LES DIVERTICULES DU PHARYNX
§ I. Glande thyroïde. — A. Formation delà thyroïde médiane. — Nous avons déjà indiqué que les ébauches thyroïdiennes qui naissent aux dépens de la 4e paire de poches branchiales du pharynx, les ébauches thyroïdiennes latérales en un mot, n’étaient pas seules à constituer la glande thyroïde définitive, mais qu’il existait une autre formation que nous avons nommée incidemment déjà la thyroïde médiane.
Pour la former, le plancher ou paroi antérieure du pharynx, au niveau de funion ventrale des deuxième et troisième arcs, subit un épaississement localisé en forme de bourgeon plein,
Fig. 71. ■ — Coupe frontale d’un embryon de Lapin de 10 jours et 15 heures, pour montrer F ébauche thyroïdienne médiane. — tn, tube nerveux. — vj, rj, veines jugulaires. — ch, corde dorsale. — ao2, ad1, 2es arcs aortiques. — to, thyroïde médiane, — p, cavité péricardique. — c, cœur.
Ph
FiG. 72. — Coupes frontales de la région du cou chez un embryon de Porc de 13 millim. [dit vertex au coccyx ), intéressant l’ébauche de la thyroïde médiane en deux points différents. — a, coupe du pédicule de la glande thyroïde médiane. — b,c ses deux lobes. — ph, pharynx.
creusé bientôt d’une lumière, ou bien émet d’emblée un diverticule creux. Cet appendice, impair et médian, qui est l’ébauche de la thyroïde médiane, découvert par Remak, a été décrit ensuite par Gotte, Kolliker, W. Müller, Seessel, qui en ont établi l’exis*
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tence d’une monière définitive. Sur une coupe longitudinale on trouve (voy. fig. 45, A, th) l’épaississement de la paroi antérieure du pharynx duquel dérivera la glande thyroïde. D’aulre part, la figure 71 montre le diverticule thyroïdien (to) situé dans l’épaisseur du pont de substance ventral qui unit sur la ligne médiane les 2e et 3e arcs branchiaux.
L’origine de la glande thyroïde aux dépens d’un diverticule impair et médian de la paroi ventrale du pharynx fut contestée par His, Wolfler et surtout Stieda. Ces derniers, à la suite de la découverte des ébauches paires et latérales de la thyroïde, leur attribuèrent en totalité la formation de l’organe définitif.
Ces deux manières de voir absolument divergentes furent con- \ ciliées grâce aux observations de Born, confirmées depuis par tous les embryologistes pour les Vertébrés supérieurs: la glande thyroïde est composée de deux parties originairement distinctes, et prenant naissance: l’une d’une manière impaire sur la paroi ventrale du pharynx, l’autre sur chacune des poches entodermiques de la 4e fente branchiale.
Si dissemblables par leur origine que paraissent déprimé abord les ébauches médiane et latérales, si distinctes qu’elles soient anatomiquement dans certains cas tout au moins où elles ne se réunissent pas pour former une seule et même glande, la thyroïde définitive, toutefois si l’on examine sur la paroi antérieure du pharynx d’un embryon humain par exemple l’emplacement occupé par l’ébauche thyroïde médiane et par les thyroïdes latérales (voy. fig. 53, l et fbr ), on ne peut se défendre avec His de l’idée que l’une et les autres font partie d’un même système, qui sous la forme d’une rainure demi-circulaire embrasse le larynx, et dont seuls le sommet et les extrémités se développent.
La thyroïde médiane existe chez tous les Vertébrés. Les thyroïdes latérales peuvent manquer, chez les Poissons osseux par exemple (Maurer),chez les Reptiles et les Oiseaux (van Bemmelen), ou bien s’atrophier d’un côté, comme chez les Amphibiens Urodèles (Maurer) et chez les Reptiles Lacertiens (de Meuron). Les ébauches latérales de la thyroïde n’interviennent donc pas d’une façon constante dans la constitution de cet organe, et là où elles existent ne font- elles encore qu’y contribuer d’une façon tout ac-
GLANDE THYROÏDE MEDIANE
cessoire. Elles méritent donc d’être appelées aussi glandes thy ro'ides accessoires , par opposition à la thyroïde médiane, qui, d’une part ne manquant jamais et paraissant être la formation thyroïdienne la plus ancienne du Vertébré, et d’autre part constituant, quand les ébauches latérales existent, la portion principale de l’organe, peut être désignée indifféremment sous les noms de glande thyroïde primitive et de glande thyroïde principale.
Après que l’ébauche impaire de la glande thyroïde s’est constituée aux dépens de la paroi antérieure du pharynx, elle représente un bourgeon, plein ou creux suivant les types considérés, situé sur la ligne médiane au niveau de l’anastomose ventrale des 2° et 3e arcs branchiaux, et dont l’extrémité inférieure répond à l’intervalle qui sépare les deux arcs aortiques antérieurs.
Le bourgeon s’enfonce de plus en plus dans l’épaisseur de la paroi ventrale du pharynx, en même temps qu’il se pédiculise et n’est plus relié au pharynx que par un tractus épithélial assez grêle (voy. fig. 66, dtl, et fîg. 72, A et B, a). Le mouvement de descente du bourgeon thyroïdien médian ne doit pas être regardé comme une migration active. Il est essentiellement passif, et la translation de l’ébauche thyroïdienne toute relative. 11 s’accomplit par la déflexion de la tête de l’embryon, qui entraîne avec elle la formation du cou, suivie à son tour de l’allongement de toute la région cervicale et de tous les organes y contenus.
Dans la règle, le tractus épithélial qui relie la glande thyroïde au pharynx disparaît à son tour, si bien que dès à présent l’ébauche de la glande thyroïde figure un corps plein ou vésiculeux suivant les cas, libre de toute part au sein des tissus. L’extrémité inférieure de l’ébauche ne tarde pas à se partager en deux lobes plus ou moins séparés (voy. fig. 72, b et c).
Chez l’Homme, les rapports de l’invagination thyroïdienne ont été précisés par His de la façon suivante (voy. fig. 63, C). Sur la ligne médiane du plancher ou paroi antérieure de l’espace buccopharyngien, on rencontre successivement de haut en bas : l’extrémité antérieure de la paire d’arcs maxillaires; le tuberculum impar [ti), c’est-à-dire l’ébauche du corps de la langue; une dépression (?) qui n’est autre que le diverticule thyroïdien; la région commune aux 2° et 3° paires d’arcs de laquelle doivent s’élever les
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deux tubercules qui formeront la base de la langue ; la furcula (f) avec l’entrée du larynx. Par le développement des saillies qui limitent par en haut et par en bas la dépression thyroïdienne, on comprend que celle-ci puisse devenir de plus en plus profonde en même temps que l’entrée de la fossette se rétrécira de plus en plus. Le processus à la suite duquel selon His se forme la vésicule thyroïdienne est différent de celui que l’on décrit ailleurs. Tandis que pour les autres auteurs, et dans d’autres cas, la glande thyroïde est due à une invagination active de la paroi du pharynx, pour His et chez l’Homme, elle se forme mécaniquement et d’une façon pour ainsi dire passive, puisqu’elle n’est qu’une fossette ménagée entre deux saillies qui s’élèvent de plus en plus.
Si plus tard les saillies en question se soudent ensemble, l’orifice thyroïdien paraîtra un pertuis creusé dans l’épaisseur d’une proéminence unique et continue. Cette proéminence, qui résulte de la fusion de saillies primitivement distinctes, n’est autre que l’ébauche de la langue. L’orifice du cæcum thyroïdien se trouve donc sur le dos de la langue, et comme la saillie antérieure forme le corps ou pointe et que la saillie bilobée postérieure constitue la base ou racine de la langue, il en résulte que l’orifice thyroïdien est situé sur la ligne médiane en un point qui chez l’adulte est donné par la limite de la région antérieure ou corps et de la région postérieure ou base de la langue, c’est-à-dire par le sommet du
V lingual (voy. fig. 66, B). On n’a pas de peine en effet à retrouver dans le foramen cæcum de Morgagni, qui occupe le sommet du
V lingual, la trace de l’entrée de la fossette thyroïdienne (fig. 61).
Chez l’Homme, la glande thyroïde médiane, selon les données
de His, ne se sépare pas, contrairement à ce que d’autres observateurs ont vu ailleurs, de la paroi bucco-pharyngienne, mais lui demeure unie par un pédicule épithélial creux, un véritable con duit, le conduit thyréo-lingual (fig. 66, dtl). Quand ensuite la glande thyroïde s’enfonce et descend dans l’épaisseur des parois du cou, le conduit thyréo-lingual s’allonge et peut persister sur une étendue plus ou moins grande de son trajet. C’est ainsi que quelquefois le foramen cæcum s’allonge en un canal, le conduit lingual, qui atteint jusqu’à 23 millim. de long (fig. 74, dl), et qui descend jusqu’au niveau de l’os hyoïde. Dans d’autres cas, la glande thyroïde