonstration, mais assez malheureux, il faut l’avouer. « L’utilité d’une chose la rend désirable. » Assurément. « Elle porte les hommes à taire un sacrifice pour la posséder. » Cela dépend : elle ne les porte a faire un tel sacrifice que s’ils ne peuvent pas se la procurer sans cela. « On ne donne rien pour avoir ce qui n’est bon à rien. » Sans doute. « Mais on donne une certaine quantité de chosf's que l’on possède pour obtenir la chose dont on éprouve le l)esoin. » A une condition : c’est qu’oii ne puisse pas l’obtenir sans rien donner en échange. L’utilité ne suffit donc pas |)our créer la valeur; il faut encore que la chose utile n’existe pas en quantité illimitée, qu’elle soit rare. Ce raisonnement est confirmé par les faits. L’air respirable, le vent qui entle les voiles des navires et fait tourner les moulins, la lumière du soleil qui nous éclaire et sa chaleur qui mûrit les moissons et les fruits, l’eau et la vapeur qu’elle fournit une fois échaufï('e, beaucoup d’autres forces de la nature sont utiles, même nécessaires. Et cependant elles n’ont pas de valeur. Pourquoi? Parce qu’elles sont illimitées en quantité, parce que chacun de nous peut en obtenir, quand il y en a, autant (pi’il en veut sans rien donner, sans faire aucun sacrifice en échange.
Condillac et .l.-B. Say ont rencontré tous les deux cette objection sur leur chemin. Ils y ont répondu chacun d’une manière très différente. Condillac voit l’air, la lumière, l’eau.
« Los foiideiiionts du prix propre et intrinsèque sont preniiè- » rement l’aptitude qu’ont les choses à servir aux besoins, » aux commodités ou aux plaisirs de la vie, en un mot, leur » utilité: et leur rareté.
» .le (lis premièrement leur utilité, par où j’entends, non » seulement une utilité réelle, mais (uicore celle qui n’est » qu’arbitraire ou de fantaisie, comme celle des pierres pré- » cieuses; et de là vient qu’on dit communément qu’une ); chose qui n’est d’aucun usage est dite de nul prix.
» Mais rutililé seule, quelque l'éelle qu’elle soit, ne subit » pas pour mettre un prix aux choses, il faut encore considé- » rer leur rareté, c’esl-à-dire la difficulté que l’on a de se pro- )) curer ces choses, et qui fait que chacun ne peut pas s’en » procurer aisément autant qu’il en veut.
» C.ar bien loin que le besoin que l’on a d’une chose décide » de son prix, l’on voit ordinairement (pie les choses les plus » nécessaires à la vie humaine sont celles qui sont à meilleur » marché, comme l’eau commune.
» La rareté seule n’est pas non plus suflisante pour donner » un prix aux choses, il faut qu’elles aient d’ailleurs quelque » usage.
» Comme ce sont là les vrais fondemtmts du prix des choses, » ce sont aussi ces mêmes circoustauc(;s combinées différem- » ment qui l’augmentent ou le diminuent.
» Si la mode d’une chose passe, ou (pie [leu de g('iis en fas- )) sent cas, dès lors elle devient à bon marché, quelque chère » qu’elle ait été auparavant. Qu’une chose commune, au con- » traire, et qui ne coûte que peu ou rien, devienne un peu » rare, aussitôt elle commence à avoir un [irix et quelquefois » même fort cher, comme cela parait, par exemple, de l’eau » dans l(^s lieux arides, ou, en certains temps, pendant un » siège ou une navigation, etc.
» Eu un mot, toutes les circonstances particulières qui con- » courent à faire hausser le prix d’une chose, peuvent se rap- » porter à leur rareté. Telles sont la difficulté d’un ouvrage, » sa délicatesse, la réputation de l’ouvrier.
» Ün peut rapporter à la même raison ce que l’on appelle » i>ru‘ d’inclination ou d'affection, lorsque quelqu’un estime )) une chos(' qu’il possède au delà du prix qu’on lui donne » communément, et cela par quelque raison particulière; par » exemple, si elle lui a servi à le tirer d’un grand péril, si elle » est un monument de quelque événement remarquable, si » c’est uue marque d’injuneur, etc. »
Telle est la doctriiu' de la rareté. L’ahhé Geiiovesi l’enseignait à Naples, au milieu du siècle dernier, et N.- W. Senior à Oxford, vers 1830. Mais c’est mon père qui l’a véritablement introduite dans l’économie politique, on l’exposant d’une manière spéciale, avec tous les développements nécessaires, dans son ouvrage intitulé: iJe la nature de la richesse et de Vori(jine de la valeur (\S^l) K On ne pou vait tirer un meilleur parti qu’il ne l’a fait dans cet ouvrage des ressources de la logique ordinaire, et il fallait, pour aller un peu plus loin, user, comme je l’ai fait, des procédés de l’analyse inathéinatique.
162. Mais je n’ai pas été seul à y recourir dans le même but. D’autres auteurs l’ont fait avant moi: d’abord un Allemand, Hermann-Henri Gossen, dans un ouvrage publié en 18.>4, intitulé: Entwickelung der Gesetze des menschlichen Verkeltrs, and der daraus fliessenden Regeln fur rnenschliehes Handeln ; puis un Anglais, William-Stanley levons, dans un ouvrage intitulé: Theorg of Political Economg, dont la première édition a paru en 1871 et la seconde en 1879. Gossen et .levons ont tous deux, et le second sans avoir aucune connaissance des travaux du premier, posé la courbe décroissante d’utilité ou de besoin ; et ils en ont déduit mathématiquement, l’un la condition d’un maximum d’utilité et l’autre des équations d’échange.
Go.ssen a énoncé sa condition dans ces teianes : — Les deux marchandises devront, agrès l’échange, être réparties entre les deux échangeurs de telle sorte que le dernier atome reçu de chaque marchandise ait la même valeur pour l’un et l’autre échangeur <(p. 85). Pour traduire cet énoncé dans nos formules,
' Voir iiotîininifiit : Cli. lit, p. 41 ; Cli. XVI, ji. 2.34 ; Cli. .XVHI. p. 27il.
• il 1 -
:iî
If
fi
a|i|)H(ms (A) cl (B) h's deux marcliaiidises et ( 1 ) et (‘2) les deux (Vlmuî-eurs. Soient >-z=Ça,i(//), = les équations des
courbes d’utilité de (A) et (B) pour l’écliangeur ( I ), r— -Ça.-it//), >* = Çb,-2(y/) les éciuations correspondantes pour réclianpeur (2). Soient </a la quantité de ( A) possédée par l’éclianoeur (i), <ib la (pianlitédetB) possédée par l’échangeur (2), da et dt, les quantités de (A) et (B) à échanger. Dans ces conditions, l’énoncé de Gosscn se traduit par l(‘S deux équations
Ça.l (//a — da) = Ça,2(da),
Çtvl(db) = Ç'lV2((/b — db),
lesipielles détcriuiiK'nt da et db pour les écliangeui's (1) et (2). Or it est très évident que le inaxiiiiiiiu d’utilité à obteidrainsi ii’cst pas le iiiaxiuiuiu relatif de la libre concurrence, compatible avec cette condition que tous les échangeurs donneront et rc'Cf'vront liltrement des deux mai'chandises dans une [>roportion coiiiiuune et identicpie, mais un maximum absolu qui lie tient nul compte d(* la condition d’unité de prix et d t'galité de l’otlVe et de la demande etïéclives à ce prix et qui, ainsi, supprime la propriété
K):?. Quant à Jevons, il a posé ses équations d’échange de la manière siiivanlt* ; — Im i'ait>ou d ccltcuigc <}6S dcu.i mcticluDidises sera l’ini'erse du ra\)i>orl des degn-s finaux d utilité des quantités de ces marchandises à consommer a jirès l échange (2« éd. p. IO:î). Et (A) et (B) étant les dimx marchandises, ( l) et (2) les deux échangeurs, ç\ et ÿi les lettres di' lonction d iitilité de (A) et (B) pour l’échangeur (1), ç-2 et ÿo les lettres corres])ondanl(“s pour l’échangeur (2), a la quantité di' (A) possédée par l’échangeur (i), h la quantité de (B) po.ssédée par l’échangeur (2), x et g les quantités de (A) et (B) à échanger, il traduit lui-même son énoncé par la double équation
’ Vüvex Klndex d'écononue xoeiede. Theorie de lu prnpriide.
qui, dans notre système de notations, deviendrait
Ç a,1 ( </a — da) Çb.i (db)
Ça.‘2
Çb.-2(y/b — db)
et servirait à déterminer da etdb. Cette formule diffère des nôtres endi'ux points. En premier lieu, les prix qui sont les rapports inverses des quantités de marchandise échangées sont remplacés par les raisons d’échange qui suid les rapports directs de ces quantités et qui sont toujours fournis par leurs deux termes da et db. En second lieu, \o problème est considéré comiiie résolu avec le cas de ileux échangeurs. L’auteur se réservi' si'ulement la faculté de considérer chacun de ces échangeurs /'hvfdiug èodics) comme se composant d’un groupe d’individus, par exc'iuple de tous les habitants d’un continent, de tous les industriels d’une même catégorie dans un [lays donné (p. !>5). Mais il reconnait lui-même qu’en faisant une telle hypothèse, il abandonni' le terrain de la réalité ]Jour se placer sui‘ celui des moyennes tictives [fictitious means) (p. 97). Voulant nous maintenir, quant à nous, sur le premier, nous lie saurions accc|der la foiauule de Jevons comme valable que pour le cas restreint où deux individus seulement sont en présence. Pour ce cas, elle est identique à la nôtre, sauf la substitution des quantités échangées au prix. Il reste donc à introduire le cas général où un nombre quelconque d’individus .sont en présenci' pour échanger d’abord deux marchandises l’ime contre l’autre, puis un nombre quelconque de marchandises ('litre elles. C’est C(' que Jevons s’est interdit de faire en s’attachant à l’idiH' malheureuse de prendre les quantités ('‘changées au lieu des prix comme inconnues du problème.
164. .V la même éijoque où Jevons publiait pour la première fois sa Theorg of Political Economg, (1871-72), M. Cari .Mengi'r, professeur à l’Université de Vienne, publiait ses Grundsàtze der Volkswirthschaftslehre qui sont un troisième ouvrage, antt^rieur au mien, dans lequel les bases de la nouvelle théorie de l’échange sont posées d’une manière indépendante et originale. M. Menger fait, comme nous, la théorie de l’utilité eu
rr
posant la loi de la décroissance du besoin avec la quantité consoininée, en vue d’en tirer la théorie de ^échan<^e. Il suit la inéthoile déductive, mais se défend de suivre la méthode mathématique, bien qu’il se serve, sinon de fonctions ou d(> coui-hes, du moins de tableaux arithmétiques pour exprimeisoit Tutilité, soit la demande, (iette circonstance m’interdit de critiquer sa théorie en quelques lignes comme je l’ai fait pour Gossen et .levons, ,1e dirai seulement que lui et les auteurs qui l’t)nt suivi, comme MM. de Wieser et de Bœhm-Bawerk, me semldent se priver d’une ressource précieuse et même indispensable <m refusant d’employer framdiement la méthode et le langage mathématiques dans un sujet essentiellement matliématique. Toutefois j’ajouterai qu’avec la méthode et le langage inqjarfaits qu’ils emploient, ils ont serré de très près le problème de l’échange. Ce qui est sùr, (;’est qu’ils ont au moins réussi à appeler à un haut degré sur la théorie de la rareté ou, comme ils disent, du Grenznutzen (utilité-limite) l’attention des économistes. Cette théorie se produit aujourd’hui dans ta science avec le plus bel avenir. J’en ai tiré la théorie abstraite de la détermination des prix des marchandises en numérairt'. J’en vais tirer : 1® la théorie de la détermination simultanée des prix des produits et des prix des revenus fonciers, personnels et mobiliers, 2^’ la théorie delà détermination du taux du revenu net et, par suite, des prix des capitaux fonciers, personnels et mobiliei-s, et d» la théorie de la détermination des prix en monnaie; toutes théories abstraites mais qui, en s’absorbant les unes dans les autres, nous mettront, par une synthèse méthodique, en pleine réalité h