‹ Elements d'electrochimie appliquee aux sciences naturelles et aux artsChapitre 46 sur 111 · ÉLÉMENTS D'ÉLECTRO-CHIMIE · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS D'ÉLECTRO-CHIMIE

quant avec le pôle positif, et dont l’extrémité se trouvait à 2 mill. de distance du mercure. Ils n’observèrent d’abord un dégagement de gaz que du côté positif; mais bientôt il se dégagea des bulles au-dessus du mercure. Peu à peu ce métal se gonfla, épaissit, prit une consistance butyreuse et une couleur blanc d’argent; son volume augmenta de cinq à six fois. En retirant cet amalgame, il se convertit rapidement en ammoniaque avec dégagement d’hydrogène, après quoi le mercure reprit son état naturel ; on se procure ainsi très-facilement ce composé en prenant un morceau de sel ammoniac dans lequel on pratique une petite cavité , où , après avoir mouillé le sel , on introduit une gouttelette de mercure que l’on met en relation , au moyen d’un fil de platine , avec le pôle négatif d’une pile , tandis que le sel lui-méme communique avec le pôle positif. On s’aperçoit alors que le globule de mercure augmente peu à peu de volume et finit par remplir toute la cavité. M. Berzélius expliqua l’effet produit en admettant que le mercure s’était combiné , comme dans l’expérience avec la potasse , avec un radical métallique auquel il donna le nom d’ammonium.

Davy adopta la théorie de M. Berzélius relativement à l’existence de l’ammonium ; mais il n’en fut pas de même de MM. Gay-Lussac et Thénard , qui , pour bien connaître la nature de cet amalgame, en firent l’analyse. L’ayant bien fait sécher, ils le mirent dans un flacon de verre, long et étroit, parfaitement sec et rempli d’air, et l’agitèrent pendant quelques minutes. La combinaison fut détruite, et les parties constituantes se séparèrent sans que l’air fût aucunement modifié. Ils en conclurent que l’amalgame ammoniacal ne pouvait exister que sous l’influence de la pile, et devait être considéré comme formé de mercure, d’hydrogène, d’ammoniaque, c’est-à-dire comme le résultat de la dissolution de ces deux gaz dans le métal.

M. Berzélius, qui ne partage point cette manière de voir, admet l’existence de l’ammonium, qui, selon lui, est un métal composé d’hydrogène et du radical présumé de l'azote, auquel il donne le nom de nitricum. 11 pense que lorsque, par l’oxydation, ce métal se convertit en ammoniaque , il se combine avec autant d’oxygène qu’il en faut pour convertir le nitricum, en azote. 11 résulte de là que lorsque l’alcali est décomposé à une haute température, le nitricum s’empare de l’oxygène , et l’hydrogène devient libre. L’ammoniaque serait ainsi l’oxyde d’un métal hydrogéné qui renfermerait 53,4 de métal et 46,6 d’oxygène; l’ammonium , 32,56 d'hydrogène, et 67,44 de nitricum.

CHAPITBE IV.

Cette manière de voir repose sur des probabilités que justifie ia théorie des proportions chimiques. Néanmoins, l’existence de l’ammonium, c’est-à-dire d’un métal hydrogéné, n’est pas encore démontrée. Nous ne pousserons pas plus loin cette discussion , dont nous n’avons fait mention ici que parce que l’amalgame ammoniacal qui l’a soulevée est un produit électro-chimique.

Pour suivre l’ordre que nous avons adopté , nous devrions maintenant présenter les propriétés électro-chimiques des sels ammoniacaux ; mais comme nous ne pouvons traiter chaque sel en particulier , nous préférons n’en pas faire mention dans ce moment , et continuer l’exposé des métalloïdes et leurs combinaisons , à l’exception cependant des sels, dont nous exposerons les généralités, sous le rapport électrochimique, quand uous aurons vu les métaux.

BIOXYDE d’HYDBOYGBNE OU EAU OXYGENEE.

Ce corps est intéressant à étudier électro chimiquement, par la facilité avec laquelle on observe les effets électriques pi’oduits dans sa décomposition. Il est incolore et sans odeur ; sa tension est plus faible que celle de l’eau ; on le concentre facilement dans le vide à la température ordinaire, au moyen de l’acide sulfurique. On n’a pu jusqu’ici le solidifler, quelque basse qu’ait été la température à laquelle on ait pu le soumettre.

Densité 1,453

Poids atomique...! „ ’

Le bioxyde d’hydrogène est décomposé par le contact d’un grand nombre de corps , d’où résultent des effets électriques qui indiquent la nature de sa décomposition. Nous allons entrer dans quelques détails sur ce qui se passe dans plusieurs circonstances. Nous n’agirons que sur des corps couducteurs, les seuls qui puissent nous servir. Tous les métaux, à l’exception du fer, de l’étain, de l’antimoine, du tellure, décomposent le bioxyde d’hydrogène. Commençons par ceux qui le décomposent sans s’altérer. On peut soumettre ces corps de deux manières à l’expérience : la première , qui donne les effets électriques les plus marqués , consiste à former des éponges métalliques analogue^ à celles de platine. Â l’une des extrémités du fil d’un galvanomètre on fixe une petite cuiller de platine , et à l’autre extrémité, une éponge métallique ; on verse dans la cuiller de l’eau renfermant 7 ou 8 fois

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son volume d’oxygène, et on y plonge l’éponge très-pure à la même température que la cuiller. Aussitôt, il y a autour de celle-ci une effervescence produite par le dégagement de l’oxygène résultant de la décomposition du bioxyde , puis un courant électrique allant de l’éponge au liquide , comme si le métal était attaqué. Ce courant est dû uniquement à cette décomposition ; car , si la chaleur produite dans cette circonstance était la cause du phénomène, l’éponge s’échau^'ant davantage devrait prendre l’électricité positive, tandis que c’est le contraire qui a lieu. Ainsi, les effets électriques observés sont réellement dus à la décomposition du bioxyde, et sont analogues à ceux que l’on observe dans les actions cjiimiques. Il n’est pas inutile de décrire la préparation des éponges métalliques. L’éponge de platine s’obtient en calcinant au rouge le chlorure de ce métal; les éponges d’or se préparent avec de la poussière d’or obtenue de la précipitation d’une dissolution aurifère , par le protosulfate de fer. On en met une certaine quantité dans un tube dont on élève la température jusqu’à ce que les parties adhèrent assez pour être solidifiées et former une petite masse que l’on puisse fixer à l’un des bouts du fil d’un multiplicateur.Les éponges d’argent, etc., s’obtiennent de la même manière que celles de l’or. Quant aux métaux oxydables, il faut réduire leurs oxydes au moyen de l’hydrogène dans une ampoule de verre chauffée avec une lampe à alcool , pendant qu’on y fait passer un courant de gaz. Pour opérer de la seconde manière , on peut, au lieu d’éponges , employer des lames métalliques sur la surface desquelles on répand des parties très-di visées du même métal, en élevant leur température pour les y faire adhérer ; dans tous les cas , il est indispensable que la cuiller et l’éponge , ou la lame recouverte, soient de même métal , afin qu’il n’y ait pas contact de métaux hétérogènes.

Examinons les effets électriques produits par le contact des métaux décomposant le bioxyde d’hydrogène, en absorbant une portion de son oxygène et dégageant l’autre. Ces effets proviennent de deux causes : 1° de la décomposition du bioxyde; 2“ de l’oxydation du métal ; le courant électrique est donc la somme ou la différence des deux courants partiels, selon qu’ils sont dirigés dans le même sens ou dans deux sens différents. Cette différence provenant de l’intensité d’un des deux courants , il est impossible d’indiquer d’une manière générale quelle est sa nature ; l’expérience seule peut la faire connaître. Seulement, la plupart du temps, le sens du courant est le même qu’en soumettant à l’expérience des métaux inoxydables.

Les effets électriques qui ont lieu dans la réaction des oxydes sur

CHÀPITBE IV.

le bioxyde d'hydrogène sont toujours dirigés dans le même sens , soit que ces oxydes se réduisent, se suroxydent, ou restent dans le même état. Prenons l'oxyde d’argent très-réductible dans son contact avec le bioxyde d'hydrogène. On répand une petite quantité de eet oxyde sur une bande de papier joseph suffisamment humectée pour qu'il y adhère; on la place sur une lame de platine à surface très-propre, et en relation avec l’extrémité du fil d’un multiplicateur. On plonge ensuite la lame et le papier dans une cuiller de platine contenant du bioxyde d’hydrogène, communiquant avec le multiplicateur. Il y a aussitôt courant électrique cheminant de l’eau oxygénée à l’oxyde , et par conséquent dans une direction opposée à celle du courant produit dans le contact du bioxyde avec un métal. On interprète ainsi ce résultat : Lorsque l’oxyde d’argent est en contact avec de l’eau oxygénée , il y a deux phénomènes produits : réduction de l’oxyde et décomposition du bioxyde d’hydrogène , lesquels donnent lieu chacun à un courant en sens contraire. En effet , le courant provenant de la réduction de l’oxyde d’argent va du bioxyde d’hydrogène à l’oxyde , attendu que l’argent, par suite de la réduction de son oxyde, dégage de l’électricité positive ; le bioxyde produit un effet contraire pendant sa décomposition ; voilà donc deux courants qui tendent à se détruire réciproquement. L’expérience seule peut indiquer celui des deux courants qui peut l’emporter sur l’autre. La potasse agit comme l’oxyde d’argent , quoiqu’elle ne soit pas réduite. On le prouve en prenant un fragment de potasse caustique que l’on enveloppe à moitié de papier Joseph , et que l’on fixe entre les branches d’une pince d’or communiquant comme ci-dessus. Aussitôt que la potasse a touché le bioxyde , il se manifeste un courant qui va de la potasse au liquide. Or, pendant cette action, il y a encore deux phénomènes ; dissolution de la potasse dans l’eau , et décomposition de bioxyde. 11 y a donc deux courants qui s’ajoutent ou qui se retranchent , suivant qu’ils cheminent dans un même sens ou dans un sens opposé.

Dans ces expériences, on ne saurait trop se mettre en garde contre les effets tbermo - électriques produits quand les lames de platine recouvertes de poussières métalliques s’échauffent. Le mieux est de placer ces poussières à l’un des bouts d’une longue bande de papier joseph humide, ayant son autre bout appuyé sur la lame de platine.

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