‹ Eléments d'embryologie de l'homme et des vertébrés (volume 2)Chapitre 89 sur 284 · LA. DENTITION AU POINT DE VUE PHYLOGÉNÉTIQUE · texte numérisé non relu

LA. DENTITION AU POINT DE VUE PHYLOGÉNÉTIQUE

dent permanente. Ses molaires vraies sont au contraire simplement monophysaires, puisque ces molaires ne sont pas précédées de molaires de lait. Diphyodonte par le plus grand nombre de ses dents, l’Homme est monophyodonte par ses molaires.

La plupart des Mammifères sont diphyodontes et monophyodontes tout à la fois à la manière de l’Homme. Mais un certain nombre sont exclusivement ou presque exclusivement monophyodontes. Et il existe toutes sortes d’intermédiaires entre l’état diphyodonte et l’état monophyodonte. Selon Lataste, le second dériverait du premier, et l’on pourrait prendre sur le fait des animaux qui de diphyodontes qu’ils étaient sont en train de devenir monophyodontes, par différentes voies d’ailleurs. C’est ainsi que chez les Marsupiaux, la dernière prémolaire est seule habituellement diphysaire ; mais il y a des genres ( Dasyurus , Sarcophilus ) où, d’après Flower et O. Thomas, la dent de lait de la dernière prémolaire est absente ; ces animaux sont ainsi devenus monophyodontes. Chez les Rongeurs, les incisives permanentes sont habituellement précédées de dents de lait, ainsi qu’on le savait depuis longtemps pour les petites incisives supérieures, et comme Pouchet et Chabry l’ont montré pour les grandes incisives de chaque mâchoire. Mais il est des Rongeurs, chez lesquels les incisives sont rnonophysaires, et comme ces animaux manquent de canines, ceux qui, comme les Rats, ont également perdu leurs prémolaires, sont devenus, comme les Marsupiaux, mais par une autre voie, monophyodontes.

Il y a enfin des Mammifères qui sont actuellement exclusivement monophyodontes (Édentés, Cétacés dentés, Chéiroptères, beaucoup d’insectivores) . Le nombre des animaux réputés monophyodontes et qui ont des dents supposées monophysaires s’est réduit d’ailleurs depuis que l’on ne s’est plus borné à l’examen de la dentition après la naissance, mais que l’on a porté ses observations sur la période fœtale ; en effet chez certains animaux la chute des dents de lait se fait de très bonne heure ; le Phoque, le Cobaye perdent leurs dents de lait pendant la vie intra-utérine.

D’autres Mammifères même, comme les Cétacés porte-fanons (Baleines), n’ont pas de dents à l’état adulte. Ce n’est que pendant la période fœtale qu’ils présentent une série de dents rudimentaires précocement caduques (Geoffroy St -Hilaire, Julin, Pouchet et Chabry, Weber).

Il est digne de remarque que les animaux monophyodontes ont en général leurs dents toutes semblables : ils sont « homodontes ». Ceux au contraire qui sont diphyodontes offrent une différenciation dentaire en incisives, canines, molaires, plus ou moins marquée. Weber toutefois a trouvé, dans les germes dentaires d’un fœtus de Baleine (que l’on doit regarder comme monophyodonte, bien que Pouchet et Chabry y aient observé l’indice d’une seconde dentition), une tendance à la différenciation de plusieurs formes, et un passage vers le type « hétérodonte ». Les Cétacés dentés que l’on considère aussi comme monophyodontes, bien que Kükenthal leur trouve des germes de remplacement bien marqués, offrent aussi une tendance à l’hétérodontie (Kükenthal).

APPAREIL DENTAIRE

Nous venons de voir qu’il existe entre l’état diphyodonte et l’état monopbyodonte toutes sortes d’intermédiaires. En est-il de même entre le diphyodontisme de l’Homme et de la plupart des Mammifères etlepolyphyodontisme des Vertébrés inférieurs, des Sélaciens par exemple? Certains faits portent à le faire croire, ceux par exemple d’une troisième dentition (quelque rudimentaire qu’elle soit pourvu qu’elle soit avérée) observés chez l’Homme. Plusieurs auteurs (Kollmann, Malassez et Albarran) ont considéré comme représentant des ébauches de dentition surnuméraire et comme des germes adamantins d’attente les productions épithéliales qui peuvent prendre naissance sur le pédicule de l’organe de l’émail. Albarran en particulier a attiré l’attention sur un amas épithélial volumineux, situé en arrière de la dent de remplacement et né probablement du cordon épithélial de cette seconde dent, amas qui lui a paru représenter un organe atrophié correspondant à une troisième rangée de dents ; il a comparé au schéma du développement des dents chez les Sélaciens celui que l’on obtient alors chez l’Homme en faisant partir du collet adamantin delà dent de lait l’organe de l’émail de la dent permanente, et du collet de cette dernière l’amas épithélial dont il vient d’être question. Indépendamment de ces constatations odontogéniques, il existe un certain nombre d’observations plus ou moins authentiques de 3e et même de 4e dentition, en d’autres termes de dents s’étant renouvelées deux et trois fois, chez l’adulte (cas cités par Debierre et Pravaz, cas de Montigel).

Peut-être n’y a-t-il donc pas de ligne de démarcation tranchée à établir entre le type polyphyodonte et le type diphyodonte, pas plus que nous n’en avons trouvé entre le diphyodontisme et le monophyodontisme. Il est même vraisemblable que ces différents états dérivent Pun de l’autre, le polyphyodontisme représentant, ainsi que l’ont exprimé Pouchet et Chabry, la disposition originelle, et le monophyodontisme un état dérivé du diphyodontisme. Les observations de Kükenthal l’ont conduit à adopter la même opinion : la monophyodontie est une disposition secondaire dérivée de la diphvodontie et celle-ci à son tour est le reste delà polyphyodontie.

S’il en est ainsi, si l’ordre de succession des différents types de dentition est bien celui que nous venons d’admettre, la réponse à cette question, vivement débattue dans ces derniers temps « des deux dentitions, de lait ou permanente, des Mammifères, quelle est la dentition primitive? », cette réponse ne. peut être que la suivante : les deux dentitions sont contemporaines, et, peut-on ajouter, équivalentes. Lataste et Kükenthal qui ont fait cette réponse, ont accumulé les raisons qui militent en faveur de son opinion (1). On a admis plus généralement cependant que la dentition de lait

(1) Yoici les principaux arguments présentés par Lataste. Ontogénétiquement, les deux dentitions se succèdent immédiatement, ce qui n'exclut pas leur simultanéité phylogénétique. En second lieu, il n'y a rien de singulier, mais il est au contraire naturel que, si l’une des deux dentitions tend à disparaître en totalité, cette tendance soit manifestée de préférence par la plus éphémère et la moins utie, la dentition de lait ; d’ailleurs

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