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THÉORIE DE LA PRODUCTION

17"'« LEÇON

IJe^ capitaux et des revenus. Des trois services.

Sommaike: — 1(55. Les marcliandises considérées comme des produits. Ayant obtenu la loi de l'oflre et de la demande, nous cherchons la loi des frais de production ou du prix de revient. — 16G. Terre, travail et capital; énonciations défectueuses. — itïl.CapitauXf espèces de la richesse sociale servant plus (rune fois ; revenus, espèces de la richesse ne servant qu’une seule fois. Capitaux et revenus par nature ou par destination. — 168. Capitaux et revenus matériels ou immatériels. — 169. Les services successifs des capitaux sont des revenus. Services consommables ; services producteurs.

170. Terres et rentes, ou capitaux et services fonciers. — 171. Personnes et travaux, ou capitaux et services personnels. — • \T1. Capitaux proprement dits ei profits, ou capitaux et services mobiliers, — 173. Revenus. — 174. Terres, capitaux existant en quantité à peu près constante. — 175. Personnes, capitaux disparaissant et reparaissant en dehors du mouvement de la consommation et de la production industrielles.— 176. Capitaux proprement dits, capitaux produits.— 177. Ayant obtenu les prix des produits, nous cherchons les prix des services j)rod licteurs.

165. Quelque compliqué que soit un ordre de phénomènes, il y a toujours moyen de l’étudier scientiliquement à. la condition d’observer la règle qui prescrit d’aller du simple au composé. J’ai traité successivement, en faisant la théorie mathématique de l’échange, de l’échange de deux marchandises entre elles en nature, puis de l’échange de plusieurs marchandises entre elles avec intervention de numéraire. Ce faisant, j’ai laissé de côté cette circonstance que les marchandises sont dos, produits résultant de l’association d’éléments producteurs tels que des terres, des hommes et des capitaux. Le moment est venu de la faire intervenir et de poser, après le problème de la détermination mathématique du prix des produits, celui de la détermination mathématique du prix des services producteurs. La résolution du problème de l’échange nous a con-

duits à la formule scientitique de la loi de Voffre et de la demande. La rt'solulion du problème de la pioduction nous conduira à la formule scientifique de la loi des frais de prodartion ou du prix de revient. Ainsi j’aurai retrouvé les deux grandes lois de l’économie politique ; seulement, au lieu de les mettre en concurrence et en contradiction l’une avec l’autre en vue de la détermination des prix, je leur aurai fait leur part à chacune en fondant sur la première la détermination des prix des produits et sur la seconde la détermination des prix des services producteurs. 11 est certain, comme les économistes l’ont reconnu, et comme, on voudra bien le croire, cela ne m’a pas échappé non plus complètement à moi-môme, qu’à un certain état normal et idéal, le prix de vente des marchandises est égal à leur prix de revient. A cet état, qui est l’état d équilibre de l’échange et de la production, une bouteille de vin qui se vend ù fr. a coûté à produire t> fr. de fermages, 2 fr. de salaires et 1 fr. d’intérêts. Reste à savoir si c’est parce qu’on a payé 2 fr. de fermages, 2 fr. de salaires et 1 fr. d’intérêts que cette bouteille de vin se vend 5 fr., ou si ce ne serait pas plulùt parce que cette bouteille de vin s(^ vend o tr. cpi ou paie 2 fr. de fermages, 2 fr. de salaires et 1 fr. d’intérêts. Reste à savoir, en un mot, si c’est, comme on le dit, le prix des services producteurs qui détermine le prix des produits, ou si ce ne serait pas plutôt le prix des produits, déterminé, comme nous l’avons vu, en vertu de la loi de l’offre et de la demande, qui détermine le prix des services producteurs en vertu de la loi des frais de production ou du prix de l’evient. C’est ce que nous allons examiner.

16(5. Les éléments producteurs sont au nombre de trois. Lors- ([u’ilsen font l’énumération, les auteurs disent le plus souvent: la terre, le travail et le capital. Mais ces énonciations ne sont pas assez rigoureuses pour servir de bases à des déductions rationnelles. \.e travail esi le service des facultés personnelles ou des personnes ; il faid donc ranger a côté de lui non la terre et le capital, mais la rente ou le service des terres et le profit ou le service des capitaux. Comme je prends ces termes dans

une acception précise, je dois les définir avec soin. A cet effet, j’introduirai d’abord une première définition du capital et du revenu plus restreinte que celles qu’on donne d’ordinaire et dont j’userai moi-même par la suite en prévenant le lecteur.

167. .T’appelle, comme le fait mon père dans sa Théorie de la richesse sociale (1849), capital fixe ou capital en général tout bien durable, toute espèce de la richesse sociale qui ne se consomme point ou qui ne se consomme qu’à la longue, toute utilité limitée en quantité qui survit au premier usage qu’on en fait, en un mot, qui sert plus d’une fois : une maison, un meuble. Et j’appelle capital circulant ou revenu tout bien fongible, toute espèce de la richesse sociale qui se consomme immédiatement, toute chose rare qui ne subsiste plus après le premier service qu’elle rend, bref, qui ne sert qu’une fois : du pain, de la viande. Parmi ces revenus figurent, à côté des objets de consommation privée, les matières premières de l’agriculture et de l’industrie: semences, matières textiles, etc. La durée dont il s’agit ici n’est pas, en effet, la durée matérielle, mais la durée utile ou économique. Les matières textiles durent encore matériellement dans le tissu ; mais elles ont disparu en tant que matières premières, et ne peuvent plus servir une seconde fois à ce même usage. Au contraire, les bâtiments, les machines sont des capitaux et non des revenus. J’ajoute que si certaines espèces de la richesse sociale sont naturellement des capitaux, et certaines autres naturellement des revenus, il y en a aussi, en grand nombre, qui sont ou des capitaux ou des revenus selon l’usage auquel on les emploie ou le service qu’on leur demande. Tels sont les arbres qui sont des capitaux lorsqu’ils portent des fruits et qui sont des revenus lorsqu’on les abat pour en faire du bois à brûler ou à ouvrer. Tels sont les animaux qui sont des capitaux lorsqu’ils travaillent ou qu’ils donnent du lait ou des œufs et qui sont des revenus lorsqu’on les tue pour s’en nourrir. Toujours est-il que, soit par nature, soit par destination, toute espèce de la richesse sociale ou sert plus d’une fois ou ne sert qu’une fois, et qu’elle est, en conséquence, ou un capital ou un revenu.

Quand on parle de gens qui consomment des capitaux, on entend qu’ils échangent d’abord leurs capitaux contre des revenus et qu'ils consomment ces revenus. De même, pour capitaliser des revenus, il faut les échanger contre des capitaux.

11 ne faut pas confondre les capitaux avec les approvisionnements qui sont des sommes de revenus préparés d’avance pour la consommation. Du vin dans la cave, du hois au bûcher, des matières premières en magasin sont des approvisioniienients. Les minerais, les pierres qui sont dans les mines et les carrières sont également des sommes de revenus et non des capitaux.

108. Puisque nous avons appelé richesse sociale l’ensemble des choses matérielles ou immatérielles qui sont rares, c’est-àdire à la fois utiles et limitées en quantité (21), nous avons à peine besoin de dire que les capitaux et revenus en lesquels nous partageons à présent cette même richesse sociale sont eux-mêmes soit matériels, soit immatériels. La matérialité ou l’immatérialité des choses nous importe aussi peu dans ce cas que dans l’autre. Nous allons voir à l’instant comment les capitaux engendrent les revenus ; nous verrons alors aussi qu’un capital matériel peut très bien engendrer un revenu immatériel et un capital immatériel un revenu matériel. Je mentionne le fait dès à présent parce qu’il vient à l’appui de la distinction entre les capitaux et les revenus.

169. Il est de l’essence des capitaux de donner naissance aux revenus j et il est de l’essence des revenus de naître directement ou indirectement des capitaux. Voici comment. Les capitaux, par définition, survivent au premier usage qu’on en fait ; on en fait donc plusieurs usages successifs ; la succession de ces usages est évidemment une succession de revenus. Une terre fait pousser tous les ans nos moissons ; une maison nous abrite hiver comme été contre les intempéries de l’air ; cette fécondité de la terre, cet abri de la maison constituent les revenus annuels de l’une et de l’autre. Un ouvrier travaille tous les jours à l’atelier ; un avocat, un médecin donnent journellement des consultations ; ce travail, ces consultations sont les

revenus journaliers de ces travailleurs. De même pour les revenus des machines, instruments, outils, meubles et vêtements. Beaucoup d’écrivains sont demeurés dans l’obscurité et la confusion faute de considérer ainsi séparément les capitaux et leurs revenus.

Pour les distinguer, nous donnerons à ces revenus consistant dans l’usage même de capitaux le nom de services. Il yen a de deux sortes. 11 y a ceux qui sont absorbés tels quels par la consommation .soit privée soit publique : tels sont l’abri de la maison, les consultations de l’avocat, du médecin, l’usage des meubles, vêtements. Nous les appellerons services consommables. Et il y a ceux qui sont transformés par l’agriculture, l’industrie, le commerce en revenus ou en capitaux, c’est-à-dire en produits : tels sont la fécondité de la terre, le travail de l’ouvrier, l’usage des machines, instruments, outils. Nous les appellerons services producteurs. Nous devrons constater, dans la théorie de la circulation, que les approvisionnements de revenus, en attendant de donner leur unique service d’usage, donnent, eux aussi, un service d' approvisionnement qui peut être soit consommable soit producteur. Cette distinction entre les services consommables et les services producteurs correspond bien à celle que font la plupart des auteurs entre la consommation improductive et la consommation reproductive. C’est d’ailleurs tout spécialement la transformation des services producteurs en produits qu’il s’agit ici d’étudier.

170. Au moyen de la définition des capitaux et des revenus, nous pouvons d’abord distribuer en quatre catégories principales, dont trois catégories de capitaux et une catégorie de revenus, tout l’ensemble de la richesse sociale.

Nous rangerons dans la première catégorie les terres : celles qui sont aménagées en parcs et jardins d’agrément soit privés soit publics ; celles qui produisent des arbres et toutes sortes de végétaux : fruits, légumes, céréales, fourrages, pour la nourriture des hommes et des animaux ; celles qui supportent des maisons d’habitation ou des édifices publics, des bà-

‘il

timents d’exploitation, des usines, des ateliers ou des magasins ; celles qui servent de voies de communication : rues, routes, places, canaux, voies ferrées. Toutes ces terres sont bien des capitaux. Le jardin et le parc, dépouillés pendant l’hiver, reverdiront et relleuriront en été ; la terre qui a produit durant cette saison produira encore durant la saison prochaine ; celle qui a supporté cette année la maison ou l’usine la supportera encore l’année suivante ; nous parcourrons l’an qui vient comme l’an passé la rue et la route. Ainsi les terres survivent toutes au premier usage qu’on en fait, et la succession des usages qu’on en fait constitue leur revenu. L’agrément de la promenade et de la vue est le revenu du parc et du jardin ; la puissance productive est le revenu de la terre qui produit ; l’emplacement offert aux constructions est le revenu du terrain bâti ; la facilité offerte à la circulation est le revenu de la rue et de la route. Voilà donc une première catégorie de capitaux, les capitaux fonciers ou terres, prêts à fournir leurs revenus, les revenus ou services fonciers, que nous appellerons aussi les rentes.

171. Nous rangerons dans la seconde catégorie les personnes : celles qui ne font rien autre chose que voyager et se divertir ; et celles qui sont au service d’autres personnes : les cochers, cuisiniers, valets et femmes de chambre ; les fonctionnaires publics qui sont au service de l’Etat, tels que les administrateurs, juges, militaires ; les ouvriers et ouvrières de l’agriculture, de l’industrie et du commerce ; les hommes adonnés aux professions libérales tels que les avocats, médecins, artistes. Toutes ces personnes sont bien des capitaux. L’oisif qui a llàné aujourd’hui flânera demain ; le forgeron qui vient de terminer sa journée en fera encore plusieurs autres ; l’avocat qui sort de l’audience y reviendra souvent pour plaider encore. Ainsi les personnes subsistent toutes après le premier service qu’elles rendent, et la série des services qu’elles rendent constitue leur revenu. Le plaisir goûté par l’oisif, la tâche effectuée par l’artisan, le plaidoyer prononcé par l’avocat sont les revenus de ces personnes. Voilà donc une seconde catégorie de capitaux.

Mï

les capitaux personnels ou personnes, prêts à fournir leurs revenus, les revenus ou services personnels, que nous appellerons aussi les travaux.

172. Nous rangerons à présent dans la troisième catégorie toutes les autres valeurs qui sont des valeurs capitales et qui ne sont ni des terres ni des personnes : les maisons d’habitation, soit de ville, soit de campagne, et les édifices publics; les bâtiments d’exploitation, les usines, les ateliers, les magasins, les constructions de toute nature considérées, bien entendu, isolément du sol sur lequel elles reposent ; les arbres et plantes de tonte sorte ; les animaux ; les meubles, vêtements, tableaux, statues, voitures, bijoux ; les machines, instruments, outils. Nous supposons que tous ces objets sont non point des revenus, mais des capitaux productifs eux -mêmes de revenus. La maison qui m’abrite peut m’abriter longtemps encore ; mes tableaux, mes bijoux sont toujours à ma disposition ; la locomotive et les wagons qui ont amené aujourd’hui les voyageurs et les marchandises de la ville voisine conduiront demain dans cette ville d’autres voyageurs et d’autres marchandises sur la même voie ferrée. D’ailleurs, l’abri fourni par la maison, l’ornement et la parure tirés des tableaux et des bijoux, le transport opéré par la locomotive et les wagons sont les revenus de ces capitaux. Voilà donc une troisième catégorie de capitaux, les capitaux mobiliers ou capitaux proprement dits, prêts à fournir leurs revenus, les revenus on services mobiliers , que nous appellerons aussi les profits.

178. L’ensemble des capitaux étant épuisé par nos trois premières catégories, il ne reste dans la quatrième que les revenus : objets de consommation tels que blé, farine, pain, viande, vin, bière, légumes, fruits, combustibles pour l’éclairage et le chauffage des consommateurs ; et matières premières telles qu’engrais, semences, métaux, bois à ouvrer, textiles, tissus à confectionner, combustibles pour l’éclairage et le chauffage de la production, tous objets destinés à disparaître en tant que matières premières pour reparaître comme produits.

174. On le voit: les terres, les personnes et les capitaux pro-

sent ; mais elles reparaissent ensuite de la génération reproductive. Aussi leur quantité, bien loin d’être constante, est-elle susceptible de s’accroître indétiniment dans certaines conditions. A leur propos, nous devons faire une observation. Ln disant que les personnes sont des capitaux naturels, et qu’elles reparaissent ensuite de la génération reproductive, nous tenons compte de ce principe de morale sociale de plus en plus généralement accepté que les personnes ne doivent ni s’acheter ni se vendre comme les choses et qu’elles ne peuvent pas non plus se fabriquer dans des fermes ou des haras comme du bétail ou (les chevaux. On pourrait croire, par ce motif, inutile de les

prement dits sont des capitaux ; le service des terres ou la rente, le service des personnes ou le travail, le service des capitaux proprement dits ou le prolit sont des revenus. Il faut donc, pour être exact et précis, reconnaître comme éléments producteurs trois sortes de capitaux et de services: les capitaux et services fonciers, personnels et mobiliers ; les terres et la rente, les personnes et le travail, les capitaux proprement dits et le profit. Ainsi rectifiées, les dénominations courantes peuvejit être admises comme fondées sur la nature des choses.

Les terres sont des capitaux naturels et non artificiels ou produits; elles sont aussi des capitaux inconsommables qui ne se détruisent pas par l’usage ni ne périssent pas par accident. 11 y a cependant quelques capitaux fonciers qui ont été produits artificiellement par transport de terre sur des rochers, fertilisation de landes, dessèchement de marais ; et il y en a aussi quelques-uns qui sont exposés à périr par suite de tremblements de terre, de débordements de fleuves ou torrents. Mais les uns et les autres sont en petit nombre ; et l’on peut, à peu d’exceptions près, considérer les capitaux fonciers comme des capitaux qu’on ne consomme pas et comme des capitaux qu’on ne produit pas. Ces deux circonstances ont chacune leur importance; mais c’est surtout leur coexistence qui donne aux capitaux fonciers leur caractère propre et particulier. Il en résulte, en effet, que la quantité des terres est, sinon une quantité rigoureusement constante, du moins une quantité assez peu variable ; que, dès lors, cette quantité des terres peut être très considérable dans une société primitive et très restreinte, au contraire, dans une société avancée, relativement à la quantité des personnes et à la quantité des capitaux proprement dits ; qu’en conséquence, les terres peuvent avoir, comme nous verrons qu’elles les ont en réalité, des raretés et une valeur nulles dans le premier cas, des raretés et une valeur fort élevées dans le second cas.

175. Les personnes sont, elles aussi, des capitaux naturels : mais elles sont des capitaux consommables, c’est-à-dire destructibles par l’usage et périssables par accident. Elles disparais-

sont constainiiient associés aux terres dans l’industrie, surtout dans l’industrie agricole. Mais il doit être bien entendu que, quand nous parlons des terres, nous les considérons isolément tles bâtiments d’habitation ou d’exploitation, des murs de clôture et de soutènement, des appareils d’irrigation et de drainage, en un mot, de tous les capitaux proprement dits, et, à plus forte raison, isolément des engrais, semences, récoltes SU!' pied, bref, de tous les revenus] qui les accompagnent ; et que c’est le service exclusif de la terre ainsi considérée que nous appelons rente, en réservant au service des capitaux proprement dits qui sont associés à la terre le nom de profit.

Les caractères ci-dessus ont une impoi'tance qui non seulement explique mais jiistitie la distinction entre les terres, les pei'sonnes et les capitaux pi-opi-ement dits. Il faut dire toutefois que cette importance apparait!-a surtout dans l’économie sociale, et, pour ce qui concerne l’économie politique pure, dans les sections suivantes consacrées à la capitalisation et au progrès économique. Dans toute celle-ci, la seule cii'constance que supposera le raisonnement, sera que les capitaux fonciers, personnels et mobiliers sont des capitaux et non des revenus.

177. Cela dit, nous avons à rechercher pourquoi et comment il se fait, dans une société économique soumise au régime de la libi'(' concui'rence en matièi'e de production comme en matière d’échange, qu’il y a, pour le sei'vice des terres ou pour les rentes, pour le sei'vice des facultés personnelles ou poui' les ti'avaux, pour le service des capitaux propi-ement dits on pour les in otits, <les i)i'ix courants qui sont des quantités mathématicpies ; nous avons, à pi'oprement parler, à formuler le système (ré(iuations dont les fermages, les salaires et les intérêts sont les l'acines.

Eléments et mécanisme de la production

So.MM.xiHE ; — 178.1», 2" et 3" Capitaux fonciers, personnels et mobiliers à services consommables ; 4», 5» et 6» Capitaux fonciers, personnels et mobiliers à services jjroducteurs ; 7" Capitaux mobiliers neufs ; 8" Objets (le consommation ; 9» Matières premières ; 10» Revenus neufs ; 11», 12" et 13» .Monnaie de circulation et d’épargne. — 179. .\bstraction des capitaux mobiliers neufs, des revenus neufs, des approvisionnements en objets de consommation et matières premières et de la monnaie. — 180, 181,182. Production des revenus et des capitaux mobiliers par les capitaux à services producteurs.

183. Les capitaux sont seuls susceptibles de location en nature. La location du capital est la vente du .service. — \Wt. Propriétaires fonciers ; travailleurs ; capitalistes. Entrepreneurs. — 185. Marché des services ; fermages, salaires, intérêts. — 186. Marché des produits. — 187. Les deux marchés, distincts l’un de l'autre, sont reliés l'un à l’autre. — 188. L’équilibre de la ])r(Kluction suppose l’équilibre de l’écliange sur les deux marcbés et Légalité du prix de vente des produits à leur pri.x de revient, les entrepreneurs ne fai.sant ni bénéfice ni perte.

178. De même qu’eu abordant le pi'oblème de la détermination mathématique du prix des iiroduits, nous avons dû définir tivec précision le mécanisme de la libre concurrence en malièi'C d’échange, de même, en abordant le problème de la détermination mathématique du pi'ix des services pi'oducteurs, il nous faut interroge!' soigneusement les faits et l’expérience poui' leui' demander la notion exacte du mécanisme de la libre <;oncu!'rence en matière de jiroduction. Or si, pour les besoins de cette analyse, nous sHp|)osons ar!'èté pour un instant le fonctionnement de la p!'oduction écononiique dans un pays donné, nous pouvons, en combinant la distinction entre les sei'vices consommaliles et les se!'vices producteurs (169) avec réniunéi'ation des capitaux et revenus (170, 171, 172, 173), classer sous les 13 chefs ci-après les éléments de ce fonctionnement.

Nous avons, en fait de capitaux, les suivants ;

1“, 2" et 3" Capitaux fonciers, personnels et mobiliers pi'o- <lnctifs de sc!'vices consommables, c’est-à-dire de l'evenus «lii'ectement consommés soit parles détenteurs des capitaux <'ux-mêmes, soit par les acqiié!'eu!'S de ces revenus, soit par

les individus, soit par la coinimmante on 1 Ltat. Ainsi, comme capitaux fonciers : parcs et jardins d’agrément ; sol supportant (les maisons d’habitation ou des édilices publics; rues, routes, places; — comme capitaux personnels; gens oisifs, domestiques, fonctionnaires publics ; — comme capitaux mobiliers : maisons d’habitation, édifices publics ; arbres, plantes et animaux d’agrément; meubles, vêtements, objets d’art et de luxe.

4«, 5° et 6“ Capitaux fonciers, personnels et mobiliers productifs de services producteurs, c’est-à-dire de revenus à transformer en produits par l’agriculture, l’industrie ou le commerce. Ainsi, comme cajiitanx fonciers: terres de rapport; sol supportant des bâtiments d’exploitation, des usines, des ateliers ou des magasins; — comme capitaux personnels ; travailleurs salariés, hommes exerçant des professions libérales; —comme capitaux mobiliers; bâtiments d’exploitation, usines, mnpîisins : arbres et niantes de rannort ; animaux d<ï

en portant parmi les trois especes ue L<ipiuui.\ uisiiu<iiun entre capitaux productifs de services consommables et capitaux productifs de services producteurs ; le 7^ en mettant à part les capitaux proprement dits improductifs de revenu ; les 8% 9<' et 10«, et les 11®, 12<-‘ et 1:> en faisant les mêmes opérations sur les revenus et sur la monnaie. Nous mettons ici la monnaie à part, en dehors des capitaux et des revenus, parc»' (pi’elle joue dans la proilnction un rôle mixte. Au point de vue (le la société, la monnaie est un capital ; car elle sert plus (l’une fois à faire des paiements. Au point de vue des individus, elle est un revenu ; car elle ne sert qu’une fois, vu (pi’on ne l’a plus dès qu’on s’en est une fois servi pour payer.

179. Nous avons supposé le fonctionnement de la production économique arrêté pour un instant. Supposons-le remis en marche.

Parmi les articles classés sous les 0 premiers chefs, les terres (pd sont inconsommables ne se détruiront ni ne périront; les hommes mourront et naîtront par le mouvement de la population, en dehors du mouvement de la production agricole, industrielle et commerciale, quoique non pas toutefois, comme nous le verrons, sans aucun rapport avec cette production économique ; les capitaux proprement dits, qui sont destructibles par l’usage, et périssables par accident, s’useront ou (lisi)araitront, mais seront remplacés par des capitaux proprement dits neufs classés sous le 7« chef. Ainsi, la quantité de ces derniers diminuera par ce fait, mais sera rétablie par la production. On peut, pour simpliüer les données du problème, et sauf à y revenir plus tard, faire abstraction de ce 7® chet en supposant que les capitaux mobiliers neufs passent, aussitôt [)roduits, sous les 3® et 6® chefs.

Les articles classés sous les 8® et 9® chefs, objets de consommation et matières premières, qui sont des revenus immédia-

7® Capitaux mobiliers neufs momentanément improüuctiis de revenu, en vente chez les producteurs à titre de pj’oduits : maisons et bâtiments nouvellement construits à vendre ; végétaux, animaux, meubles, vêtements, objets d’art et de luxe, machines, instruments, outils en magasin ou à l’étalage.

Nous avons, en fait de revenus, les suivants :

8® Approvisionnements de reeenus consistant en objets de consommation chez les consommateurs. Ainsi ; pain, viande, vin, légumes, fruits, huile et bois à brùlei*.

9® Approvisionnements de revenus consistant en matières premières chez les producteurs. Ainsi; engrais, semences, métaux, bois à ouvrer, textiles, tissus à confectionner, corn-

tement consommables, seront consommés, mais seront remplacés par des revenus neufs classés sous le 10<= chef. Ainsi, la (juantité de ces derniers diminuera aussi par ce fait, mais sera rétablie parla production. On peut encore faire abstraction de ce 10*' chef en supposant (jue les revenus neufs passent, aussitôt produits, sous les 8e et 9^ chefs. On pourrait même faire abstraction de ces 8« et 9* chefs eux-mêmes, en supposant que les objets de consommation et les matières premières sont consommés aussitôt que produits, sans approvisionnement préalable.

La monnaie interviendra dans les échanges. A chaque instant une partie de la monnaie de circulation sera absorbée par ré|)argno, et une partie do la monnaie d’épargne sera rejetée dans la circulation par le crédit. Si l’on fait abstraction du fait de l’épargne, on peut faire abstraction de la monnaie d’épargne. Nous verrons tout à l’heure qu’on peut faire également abstraction de la monnaie de circulation.

180. En résumé, il va se consommer des services consommables immédiatement reproduits par les capitaux fonciers, personnels et mobiliers classés sous hîs l®'', et chefs, et des revenus consommables, objets de consommation et matières premières, immédiatement reproduits par les capitaux fonciers, personnels et mobiliers classés sous les 4% et 6<^ chefs. Les revenus, par définition, ne subsistent plus après le premier service qu’ils rendent. Qu’on leur demande ce service, ils vont périr; en termes techniques, ils vont être consommés. Le pain, la viande seront mangés, le vin sera bu, l’huile et le bois seront brûlés ; les engrais et semences seront mis en terre, les métaux, les bois, les textiles, les tissus seront façonnés, les combustibles seront utilisés. Mais ces revenus n’auront pas l»lutôt disparu qu’ils reparaîtront par l’effet du fonctionnement des capitaux. Les capitaux, par définition, survivent au premier usage qu’on en fait. Qu’on en fasse les usages successifs auxquels ils se prêtent, ils vont y servir ; en termes techniques, ils vont jiroclnire. Les bu res de rapport se prêteront à la culture, le sol supporb'ra les bâtiments d’exploitation ; les tra-

vailleurs travailleront dans ces bâtiments ; ils s’y serviront de leurs machines, de leurs instruments, de leurs outils. Bref, les capitaux fonciers, personnels et mobiliers fourniront respectivement leurs rentes, leurs travaux et leurs profits ; et, de ces rentes, de ces travaux et de ces profits combinés, l’agriculture, l’industrie et le commerce tireront des revenus neufs en remplacement des revenus consommés.

181. Mais cela même ne suffit point. En effet, outre les objets de consommation et matières premières qui sont consommés immédiatement, il y a des capitaux proprement dits qui sont consommés à la longue. Les maisons et les édifices se dégradent, les meubles, les vêtements, les objets d’art et de luxe s’usent. De même, les bâtiments d’exploitation, les machines, instruments et outils. Tous ces capitaux se détruisent plus ou moins rapidement par l’usage ; tous aussi sont sujets à périr d’une manière subite et imprévue par accident. Il ne suffit donc pas que les capitaux fonciers, personnels et mobiliers classés sous les 4«, 5« et chefs produisent des revenus neufs; il faut aussi qu’ils produisent des capitaux mobiliers neufs en remplacement des capitaux mobiliers usés, des capitaux mobiliers neufs en remplacement des capitaux mobiliers accidentellement disparus, et même, si possible, des capitaux mobiliers neufs en augmentation de la quantité des capitaux mobiliers existants. Et, à cet égard, on peut déjà signaler un des traits du progrès économique. Supposons, en effet, qu’au bout d’un certain temps nous arrêtions encore pour un instant, comme nous l’avons déjà fait, le fonctionnement de la production économique, et que nous retrouvions des capitaux mobiliers en quantité plus considérable, ce serait le signe d’un état progressif. Ainsi, un des traits du progrès économique consiste dans l’augmentation de la quantité des capitaux mobiliers. Comme notre section suivante sera tout spécialement consacrée à l’étude de la production des capitaux neufs, nous pouvons réserver cette question pour plus tard et nous en tenir quant à présent à celle de la production des revenus neuts : objets de consommation et matières premières.

;iv

182. La production des revenus consommables et des capitaux mobiliers par les capitaux producteurs s’effectue par le fonctionnement de ces capitaux produisant non pas isolément mais toujours associés les uns aux autres. Même dans l’industrie agricole, où le rôle du capital foncier est prépondérant, les produits ne représentent pas seulement de la rente, mais aussi du travail et du profit. Et même dans l’industrie manufacturière, oîi prédomine, au contraire, l’intervention du capital, la rente entre dans la composition des produits avec le travail et le prolit. Sans aucune exception peut-être, pour produire quoi (pie ce soit, il faut de la terre, ne fût-c(î que pour supporter le travailleur, des facultés personnelles et un outil quelconque qui est du capital. La collaboration de la terre, de l’homme et du capital est donc l’essence même de la production économique. C’est cette association qui demande à présent à être bien délinie ; mais la distinction du capital et du revenu, qui nous a déjà permis de classer les éléments de la production (178), va nous permettre, en outre, d’en résumer le mécanisme.

18:3. Les revenus, par cela seul qu'ils ne subsistent plus après le premier service qu’ils rendent, ne peuvent que se vendre ou se donner. Ils ne se louent pas, du moins en nature. Comment louerait-on du pain, de la viande? Les capitaux, au contraire, par cela seul qu’ils survivent au premier usage qu’on en fait, peuvent se louer, soit à titre onéreux, soit à titre gratuit. Ainsi, on peut louer une maison, un meuble. Et quelle est la raison d’être de cette opération? C’est de procurer au locataire la jouissance du service. La location d'un capital, c'est l’aliénation du service de ce capital. Définition fondamentale, reposant entièrement sur la distinction entre les capitaux et les revenus et sans laquelle la théorie de la production et celle du crédit sont impossibles. La location à titre onéreux d’un capital est la vente et la location à titre gratuit est la donation du service. Eh bien, c’est par la location à titre onéreux que les capitaux fonciers, personnels et mobiliers classés sous les 4®, .-)® et 6® chefs s’associent pour produire.

184. Appelons propriétaire foncier le détenteur des terres quel ipi’il soit, travailleur le détenteur des facultés personnelles, capitaliste le détenteur des capitaux proprement dits. Et maintenant, appelons entrepreneur un quatrième personnage entièrement distinct des précédents et dont le rôle propre est de prendre à bail la terre du propriétaire foncier, les facultés personnelles du travailleur et le capital du capitaliste, et d’associer, dans l’agriculture, l’industrie ou le commerce, les trois services producteurs. Il est bien certain que, dans la réalité des choses, un même individu peut cumuler deux ou trois des rôles ci-dessus définis, ou même les cumuler tous les quatre, et que la diversité de ces combinaisons engendre la diversité des modes d’entreprise ; mais il l’est aussi qu’il remplit alors deux, trois ou quatre rôles distincts. Au point de vue scientifique, nous devons donc distinguer ces rôles, et éviter soit l’erreur des économistes anglais qui identifient l’entrepreneur et le capitaliste, soit celle d’un certain nombre d’économistes frani^ais qui font de l’entrepreneur un travailleur en le considérant comme spécialement chargé du travail de la direction de l’entreprise.

185. Cela posé, comme conséquence de cette première conception du rôle de l’entrepreneur, il nous faut concevoir deux marchés distincts.

L’un est le marché des services. Là se rencontrent les propriétaires fonciers, travailleurs et capitalistes comme vendeurs et les entrepreneurs comme acheteurs de services producteurs, c’est-à-dire de rente, de travail et de profit. A côté des entrepreneurs qui achètent la rente, le travail et le profit comme services producteurs se trouvent aussi, sur le marché des services, des propriétaires fonciers, travailleurs et capitalistes qui achètent la rente, le travail et le profit comme services consommables. Nous les introduirons en temps et lieu; pour le moment, nous devons surtout étudier l’achat des services comme services producteurs. Ces services producteurs s’échangent suivant le mécanisme de la libre concurrence avec intervention de numéraire (42). On crie, pour chacun d’eux.

187. Ces conceptions, qu’on le remarque bien, sont rigonreusenienl cont'ornies aux faits, à l’observation, à l’expérience. Hn fait, et grâce à l’intervention de la monnaie, les deux marchés des services et des produits sont parfaitement distincts dans la réalité des choses, comme ils le .sont an r-egard de la science. Et. sur chacun d’eux, la vente et l’achat ont bien lieu si'lon le mécanisme de l’enchère et du rabais. Vous entrez chez un cordonnier pour acheter des souliers; c’est l’entrepnmeur qui donne le produit et qui reçoit la monnaie : l’oi)ération se fait sur le marché des produits. Si les produits sont idus demandés qu’otferts, un autre consommateur enchérira sur vous; s’ils .sont plus olferts que demandés, un autre producteur ira au raljais sur le cordonnier. A côté de vous, un ouvrier fait sou prix pour la façon d'une paire de chaussures ; c'est l’entreprt'neur qui reçoit le service producteur et qui donne la monnaie : l’opération se fait sur le marché des services. Si le travail est plus demandé qu’otïeil, un autre entrepreneur enchérira sur le cordonnier; s'il est plus offert que d('rnandé, un autre travailleur ira au rabais sur l’ouvrier. Toutefois, et pour être distincts, les deux marchés n’en sont pas moins étroitement i-eliés l’un à l'autre ; car c’est avec la monnaie qu’ils ont reçue, sur le premier, de leurs services producteurs que les propriétaires fonciers, travailleurs et caihtalistes consommateurs vont sur le second acheter des produits; et c’est avec la monnaie (jii’ils ont reçue, sur le second, de leurs produits (|ue les entre[)reneurs producteurs vont sur le premier acheter des services i)roducteurs.

188. L’état d’équilibre de la production, contenant implicitement l’état d’équilibre de l’échange, est à [présent facile à délinir. C’est celui, d’abord, oi'i l’otïre et la demande elTectives des services producteurs sont égales, et oii il y a prix courant stationnaire, sur le marché de ces services. C’est celui , ensuite, ofi l’offre et la demande elfectives des produits sont égales, et oi'i il y a prix courant stationnaire, sur le marché des produits. C’est celui, enlin, où le prix de vente des pinduits est égal à leur prix de revient en services producteurs. Les deux pre-

un prix en numéraire ; si, à ce prix ainsi crié, la demande effec tive est supérieure à l’offre effective, les entrepreneurs vont à l’enchère, et il y a hausse ; si l’offre elfective est supérieure à la demande effective, les propriétaires fonciers, travailleurs et capitalistes vont au rabais, et il y a baisse. Le prix courant de chaque service est celui pour lequel l’offre et la demande effectives sont égales.

Le prix courant à forfait, ainsi débattu, de la rente en numéraire s’appellera, pour nous, le fermage.

Le prix courant à forfait du travail en numéraire s’appellera le salaire.

Le prix courant à forfait du profit en numéraire s’appellera Vintérèt.

■Voilà comment, grâce à la distinction du capital et du revenu, et à la définition de l’entrepreneur, nous avons tout à la fois des services producteurs, un marché de ces services, sur c(^ marché, une offre et une demande etïectives, et enfin, par suite de cette offre et de cette demande, un prix courant. Nous verrons plus tard les efforts infructueux faits par les économistes français ou anglais pour déterminer le fermage, le salaire et l’intérêt, c’est-à-dire le prix des services producteurs, sans marché de ces services.

186. L’autre marché est le marché des produits. Là se rencontrent les entrepreneurs comme vendeurs et les propriétaires fonciers, travailleurs et capitalistes comme acheteurs de produits. Ces produits s’échangent, eux aussi, suivant le mécanisme de la libre concurrence avec intervention de numéraire. On crie, pour chacun d’eux, un prix en numéraire ; si, à ce prix ainsi crié, la demande effective est supérieure à l’offre effective, les propriétaires fonciers, travailleurs et capitalistes vont à l’enchère, et il y a hausse; si l’offre effective est supérieure à la demande effective, les entrepreneurs vont au rabais, et il y a baisse. Le prix courant de chaque produit est celui pour lequel l’offre et la demande effectives sont égales.

Voilà comment nous avons d’autr»' part un marché, une offre et une demande et un prix courant des produits.

mières conditions se rapportent à l’équilibre de l’échange ; la troisième est relative à l’équilibre de la production.

Cet état d’équilibre de la production est, comme l’état d’équilibre de l’échange, un état idéal et non réel. Il n’arrive jamais que le prix de vente des produits soit ab.solument égal à leur prix de revient en services producteurs, pas plus qu’il ii’arrive jamais que l’otfre et la demande effectives des services producteurs ou des produits soient absolument égales. Mais c’est l’état normal en ce sens que c’est celui vers lequel les choses tendent d’elles-mêmes sous le régime de la libre concurrence appliqué à la production comme à l’échange. Sous ce régime, en effet, si, dans certaines entreprises, le prix de vente des produits est supérieur à leur prix de revient en services producteurs, d’où résulte un bénéfice, les entrepreneurs affluent ou développent leur production, ce qui augmente la quantité des produits, eu fait baisser le prix et réduit l’écart ; et si, dans certaines entreprises, le prix de revient des produits en services producteurs est supérieur à leur prix de vente, d’où résulte une perte, les entrepreneurs se détouiment ou restreignent leur production, ce qui diminue la quantité des produits, en fait hausser le prix et réduit encore l’écart. Remarquons toutefois que, si la multiplicité des entreprises amène l’équilibre de la production, elle n’est pas théoriquement le seul moyen d’atteindre ce but, et ypi’un entrepreneur unique qui demanderait les services à l’enchère et offrirait les produits au rabais, et qui, en outre, nîstreindrait toujours sa production en cas de perte et la développerait toujours en cas de bénétice, obtiendrait le même résultat. Remarquons encore que nous trouvons ici, dans le désir d’éviter des pertes et de faire des bénétices, la raison déterminante de demande des services producteurs et d’offre des produits par les entrepreneurs, comme nous avons déjà, dans le désir d’obtenir la satisfaction maxima des besoins, la raison déterminante d’offre des services producteurs et de demande des produits par les propriétaires fonciers, travailleurs et capitalistes. Remarquons enfin qu’à l’état d’équilibre de l’échange et de la production.

on peut, comme nous l’avons dit (179), faire abstraction sinon du numéraire au moins de la monnaie, les propriétaires fonciers, travailleurs et capitalistes recevant et les entrepreneurs donnant une certaine quantité de produits sous le nom de fermages, salaires et intérêts, en échange d’une certaine quantité <le services producteurs sous le nom de rentes, travaux et profits. On peut même, à cet état, faire abstraction de l’intervention des entrepreneurs, et considérer non seulement les services producteurs comme s’échangeant contre des produits et les pi-oduits comme s’échangeant contre des services producteurs, mais considérer même les services pi-oducteurs comme s’échangeant en fin de compte les uns contre les autres. Bastiat dit bien, lui aussi, qu’en dernière analyse, on échange des services contre des services ; mais il n’entend parler que de services personnels, au lieu que nous, nous parlons de services fonciers, personnels et mobiliers.

Ainsi, à l’état d’équilibre de la production, les entrepreneurs ne font ni bénéfice ni perte. Ils subsistent alors non comme entrepreneurs, mais comme propriétaires fonciers, travailleurs ou capitalistes dans leurs propres entreprises ou dans d’autres. J’estime que, pour tenir une comptabilité rationnelle, un entrepreneur qui est propriétaire du sol qu’il ■exploite ou qu’il occupe, qui participe à la direction de son entreprise, qui a des fonds engagés dans l’affaire, doit débiter ses frais généraux et se créditer lui-même d’un fermage, d’un salaire et d’un intérêt calculés aux taux du marché des services producteurs et au moyen desquels il subsiste, sans faire à la rigueur, comme entrepreneur, ni bénéfice ni perte. Et, en effet, n’est-il pas évident que s’il retire de ses propres services producteurs, dans son entreprise, un prix supérieur ou inférieur à celui qu’il en retirerait partout ailleurs, il est en bénéfice ou en perte de la différence ?

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en matières premières, fermages, salaires et intérêts, il y a pour eux bénéfice ; dans le cas contraire, il y a perte. Telle est l’alternative qui caractérise le rôle de l’entrepreneur.

ItX). Rapprochée de notre tableau des éléments de la production (178), cette définition achève de l’expliquer et de la Justifier.

Les capitaux classés sous les 1®'', 2® et 3® chefs, qui sont les capitaux pnjductifs d’un service consommable, sont ceux qui se trouvent entre les mains de propriétaires fonciers, de travailleurs ou de capitalistes consommateurs. Les capitaux classés sous les 4®, 5® et 6® chefs, qui sont les capitaux productifs d’iiii service producteur, sont ceux qui se trouvent entre les mains d’entrepreneurs. Ainsi, il est toujours possible de reconnaître si un service est service consommable ou service producteur. Par exemple, les rentes des jardins publics, les travaux des fonctionnaires publics, les profits des édifices publics sont non des services producteurs, mais des services consommables, par la raison que l’Etat n’est pas un entrepreneur cherchant à vendre des produits à un prix de vente au moins égal à leur prix de revient, mais un consommateur qui s’est substitué par l’impôt à des propriétaires fonciers, à des travailleurs, à des capitalistes, et qui achète des services et produits en leur lieu et place.

De même, parmi les l'evenus, ceux classés sous le 8® chef sont entre les mains des consommateurs; ceux classés sous le fi® chef sont entre les mains des entrepreneurs. Mais ici se |)lace une observation des plus importantes.

Les capitaux fonciers et les capitaux personnels se louent en nature. Le propriétaire foncier et le travailleur prêtent à l’entrepreneur l’un sa terre, l’autre ses facultés personnelles, pour un an, pour un mois, pour un joui', et les reprennent à l’expiration du bail. Les capitaux mobiliers, à l’exception des bâtiments et de certains meubles ou instruments peu nombreux, se louent non en nature, mais en monnaie. Le capitaliste forme son capital par des épargnes successives et il prête à l’entrepreneur de la monnaie pour un certain temps; l’entre-

J)e Venli'epreneiir. Comptabilité et inventaire d'entreprise

SoMMAiiŒ ; — 189, 190. Distribution de la richesse .sociale entre les consommateurs et les |)roducteurs. Les capitau.x proprement dits se louent non en nature, mais en espèces. Crédit. Capital fixe ; capital circulanl. — 191, 19‘2. Compte Caisse: débit ; crédit ; solde. — 193, 194. Origine et destination des espèces en cHisse.CompteCapitalisteouMartiii. (Compte Capital fixe ou Frais de preoüer établissement. Compte Capital circulant [Marchandises et Frais (jénérnu.rK Principe de la coni|)tabilité en partie double. Actif; passif. Grand-livre ; journal.

195. Crédit de Commandite ; débit de Frais de premier établissement ; débit de Marchandises ; débit de Frais généraux ; crédit de Marchandises. — 196. Solde de Frais généraux par le débit de Marchandises ; solde de Marchandises par le crédit ou le débit de Profits et pertes. — 197. Bilan. — 198, 199. Complications ; 1» Détail des écritures; 2" Clients débiteurs ; 3" Effets à recevoir; 4" Bampie ; 5" Fournisseurs créditeurs ; G" Effets à paijer ; 7» Marcfutndises à l'inventaire.

18fi. L’entrepreneur est donc le personnage ( individu ou société) qui achète des matières premières à d’autres entre|)reneurs, puis loue moyennant un fermage la terre du propriétaire foncier, moyennant un salaire les facultés personnelles du travailleur, moyennant un intérêt le capital du capitaliste, et, finalement, ayant appliqué des services producteurs aux matières premières, vend à son compte les produits obtenus. L’entrepreneur d’agriculture achète des semences, des engrais, du bétail maigre ; il loue des terres, des bâtiments d’exploitation, des instruments aratoires, engage des laboureurs, des moissonneurs, des valets ; et il vend des denrées agricoles, du bétail engraissé. L’entrepreneur d’industrie achète des textiles, des métaux bruts; il loue des usines, des ateliers, des macliines, des outils, embauche des lilateurs, des forgerons, des mécaniciens ; et il vend des objets manufacturés : des tissus, des métaux ouvrés. L’entrei)ren(mr de commerce achète des marchandises en gros ; il loue des magasins, des bouti- (pies, emploie des commis, des voyageui's ; et il veiul des maichandises en détail. Lorsque les uns et les autres vendt'nt leurs produits ou marchandises plus cher qu’ils ne leur ont coûté

preneur convertit cette monnaie en capitaux proprement dits et, à l’expiration du bail, il restitue de la monnaie au capitaliste. Cette opération constitue le crédit. Il en résulte que les revenus consistant en matières premières, classés sous le 9^^ chef, aussi bien que les capitaux mobiliers classés sous le (»<' chef, peuvent faire partie du cai)ital emprunté par l’entrepreneur. On donne le nom de capital fixe ou de fonds de premier établissement a,a\ capitaux mobiliers ; c’est l’ensemble de tous les objets qui servent plus d’une fois dans la production. Un donne aux matières premières, après y avoir réuni les capitaux mobiliers neufs classés sous le chef et les revenus neufs classés sous le 10« chef, le nom de capital circulant ou de fonds de roulement; c’est l’ensemble de tous les objets qui ne servent qu’une fois dans la production.

La monnaie de circulation classée sous le 11® chet est aux mains des consommateurs ; celle classée sous le 12® chet fait partie du capital circulant des entrepreneurs. La monnaie d’épargne classée sous le 13® chef est aux mains des consommateurs et représente précisément l’excédent du revenu sur la consommation.

191. L’état de bénéfice ou de perte d’un entrepreneur résulte à tout instant de la situation de ses livres et de l’état de ses matières premières et produits en magasin. C’est donc ici le moment d’exposer le mode de comptabilité et d’inventaii-e des entreprises. Ce mode, déduit de la pratique ordinaire, se trouvera complètement d’accord avec les conceptions qui précèdent, preuve que notre théorie de la production est bien fondée sur la nature des choses. J’exposerai d’abord en peu de mots les principes de la comptabilité en partie double.

192. Comme entrepreneur, j’ai d’abord une caisse où je mets de la monnaie quand j’en reçois et où j’en prends quand j en ai besoin pour mes dépenses. Il y a ainsi, du dehors au dedans de cette caisse et du dedans au dehors, un double courant de monnaie : un courant de monnaie qui arrive et un courant de monnaie qui s’en va. D’ailleurs, il est clair que la quantité de monnaie qui se trouve dans ma caisse à un moment donné est

toujours égale à la ditTérence entre la quantité de monnaie qui y est entrée et la quantité de monnaie qui en est sortie. Cela posé, si je pi-ends une page blanche sur un registre, et que j’écrive en tête; Caisse; si j’inscris, les unes au dessous des autres, d’un des deux côtés de la page, du côté gauche, par exemple, les sommes que j’ai successivement versées dans ma caisse ; si j’inscris pareillement, les unes au dessous des autres, de l’autre côté de la page, qui sei-a le côté droit, les sommes que j’y ai successivement puisées, la différence du total de gauche et du total de droite devra toujours représenter exactement la somme des espèces en caisse. Ces deux totaux peuvent être égaux, et leur ditférence nulle : (fest quand la caisse est vide ; mais celui de droite ne peut jamais être supérieur à celui de gauche. L’ensemble des deux colonnes s’appelle le compte Caisse ; le total de gauche s’appelle le doit ou débit, celui de droite Vavoir ou crédit du compte Caisse ; la dilTérence entre les deux, positive ou nulle, mais jamais négative, s’appelle le solde du compte Caisse.

193. Jusqu’ici, nous ne voyons rien qui l'essemble à la partie double ; mais voici comment elle se présente.

La monnaie qui entre dans ma caisse vient des cai)italistes ((ui me l’ont prêtée ou des consommateurs qui m’ont acheté des produits, et la monnaie qui en sort va se transformer soit en capital fixe soit en capital circulant. Eh bien, je suppose que je veuille toujours, en inscrivant au débit du compte Caisse une somme que je verse dans ma caisse, indiquer d’où vient cette somme, et que, de même, je veuille toujours, en inscrivant au crédit du compte Caisse une somme que je puise dans ma caisse, indiquer où va cette somme. Voyons ce que j’aurai à faire pour cela. Pai’ exemple, le premier argent que je vais mettre dans ma caisse est une somme qui m’est prêtée par un mien ami nommé .Martin auquel je promets que je la lui rendrai par fractions d’ici à deux ou trois ans. Comment indiquer que cette somme vient de .Martin? D’une manière bien simple. A la suite de l’inscription de la somme au débit du compte Caisse, j’écris ces mots : .4 Capitaliste ou A Martin.

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Mais, })Our bien faire les choses, je ne m’arrête pas là. Je prends une antre page blanche de mon registre et j’écris en tête : Capitaliste on Martin ; après quoi, et aussitôt que j’ai inscrit la somme au débit du compte Caisse, c’est-à-dire à gauche de la page de ce compte, j’inscris la même somme au crédit du compte Capitaliste ou Martin, c’est-à-dire à droite de la page de ce compte; et, immédiatement avant l’inscription de cette somme au crédit du compte Capitaliste ou Martin, j’écris ces mots : Par Caisse. Voilà la chose faite. 11 en est une autre qu’on |)eut pressentir dès à présent, c’est que quand, an contraire, je prendrai de l’argent dans ma caisse poui' rembourser partiellement mon capitaliste Martin, en même temps que j’inscrirai la .somme au crédit du compte Caisse avec la mention : Par Capitaliste ou Par Martin, je l’inscrirai au débit du compte Capitaliste ou Martin avec la mention; A Caisse: de sorte que, de même que le solde débiteur du compte C.aisse me fournit toujours le renseignement de l’argeid que j’ai en caisse, de même le solde créditeur du compte Capitaliste ou Martin me renseignera toujours sur un autre point essentiel à ne pas perdre de vue, c’est à savoir l’argent que je reste devoir à mon capitaliste Martin.

Ainsi également poui' les autres sommes que je prends ou que je mets dans ma caisse. Si, par exemple, j’y prends de l’argent pour installer dans mon atelier une machine, comme cette machine fait partie de ce que nous avons appelé le fonds de premier établissement, sur l’importance duquel je dois pouvoir à toute heure être tixé rapidement, j’ouvre un compte : Capital fixe ou Frais de premier établissement, et j’inscris alors la somme au crédit du compte (baisse avec la mention : Par Capital fixe ou Par Frais de premier établissement , et au débit du compte Capital fixe ou Frais de premier établissement avec la mention; A Caisse. Et de même aussi pour les éléments du fonds de roulement. Si je prends de l’argent pour acheter de la matière première ou des marchandises en gros ou pour payer mon loyei' ou mes ouvriers, et d’une façon générale pour payer des fermages, des salaires ou des intérêts.

je l’inscrirai au crédit de Caisse et au débit il’un compte Capital circulant. Et si je mets dans ma caisse de l’argent provenant de la vente de mes |jroduits, j’inscrirai la somme au débit du compte Caisse et au crédit du compte Capital circulant. Dans les usages de la comptabilité actuelle, le compte Capital circulant est remplacé par deux autres ; un compte d/arc/mndiscs qu’on débite des matières |)remières et des marchandises en gros, et un compte Frais généraux qu’on débite des fermages, des salaii'es et des intérêts. On peut, si l’on y trouve quelque intérêt, opérer cette subdivision ou toute auti'e encore idus détaillée; mais, comme nous allons h‘ voii- tout à rheure, tous ces comptes particuliers, par lesquels on aura i-emplacé le compte général Capital cii'culant, devi-ont être réunis lors de l’inveidaire.

Telle est la comptabilité en paidie double dont le principe est de ne jamais inscrire une valeur au débit ou au crédit d’un compte sans l’inscrire en même temps au crédit ou au débit d’un autre; d’où il suit que le total des soldes débiteurs, ou i’actif, est toujours égal au total des soldes créditeurs, ou au passif. Le registre qtd renfei-me ainsi les écritures par ordi-e tle comptes, et accessoirement par ordre de dates, s’appelle Grand-livre. Il est accompagné d’un autre registre qui renferme les mêmes écritures jjar ordre de dates, et accessoirement par ordre de comptes, et qui s’apjælle Journal.

1!H. Un compte Caisse tantôt débité tantôt crédité ; un compte Capitaliste pouvant se subdiviser en autant de comptes qu’il y a de capitalistes prêteurs d’espèces ; un compte Capital lixe généralement débité; un compte Capital circulant tantôt débite tantôt crédité ; tels sont les quatre comptes essentiels de toute entreprise. Le débit du compte Capital fixe représente le montant du capital fixe ; le débit du compte Capital circulant représente le montant du capital circulant non réalisé. On discute beaucoup aujourd’hui la question de savoir si la comptabilité en partie double, telle que nous venons de l’exposer, est ou non susceptible de s’employer dans l’agriculture comme <lans l’industrie, dans le commerce ou dans la banque. Cela

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revient à demander si l’agriculture est ou non une industrie consistant à appliquer de la rente, du travail et du prolit à des matières premières pour en tirer des produits. S il en est ainsi, et il en est ainsi très certainement, il n’y a pas de doute que la comptabilité en partie double ne puisse être employée dans les entrei)rises agricoles comme dans les entreprises industrielles, commerciales et tinancières, et que si on n’a pas encore réussi à effectuer cet empkti, c’est faute d’avoir su ouvrir rationnellement les divers comptes. Nous avons ici un exemple frappant de la manière dont la théorie et la pratique se doivent prêter secours l’une à l’auti'e ; car il est certain que la pratique industrielle, exprimée par la comptabilité, peut servir avec succès à établir la théorii’ de la production , et il est également certain que cette théorie une fois établie peut servir non moins heureusement à exprimer par la comptabilité la pratique agricole.

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