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II. — Plancher du cerveau intermédiaire

Le cerveau intermédiaire, ainsi appelé parce que, dans le schéma de l’encéphale à cinq vésicules, il est interposé entre le cerveau moyen et le cerveau antérieur proprement dit, a reçu aussi les noms de diencéphale, entr encéphale, qui ne sont que la traduction de la dénomination précédente. Le terme de thalamencéphale, aussi employé, rappelle que cette région encéphalique a principalement pour paroi une masse nerveuse puissante que nous avons appelée déjà le thalamus (1).

Le cerveau intermédiaire de l’embryon est très volumineux, par rapport à letendue qu’occuperont chez l’adulte les parties qui en dérivent; il n'éprouvera donc, au cours du développement, qu’un faible accroissement. Il offre un diamètre dorso-ventral plus considérable que le diamètre antéro-postérieur ; il est en même temps passablement rétréci dans le sens transversal. Son plancher, plus ou moins fortement incliné en bas et en avant, est plus long que la voûte, laquelle est à peu près horizontale. Il en résulte que la hauteur maxima de cette région du cerveau est en avant, tandis qu’elle est moindre en arrière, à l’union du cerveau intermédiaire avec le cerveau moyen.

Nous étudierons successivement le plancher, les parois latérales et la voûte du cerveau intermédiaire.

(1) His a donné au terme de thalamencéphale une signification plus restreinte. Il désigne par là une partie seulement du cerveau intermédiaire ou diencéphale, comprenant (fig. 237) les compartiments V2, V3, V4, situés tous trois au-dessus de l’axe cérébral, mais pas le compartiment V1, placé au-dessus de l'axe. De même, nous verrons plus tard que pour lui les termes de cerveau terminal ou télencéphale et d’hémisphères cérébraux ne coïncident pas ; les hémisphères cérébraux sont l’ensemble des régions VI2, VI3, VI4 du télencéphale, mais ne renferment pas la région télencéphalique VI1.

§ 1 . — Forme extérieure du plancher du cerveau inter médiaire. — Comme on vient de le voir, le plancher du çerveau intermédiaire se dirige en bas et en avant et atteint son point le plus déclive au niveau de ce que l’on appelle V entonnoir ou infundibulum ;la paroi antérieure de cet entonnoir n’appartient plus déjà au plancher du cerveau, mais à sa paroi frontale, car elle n’est autre que la lame terminale. Sur une vue de profil du cerveau qui est plus instructive qu’une vue de la face inférieure même, on constate que le plancher du cerveau intermédiaire présente deux parties bien distinctes (fig. 241) : l’une, postérieure, fortement

Fig. 241. — Vue latérale du cerveau d’un embryon humain de 4 semaines et demie (reconstruction de

coupes), d’après His.

Hc, hémisphère cérébral. — loa, lop, lobes olfactifs antérieurs et postérieurs. — It, lame terminale. — Ci, cerveau intermédiaire. — lp, lobe pinéal. — th, thalamus. — sth, région sous-thalamique. — pst, pédicule du corps strié. — ro, recessus opticus. — ri, recessus infundibuli. — te, tuber cinereum. — hy, hypophyse. — em, éminence mamillaire. — ■ Cm., cerveau moyen. — I, isthme. — ce, cervelet. — ma, moelle allongée. — fsm, fosse supramamillaire. — fl, fosse de Tarin ou interpédonculaire.

oblique en bas et en avant, adossée au versant antérieur du pilier moyen du crâne, est la région mamillaire; l’autre, antérieure, presque horizontale, reposant sur la partie antérieure de la base du crâne, est la région infundibulaire . Ces deux parties forment entre elles un angle d’abord obtus, qui devient droit vers la fin

RÉGIONS MAMILLAIRE ET INFUNDIBULAIRE

du deuxième mois de la vie fœtale et qui finit même par être aigu.

La région mamillaire se distingue surtout par une protubérance bien marquée, V éminence mamillaire (cm), qui se continue de chaque côté, en avant et en haut, par deux bourrelets divergents, les « arcs intermédiaires ». Au-dessus de l’éminence mamillaire le plancher cérébral offre une profonde dépression, la fosse supramamillaire ( fsm ), qui coiffe la courbure antérieure du pilier moyen d u crâne ; nous avons décrit plus haut (voir chap. 4) une « fosse de Tarin » ou « fosse interpédonculaire » (fi), qui correspond d’autre part à la courbure postérieure du même pilier du crâne. Au-dessous de l’éminence mamillaire vient une sorte de sac ; c’est le futur tuber cinereum (te).

La région infundibulaire (ri, ro), qui se délimite de la précédente par un léger retrait de la paroi cérébrale, a, comme son nom l’indique, la forme générale d’un entonnoir, c’est-à-dire d’un cône fortement tronqué. On doit donc y distinguer, sur la vue de profil, une paroi antérieure, une paroi postérieure et une troncature. Cette dernière, dirigée obliquement en bas et en avant, se moule sur la poche hypophysaire, qui lui est sous-jacente et à laquelle elle est accolée. Au-dessus de l’angle antérieur que laissent entre elles la troncature et la paroi antérieure, se voit le lieu d’implantation de la vésicule optique. Au-dessus de l’angle postérieur de la troncature, se forme une légère évagination, point de départ de l'infundibulum hypophysaire , diverticule cérébral qui entrera en connexion intime avec Thypophyse pharyngienne. Nous avons dit déjà que la paroi antérieure de la région infundibulaire n’est autre que la lame terminale. Quant à la paroi postérieure, elle est absorbée en majeure partie par la formation de rinfundibulum hypophysaire. La description qui précède, empruntée à His, s’applique particulièrement à l’Homme.

Chez les Mammifères autres que l’Homme, la configuration extérieure du cerveau intermédiaire est la même, autant que nos connaissances nous permettent de l’établir (Mihalkovics, Lôwe).

Chez les Oiseaux et les Reptiles, il en est à peu près de même. Mais chez les Vertébrés plus inférieurs, le plancher du cerveau intermédiaire offre, surtout chez les Poissons osseux et les Ganoïdes, une conformation passablement différente de celle que

nous venons de voir. Ce plancher, qui est fort mince, se soulève fortement en une expansion puissante, le lobe 'infundibulaire des auteurs, assez importante pour que Miklucho-Maclay l’ait désignée sous le nom de cerveau inférieur : expression que Kupffer traduit parcelle d 'hyp encéphale, en faisant du lobe infundibulaire une partie cérébrale de voleur morphologique égale à celle des hémisphères cérébraux eux-mèmes qu’il nomme, nous le savons, « épencéphale ». C’est cette même expansion diverticulaire qu’Edinger a désignée chez les Sélaciens sous le nom de saccus infundibuli , et que Goronowitsch appelle, chez les Ganoïdes et les Poissons osseux, lobus infundibuli (fig. 242, lin). Sous ces divers

Fig. 242. — Cerveau d’un embryon de Saîmo salar, montrant He fort développement du lobe infundibulaire (d'après Goronowitsch). .

Ce, cervelet . — cm, cerveau moyen puissamment développé. — ep, épiphyse. — hc, hémisphère cérébral. — U, lame terminale. — po, pédicule optique. — lin, lobe infundibulaire ( lobus infundibuli).

noms, les auteurs précités ont compris une région étendue depuis le plancher du cerveau moyen jusqu’à la région optique (ehiasma et recessus optique). His a précisé la situation de l’expansion cérébrale inférieure des Poissons à laquelle il donne un autre nom ; son saccus vasculosus (qui nous paraît correspondre au lobe infundibulaire des auteurs) se formerait en effet, d’après lui, dans un endroit limité, aux dépens de cette même région qui constitue ailleurs le tuber cinereum ; il serait tout à la fois distinct de l’éminence mamillaire, située plus haut et en arrière, et de Pinfundibulum, placé plus bas et en avant.

On a discuté beaucoup sur la valeur morphologique de la

RÉGION INFUNDIBULAIRE DES VERTEBRES INFERIEURS

région infundibulaire. L’apparition tardive de cette expansion cérébrale (dix-huitième jour chez le Saumon) en fait, d’après Goronowitsch, partageant en cela l’opinion de Gotte, une acquisition secondaire du cerceau des Vertébrés. Au contraire, W. Muller, en montrant que toute la région infundibulaire se réduit de plus en plus, quand partant des Poissons on s’élève dans la série des Vertébrés, semblait se prononcer pour le caractère primitif et par conséquent la haute valeur morphologique de cette formation. Nous venons de voir que Miklucho-Maclay et Kupffer ont conclu dans le même sens.

Le lobeinfundibulaires’accroîtincessammentavec les progrès de la courbure céphalique du cerveau, comme on l’a généralement constaté. Cependant Kupffer dit que l'accroissement considérable

Fig. 243. — Contours de l’hypophyse et de la lumière de Vinfundibulum chez une larve de Salmo salar de 19 millim. de long ; en coupé transversale (d’après Lundborg).

A, coupe passant par le milieu de l’hypophyse ; B et C, coupes menées par un plan postérieur. — hy, hypophyse. — in, infundibulum. — U, U, lohes inférieurs. — gin, glande infundibulaire (sac vasculaire des auteurs).

qu’éprouve l’hypencéphalechez l’Esturgeon et les autres Vertébrés inférieurs n’a rien à voir avec l’accentuation de la courbure céphalique du cerveau. Selon lui, il y a croissance secondaire, absolument propre et spontanée, de l’hypencéphale, qui s'allonge en arrière et en haut; loin d’être la conséquence de l’incurvation céphalique du cerveau, l'accroissement du lobe infundibulaire produit une nouvelle courbure cérébrale, la « courbure unciforme » des auteurs, dont l’axe vient se terminer à l’extrémité même du lobe infundibulaire.

Dans un stade plus avancé, le plancher du cerveau intermédiaire des Poissonset des Amphibiens se complique encore plus ou moins complètement par la production de plusieurs tubérosités aux dépens du lobe infundibulaire; ces tubérosités donnent lieu

aux lobes inférieurs (lobi inferiores) d’une part, au sac vasculaire (saccus vasculosus) d’autre part (fig 243, li , li , gin ) (1). Nous donnons ci-après les résultats acquis à la science sur le développement de ces deux organes.

Développement des lobes inférieurs et du sac vasculaire. — D’après les recherches de Kupffer sur l’Esturgeon, ces formations prennent naissance comme il suit : l’hypencéphale se divise en deux parties superposées, le « sac dorsal » et le « sac ventral » ; le sac dorsal émet les diverticules latéraux qui sont les lobes inférieurs ; le sac ventral, qui acquiert une paroi très mince, se divise en deux lobes formant ensemble le sac vasculaire.

Mc Intosh et Prince, Holt, David et Lundborg, dans ces derniers temps, ont étudié le développement de la région infundibulaire.

Mc Intosh et Prince, ainsi que Holt, se bornent à dire que l’infundibulum émet des expansions latérales qui seront plus tard les lobes inférieurs; il s’étend d’autre part en arrière sous forme d’un sac à paroi mince et plissée (qui est sans doute le sac vasculaire).

D’après David, chez Leuciscus eryophthalmus , on voit de chaque côté de l’infundibulum des appendices symétriques prendre naissance, formant les deux lobes inférieurs, que l’auteur nomme « lobes latéraux » ; dans les sillons qui les séparent se forme le sac vasculaire; en arrière de l’infundibulum, les lobes latéraux sont séparés par des recessus du tuber cinereurn, que l’auteur appelle «lobes médians », et qui sont souvent confondus en une masse impaire ; ces recessus, connus déjà de Herrick, communiquent, ainsi que ce dernier l’a montré, avec le sac vasculaire, ou plutôt, d’après David, avec un diverticule de l’infundibulum lui -même. Dans le cours du développement, les lobes latéraux s’accroissent fortement en arrière, dépassant les lobes médians. Quant à la signification de ces organes, David, d’accord avec His et Herrick, considère les lobes inférieurs, et spécialement les lobes latéraux, comme des évaginations de la paroi postérieure du tuber cinereum, mais s’oppose à la comparaison qu’Herrick a faite de ces lobes avec les corps mamillaires.

Lundborg a donné quelques faits relatifs à la formation du sac vasculaire chez le Saumon. La paroi de Einfundibulum, réduite d’abord à une seule assise cellulaire, s’épaissit ; et de cet épaississement naissent à droite et à gauche les lobes inférieurs. La partie la plus reculée de l’infundibulum s’isole ensuite sous la forme d’une vésicule allongée verticalement, qui devient le sac vasculaire.

(1) Ce terme « sac vasculaire » est employé cette fois avec le sens qu'on lui donne en anatomie comparée, et non plus avec la signification morphologique que His lui a attribuée.

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