IV. — Voûte du cerveau intermédiaire
La voûte du cerveau intermédiaire se caractérise très bien, parce qu’elle reste définitivement dans sa plus grande étendue à l’état épithélial, épendymateux. Elle s’oppose par ce caractère au plancher du cerveau intermédiaire, qui ne conserve la constitution épendymateuse qu’en certains endroits, et surtout aux parois latérales qui deviennent des masses nerveuses puissantes. La voûte épendymaire du cerveau intermédiaire, réduite à une simple couche de cellules épithéliales dans la plus grande partie de son parcours, s’adosse à la pie-mère et constitue unie à elle, la toile choroïdienne supérieure ou toile du troisième ventricule, ainsi nommée pour la distinguer de la toile choroïdienne inférieure qui forme le toit du quatrième ventricule. A l’ensemble de la voûte du cerveau intermédiaire Burckhardt a donné le nom de plaque pariétale ou du verteæ (Scheitelplatte de His),par opposition avec la plaque du plancher (Basalplatte) . Cette plaque pariétale n’est autre que la portion de la plaque recouvrante du tube nerveux, qui apparlientau cerveau intermédiaire.
La plaque pariétale s’étend sur les coupes sagittales du cerveau (fig. 265) depuis un tractus transversal de fibres commissurales, la commissure postérieure (cp), qui la sépare de la voûte du cerveau moyen, jusqu’à une légère encoche de la face interne de la paroi cérébrale (m),qui marque sa séparation d’avec la lame terminale (< U ), c’est-à-dire d’avec la paroi frontale ou terminale de l’encéphale. La commissure postérieure, qui nous occupera plus tard, apparaît de très bonne heure et se présente d’une façon constante chez les Vertébrés ; c’est donc une partie morphologiquement importante de l’encéphale. Quant à l’encoche dont il vient d’ètre
VOUTE DU CERVEAU INTERMEDIAIRE
question, elle n’est autre que ce que nous connaissons déjà sous le nom de « lobe olfactif impair » (Kupffer), dernier vestige du neuropore antérieur; c'estlà aussi, d’après Kupffer et Burckhardt, une région de première importance dans la morphologie du cerveau ; car elle ne ferait défaut à aucun embryon de Vertébré. Burckhardt, bien que souscrivant aux idées de Kupffer sur le lobe olfactif impair, abandonne cette expression, parce que la région ainsi dénommée n’a pas la forme d’un lobe et n’a rien à faire avec la fonction olfactive, et la remplace par celle de recessus neuro poricus (par allusion à la coïncidence avec le neuropore) et de recessus interolfactorius (à cause de la position entre les deux narines) (fig. 265, rn).
La voûte du cerveau intermédiairedonne naissance à d’importants diverticules, dont nous étudierons le mode de formation et la constitution dans un chapitre spécial ; ce sont l’organe pinéal ou pariétal, l’épiphyse, auxquels on peut ajouter la paraphyse. Nous nous bornerons pour le moment à marquer la place
de ces formations dans l’ensemble de la voûte du thalamencéphale.
La configuration extérieure de la voûte du cerveau intermédiaire chez de jeunes embryons n’a été décrite d’une manière détaillée
dm
Fig. 262. — Vue dorsale du cerveau d’un embryon humain de 13,6 millim., les ventricules latéraux étant ouverts (reconstruction de coupes ) (d’après His). tqa, tubercule quadrijumeau antérieur. — lp, lobe pinéal. — cg, corps, genouillés. — am, sillon et pli d’Ammon. — ch, sillon et pli choroïdien. — lop, lobe olfactif postérieur. — sa, sillon arqué. — bo, partie bulbaire du lobe olfactif.
que par His chez des embryons humains du début de la cinquième semaine. Cette voûte, d’après la description de His, est convexe, soulevée même en arrière, du côté du cerveau moyen, en une éminence qui est le lobe pinéal, première ébauche delà glande pinéale, et qui se sépare par un sillon assez profond de la voûte du cerveau moyen (fig. 262, Ip). Une crête médiane prolonge en avant l’éminence pinéale; cette crête s’efface de plus en plus et finit par disparaître vers l’extrémité antérieure du cerveau intermédiaire. De l’éminence partent en outre deux bourrelets longitudinaux qui divergent en V, et qui laissent entre eux au-devant de l’éminence une surface triangulaire ; ces formations donneront la partie habénulaire du lobe pinéal ( pars habenularis ), appelée aussi ganglions ou triangles de Vhabenula.
Les changements extérieurs que subira ultérieurement la voûte du cerveau intermédiaire chez l’Homme et chez les autres Mammifères, et les variations de configuration externe qu’elle offre dans les divers types de la série des Vertébrés, seront examinés avec avantage plus loin dans le paragraphe consacré à l’étude de l’appareil pinéal, parce qu’ils dépendent surtout du développement et de la conformation variables de cet appareil.
Bien que les diverses parties dont se compose la voûte du cerveau intermédiaire présentent des différences assez notables chez les divers animaux, pouvant être rudimentaires chez l’un, très développées au contraire chez un autre, on est arrivé néanmoins à retrouver sous ces différences des homologies évidentes. Le tableau ci-après exprime, dans la mesure du possible, ces homologies. Les différentes parties, énumérées avec la désignation variable qu’elles ont reçue des embryologistes, sont rapportées à celles que Burckhardt a distinguées ; la nomenclature de cet auteur est prise pour type, parce qu’il a le mieux détaillé la constitution de la voûte du cerveau intermédiaire (1).
Les figures 263-266 sont destinées à donner une idée de la disposilion variable des diverses parties énumérées dans le tableau précédent ; elles représentent des coupes sagittales de la voûte du thalamencéphale chez l’Esturgeon (lig. 263), chez le Sçyllium
(1) Dans ce tableau (voir pages 570-571), les initiales correspondent aux auteurs cités en tête de la même colonne.
VOUTE DU CERVEAU INTERMEDIAIRE
canicula (fïg. 264, A), le Protoptère (fig. 264, B), Ylchthyophis glutmosus (fig. 264, G), chez la Lamproie (fig. 265, À), le Lézard
Fig. 263. — Coupe sagittale et médiane du cerveau ’ d’une larve d'Acipenser sturio âgée de trois Jours
(d’après Ktjpffer) .
A. Cerveau antérieur primaire ou précerveau. — M, cerveau moyen. — P, cerveau postérieur. — p, cerveau intermédiaire prœpinéal ou parencéplialon. — e, cerveau proprement dit ou épencéplialon. — h, cerveau inférieur ou hypencéphalon (région infundibulaire). — epz, épiphyse postérieure ou pinéale. — pd, pli cérébral dorsal. — pv, pli cérébral ventral. — (p/ tubercule postérieur. — vt, vélum transversum du cerveau antérieur. — c, ébauche du cervelet. — cp, commissure postérieure. — ca, commissure antérieure. — ch, chiasma et commissure post-optique. — ro, recessus optique. — sd, sinus dorsal. — sv, sinus ventral (futur sac vasculaire) de l’hypencéphalon. — si, sinus post-optique. — lo, lobe olfactif impair. — po, plaque olfactive médiane. — hy, hypophyse. — da, disque adhésif. — b, bouche. — cd, corde dorsale.
(fig. 265, B), la Corneille (fig. 265, C) et enfin chez le Hareng (fig. 266).
L’Ammocète nous servant de point de départ, voici quelle est la description de Burckhardt. Au-devant de la commissure posté-
Tableau synonymique des diverses r< c
BURCKHARDT Ammocète. Ichthyophis. Reptile.
Protoptère. Oiseau.
Homme.
KUPFFER
Ammocète.
Esturgeon.
Ahlborn
SïUDNICKA
Shipley
Petromyzon .
Hoffmann
Salmonidés.
Mayser
Téléostéens.
Holt
Hareng.
Commissure
postérieure
Id.
Id.
Id.
Id.
Pièce
intermédiaire
Id.
Diencéphalon, cerveau intermédiaire post-pinéal
Labium
invaginatum
Épiphyse œil pinéal
Épiphyse postérieure ou post-pinéale
Organe pinéal (ST) Vésicule sup. (a) Organe
parapinéal (ST) Vésicule inf. (A)
Épiphyse
Corps pinéal (incomplet) divisé
en 2 vésicules
Commissure supérieure (de Bellonci et d’Osborn)