DE L'HABITATION
I mères éprouvent le besoin d’aller à leurs travaux...
« L’enfant est là dans le milieu propre è son âge, en société de ses pareils, à l’abri I de ces ennuis qui sont souvent pour l’en-
' fant, séparé de ses semblables, un tourment
dont il se soulage par des cris et des pleurs (1). »
On a comparé à tort le palais de famille de Guise, au phalanstère indiqué par Fourier et projeté dans ses détails les mieux étudiés par i M. César Daly, directeur de la Revue de l'architecture et des travaux publics. Le familistère, construit d’ailleurs successive-
i ment au fur et à mesure que son fondateur, parti du seul travail do ses bras, développait sa prospérité, le familistère, quoique remarquable, eu égard à toutes les autres habita-
(1) Godiii, Solutions sociales, 070 et suiv.
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lt)2 ÉCONOMIQUE PROGRESSIVE.
tions ouvrières, sans en excepter celles de la Grand’ Combe, n’approche pas du monument conçu d’après les données générales de la science, par l’inventeur de l’application du procédé sériaire aux fonctions domestiques, agricoles et industrielles. L’ignorance légère peut confondre le phalanstère avec le monastère ou, plus grossièrement encore, avec la caserne. Les plans et dessins du célèbre architecte que nous venons de nommer existent, peuvent être consultés; ils justifient bien une création originale , absolument nouvelle, toute coordonnée au système sociétaire dont l’auteur avait d’autant moins à suivre les errements de l’architectonique monastique ou militaire, que son principe est essentiellement opposé aux lois de contrainte et d’autorité despotique. Le phalanstère est sans doute l’habitation commune d’une population limitée et associée sous le titre de
DE L’IIARITATION.
phalange ; mais, au lieu de seconder une
I règle uniforme et lourde, d’appuyer sur tous le même niveau, elle correspond, au con-
i traire, aux divers degrés de fortune, aux évolutions de l’activité libre des séries de a groupes, aux variétés de la gestion écono-
i inique et unitaire, favorisant ainsi directement et indirectement la production, l’accroissement de la richesse générale et la consommation suivant les moyens, les besoins et les goûts de chacun. Gomme on le voit, c’est le plus parfait contraste du cloître l et de la caserne.
.Vu surplus, familistère, phalanstère, quel I que soit le nom sous lequel on désigne
l’habitation d’une agglomération associée, peu importe. La question est de savoir si, quand on réunit dans certaines villes quai rante ou cinquante familles incohérentes de
I ditférentes conditions sous un même toit,
Itii ÉCONOMIQUE PROGRESSIVE.
sans qu’aucune gêne les autres, malgré l’exiguïté de l’emplacement et les vices inévitables alors de distribution; si, quand on entasse douze ou quinze cents voyageurs, comme dans certains hôtels de Paris ou de Nice, sans que la liberté de personne ait à en souffrir; si, quand à Versailles, à Fontainebleau, à Marly, les plus illustres personnages briguaient l’honneur d’un logement souvent fort médiocre dans le château royal, il serait absurde, impossible de réunir trois ou quatre cents famillesj associées en toutes fonctions, dans un édifice bien situé, spacieux, élégant, commode, approprié intelligemment à tous les besoins du service.
Objectera-t-on qu’il y aurait pêle-mêle, froissements, conflits par antipathies instinctives, discordes ouvertes ou latentes? Pourquoi plus que dans les conditions actuelles ? On oublie que l’accord et la solidarité des in-
DE LMIAUITATION. lOo
térêts, l’entraînement des aptitudes spéciales aux travaux qui leur conviennent, la liberté, le bien-être, la sécurité parfaite, le redressement des passions naturelles sous l’influence d’un milieu qui ne les refoulera plus, ne laisseront guère de place aux agacements, aux monomanies ridicules qui font aujourd’hui un enfer de la contiguïté des existences et, de la plupart des pauvres humains, autant de démons acharnés à tourmenter les autres et eux-mêmes.
On oublie d’ailleurs aussi que ces habitations communes que l’on critique si amèrement, lorsqu’elles sont affectées aux corporations religieuses ou aux troupes, sont le résultat d’une pensée d’économie qui aurait dû servir d’enseignement et de point de départ aux perfectionnements qu’elle ôtait susceptible de comporter. Espérons que l’avenir moins prévenu, plus sage que le présent,
iOÜ ECONOMlgUE l'RÜGRESSlVE.
comprendra que la commune actuellement incohérente, disséminée, abandonnée à un éparpillement dispendieux, ruineux, peut s’unifier par l’association intégrale au grand avantage, sous tous les rapports, des pauvres et des riches. C’est là qu’est la synthèse économique, le summum du progrès positif que tous cherchent sans le trouver.