Ch. Coquelin s’efforce enfin de faire sentir combien la
distinction entre la science et l’art serait d’une application heureuse et féconde à la définition de l’économie i)olitique et à la classification des matières économiques; puis il ajoute:
« Essaverons-nous... d’opérer dès à présent, entre la science » et l’art, une séparation plus nette en leur imposant des noms » différents? Non ; il nous a suffi de marquer nettement ladis-
» tinction : le temps et une meilleure intelligence du sujet fe- » ront le reste. »
Cette réserve est surprenante. Il est singulier qu’un écrivain, après avoir eu une idée si juste, se prive ainsi volontairement du plaisir et de l’honneur qu’il y aurait à la suivre. Mais voici qui est plus curieux encore : l’auteui- essaie, en réalité, et quoi qu’il en dise, d’opérer la sépai-ation de l’art et de la science économiques, en déterminant l’objet véritable de l’économie politique, et il y réussit si peu que, prenant lui-même les éléments de l’art pour ceux de la science, par une conception du monde des faits industriels trop empreinte du point de vue naturaliste et physiocratique que j’ai reproché à J.-B. Say(7)et dontsesélèves ne peuvent pas se débarrasser, il augmente encore, bien loin de la dissiper, la confusion par lui signalée. Ainsi fait-il bien certainement quand il se demande : Est-ce la richesse qui est l’objet de la science économique, ou l’industrie, source de la richesse? et quand il recherche D’ou- vient qu’on a donné pour sujet d’étude (I l économie politique la richesse plutôt que V industrie humaine? et quelles ont été les Conséquences de cette erreur; et quand enfin il signale comme le Caractère définitif de la science économique que c’est une branche de l’histoire naturelle de l’homme. Il est impossible de se fourvoyer davantage après des précautions plus minutieuses.
15. Ce résultat serait vraiment de nature à faire croire que l’idée même de la distinction entre la science et l’art pourrait bien n être pas aussi appropriée à la circonstance qu’elle en a 1 air. Et pourtant, cette distinction est parfaitement applicable à l’économie politique. Il suffit d’y réfléchir un instant, une fois averti, pour demeurer convaincu, si l’on est en dehors des partis-pris d’école, qu’il y a une théorie de la richesse, c’est-à-dire de la valeur d’échange et de l’échange, qui est une science, et une théorie de la production de la richesse, c’est-à-dire de 1 industrie agricole, manufacturière et commerciale, qui est un art. Seulement, pour le dire tout de suite, si la distinction est fondée, elle est en même temps insuffisante parce qu’elle lie tait pas la part de la répartition de la richesse.
il :
Pour nous en convaincre immédiatement, rappelons-nous l’observation de Blanqni énonçant que l’économie politique peut être considérée à la fois comme VexposiUon de ce qm est e comme le programme de ce qui doit être. Or ce qui doit etre doit être soit an point de vue de l’utilité on de l’intérêt, soit an point de vue de l’équité on de la justice. Ce qui doit etre au poiiP de vue de l’intérêt, c’est l’objet de la science appliquée ou de 1 ar , ce qui doit être au point de vue de la justice, c est 1 objet e a science ‘morale ou de la morale. 11 est évident que ce qui préoccupé surtout Blaiiqui et Garnier, c’est ce qui doit etre au point de vue de ta justice, puisqu’ils parlent de l’économie pohtique considérée comme science morale, de l’idee du dioit et du juste de la manière dont la richesse doit être le plus équitablement répartie (9). Il est, au contraire, évident que ce point de vue échappe à Coquelin, et qu’en signalant la distinction a taire entre l’art et la science, il oublie de signaler aussi celle a taire entre l’art et ta morale. Eh bien! ne négligeons rien, quant a nous ; reprenons la question tout entière, et faisons la distinction d’une manière, rationnelle, complète et définitive.
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16. Nous avons à distinguer entre eux la science, l’art et a morale. Il s’agit, en d’autres termes, de faire une esquisse de la philosophie de la science en général en vue d’arriver a la philosophie de l’économie politique et sociale en particulier C’est une vérité depuis longtemps mise en lumièii pai philosophie platonicienne que la science étudie non les corps, mais les faits dont les corps sont le théâtre. Les corps passent; les faits demeurent. Des faits, leurs rapiiorts et leurs lois, tel est l’objet de toute étude scientifique. D’ailleurs, les sciences ne peuvent différer qu’en raison de la différence de leurs o jets, ou des laits qu’elles étudient. Ainsi, pour difterencier les
sciences, il faut ditîérencier les faits.
17 Or tout d’abord, les faits qui se produisent dans le mont e
peuvent être considérés comme de deux sortes ; les uns ont leur origine dans le jeu des forces de la nature qui sont des forces aveugles et fatales; les autres prennent leur source dans exei-
cice de la volonté de l’Iiomme ((ui est une force clairvoyante et libre. Les faits de la première (‘spèce ont pour théâtn' la nature, et c’est pourquoi nous les appellerons faits naturels; les faits de la seconde espèce ont pour théâtre l’humanité, et c’est pourtjuoi nous les appellerons faits humanitaires. A côté de tant de forces aveugles et fatales, il y a dans l’univers une force qui se connaît et qui se possède : c’est la volonté de l’homme. Peut-être cette force ne se connaît-elle et ne se possède-t-elle pas autant qu’elle le croit. C’est ce que l’étude de cette force peut seule apprendre. Pour le moment, peu importe ; l’essentiel est qu’elle se connaît et se pos.sêde au moins dans certaines limites, et cela fait une difféi-ence profonde entre les effets de cette force et les effets des autres forces. Il est claii-que, quant aux effets des forces naturelles, il n’y a rien autre chose à faire qu’à les reconnaître, les constater, les expliquer, et que, (jLiant aux effets de la volonté humaine, au contraire, il y a lieu d’abord de les reconnaître, de les constater, de les expli- ([uer, puis ensuite de les gouverner. Cela est clair puisque les forces naturelles n’oiit j)as même conscience d’agir, et, bien moins encore, ne peuvent agir autrement qu’elles ne font, et puisque la volonté humaine, au contraire, a conscience d’agir et peut agir de plusieurs manières. Les effets des forces naturelles seront donc l’objet d’une étude qui s’appellera la science pare naturelle ou la science proprement dite. Les eifets de la volonté humaine sm-ont l’objet d’abord d’une étude qui s’appellera la science pure morale ou Vhistuire, puis ensuite d’une etude (jui s’appellera d’un auti'e nom, soit l’art, soit la morale, comme nous le verrons tout à l’heure. Ainsi se justifie déjà la distinction de Cli. Coquelin entre la science et l’aid (10). L'art « conseille, prescrit, dirige » parce qu’il a pour objet les faits <iui prennent leur .source’ dans l’exercice de la volonté de l’homme, et que la volonté de l’homme étant, au moins jusqu à un certain point, une force clairvoyante et libre, il y a lieu de la conseiller, de lui prescrire telle ou telle conduite, de la diriger-, La science «observe, expose, explique» parce qu’elle a pour objet des faits qui ont leur- oi-igine dans le jeu
d(*s forces (le la nature, et que les forces de la nature elaut aveugles et fatales, il u’yapas autre chose à faire a leur egard qu’à les observer et à eu exposer et eu exprepier les effets.
18 Nous retrouvons ainsi, non pas eiupiriqueiueut cotuiiie Coqueliu, mais méthodiquement par la considération de la clairvovauce et de la liberté de la volonté de l’homme, la distinction entre la science et l’art. 11 s'agit de trouver à présent la distinction entre l’art et la morale. La même considération de la clairvoyance et de la liberté de la volonté de riiomme, ou du moins celle d’une conséquent' de ce fait, va nous en fournir le principe en nous fournissant celui d’une division des
faits liumanitaires en deux catégories.
Le fait de la clairvoyance et de la liberlé de la volonté de l’homme partage tous les êtres de l’univers en deux grandes classes : les per^^onncs et les choses. Tout être qui ne se connaît pas et qui ne se possède pas est une chose. Tout être qui se
connaît et qui se possédé est une personne. L’homme se connaît,
il se possède; il est une personne. L’homme seul estuneper-
sonne; les minéraux, les plantes, les animaux sont des choses.
La tin des choses est rationnellement subordonnée à la tin des personnes. La chose ne se connaissant pas, ne S(' possédant pas, n’est pas responsable de la poursuite de sa tm, de l’accomplissement de sa destinée. EgalemenI incapable de vice et de vertu, elle est toujours entièrement innocente ; elle peut être assimilée à un pur mécanisme. 11 en est, àcet egard, des animaux comme des minéraux et des végétaux : leur instinct n’est qu’une force aveugle et fatale, comme tout(^ force naturelle. La personne, au contraire, par ci'la seul qu’elle se connaît et se possédé, est chargée de poursuivre elle-même sa tin, elle est responsable de l’accomi-iissemeiil de sa destinée, elle sera méritante si elle l’accomplit, déméritante dans le cas contraire. Elle a donc toute faculté, toute latitude de sabordo)tner la fin des choses à sa propre tin. Cette taculte, cette latitude revêt un caractère particulier; c’est un pouvoir moral, c'est un droit. Tel est le fondement du droit des personnes sur
les choses.
Mais si la fin de toutes les choses est subordonnée à la fin de toutes les personnes, en revanche, la fin d’une personne quelconque n’est subordonnée à la fin d’aucune autre personne. S il n’y avait qu’un seul homme sur la terre, il serait maître de toutes les choses. Mais il n’en est pas ainsi, et tous ceux qui y sont, étant des personnes au même titre les uns que les auties, sont également responsables de la poursuite de leur fin, de l’accomplissement de leur destinée. Toutes ces fins, toutes ces destinées doivent se coovdonncv les unes avec les autres. Là est l’origine de la réciprocité du droit et du devoir pour les personnes entre elles.
19. D après cela, on voit qu’il y a lieu à une distinction profonde dans les faits humanitaires. Il faut distinguer, d’une part, ceux qui résultent de la volonté, de l’activité de l’homme s exerçant a 1 endroit des forces naturelles, autrement dit les rapports entre personnes et choses. Et il faut distinguer, d’autre part, ceux qui résultent de la volonté, de l’activité de l’homme s’exerçant à l’endroit de la volonté, de l’activité des autres hommes, autrement dit les rapports de personnes à personnes. Les lois de ces deux catégories de faits sont essentiellement différentes. L’objectif de la volonté de l’homme s exerçant a l’endroit des forces naturelles, le but des rapports entre personnes et choses, c’est la subordination de la fin des choses à la fin des personnes. L’objectif de la volonté de l’homme s’exerçant à l’endroit de la volonté des autres liommes, le but des rapports de personnes à personnes, c’est la coordination des destinées des personnes entre elles.
Consacrant donc, comme il convient, cette distinction par les détimtions, j’appelle industrie l’ensemble des faits de la première catégorie, et j’appelle mœurs l’ensemble des faits de la seconde catégorie. La théorie de l’industrie s’appellera la science appliquée ou l’art; la théorie des mœurs s’appellera la science morale ou la morale.
Pour qu’un fait, par conséquent, appartienne à la catégorie de l’industrie, et pour que la théorie de ce fait constitue un irt quelconque, il faut et il suffit que ce fait, avant son origine
dans l’exercice de la volonté Immaine, constitue un rapport entre personnes et choses en vue de la subordination de, la fin des choses à la fin des personnes. Vous pouvez reprendre tous les exemples d’arts qui ont été cités, vous leur reconnaîtrez a tous ce caractère. Ainsi l’architecture, la construction des vaisseaux, la navigation, dont il a été parlé, indiquent le bois, la pierre, comme les éléments pour la construction des maisons, le bois, le fer pour celle des vaisseaux, le chanvre comme la matière pour la confection des cordages, la façon de tailler les voiles, de les poser, de les manœuvrer. La mer supportera les vaisseaux, le vent enfiera les voiles, le ciel et les astres indiqueront la route au navigateur.
Et pour qu’un tait appartienne à la catégorie des mœurs, et
pour que la théorie de ce fait soit une branche de la morale, il faut et il suffit que ce fait, prenant toujours sa source dans l’exercice de la volonté de l’homme, constitue un rapport de personnes à personnes en vue de la coordination des destmees de ces personnes entre elles. Ainsi, par exemple, en matière
de mariage ou de famille, c’est la morale qui fixera le rôle et les posit ions du mari et de la femme, des parents et des enfants.
U() Tels sont donc la science, l’art et la morale. Leurs criterunns respectifs sont le emi. Vutile ou l’intérêt, et le bien ou la justice. .Maintenant, y a-t-il, dans l’étude complète de la richesse sociale et des faits qui s’y rapportent, de la matière uour un seul ou pour deux de ces genres de recherches intellectuelles, ou pour tous les trois? C’est ce que nous verrons dans la prochaine leçon en analysant l’idee de richesse.
3»'« LEÇON
De la richesse sociale. Triple conséquence de la rareté.
Du fait de la valeur d'échange et de l'économie politique pure
So.m.viaihe: — 21. Bicfiesse sociale, ensemble des choses rares, c’est-à-dire 1» utiles et 2“ limitées en quantité. — 22. Rareté scientilique. — 2.‘1, 2t, 25. Les choses rares seules et toutes les choses rares sont: \<> a-iipropriables, '■2'> valables et échangeables, > industriellement productibles ou niultipliables. — 2(5. Econoinie politique et sociale: théorie de la valeur d'échange, théorie de l’industrie, théorie de la propriété.
27. l'ait de la valeur d’échange. Se produit sur le marché. — 2H. « Le hlé vaut 24 francs l’hectolHre. » Fait naturel. — 29. Fait mathématique. Equation 5 ?'b = Ü(X) ca. — 30. Valeur d’échange, grandeur appréciable ; tliéorie de la valeur d’échange et de l’échange ou de la richesse sociale, science j)hgsico- mat hématique. .Méthode rationnelle. Langage algébrique.
21. ,l 'appelle richesse sociale l’ensemble des clioses matérielles ou immatérielles (car la matérialité ou l’immatérialité des choses n’importe ici en aucune manière) qui sont rares, c’est-à-dire qui, d’une part, nous sont utiles, et qui, d’autre part, n’existent à notre disposition qu’en quantité limitée.
Cette définition est importante ; j’en vais préciser les termes.
Je dis que les choses sont utiles dès qu’elles peuvent servir à un usage quelconque, dès qu’elles répondent à un besoin quelconque et en permettent la satisfaction. Ainsi, il n’y a pas à s’occuper ici des nuances par lesquelles on classe, dans le langage de la conversation courante, l’utile à côté de l’agréable entre le nécessaire et le superflu. Nécessaire, utile, agréable, et sui)erflu, tout cela, pour nous, est seulement plus ou moins utile. Il n’y a pas davantage à tenir compte ici de la moralité ou de l’immoralité du besoin auquel répond la chose utile et qu’elle permet de satisfaire. (Qu’une substance soit recherchée par un médecin pour guérir un malade, ou par un assassin pour empoisonner sa famille, c’est une question très importante à d’autres points de vue, mais tout à fait indifférente au notre. La substance est utile, pour nous, dans les deux cas, et peut l’être plus dans le second que dans le premier.
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Je dis que les choses n’existent à notre disposition qu’en quantité limitée du moment où elles n’existent pas en quantité telle que chacun de nous en trouve à sa portée à discrétion pour satisfaire entièrement le besoin qu’il en a. Il y a dans le monde un certain nombre d’utilités qui, lorsqu elles ne manquent pas totalement, existent à notre disposition en quantité illimitée. Ainsi l'air atmosphérique, la lumière et la chaleur du soleil quand le soleil est levé, l’eau au bord des lacs, des neuves et des rivières se rencontrent en telle quantité (}u il n’en peut manquer à personne, chacun en prenant même tant qu’il en veut. Ces choses, qui sont utiles, généralement ne sont pas rares et ne font pas partie de la richesse sociale ; exceptionnellement elles peuvent le devenir et faire alors partie
de cette richesse.
22. On voit, d’après cela, quel est ici le sens des mots rare et rareté. C’est un sens scientifique, comme celui des mots de vitesse en mécanique et de chaleur en physi«iue. Pour le mathématicien et le physicien, la vitesse ne s’oppose pas à la lenteur, ni la chaleur au froid, comme cela a lieu dans la langue vulgaii’e : la lenteur n’est pour l’un qu’une vitesse moindre, le froid n’est pour l’autre qu’une moindre chaleur. Un corps, dans le langage de la science, a de la vitesse dès qu’il se meut, et de la chaleur dès qu’il est à une température quelconque. Ue même ici la rareté et l’abondance ne s’opposent pas l’une à l’autre ; quelque abondante qu’elle soit, une chose est rare, en économie politique, dès qu’elle est utile et limitée en quantité, exactement comme un corps a de la vitesse, en mécanique, dès qu’il parcourt un certain espace en un certain temps. Est-ce à dire que la rareté soit le rapport de l’utilité à la quantité ou l’utilité contenue dans 1 unité de quantité, comme on dit que la vitesse est le rapport de l’espace paicouru au temps employé à le parcourir, ou 1 espace parcouiu dans l’imité de temps? C’est un point sur lequel nous ne nous prononcerons pas pour le moment, devant plus tard y revenir. Or le fait de la limitation dans la quantité des choses utiles qui les rend rares a trois conséquences.
215. 1“ Les clioses utiles limitées en (juaiilité sont ajqrropriables. Les choses inutiles échapiient à l’appropriation : personne ne songe à s’approprier des choses qui ne peuvent servir à aucun usage. Les choses utiles mais qui' exislent en quantité illimitée ne sont pas davantage appropriables. D’abord elles ne sont jias coërcibles ou saisissables ; on voudrait les retirer du domaine commun qu’en raison de lem- quantité même, on ne le pouri-ait pas. Et quant à en mettre une petite fraction de côté, sauf à en laisser la plus grande partie à la disposition de chacun, à quoi bon? Pour en tirer parti ? Mais qui en demandera puisque tout le monde en pourra toujours avoir? Pour en user soi-même? Mais que sert d’en faire provision si l’on est sûr d’en trouver toujours à discrétion? Pourquoi faire provision d’air atmosphérique (j’entends dans les circonstances ordinaires) puisque vous n’aurez occasion d’en donner à personne et (|ue v<jus-fnôme, loi’sque vous épi'ouverez le besoin de respirer, n’aurez qu’à ouvrir la bouche pour le faire? Au contraire, les choses utiles mais qui n’existent qu’en quantité limitée sont api)roijriables et appropriées. D’abord elles sont coërcibles ou saisissables; il est matériellement possible à un certain nombre d’individus de recueillir la quantité qui en existe, de manière à n’en plus laisser dans le domaine commun. Et il y a, pour ces individus, double avantage à <‘tîectuer cette opération. En premier lieu, ils s’assui-ent pour eux-mêmes une provision de ces choses, ils se ménagent la possibilité de s’en servir, de les appliquer à la satisfaction de leurs propres besoins. En second lieu, ils se réservent aussi la taculté, s’ils ne veulent ou s’ils ne peuvent consommer directement qu’une partie seulement de leur approvisionnement, de se procurer, par l’échange du surplus, d’autres utilités limitées en quantité qu’ils consommeront au lieu et place des premières. Mais ceci nous amène à un fait différent. Bornons-nous à constater, pour le moment, que Vappropriatiu)i (et par suite layjro/u-iétéqui n’est que l’appropriation légitime ou conforme à la justice) ne porte que sur la richesse .sociale et porte sur toute la lichesse sociale.
‘24. 2" Les choses utiles limitées en quantité sont valables et échamieables, comme nous venons de l’entrevoir. Les choses rares étant une fois appropiàées (et celles-là seules le sont, et toutes celles-là le sont), il s’établit entre toutes ces choses un rapport consistant en ceci que, indépendamment de 1 utilité directe qui lui est propre, chiacune d’elles acquiert, comme une propriété spéciale, la faculté de s’echanger contre chacune des autres dans telle ou telle proportion déterminée. Si l’on possède quelqu’une de ces choses rares, on peut, en la cédant, obtenir en échange quekjue autre chose rare dont on manque. Si on ne la possède pas, on ne peut l’obtenir qu a la condition de céder en échange quelque autre chose rare dont on est pourvu. Et si on ne l’a pas, et qu’on n ait rien a donner en échange, il faut s’en passeï’. Tel est le tait de la valeiiv d échange qui, comme le fait de la propriété, ne porte que sur la richesse sociale et porte sur toute la richesse sociale.
25. Les choses utiles limitées en quantité sont industriellement productibles ou mnltipliables. Je veux dire qu’il y a intérêt à les produire, à en multiplier le nombre le i)lus possible au moven d’etïorts réguliers et systématiques. Il y a, dans le monde, des choses inutiles (sans parler de celles qui même sont nuisibles), telles que de mauvaises herbes, des animaux qui ne sont bons à rien ; on n’a pas à s’en occuper autrement que pour chercher attentivement à découvrir en elles quelque propriété qui les fasse passer de la catégorie des inutilités dans la catégorie des utilités. Il y a des choses utiles mais illimitées en quantité ; on a bien à s’en occuper pour les utiliser, mais non pas évidemment pour en augmenter la quantité. Enfin, il y a des choses utiles limitées en quantité, des choses rares ; il est clair que ces dernières seules peuvent être l’objet d’une étude et d’opérations ayant pour but d’en rendre la quantité moins limitée qu’elle ne l’est, et il est clair, en outre, que toutes ces dernières sans exception i)euvent et doivent être l’objet d’une telle étude et de telles opérations. Si donc on appelle, comme nous l’avons tait, richesse sociale l’ensemble de ces choses rares, on peut énoncer encore que
la production industrielle ou l’industrie ne porte, elle aussi, que sur la richesse sociale et qu’elle porte, elle aussi, sur toute la richesse sociale.
2(). La valetir d’échange, l’industrie, la propriété, tels sont donc les trois faits généi-aux, les trois séries ou groupes de faits particuliers qu’engendre la limitation dans la quantité <les utilités ou la rareté des choses, les trois faits dont toute la l'ichesse sociale, dont la richesse sociale seule est le théâtre. On sent a présent combien c’est dire une chose vague, peu précise et peu philosophique, sinon inexacte, que de dire, comme Hossi, nar exemnle. en aboi'daut l’éconnmip nr^iifinna
27. Nous avons vu à priori comment les choses fois appropriées acquéraient une valeur d’échange ( a qu’à ouvrir les yeux pour constater à posteriori, faits généraux, le fait de l’échange.
fous tant que nous sommes, nous faisons jouri comme une série d’actes spéciaux, des échanges, c des ventes et des achats. Certains d’entre nous ve terres ou l’usage de la terre ou les fruits de la teri-e <les maisons ou l’usage des maisons ; certains, des industriels ou des marchandises qu’ils ont acquises qu’ils cèdent en détail ; certains, des consultatinns