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LA DENTITION AU POINT DE VUE PHYLOGENETIQUE

est la dentition primitive « représentant le trésor héréditaire de la famille tandis que la dentition définitive constituait les acquisitions ultérieures » (Vogt) (1). Enfin on a soutenu (Flower, Old. Thomas) que c’est au contraire la dentition permanente qui est la plus ancienne.

Mais la majorité des Mammifères et l’Homme en particulier ne sont pas exclusivement diphyodontes et ne possèdent pas que des dents diphysaires ; ils sont monophyodontes par leurs dents molaires, qui sont monophysaires. A quelle dentition convient-il de rattacher la série monophysaire des dents molaires? Et d’une façon plus générale à quelle dentition faut-il attribuer toutes les dents monophysaires ? Telles sont les questions qui se relient étroitement à la précédente.

Pour ce qui est des grosses molaires, plusieurs réponses ont été fournies. Magitot, considérant que ces molaires se forment à des intervalles de temps très éloignées, reconnaît chez l’Homme l’existence de cinq phases de dentition, les deux premières étant représentées par la dentition de lait et par le remplacement des dents de lait, les trois autres par la formation successive des trois molaires; mais il n’admet que deux dentitions, la deuxième et les trois dernières phases formant ensemble la seconde dentition. Lataste ne trouve d’autre motif pour ranger les grosses molaires monophysaires dans la dentition permanente que le fait même de leur per-

quand c’est non pas toute une dentition, mais seulement quelques dents isolées qui disparaissent, la disparition peut être supportée aussi bien par l’une que par l’autre des deux dentitions ; il y a plus, c’est que les cas dans lesquels l'un des deux termes seulement d’une série diphysaire disparaît, ces cas sont rares, le plus souvent les deux termes disparaissant en même temps. En troisième lieu, la double dentition est la règle en haut et en bas de la série des Mammifères ; les animaux monophyodontes sont l’exception, soit ceux qui sont absolument monophyodontes, soit ceux qui sont en train de le devenir ; il faudrait, pour faire dériver les diphyodontes des monophyodontes, supposer (puisque les monophyodontes sont des types très divers) à la classe des Mammifères plusieurs souches distinctes, qui auraient convergé par la suite, ce qui est bien moins satisfaisant que d’admettre, conformément à la doctrine transformiste, la dérivance des Mammifères monophyodontes aux dépens d’un type diphyodonte unique. Enfin c’est évidemment parmi les Vertébrés inférieurs qu'il faut chercher les ancêtres des Mammifères ; or ceux-ci sont polyphyodontes ; n’est-il pas tout naturel de faire dériver les diphyodontes des polyphyodontes, plutôt que de considérer la deuxième dentition comme une néoformation.

(1) Lataste reconnaît que cette opinion a pour elle les arguments suivants. D’abord la dentition de lait apparaît ontogénétiquement la première ; or il est habituel d’admettre que les phénomènes onrogénétiques se succèdent dans le même ordre que les phénomènes phylogénétiques. En second lieu, la dentition de lait peut être rudimentaire, précocément caduque et sans usages, tandis qu’il n’existe pas de cas de dentition permanente rudimentaire ; or il est élémentaire, dans l’hypothèse transformiste, d'admettre que les organes que nous trouvons rudimentaires sont les vestiges d'organes primitifs, et d’organes d’autant plus anciens que ces vestiges sont eux-mêmes plus réduits.

APPAREIL DENTAIRE

sistance. Beauregard au contraire, pour les attribuer à la dentition temporaire, s’est fondé sur des considérations odontogéniques : sur ce fait que le laps de temps qui sépare l’apparition des vraies molaires de celle des dents de lait est insignifiant (voir le tableau, p. 210), et que les molaires paraissent ainsi continuer la série des dents temporaires ; sur ce que d’autre part les molaires se forment sur la lame dentaire de la même façon que les dents de lait.

Quant aux dents qui, ailleurs et normalement diphysaires, sont, dans certains groupes, monophysaires, Lataste les rattache encore à la deuxième dentition, parce que, lorsqu’une dent passe de l’état diphysaire à l’état monophysaire, on constate que c’est la dent de lait qui disparaît. Beauregard au contraire, se fondant sur ce que chez les Cétacés, qui sont monophyodontes par excellence, les dents, d’après Pouchet et Chabry, naissent plutôt à la manière des dents de lait, attribue les dents monophysaires à la dentition temporaire.

F. Anomalies de la dentition. Irrégularités de l'éruption dentaire. — Nous avons vu déjà qu’il paraît exister chez l’Homme, auquel nous limitons cet aperçu, des irrégularités de la dentition, consistant dans l’éruption successive de 3 ou 4 dents au même endroit, en somme dans une troisième et une quatrième dentitions.

Il existe en outre plusieurs catégories bien distinctes d’anomalies de la dentition. AvecMagitot et R. Virchow, il convient de distinguer en effet: la rétention, Y hétérotopie , et l’excès numérique des dents.

La rétention est la condition dans laquelle une ou plusieurs dents demeurent enfoncées à l’intérieur de la mâchoire au lieu où elles ont été formées, et ne font pas éruption dans l’ordre régulier et à l’époque habituelle. Il n’est pas de dents sur lesquelles on n’ait pu observer la rétention ; mais il est exceptionnel de trouver des dents voisines retenues à l’intérieur de la mâchoire.

La dent de sagesse (3e molaire) est de celles qui subissent très souvent la rétention. On a attribué la rétention de la dent de sagesse à des causes purement mécaniques (Scheff). Mais il est plus probable que si la dent de sagesse dans nombre de cas demeure cachée et rudimentaire dans l’épaisseur des maxillaires, c’est que cet organe est en voie de disparition ; car son éruption est constante et relativement précoce chez le Singe, tandis que chez l’Homme elle fait souvent défaut et se montre moins tardive chez les races humaines inférieures que chez les races caucasiques, où l’on a vu la dent de sagesse retenue jusqu'à l’âge de 103 ans.

h'hétéropie ou erreur de lieu est la condition dans laquelle une dent donnée se forme en un endroit anormal. Il peut y avoir hétérotopie, comme aussi rétention pure et simple; mais aussi la rétention et l’hétérotopie peuvent se compliquer l’une par l’autre.

Enfin il peut y avoir excès numérique des dents , dents surnuméraires,

ANOMALIES DE LA DENTITION

polyodontie, cette augmentation numérique devant être d’ailleurs bien distinguée des cas de 3e et 4e dentitions. Le nombre des dents est augmenté de diverses manières. Il peut se faire qu’une dent de lait demeure en place, constituant ainsi une dent surnuméraire. Ou bien c’est la dent de remplacement correspondante, retenue dans la mâchoire, que l’on considérera comme surnuméraire ; l’excès numérique se compliquera ainsi facilement de rétention dentaire. Il s’accompagnera aussi presque fatalement d’hétérotopie. Car s’il y a plus de dents que normalement cela doit être, il en résultera une diminution d’espace dans la partie alvéolaire du maxillaire, qui fera qu’une ou plusieurs dents seront rejetées hors de la série, et déplacées soit à côté, soit au-devant ou en arrière de cette série ; la polyodontie devient ainsi la cause d’une hétérotopie, que ce soit la dent surnuméraire ou que ce soit la dent normale qui prenne une situation irrégulière.

Indépendamment de l’augmentation numérique due à la persistance des dents temporaires, il peut exister dans l’épaisseur des mâchoires de l’Homme des dents réellement surnuméraires et d’apparition nouvelle. Ces dents sont habituellement rudimentaires et frappées de rétention; elles peuvent être de petits rudiments dentaires coniques (« embolus», « cônes»), privés d’émail. Mais on peut aussi trouver à l’intérieur des mâchoires des dents surnuméraires complètement développées. Ces dents surnuméraires se rencontrent le plus souvent dans la région prémolaire; elles font défaut dans la région molaire. Sur 630 cadavres, Zuckerkandl a trouvé 20 fois des rudiments dentaires représentant des dents surnuméraires.

Quelle idée convient-il de se faire de l’origine de ces dents surnuméraires ? Tout excès numérique des dents, abstraction faite de la persistance éventuelle des dents de lait, doit être considéré comme un fait d’atavisme, comme une théromorphie.

L’apparition d’une dent surnuméraire serait une réapparition d’une dent typique autrefois propre à la formule dentaire de l’Homme (R. Virchow, Zuckerkandl, Scheff, Albrecht), La formule dentaire de l’Homme aurait en effet compris jadis un plus grand nombre de dents qu’actuellement, et aurait possédé 44 dents. Le prototype des Mammifères supérieurs serait un grand ongulé fossile, YHamalodontherium, découvert par Flower, et pourvu de 44 dents. L’Homme aurait perdu 4 incisives et 8 prémolaires. Plusieurs faits plaident en faveur de cette dérivance des dents véritablement surnuméraires. L’augmentation numérique de la formule dentaire est en effet fréquente chez le nègre ; elle est en général en raison directe du degré d’infériorité de la race et proportionnelle au prognathisme. En outre, c’est surtout dans les régions (incisive, prémolaire), desquelles on admet que des dents ont disparu lors de l’établissement de la formule dentaire actuelle, que l’on trouve les rudiments dentaires et les dents surnuméraires.

Enfin on peut expliquer d’une autre manière, quoique toujours dans le sens de la théorie évolutionniste, la formation de dents surnuméraires

APPAREIL DENTAIRE

rudimentaires. L’archétype, l’unité dentaire est en effet le type conique, à couronne et à racine simples, la canine (1). Les dents, dont la couronne est bi ou multicuspidée, et dont la racine est bifide ou multifide ou même présente des traces seulement de bifidité, doivent être considérées comme composées de deux ou plusieurs unités dentaires, ainsi que La exprimé récemment encore Kükenthal, en rappelant que l’on trouve chez les plus anciens Mammifères (Triconodon) des dispositions intermédiaires à l’état simple et à l’état agrégé des dents, et favorables à l’hypothèse. Dès lors, si l’on trouve un rudiment dentaire conique, une cheville dentaire, on sera en droit de penser qu’elle doit son origine à une décomposition d’une dent agrégée, qui s’est fissurée, détachant l’un de ses éléments composants primitifs.

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(1) La canine toutefois elle-même peut avoir une racine bifide (femme de Solutré, sujet n° 2 de Grenelle, fossile de Smoermass, race de Cro-Magnon d’après de Quatrefages et Hanny). Magitot a trouvé le fait 20 fois sur 2000 canines ; Albrecht l’a signalé chez l’Homme, mais ne l'a pas trouvé chez le Singe.

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