‹ Elements d'electrochimie appliquee aux sciences naturelles et aux artsChapitre 16 sur 111 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

de tourmaline devenue électrique , la tension de l’électricité libre va en décroissant depuis chaque bout jusqu’au milieu, qui est à l’état 0. D’un autre côté, l’expérience nous a appris que le clivage des cristaux constituait chaque partie séparée dans un état électrique différent , et qu’ii était permis d’en conclure qu’il en serait encore de même si l’on séparait deux molécules l’une de l’autre, et que la chaleur devait donner lieu à des effets de ce genre. Or , nous possédons un appareil qui nous présente, grossièrement à la vérité, les effets des substances minérales électriques : c’est la pile électrique, formée d’un certain nombre de plaques de verre, armées d’une feuille d’étain sur chacune des deux faces, et disposées parallèlement les unes aux autres, de sorte que la face b de la première communique, au moyeu d’un (il métallique, à la face en regard a' de la seconde ; la face b\ de celle-ci, à la face a" de la troisième, et ainsi de suite jusqu’à la dernière, dont 1a face 6" communique avec le sol. Lorsque cet appareil est isolé, si l’on fait communiquer la face a avec le conducteur d’une forte machine , et qu’après l’avoir électrisée on rompe les communications entre le conducteur et le sol , au bout d’un certain temps les deux faces extrêmes a et b" de cette pile possèdent un excès d’électricité contraire, et chaque moitié de la pile, une électricité également contraire , dont l'intensité va en diminuant jusqu’à la lame du milieu, qui est à l’état neutre. Voici ce qui se passe :

La face a possède une charge électrique en partie libre, en partie dissimulée par l’électricité de nature contraire qui est fixée sur la face b ; il en est de même de la facd a" par rapport à la face b, et ainsi de suite ju.squ’à la dernière. L’excès d’électricité libre décroît rapidement d’un élément à un autre.

Si l’appareil était parfaitement isolé , il n’y aurait aucun changement dans sou état électrique; mais comme il se trouve dans un milieu qui enlève à chaque surface une quantité d’électricité proportionnelle à l’excès qui est libre , il eu résulte, que cette perte sera plus grande pour la face a que pour la face a ' , et ainsi de suite jusqu’à la face b" qui n’a pas d’électricité libre. Il résulte de cet état de choses que a ayant perdu une portion de son électricité libre, ne pourra plus neutraliser sur b la quantité qui s’y trouvait auparavant. Il en est de même à l’égard de b\ et de même pour les faces jusqu’à la dernière

b“ qui ne se trouvera plus alors avoir son électricité complètement neutralisée, de sorte qu’une portion deviendra libre. Cette portion, d’abord très-petite, augmentera successivement , et perdra également par l’action absorbante de l’air, mais moins que les portions libres

ÉLÉMENTS d’ÉLECTBO-CHIMIE.

des autres lames, puisqu’elle est d’abord très-faible ; mais In perle d’électricité libre diminuant de plus eu plus sur la première face et augmentant sur la dernière , et les lames intermédiaires éprouvant des effets semblables, il en résultera que les électricités des faces extrêmes arriveront à l’égalité, et posséderont, par consécpient, deux électricités égales et de signe contraire , lesquelles iront graduellement en décroissant jusqu’au centre où il n’y aura pas d’électricité libre. En rompant la pile en un endroit quelconque, on sépare les deux électricités qui étaient dissimulées ; de sorte qu’on aura sur cbaque face séparée une certaine quantité d’électricité libre, de nature contraire à celle de l’extrémité correspondante.

La tourmaline, la topaze, etc., nous présentant des effets absolument semblables, on doit rechercher si la cause indiquée précédemment n’interviendrait pas dans la production de ces effets. La topaze, par exemple, n’a qu’un sens de clivage perpendiculaire à l’axe de cristallisation; si l’on enlève une lame, elle prend un excès d’électricité contraire à celui qu’acquiert la face en regard , et cela quel que soit l’endroit où l’on opère le clivage : c’est donc une disposition semblable à celle de la pile électrique. Cela posé, lorsqu’on élève la température du cristal, on écarte les lames dont l’épaisseur est celle d’une molécule , on doit avoir alors un dégagement d'électricité analogue à celui obtenu dans le clivage; de sorte que la substance conduisant mal, il peut se former une pile semblable à celle que nous venons de décrire, en admettant que chaque molécule, par l’effet du refroidissement ou l’abaissement de température, possède deux pôles électriques contraires; que l’espace intersticiel remplace la tige métallique , et que le système cristallin soit tel que l’une des faces de chaque lame, renferme les pôles de même nom, et la face en regard les pôles d’électricité contraire.

Ce qui tend encoreà assimiler la topaze et les cristaux électriques aux piles électriques , ce sont les effets produits quand on brise la pile ou une topaze. Chaque partie séparée manifeste encore une électricité de signe contraire, comme si ces deux électricités étaient dissimulées avant la rupture.

Le même raisonnement s’applique à tous les cristaux autres que la topaze, dans lesquels le clivage n’est pas aussi net que dans celle-ci; car, bien que ee clivage n’existe pas toujours, on conçoit cependant , d’après les idées que nous possédons sur la cristallisation, que la nature ait employé un mode de superposition semblable; seulement, nos moyens mécaniques sont insuffisants pour opérer lasépa ration de ces lames.

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