CHAPITRE II
Nous sommes conduit naturellement à parler du dégagement d’électricité par pression, c’est-à-dire, des effets électriques qui ont lieu quand on presse deux corps l’un contre l’autre jusqu’au point de les faire quelquefois adhérer.
Libes est le premier qui ait observé qu’en posant sur un disque de bois recouvert de taffetas enduit d’une couche de résine élastique, un disque de laiton fixé à un manche de verre , avec la précaution de ne lui faire éprouver aucun frottement , si l’on presse légèrement le taffetas gommé, le disque de métal prend un excès assez considérable d'électricité négative ; les effets sont inverses en pressant avec frottement; des disques d’argent, de zinc, etc., ont donné des effets semblables. Cette différence entre les effets de presion et ceux de frottement est des plus remarquables , et n’a pu être expliquée jusqu’ici.
Plus tard, Haüy trouva qu’un cristal de spath d’Islande et quelques autres substances minérales jouissent de la propriété de devenir électriques parla simple pression des doigts; mais cette propriété n’est pas aussi restreinte qu’il le pensait, car elle appartient à tous les corps, même à ceux qui sont conducteurs, pourvu qu’ils soient isolés. Pour mettre le fait en évidence, ou forme, avec les substances que l’on veut essayer, de petits disques d’une épaisseur de quelques millimètres que l’on adapte à des manches parfaitement isolants; on prend un manche dans chaque main, et l’on presse les disques l’un contre l’autre ; après les avoir retirés du contact, on les présente au disque de clinquant de l’électroscope de Coulomb préalablement électrisé ; on trouve alors que les deux corps possèdent chacun une électricité contraire, pourvu toutefois que le corps soit mauvais conducteur : le liège et le caoutchouc, pressés l’un contre l’autre, donnent, le premier l’électricité positive, le second l’électricité négative.
Les substances minérales cristallisées ayant un aspect vitreux, telles que la chaux sulfatée, la chaux fluatée , la baryte sulfatée , prennent l’électricité positive quand elles sont pressées avec le disque de liège. Des fruits, tels que l'orange, comprimés par un disque de même nature , lui communiquent , au contraire, un excès d’électricité positive ; à mesure que le fruit se dessèche et perd de son élasticité, la faculté de s’électriser diminue. Plusieurs causes tendent à modifier le dégagement de l’électricité par pression : la première est le plus ou moins de conductibilité des corps. Si l’on emploie, par exemple, un disque de moelle de sureau et un disque de métal , il n’y a aucun
ÉLÉMENTS d’ÉLECTBO-CHIHIB.
effet produit, et il en est encore de même toutes les fois que des substances pressées sont conductrices de l'électricité. 11 parait qu’à l’instant où l’on exerce la pression, il se forme un nouvel état d’équilibre entre les deux fluides qui composent le fluide naturel des molécules en contact : tant que dure la pression, ces deux fluides sont neutralisés l’un par l’autre; ainsi, malgré leur attraction réciproque, leur tendance à passer d’un corps dans l’autre, ils trouvent dans la pression une force qui neutralise ces deux actions. Quand les corps sont bons conducteurs , dès l’instant qu’une diminution de pression a lieu, les deux fluides se recombinent instantanément, quelle que soit la vitesse de séparation , tandis que, lorsque l’un d’eux n’est pas bon conducteur, une diminution de pression n’entraine pas immédiatement la recomposition des deux électricités , laquelle met plus ou moins de temps à s’effectuer, suivant le degré de conductibilité des deux corps pressés. L’expérience suivante met en évidence l’influence de la vitesse de séparation dans les effets électriques de pression :
Pressez un disque de liège sur une orange, et retirez-le ensuite vivement, il emporte avec lui un excès d’électricité positive assez considérable ; mais si on ne le retire que lentement , on trouve que cet excès va en diminuant ; et si la vitesse de séparation est très-lente , elle devient à peine sensible.
La chaleur modifie les phénomènes de pression. Si l’on prend on bouchon de liège bien sec, et qu’on le coupe par la moitié avec un instrument tranchant, en pressant les deux parties séparées l’une contre l’autre, assez ordinairement elles prennent chacune un excès d’électricité contraire; mais il arrive souvent aussi qu’elles ne sont pas électrisées: Si l’on élève de quelques degrés la température de l’un des deux disques, celle de l’autre restant constante, on trouve que la partie chauffée prend à l’autre l’électricité négative. Deux morceaux de spath d’Islande , à la même température , ne sont pas électriques par pression; mais il suffit d’une différence très -légère pour leur donner celte faculté. A température égale, les deux disques de liège ne doivent leurs facultés électriques de pression qu’à une différence dans l’état de leur surface : celle qui a le plus d’aspérités prend toujours à l’autre l’électricité négative. L’état des surfaces dans les corps mauvais conducteurs influe aussi sur leur qualité conductrice, car le spath d’Islande , qui est rangé parmi les corps les plus mauvais conducteurs (puisqu’il conserve pendant des semaines entières l’électricité qu’on lui a communiquée), devient suffisamment bon conduc-