‹ Elements d'electrochimie appliquee aux sciences naturelles et aux artsChapitre 31 sur 111 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

de sorte que si l’on n’a pas égard aux changements dans la quantité d’électricité qui disparait, on ne peut pas dire que, dans les expériences, il n’y a de différence que celle provenant de la section et de la longueur de la colonne liquide, mais comme les résultats de M. Pouillet sont les seuls qui aient été obtenus avec un certain degré d’exactitude , nous avons dû les consigner ici.

Pour compléter ce qui concerne le pouvoir conducteur des corps, il ne reste plus qu’à examiner la relation existant entre la conductibilité électrique des corps non métalliques à l’état solide, et celle des corps à l’état liquide.

Les métaux possèdent cette propriété, que leur pouvoir conducteur ' pour l’électricité diminue à mesure que l’on élève leurtempérature; cela se conçoit : leurs éléments n’étant pas transportés par le courant , il en résulte qu’ils sont plus écartés, dès lors, le courant éprouve plus de difficulté à passer d’un élément à un autre. Ce fait est très-facile à vérifier par l’expérience. Supposons que l’on fasse passer dans un multiplicateur, par l’intermédiaire d’un fil de platine, un courant électrique, et que i’aiguille aimantée se trouve dans une position fixe ; si l’on vient à faire rougir le fil de platine en un point quelconque, on voit aussitôt l’aiguille aimantée rétrograder, ce qui annonce une diminution dans l’intensité du courant. Ainsi la chaleur, en dilatant les molécules du platine à la partie chauffée, n’a pas permis au métal de transmettre la même quantité d’électricité.

Dans les liquides , on retrouve des effets inverses , c’est-à-dire que la chaleur augmente le pouvoir conducteur. Les sels solides ne sont pas , ou du moins sont de très-mauvais conducteurs , tandis que les sels liquides facilitent le passage du courant, par cela même que leurs particules ayant plus de facilité à se mouvoir, peuvent être transportées plus aisément par le courant. Nous en avons un exemple dans l’eau , qui renferme quelques gouttes d’acide ; mais elle cesse d’être conductrice quand elle est solide. Et ce corps n’est pas le seul ; la potasse et la soude jouissent de la même propriété. Quand elles sont parfaitement desséchées après une forte calcination , elles ne conduisent pas, et ne reprennent leur faculté conductrice que lorsqu’elles sont légèrement humectées. Il faut dire que c’est l’hydrate qui est décomposé. Voici encore quelques exemples d’un autre genre :

Le chlorure de plomb solide ne conduit pas ; mais si on le tient en fusion au moyen d’une lampe à alcool, non- seulement il acquiert la propriété de transmettre le courant, mais encore il est décomposé. .

ÉLÉMENTS n’ÉLECTKO-CHlMIE.

Les chlorures d’argent, de potasse, etc., se comportent de même.

On doit , en outre, remarquer que les substances qui s'amollissent avant de se liquéfier, n’acquièrent le pouvoir conducteur que lorsque la liquéfaction en est entièrement effectuée. Le borax en est un exemple.

Il y a cependant des exceptions ; car il y a des corps qui ne sont conducteurs ni à l’état solide , ni à l’état liquide, tels que le soufre , le phosphore, l’iodure| de soufre, le biiodure d’étain, l’orpiment, le réalgar , le verre liquéfié. Mais néanmoins, si le verre contient un excès de plomb ou de potasse , il acquiert alors la propriété conductrice à l’état liquide.

En général, la liquéfaction confère un pouvoir électrique trèsgrand aux substances non métalliques. L’eau parait être celui de tous les corps dont le pouvoir conducteur soit le plus diminué par l’état solide. Sa conductibilité est d’environ cent fois moindre que celle des divers oxydes et des chlorures à l’état liquide.

M. Faraday pense que l’accroissement de pouvoir conducteur que reçoit l’eau quand on y dissout un sel , dépend de celui de ce sel à l’état liquide. 11 peut se faire aussi , en s’appuyant sur les principes énoncés précédemment, que cet accroissement soit dû à ce que le courant décompose plus facilement les sels que l’eau.

On a vu précédemment la chaleur diminuer le pouvoir conducteur des métaux, tandis qu’elle augmentait celui de diverses substances non métalliques. M. Faraday a trouvé un composé qui fait exception à la règle générale , c’est le sulfure d’argent, dont le pouvoir conducteur augmente, pour l’électricité voltaïque à petite tension , avec la chaleur. Quant aux autres sulfures métalliques , tels qu’on les trouve dans la nature , le proto et persulfure de fer , le fer arsenical , le double sulfure de cuivre et de fer, ils conduisent tous plus ou moins bien le courant à la température ordinaire ; mais la chaleur ne parait pas modifier en rien ce pouvoir.

M. Faraday, qui s’est beaucoup occupé d’expériences relatives aux relations qui existent entre le pouvoir conducteur des corps et l’action décomposante du courant, ayant remarqué que le protochlorure d’étain conduisait rapidement et était facilement décomposé, tandis que le perchlorure ne possédait aucune de ces deux facultés, et cela parce que ces deux composés ne diffèrent que par un atome de chlore , il supposa que les décompositions électro-chimiques étaient soumises à quelques luis sous le rapport de la composition atomique.

Les nombreuses expériences qu’il a faites à cet égard, tendent à

CHA.PITBE IV.

prouver que tous les corps qui peuvent être décomposés , quand ils se trouvent à l’état liquide , sont ceux formés de proportions simples de leurs principes constituants; mais , pour ce qui concerne les sels et les corps composés, la loi n’a pas le même degré de simplicité.

Il a de plus trouvé que les oxydes, les chlorures, les iodures, sont conducteurs et décomposés, à l’exception du chlorure d’antimoine et du periodure de mercure, tandis que plusieurs combinaisons doubles de ces éléments échappent à la loi.

La loi précédente, qui semble établir que les combinaisons formées de simples proportions atomiques sont conductrices et sont décomposées, n’est pas générale, car on peut citer des composés de cet ordre qui ne sont ni conducteurs ni décomposés ; tels sont le carbure de soufre, le chlorure de soufre, etc. Tout ce que l’on peut dire, c’est que les corps décomposables sont formés de proportions atomiques en nombre simple, tandis que la réciproque n’est pas vraie.

M. Matteucci a établi , en outre , les propositions suivantes :

Si un courant électrique décompose dans le même temps trois combinaisons mises séparément sur sa route, et dont la première renferme deux équivalents , la deuxième un équivalent avec deux équivalents , la troisième un équivalent avec trois équivalents, on trouve l’action chimique du courant sur chacune d’elles, mesurée par la quantité de ces trois combinaisons qui ont été décomposées , variant comme I 5 : J. Si , comme tout le démontre, l’action chimique du courant est proportionnelle au degré d’affinité des éléments qu’il a séparés , on doit en conclure que les degrés d’affinité, qui lient les deux éléments dans ces trois composés, de I à I, de 1 à 2, de 1 à 3 , sont comme les nombres 1 ^ 5. L’expérience suivante met en évidence la dernière .conséquence : si l’on fait passer un courant dans l’eau d’un voltaïmètre et dans du cbloimre d’antimoine fondu , on obtient pour l’antimoine réduit un nombre égal au ^ de celui adopté en chimie.

M. Matteucci a repris ensuite les recherches de M. Faraday relatives au rapport qui doit exister entre le pouvoir chimique du courant et l’affinité.

Ces recherches présentaient quelques difficultés, parce que le nombre des combinaisons fusibles à une température peu élevée, et composées d’un équivalent avec un équivalent, est très-limité, et qu’il ne pouvait mêler ses composés, vu qu’ils étaient à l’élat de fusion. Au lieu de faire partager le courant qui traverse le mélange de deux dissolutions en deux parties égales comme nous l'avons fait, il a divisé le courant principal en deux courants partiels ; voie! comment : le cou-

!38 KtKMENTS D’ÉLKCTRO-CHIMIE.

rant de la pile passait à travers de l’eau acidulée à 22” B, contenue dans un voltaimétre, et ensuite par deux arcs semblables de platine ; il se divisait entre deux voltaïmètres a et a', et les deux parties se réunissaient. Ensuite dans les deux voltaïmètres a et a' se trouvaient les composés qu’on voulait soumettre au passage du courant pour en étudier le pouvoir conducteur.

La somme des produits obtenus en a et a' était toujours équivalente à la quantité d’eau décomposée dans le grand voltaimétre. On a cherché si , en faisant varier l'intensité du courant , mesurée par le nombre de centimètres cubes des éléments gazeux de l’eau, dégagés dans un temps donné, on faisait changer le rapport de décomposition électro-chimique des deux liquides qui n’ont pas le même pouvoir conducteur, et qui sont contenus dans les deux voltaïmètres partiels. On a employé d’abord le môme liquide dans tous les voltaïmètres en faisant varier la quantité, d’acide sulfurique ajouté à l’eau. Si on a dans les deux voltaïmètres « et a' deux solutions d’eau et d’acide sulfurique, dont l’une soit plus conductrice que l'autre , et qu’on augmente l’intensité du courant, on trouve qu’une plus grande portion du courant passe par le voltaimétre qui contient l’eau plus acidulée. Voici la disposition adoptée dans les expériences :

Voltaimétre A. Eau acidulée à 1,232. Voltaïmètre a, idem. Voltaïmètre a', corps dont on voulait étudier le pouvoir conducteur avec celui de l'eau. Il faut avoir l’attention de ne faire passer le courant que lorsque les combinaisons sont à l’état de fusion complète, et placer les extrémités des lames de platine à la même distance dans tous les voltaïmètres. Pour ne pas peser chaque fois la quantité de métal séparée dans a', on mesure la quantité d'eau décomposée dans le voltaïmètre. La quantité de la combinaison décomposée en a' est équivalente chimiquement à la quantité d'eau qui forme la différence entre l’eau décomposée dans le voltaïmètre A et l’eau décomposée en O. Voici les principaux résultats qui ont été obtenus :

L’eau acidulée de a n’est pas décomposée lorsque le courant peut se partager entre elle et le protoxyde de plomb, le chlorure d’argent, l’iodure de plomb. De ce résultat et d’autres qu’on ne rapporte pas, M. Matteucci a conclu que l’eau la plus acidulée avec l’acide sulfurique est inférieure en pouvoir conducteur aux composés binaires du premier ordre essayés.

Dans le voltaïmètre a, il a substitué de l'acétate de plomb à l’état de fusion ignée, et l’a comparé à l’oxyde de plomb mis dans le voltaïmètre a'. — Résultats. — 12 centimètres cubiques eu A, 9 à 10

Page 1