CHAPITRE II
Principes de l’organogenèsc.
Nous avons vu dans le chapitre précédent et avec plus de détails dans le tome 1er de cet ouvrage que le développement de l’embryon s’accomplit en plusieurs grandes étapes, dans chacune desquelles le rudiment embryonnaire prend une forme et offre une constitution de plus en plus complexes. Nous avons quitté l’ébauche de l’embryon à une époque où plusieurs organes, que Ton peut appeler organes primordiaux embryonnaires, déjà bien distincts et parfaitement caractérisés, constituent cette ébauche. Ce sont : le système nerveux, qui a la forme d’un tube ; l’épiderme, une surface épithéliale ; le tube digestif ; la corde dorsale, un cordon cellulaire; l’épithélium mésodermique, membrane épithéliale qui entoure lecœlome ; l’organe mésenchymateux enfin, masse cellulaire lâche à laquelle on peut se refuser peut-être à attribuer la valeur d’un organe embryonnaire univoque, en raison de l’origine diversifiée (v. p. 17) de ce soi-disant organe.
Si, parcourant le développement de l’individu- Vertébré, l’ontogenèse du Vertébré en un mot, remontant la série des phases par lesquelles a passé le rudiment embryonnaire pour arriver à l’état où nous le trouvons actuellement, nous nous adressons à un stade antérieur de son développement, nous voyons que les divers organes primordiauxqui viennent d’être énumérés ont leur origine dans trois organes plus primitifs encore, étalés à la manière de feuillets épithéliaux, les feuillets blastodermiques (ectoderme, entoderme, mésoderme), et aussi dans une masse cellulaire, le germe mésenchymateux, qui n’est autre qu’une partie des cellules embryonnaires n’ayant jamais offert l’arrangement épithélial. Remontant encore dans le développement ontogénétique, nous nous trouvons
PRINCIPES DE l'oRGANOGENÈSE
en présence d’une forme remarquablement simple du germe qui contient l’ébauche de l’embryon; cette forme est la gastrula, typiquement constituée par deux feuillets blastodermiques primaires, dont l'un entoure l’autre et qu’on nomme feuillet externe primaire et feuillet interne primaire, et représentée dans des cas apotypiques (dérivés du type) par un feuillet épithélial, le feuillet externe primaire, appelé aussi blastophore, et par une masse en partie seulement épithéliale et même cellulaire, pour le reste réduite à des noyaux et surchargée de vitellus, le feuillet interne primaire, nommé aussi lécithophore. Plus haut encore nous arrivons à un germe toujours plus simple, ayant la forme d’une sphère cellulaire, la blastula, germe en apparence composé de cellules toutes semblables, mais où l’on peut cependant reconnaître une différenciation consistant en ce que certaines cellules qui d< viendront le feuillet externe primaire ont des caractères morphologiques quelque peu distincts de ceux que présentent les autres cellules destinées à fournir le feuillet primaire interne.
Telle est, esquissée à très grands traits, la série remontante des phases parcourues dans le cours de l’ontogenèse d’un Vertébré jusqu’à l’œuf fécondé ou première cellule embryonnaire, en prenant pour point de départ une ébauche embryonnaire où les organes primordiaux sont déjà différenciés. Cette série ontogénétique, suivant la loi fondamentale biogénétique posée par Serres et formulée ensuite par Fr. Müller et par Haeckel, est la courte récapitulation d’une série phylogénétique de stades que l’espèce de Vertébré considérée a parcourue depuis son état le plus simple jusqu’à celui où nous la trouvons aujourd’hui. En d'autres termes, les formes différentes, que montre successivement chaque individu- Vertébré à mesure qu’il se développe, correspondent aux formes également différentes qu’ont offertes les ancêtres de l’espèce à laquelle appartient cet individu, avant d’arriver à la forme que cette espèce présente à l’époque actuelle.
Quels ont été dans leurs grandes lignes, doit-on se demander d’abord, les processus à la suite desquels le corps embryonnaire, résumant dans un développement rapide l’évolution lente de son espèce, a acquis de bonne heure les organes primordiaux et la constitution déjà complexe que nous lui connaissons ? Quelle a été,