CHAPITRE II
Des effets électriques produits dans les actions chimiques.
Nous avons posé en principe que, toutes les fois que les molécules des corps perdent leur position d’équilibre par une cause quelconque, il y a dégagement d’électricité ; nous l’avons prouvé quand clics sont ébranlées, séparées par des actions mécaniques; il s’agit de montrer actuellement qu’il en est encore de même quand les éléments des corps se séparent ou se réunissent pour former de nouvelles combinaisons.
Quiconque veut employer l’électricité comme force chimique doit étudier à fond les effets électriques produits dans toutes les actions chimiques, de quelque nature qu’elles soient, et examiner ensuite comment on peut utiliser ces effets pour opérer des combinaisons et des décompositions. En chimie, on se borne à faire concourir à l’action des affinités , la chaleur et quelquefois la lumière, et l’on ne tient aucun compte de l’électricité dégagée dans de faibles réactions chimiques ; on se prive par là d'une puissance énorme dont on peut disposer aujourd’hui pour donner une grande énergie aux affinités. Cette puissance, qui reste silencieuse dans les corps , est demeurée inconnue jusqu’au commencement de ce siècle; mais ce n’est que depuis une douzaine d’années qu’on est parvenu à démontrer les grands avantages que la chimie et l’industrie peuvent retirer d’une force qui , pour l’énergie, est supérieure à celle de la vapeur, et dont les applications auront peut-être un jour plus d'importance encore, attendu que les progrès de la civilisation amenant le défrichement des forêts et l’épuisement des houillères, il arrivera une époque où le combustible sera assez rare pour qu’on ne puisse se procurer tous les métaux dont on a besoin ; alors force sera de traiter ceux-ci par voie humide. L’électricité, à cette époque encore très-reculée, sera l’un des plus grands véhicules de l’industrie.
Lorsqu’un corps réagit sur un autre, outre la combinaison, il y a production de chaleur et dégagement d’électricité ; or, comme la chaleur dégage également de l’électricité, il s’ensuit qu’il faut tenir compte de la première cause si l’on veut mettre en évidence les effets électriques produits dans les actions Chimiques.
Nous allons étudier successivement le dégagement de l’électricité : 1“ dans la réaction des dissolutions les unes sur les autres; 2” dans la réaction des acides ou des dissolutions salines sur les métaux ; 3° dans la réaction de deux métaux différents sur un ou plusieurs liquides ; 4 ° dans la combustion ; 5° dans la décomposition
SS ÉLÉMENTS d’ÉLECTHO-CHIHIE.
chimique ; 6“ dans les dissolutions en général ; 7» dans l’action chimique de la lumière; 8° et enfin dans les actions capillaires.
Présentons d’abord quelques exemples du dégagement d'électricité dans les actions chimiques pour en avoir de suite une idée nette.
Premier exemple. Lorsque l’on plonge l’un apres l’autre dans l’acide nitrique ordinaire les deux bouts du fil de cuivre d’un multiplicateur, on a aussitôt un courant électrique qui réagit sur l’aiguille aimantée de telle manière que le bout plongé le premier prend au liquide l’électrieité positive. Cet effet est dù à la différence des actions chimiques exercées par l’acide sur les bouts du fil , différence en faveur du bout plongé le dernier qui est le plus attaqué, attendu que sa surface est recouverte d’une couche d’oxyde. Dès lors, quand un acide réagit sur un métal , celui-ci dégage de l’électricité négative, et l’acide de l’électricité positive. Il est facile de prouver que le dégagement de la chaleur dans la réaction chimique n’est point la cause de ce phénomène.
Deuxième exemple. Plongeons dans de l’acide nitrique pur deuxbouts de deux fils d'or à surface très-propre, en communication par les deux autres bouts avec les extrémités du fil d’un multiplicateur à fii long, il ne se produit aucun effet; mais si l’on ajoute une trèspetite quantité d’acide chlorhydrique près de la partie immergée de l’un des deux bouts, l’aiguille aimantée accuse aussitôt, par sa déviation , la production d’un courant , dont la direction indique que le bout attaqué prend à l’acide l’électricité négative, et lui donne l’électricité positive. En remplaçant l’un des fils d’or par un fil de platine, les effets sont les mêmes , c'est-à-dire, qu’il n’y a production de courant qu’autant qu’on ajoute de l’acide hydrochlorique, et le bout attaqué prend encore l’électricité négative. Cette expérience met bore de doute ce fait fondamental, que lorsqu’un acide réagit sur un mé- ^1 , i’acide prend l’électricité positive, le métal l’électricité négative. Bien que l’effet produit paraisse simple, il est cependant complexe, comme on va le voir ; mais, pour l’analyser complètement , nous allons exposer les effets électriques produits dans la réaction des dissolutions les unes sur les autres.
Effets électriques produits dans la réaction des dissolutions les unes sur les autres.
Reprenons l'expérience dans laquelle nous avons fait agir un couple platine et or, en communication avec un multiplicateur, et plongeant
CHAPITBE II. 59
dans de l’eau n^gale ; il se forme du chlorure d’or, lequel réagit sur l’eau , et de là résultent des effets électriques dans le même sens, c’est-à-dire que ie chlorure d’or prend l’électricité positive. Ce courant est dirigé dans le même sens que celui qui résulte de l’action de l’eau régale sur l’or, de sorte que les deux courants s'ajoutent ensemble, et tendent conséquemment à augmenter l’intensité du courant électrique. On est conduit par là à étudier les effets électriques résultant de la réaction des dissolutions les unes sur les autres. Nous dirons que, lorsque l'or est attaqué, le bout immergé s’échauffe , tandis que le bout de platine reste à la température ordinaire. Celle différence dans la température des deux bouts de fil est aussi une eause de dégagement de l’éleetricité. On voit par là combien la question du dégagement de l’électrieité dans les actions chimiques est complexe et demande de soin pour être étudiée.
Supposons que l’on mette dans une petite cuiller de platine en communication avec un des bouts de fil du galvanomètre une solution de potasse caustique, et que l’on plonge dans cette solution une spatule en platine humectée d’acide nitrique en eommunication avec l’autre bout du fil du multiplicateur, on a aussitôt un courant électrique des plus énergiques, dont la direction, indiquée par la déviation de l'aiguille aimantée, montre que, lors de la combinaison de l’acide avec l’alcali, l’acide a pris à ce dernier l’électricité positive. Ce fait rentre dans le principe précédemment énoncé.
On peut faire l’expérience d’une autre manière. On prend deux capsules en porcelaine ; on verse dans l’une une solution de potasse ou de soude caustique , et , dans l’autre , de l’acide nitrique. Dans chacun des liquides plonge une lame de platine en communication avec l’un des bouts du fil d’un multiplicateur. Vient-on à établir la communication entre l’acide et l’alcali , au moyen d’une mèche de coton ou d’asbeste, il y a aussitôt réaction de l’acide sur l’alcali, et, par suite, production d’un courant électrique dans le sens indiqué précédemment. Si l’on veut avoir des effets plus énergiques, on opère de la manière suivante : on prend une cuiller de platine et une pince de même métal que l’on met en communication avec le multiplicateur; on remplit la cuiller d’acide, et on fixe entre les branches de la pince un morceau de potasse; à l’instant où l'on plonge ce dernier dans l’acide, on a un courant très-énergique dirigé comme il est dit précédemment ; mais cette méthode d’expérimentation , ainsi que les précédentes, n’est pas à l’abri des objections des personnes qui admettent des effets électriques de contact indépendamment
CO ÉLÉMENTS D’ÉLECTBO-CHIMIK.
des réactions chimiques. Pour éviter ces objections, on opère ainsi : on prend deux capsules en platine remplies d’acide nitrique, et mises en communication avec un multiplicateur à fil long par deux lames de platine ; on place les deux capsules à un décimètre de distance l’une de l’autre, et on les fait communiqner au moyen d’une mèche de coton imbibée d’eau, et soutenue convenablement au milieu; cette mèche, en raison de sa longueur et de la différence de poids spécifique des deux liquides, s’oppose longtemps à leur réunion ; vers le milieu , on pose doucement avec un tube, à côté l’une de l’autre, une goutte d’acide et une goutte de la solution alcaline. Tant que les deux gouttes sont séparées, il n’y a aucun effet produit; mais dès l’instant que leur réunion a lieu, il y a production d’un courant électrique qui annonce que l’acide a laissé dégager de l’électricité positive et l’alcali de l’électricité négative , comme dans les expériences précédentes ; dans ce cas , on ne peut attribuer l’effet produit au contact du platine, d’une port avec l’acide, de l’autre avec l’alcali, puisque le platine est en contact de chaque côté avec de l’acide nitrique; en substituant d’autres liquides à l’acide et à l’alcali , on a les résultats suivants :
L’acide nitrique est positif avec
l’acide hydrochlorique.
— acétique.
— nitreux, les dissolutions alcalines.
— de nitrate.
— de sulfate.
— de chlorures neutres.
L’acide nitrique est négatif ( l’acide sulfurique.
avec I — phosphorique.
l’acide hydrochlorique.
L acide phosphorique est .
’ ’■ — sulfurique.
positif avec
' les dissolutions alcalines, salines, etc.
On voit que l’acide phosphorique est le plus positif de tous les liquides ; or, le contact de l’acide nitrique avec la dissolution de nitrate de cuivre, et en général la réaction d’un acide avec une de ses combinaisons, ne devant être considérés que comme des dissolutions, on doit en conclure que celles-ci produisent des effets électriques analogues à ceux qui ont lieu dans les combinaisons.
Pour observer les effets électriques produits dans la réaction des acides et des alcalis sur l’eau , et des dissolutions neutres les unes sur
CHAPIXBB It.
les autres , on opère de la manière suivante : si l’acide est solide , on en flxe un morceau entre les branches d’une pince de platine, et on le plonge dans l’eau que contient la cuiller ; s’il est liquide, on plonge d’abord une éponge de platine en communication avec un multiplicateur dans la dissolution acide ; on trouve alors que l’eau se comporte comme un alcali : avec les dissolutions alcalines, les effets sont inverses. On tire de là la conséquence que l’eau , en s’unissant à un acide, se comporte comme un alcali, et qu’elle joue, au contraire, le rôle d’acide dans sa réaction sur les alcalis.
Quant aux sels neutres , on ne peut opérer que sur des solutions à différents degrés de concentration , car ils ne sont pas conducteurs à l’état solide ; celles qui sont le plus concentrées sous le rapport des effets électriques , se comportent à l’égard de celles qui le sont moins, comme les acides dans leurs combinaisons avec les alcalis. Les doubles décompositions opérées dans la réaction de deux solutions de sels neutres ne donnent lieu à aucun effet électrique. Ce fait prouve que, dans les doubles décompositions, il y a neutralisation complète des deux électricités dégagées. Il est nécessaire, d’une part, que les deux solutions soient parfaitement neutres, car l’excès d'acide ou d’alcali de l’une d’elles, en réagissant sur l’eau de l’autre, donnerait lieu à des effets électriques ; de l’autre, que les deux solutions renferment des quantités atomiques égales des deux sels.
Lorsqu’une solution de potasse et un acide communiquent ensemble au moyen d’un tube coudé rempli d’eau , il y a réaction de l’acide et de l’alcali sur l’eau , d'où résultent des effets électriques dirigés dans le même sens que si l’acide réagissait immédiatement sur l’alcali, et qui s’ajoutent quand les deux solutions communiquent au moyen d’un fil de platine.
Nous venons de voir que les dissolutions, en réagissant les unes sur les autres, donnent lieu à des effets électriques analogues à ceux que l’on observe dans les combinaisons ; il faut montrer actuellement comment on peut reconnaître, par ces effets, s’il y a simplement combinaison ou solution, ce qui n’est pas toujours facile en chimie, quand les réactions sont tellement faibles, qu’il en résulte de si petites quantités de composés qu’il est impossible d’en constater l’existence, ou bien quand il y a de très-faibles variations de température. Pour cela, on opère de la manière suivante, d’après M. Peltier : l’appareil complet se compose de deux multiplicateurs, d’une pile thermo-électrique et de deux capsules en platine. On en prend une , que l’on met en communication avec l’un des bouts du fil d’un multiplicateur à fil
02 éléments d'électro-chimie.
long , puis un trépied thermo-électrique composé de trois couples , bismuth et antimoine , dont les extrémités inférieures sont de rang pair ou impair, afin qu’étant échauffées ou refroidies en même temps, elles produisent des courants dirigés dans le même sens ; on pose la seconde capsule en communication avec l’autre bout du fil du multiplicateur sur le trépied ou pile thermo-électrique qui est en relation avec un multiplicateur à fil court , et l’on joint les deux capsules au moyen d’une mèche de coton ou d’asbeste. On verse dans chaque capsule une dissolution, et les deux dissolutions agissent alors l’une sur l’autre. S’il y a combinaison, les deux capsules s’échauffent; celle qui repose sur le trépied lui communique de la chaleur qu’elle a prise, et qui est aussitôt accusée par l’aiguille du multiplicateur thermoélectrique. S’il y a simplement solution , l’abaissement de température de la capsule produit un courant thermo-électrique dirigé en sens inverse du premier, de sorte que la direction du courant thermoélectrique suffit pour indiquer quand il y a combinaison ou solution, lors même que les variations de température qui en résulteraient seraient excessivement faibles, et exigeraient des thermomètres d’une grande sensibilité pour être appréciées.
Analyse des effets électriques produits dans la réaction des liquides sur les métauXf
Ayant analysé les effets électriques produits dans la réaction des dissolutions les unes sur les autres , de manière à faire ressortir les lois qui les régissent , nous allons étudier ces mêmes effets dans la réaction des acides et des dissolutions salines en général sur les métaux. Reprenons l’expérience déjà citée.
Soient deux capsules A et A' remplies d’acide nitrique, et communiquant ensemble au moyen d’une mèclie d’asbeste : si l’on prend deux lames d’or , et que l’on mette chacune d’elles en communication par un bout avec une des extrémités du fil d’un multiplicateur, et que l’on plonge les deux bouts libres , chacun dans une capsule, il n’y a aucun effet électrique produit toutes les fois que les surfaces ont été lavées avec soin dans de l’eau distillée, pour enlever les corps étrangers adhérents ; mais si l’on verse dans la capsule A quelques gouttes de chlorure d’or près de la lame qui y plonge, l’aiguille aimantée est aussitôt déviée fortement, dans un sens tel que le bout A devient négatif par rapport au liquide ; si , au lieu de la dissolution, on verse quelques gouttes d’acide bydrochlorique, l’effet est
?<jb Goo le
CHAPITBE n.
le même. Dans le premier cas, l’effet est dû à la réaction de l’acide nitrique sur le chlorure d’or ; dans le deuxième, à iu réaction de i’cau régale sur l’or, et à celle de la dissolution formée sur l’acide nitrique. Voilà deux causes qui donnent lieu à un dégagement d’électricité dans le même sens, attendu que la dissolution d’or est négative par rapport à l’acide ; on ne peut donc douter que la réaction des deux liquides n’exerce une influence sur les effets électriques observés dans la réaction de l’eau régale sur l’or. Cette expérience montre combien il est difficile de déterminer immédiatement le dégagement de l’électricité, dans l’acte même de la combinaison d’un métal avec un acide, abstraction faite de la réaction de la dissolution qui se forme sur le liquide environnant. On y parvient néanmoins de la manière suivante :
On remplit deux capsules A et A' d’une dissolution de nitrate de cuivre, que l’on met en communication au moyen d’une mèche de coton ; et l’on plonge dans chacune d'elles le bout d’une lame de cuivre parfaitement décapée, dont l’autre est en relation avec un multiplicateur ; il ne se produit aucun effet électrique ; mais si l’on verse une goutte d’acide nitrique dans le liquide de la capsule A, le cuivre qui plonge dedans devient fortement négatif. Dans ce cas , on a bien l’effet électrique résultant de la réaction de l’acide sur le métal ; car le courant produit dans la réaction du composé qui se forme sur la dissolution environnante, doit être très-faible , et même nul , dans le cas où la solution de nitrate est saturée.
L’étain et son sulfate, le fer et son chlorure, le plomb, l’antimoine et le bismuth, agissent de même que le cuivre par rapport à ses dissolutions , quand on ajoute quelques gouttes d’acide. Il en est de même du zinc, du fer, avec les dissolutions de leur nitrate. Le métal s’empare de l’électricité négative, conformément au principe général ; mais avec des dissolutions de leurs sulfates, ces deux derniers métaux produisent queh[uefois des effets inverses ; à l’instant où l’on ajoute quelques gouttes d'acide sulfurique , le métal devient positif. Ou voit donc combien il est important , dans les appareils destinés à produire de l’électricité au moyen des actions chimiques, de prendre en considération les effets résultant de la réaction des dissolutions les unes sur les autres ; car il peut arriver quelquefois que cette réaction, qui est une cause puissante de dégagement d’électricité , contrarie les etïets que l’on a en vue.
Voyons ce qui se passe dans la réaction de deux métaux différents sur un ou plusieurs liquides. Pour bien interpréter ces effets , il faut
«4 ÉLÉMENTS d’ÉLECTBO-CHIMIE.
partir du principe que lorsqu’un métal est attaqué par un liquide qui agit comme acide, ii rend libre de i’électricité négative, et le liquide de l’électricité positive. 11 suit de là , qu’en plongeant deux métaux différents , en communication par un fil métallique, dans un acide ou autre liquide actif, on a un courant électrique dû à la différence des effets produits. Dès lors, si i’on veut atteindre le maximum d’effet, il faut que l’un des deux soit attaqué, et que l’autre ne le soit pas. C’est cette condition qu’il faut remplir dans la construction des piles voltaïques, ou toutes les fois que l’on veut avoir des effets puissants.
Analysons quelques cas. Le plus simple est celui où chaque métal en relation avec un multiplicateur plonge dans une capsule remplie du même liquide, et la communication établie entre les deux capsules, au moyen d’une mèche d’asbeste. Prenons une lame de cuivre, une lame de zinc et une solution de sulfate de zinc. A l’instant de l’immersion , le cuivre prend au liquide l’électricité positive, et le zinc l’électricité négative. Ce fait nous démontre, comme du reste on devait le présumer, que le zinc est plus attaqué par la solution que ne l’est le cuivre. La chimie n’aurait pu le prouver d'une manière aussi directe. Supposons la déviation de l’aiguille aimantée de 62 “ ; si l’on ajoute quelques gouttes d’acide nitrique ou de nitrate de cuivre dans la capsule ou se trouve la lame de cuivre, et où l’action chimique est la moins forte, l’aiguille, au lieu de rétrograder, parce que le cuivre est plus attaqué, se porte à 86°, et reste stationnaire dans cette position. Pour expliquer ce fait, il suffit de tenir compte de la réaction de l’acide nitrique ou du nitrate de cuivre qui se forme continuellement sur le sulfate de zinc. Dans cette réaction, la solution de nitrate de cuivre étant positive, par rapport à celle de sulfate de zinc, on a un courant dans le même sens que le premier; par conséquent, son intensité doit être augmentée. Cette explication est la seule que l’on puisse donner ; car si l’on ajoute la même quantité d’acide nitrique dans l’autre capsule, l’intensité du courant est diminuée sensiblement , ce qui ne peut provenir que de la réaction de l’acide nitrique oti du nitrate de zinc formé sur le sulfate , et d’où résulte un courant en sens inverse de celui qui est produit par la réaction du sulfate sur le zinc. Nous avons opéré avec ce dernier sel , afin de montrer l’influence qu’exerce sur l’intensité du courant la réaction des solutions les unes sur les autres. Les faits suivants serviront encore à mettre cette influence en évidence. On a pris une petite boite en verre ou en bois vernissé , divisée en deux compartiments au moyen d’un diaphragme en
CHAPITIIE ir.
baudruche, appliqué soigneusement sur les parois avec du mastic, et dans chacun desquels on a versé une solution de même nature ou de nature différente; on a opéré d’ahord avec de l’eau renfermant ^ d’acide sulfurique; d’un côté on a plongé une lame de zinc, de l’autre une lame de cuivre, l’une et l’autre en communication avec un multiplicateur. Ou a obtenu les résultats suivants :
LIQUIDE
contenu dans la case enivre.
LIQUIDE contenu dans la case zinc.
DURÉE
de l’immersion.
DÉVIATION de l’aiguille aimantée.
Eau et ^ d’acide sul-
furique.
Id.
15 minutes.
En ajoutant quelques gouttes d’acide nitrique dans la case cui vre,.ic courant a augmenté d’intensité, quoique le cuivre fût attaqué, et qu’il dût en résulter un courant en sens inverse. Ceteffet était dû, non-seulement à la réaction des dissolvants , mais encore à ce que l’acide nitrique , en attaquant le cuivre , facilitait le passage du courant du liquide dans ce métal.
LIQUIDE
LIQUIDE
DURÉE
DÉVIATION
contenu dans la case
contenu dans la
de l’aiguille
cuivre.
case zinc.
de l’immersion.
aimautéc.
Eau et ^ d’acide sul-
Eau et d’acide
St
furique, à laquelle on ajoute ^ d’acide
sulfurique.
15 minutes.
nitrique ou d’une
dissolution saturée de nitrate de cuivre.
Passons au cas où le cuivre plongeait dans une dissolution saturée de nitrate de cuivre, et le zinc dans une dissolution saturée de sulfate de zinc , on a obtenu alors les résultats suivants ;
ne
ÉLÉMEMS d’ÉLECTBO-CHIMIE.
UQUIDE
contenu dans la case cuivre.
LIQUIDE conlcnn ilans la case zinc.
DURÉE
do rimnicrsion.
DÉVIATION
de^l’aiguille
aimantée.
Dissolution saturée
Dissolution satii-
de nitrate de cuivre.
rée de sultate de
zinc.
15 minutes.
Ces résultats mettent en évidence l’influence produite par la réaction des deux dissolutions l’une sur l’autre ; car le courant est plus intense que dans les expériences précédentes, toutes choses égales d'ailleurs , et bien que le zinc ne soit pas attaqué avec autant de force que lorsque la dissolution était acide. Dans le deuxième tableau , le mélange des acides sulfurique et nitrique se trouvait dans la case cuivre ; on i’a transporté dans la case zinc, alors on a eu
LIQUIDE
LIQUIDE
DURÉE
DÉVIATION
contenu dans la case
contenu dans la
de l’aiguille
cuivre.
case zinc.
de l’immersion.
aimantée.
Eau ^ d’acide sulfu-
Eau d’acide sul-
rlquc.
furique, et ^ nitrique.
15 minutes.
Les déviations ayant été successivement égales à 62°, 64°, 61°, le courant tendait à devenir constant. Nous verrons ultérieurement les conditions à remplir pour construire les appareils à force constante ; mais auparavant , il est indispensable de parler des causes qui font changer la direction du courant, des diaphragmes, des propriétés du zinc amalgamé, et de diverses autres questions qui s’y rapportent.
Les appareils simples exigent pour leur construction un ou deux liquides et deux métaux; le métal oxydable ou producteur de l’électricité, étant attaqué par un liquide, prend l’électricité négative, tandis que le liquide s’empare de l’électricité positive qui est recueillie par le métal non oxydable.
CnÀPITBE II.
Or, il est bien prouvé que lorsqu’on plonge deux lames de métal différent dans une solution neutre , acide ou alcaline, la direction et l’intensité du courant dépendent de l’action exercée par le liquide sur chacune des lames, et en particulier sur le métal le plus oxydable , ainsi que du pouvoir conducteur de la solution. On peut donc prévoir à priori, dans le plus grand nombre de cas, le sens dans lequel sera dirigé le courant. Nous en citerons quelques exemples. En communication avec un multiplicateur , le zinc prend au liquide l'électricité négative, attendu qu’il est plus attaqué par celui-ci que ne l’est la cuivre; mais si le liquide est une solution de sulfure de potassium, le courant suit une direction opposée , parce que le cuivre est plus attaqué que le zinc. Une lame de cuivre et une lame d’étain plongées dans une solution acide et saline donnent naissance à un courant qui va , de l’étain au cuivre , à travers le liquide ; tandis qu’avec l’ammoniaque le courant suit une direction opposée. En plongeant dans de l’acide nitrique concentré et dans de l’acide nitrique étendu divers couples métalliques , on forme le tableau suivant , dans lequel chaque métal est positif par rapport à celui qui le précède.
Acide Ditrique conceotré.
Acide nitrique élei
Fer oxydé.
Argent.
Argent.
Cuivre.
Mercure.
Fer oxydé.
Plomb.
Fer
Cuivre.
Plomb.
Fer.
Mercure.
Zinc.
Étain.
Étain.
Zinc.
Un couple or et cuivre ne donne aucun effet quand on emploie le mercure comme corps liquide. Rf. de la Rive a émis le doute que la formation de l’amalgame fût une véritable action chimique ; mais cette assertion ne saurait être fondée , attendu qu’il y a combinaison en proportions définies; il y a sans nul doute aussi action électrique; mais le multiplicateur ne peut accuser le couraht produit , parce que les deux électricités trouvent plus de facilité à se recombiner sur 1^ surface de |’or et du mercure, qu’à suivre le fil multiplicateur. Eq général , toutes les fois que le corps intermédiaire est meilleur conducteur ou même aussi bon que je iil du multiplicateur , la recomr position s’opère sur la surface même de cuntacU Le sens du courqqt dans on couple qui plonge dans un liquide est bien dépendant de
68 ÉLÉMENTS b’ÉLECTBO-CniMIE.
l’énergie avec laquelle s'exerce l’action chimique sur l’un des éléments de ce couple; celui qui est le plus attaqué prend au liquide l’électricité négative. Mais peut-on , en augmentant la surface du métal le moins attaqué, comparer et même surpasser l’action la plus vive de ce liquide sur l’autre métal? M. de la Rive, qui a étudié cette question , a reconnu que cela a lieu quelquefois quand la différence entre les propriétés chimiques des métaux est peu de chose , mais qu’en général la somme d’un grand nombre d’actions chimiques très-faibles, sous le rapport des effets électriques produits , ne peut jamais égaler une action chimique très-forte , lors même que celle-ci ne s’exercerait que sur une très-petite surface.
Des diaphragmes.
Puisqu’il est bien démontré que pour avoir un courant intense, en employant un circuit composé de deux métaux et de deux liquides différents , il est nécessaire que l'un des deux métaux soit attaqué par l’une des deux dissolutions, et que celles-ci réagissent lentement l’une sur l’autre , afin que les effets électriques produits dans cette réaction s’ajoutent avec ceux résultant de l’action du liquide sur le métal ; ces deux conditions ne peuvent être remplies qu’autant que les deux liquides sont séparés par un diaphragme perméable aux liquides ainsi qu’au courant. Ce diaphragme doit varier de nature et d’épaisseur suivant la nature des liquides et l'intensité du courant ; car plus celui-ci est intense, plus on peut donner d’épaisseur au diaphragme. Jusqu’ici on a employé sept espèces de diaphragmes, savoir : 1 * baudruche, vessie ; 2" peau, cuir tanné ; 3“ toile à voile à texture serrée , planches minces de sapin ou de bois à tissu fibreux ; 4° kaolin (argile exempte de chaux) ; 5” porcelaine dégourdie, terre demi-cuite comme celle des alcarasas; 6° têtes de pipe, creusets; plâtre gâché ; 7" enfin le carton légèrement goudronné. Nous allons passer en revue les avantages et les inconvénients de ces divers diaphragmes, dont plusieurs peuvent être avantageusement employés dans les applications de l'électricité aux arts.
La baudruche et la vessie sont les diaphragmes qui , en raison de leur peu d’épaisseur, opposent le moins de résistance à la transmission du courant ; ils ne peuvent servir que dans les expériences de recherches, et encore quand les solutions ne sont ni acides ni alcalines, ou qu’elles ne renferment aucuns sels d’or, d’argent ou de platine , dont les oxydes sont réduits par les matières organiques; car alors les