CHAPITRE II
tement, toutes les fois que les molécules d’une surface peuvent vibrer avec plus de facilité que celles d’une autre surface contre laquelle on la frotte, ces molécules ont une tendance à prendre l’électricité négative. C’est pour ce motif que lorsque l’on frotte un morceau de verre à la température ordinaire contre un morceau de verre semblable , mais dont la température est plus élevée , le dernier, dont les molécules sont plus écartées et dans lesquelles la force de cohésion est diminuée , a une tendance à prendre l’électricité négative.
Ces préliminaires bien compris, passons aux effets électriques produits dans les actions mécaniques.
Lorsqu’on ciive rapidement une lame de mica dans l’obscurité, on aperçoit une faible lueur phosphorique , qui est toujours accompagnée d’un dégagement d’électricité. On trouve effectivement que chacune des faces séparées possède un excès d’électricité contraire dont l’intensité est d’autant plus grande que la séparation a été plus rapide. Ce phénomène a}'ant toujours lieu , quelque mince que soit la lame de cuivre , on peut en conciure qu’il se reproduirait encore à la limite, c’est-à-dire, s’il était possible de séparer l'une de l’autre deux molécules. Ces faits prouvent deux choses : 1“ que les molécules possèdent au moins deux faces douées de facultés différentes , car, sans cela, on ne verrait pas pourquoi une des lames donnerait une électricité et l’autre lame l’électricité contraire ; 2° que chacune de ces faces manifeste une polarité électrique à l’instant où l’on détruit la force d’agrégation. Les actions chimiques, comme nous le prouverons, conduisent aux memes conséquences. On trouve la même propriété dans toutes les substances rangées parmi les corps mauvais ou médiocres conducteurs. Ou peut donc poser en principe que toutes les fois que l’on sépare deux molécules réunies en vertu de la force d’agrétion , chacune d’elles emporte un excès d’électricité contraire, pourvu toutefois que les corps auxquels elles appartiennent ne soient pas tellement bons conducteurs que la recomposition des deux électricités devenues libres suive immédiatement leur séparation.
Pour réussir dans ces expériences, il faut enlever aux cristaux la couche d’eau hygrométrique, qui adhère ordinairement à leur surface, et porter rapidement les parties séparées dans l’électroscope de Coulomb.
Deux lames de mica détachées du même cristal, rapprochées l’une de l’autre et légèrement pressées jus((u’à les faire adhérer, sortent de la compression chacune avec l’état électrique qu’elle possédait à l’instant du clivage. L’effet est particulièrement marqué quand on
32 ÉLÉMENTS d’ÉLECTRO-CHIMIE.
élève légèrement la température de la lame qui possédait l’état négatif en sortant du clivage.
Il est facile d’expliquer maintenant pourquoi l’on ne peut recueillir d’électricité libre quand on broie, dans un mortier d’agate , des cristaux de substances conduisant mal lelectricité, car il y a recomposition immédiate des deux électricités contraires dégagées sur deux lamelles contiguës. C’est par le même motif que l’on n’obtient aucun effet électrique lorsque l’on brise des corps cristallisés irrégulièrement ou formés de parties groupées confusément, comme des tubes de verre, des bâtons de gomme laque, etc., etc. On conçoit de même pourquoi l'on n’observe aucun signe d’électricité libre dans le clivage d’un cristal conducteur de l’électricité, comme la galène, les pyrites et autres, attendu que la vitesse de séparation ne peut jamais être assez grande pour empêcher la recomposition des deux électricités à l’instant où elles se séparent. A défaut d’électricité libre, on pourrait constater la présence de cet agent au moyen des effets électriques de mouvement : à cet effet, le cristal devrait être mis en communication par deux points avec les bouts du iil d’un galvanomètre. Il est infiniment probable qu’en clivant rapidement le cristal, les deux électricités provenant de la destruction de l’attraction moléculaire, en suivant le Iil pour se recombiner, produiraient un courant qui réagirait sur l’aiguille aimantée.
Passons aux effets électriques produits lors de la destruction de l’attraction moléculaire entre deux substances hétérogènes. Si l’on verse dans un verre conique, préalablement chauffé, du soufre en fusion, et que l’on plonge dedans avant qu’il soit refroidi un tube de verre, pour retirer le soufre du verre, on trouve, après la solidification, que, lorsque l’on enlève le cône de soufre, le verre possède un excès d’électricité négative, et le soufre un excès d’électricité contraire. Le chocolat, l’acide pbosphorique, après leur solidification dans un verre, donnent des effets semblables, ainsi que le proto-chlorure de mercure lorsque, l’ayant fait sublimer dans le col d’un matras, on en sépare rapidement quelques portions avec un tube isolant, à l’extrémité duquel se trouve un peu de cire molle. Nul doute que, dans ces expériences, l’effet ne provienne de la destruction de l’attraction exercée par les molécules des deux surfaces qui adhèrent l’une à l’autre. On est porté à croire que, lorsque le soufre s’attache au verre, il y a également production d’effets électriques que l’on ne peut reconnaître à l’aide de l’expérience , mais ([ui doivent être en sens inverse des précédents.