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THÉORIES NATURELLES DE L’HEREDITE

Weismann distingue un plasma nutritif et un plasma nucléaire, ce dernier représentant l’idioplasma de Naegeli. L’œuf hérite du plasma nucléaire de l’ovule et du spermatozoïde. Le plasma nucléaire de l’œuf, se transmettant à son tour aux cellules que l’œuf forme en se divisant, passera-t-il à toutes ces cellules avec toutes ses qualités, et ces cellules jouiront-elles toutes entre autres propriétés de celle de reproduire de toutes pièces un organisme semblable à celui dont elles dérivent? Évidemment non ; on sait en effet que la propriété de reproduction est limitée à des cellules spéciales, les « cellules germinatives », qui se distinguent par là des autres cellules du corps ou « cellules somatiques » (1).I1 faut admettre alors que le plasma nucléaire, en se transmettant aux cellules sexuelles, conserve toutes les propriétés des cellules germinatives de la génération précédente, tandis qu’il les modifie au contraire quand il est transféré aux cellules somatiques. Dans le premier cas, il demeure le substratum des caractères spécifiques et individuels ; dans le second cas, le plasma nucléaire modifié préside aux destinées des cellules du corps, commande leur évolution, dirige leurs divisions et leurs différenciations. Le premier est demeuré un plasma germinatif (Keimplasma), le deuxième est devenu un plasma histogène. Celuici est périssable, et ne dure que la vie des cellules qui l’ont acquis. Celui-là est impérissable au contraire, et se continue à travers les générations pour perpétuer les caractères de l’espèce et de l’individu : la « continuité du plasma germinatif » est une loi (Jaeger, Nussbaum, Weismann).

Au moment où les cellules sexuelles, dépositaires du plasma germinatif qu’elles doivent transmettre à la première cellule embryonnaire et munies en outre du plasma histogène qui conduit leurs propres destinées, se conjuguent, elles rejettent leur plasma histogène, désormais inutile : Weismann voit dans le premier globule polaire le plasma histogène expulsé de la cellule-œuf.

Le plasma germinatif de l’ovule et du spermatozoïde passe alors seul à l’œuf et au descendant. Soit a le plasma germinatif femelle, a’ le plasma mâle. L’œuf fécondé contiendra un plasma germinatif a + a\ qui sera transmis àl’enfant et par conséquent aux cellules sexuelles de celui-ci. Si maintenant un ovule, dont laformule germinative est a -b a’, est fécondé par un spermatozoïde contenant comme plasma germinatif b -f- b\ le plasma de la troisième génération aura pour formule a -h a’ H- b ainsi de suite.

On comprend que depuis l’origine des êtres vivants, une telle quantité de plasmas germinatifs a dû être accumulée, et la complexité du plasma actuel a dû devenir telle, qu’on est actuellement arrivé à la limite de la quantité et de la complexité du plasma germinatif. Ces plasmas, transmis depuis des siècles, ces « plasmas ancestraux » en un mot, existent dans les cellules sexuelles de chaque espèce actuellement vivante en proportion telle

(1) On verra plus loin (p. 39) comment un fait signalé par Boveri vient morphologiquement appuyer la valeur de cette distinction.

ÉLÉMENTS D’EMBRYOLOGIE

MATURATION ET FECONDATION

que ces cellules en sont, si l’on peut dire, saturées et ne sauraient admettre de nouveau plasma germinatif. Mais alors comment la fécondation pourrait-elle être encore suivie d’hérédité, si les cellules qui se conjuguent ne rejetaient pas de plasma ancestral? Ici Weismann fait intervenir pour l’œuf le rejet du deuxième globule polaire; de la sorte se trouve éliminé de l’œuf autant du plasma ancestral que la fécondation ajoute de plasma nouveau; cette élimination est un correctif nécessaire de la fécondation.

Telle est, résumée et par suite un peu défigurée, l’argumentation de Weismann. Elles nous met en possession d’une théorie séduisante de l’hérédité, donne une explication et presque une théorie de la maturation, et s’harmonise avec la théorie de la fécondation exposée plus haut. Cette trinité doctrinale subsistera-t-elle devant les faits? Il est déjà permis d’en douter.

INDEX BIBLIOGRAPHIQUE

Le travail historique et critique de Waldeyer : Ueber Karyokinese und ihre Beziehungen zu den Befruchtungsvorgânge, Arcli. f. miltr. Anat ., Bd XXXII, 1888, traduit par Garnault, in Archives de tocologie , 1889, contient l'indication d’une foule de travaux ayant trait à la maturation et à la fécondation ainsi qu’aux théories de la fécondation et de l’hérédité. On y trouvera entre autres la nomenclature des recherches ayant eu l’œuî des Nématodes pour objet, nomenclature qui depuis Waldeyer s’est enrichie de : Boveri, Zellenstudien, H. 2, Die Befruchtung und Teilung des Eies von Asc . megalocephala. Jenaische Zeitschrift, 1888 ; et de : Kultschitzky, Ueber die Eireifung und die Befruchtungsvorgânge bei Asc. marginata. Areh. f. mikr. Anat., Bd XXXII, H. 4, anal, in Revue d. se. méd., 1888.

A consulter : Fol. Rech. sur la fécondation, et le commencement de l’hénogéuie chez divers animaux. Mém. de la soc. de pliys. et d’hist. nat. cle Genève ., 1879. — E. van Beneden. Rech. sur la maturation de l’œuf et la fécondation. Arcli. de biologie , t. IV, 1888. — Carnoy : plusieurs travaux, La Cellule, t. II et III. — Van Beneden et Neyt. Bulletins de VAc. rog. de Belgique, 3e série, t. XIV, n° 8, 1887, et Leipzig, Engelmann. — Van Geiiuchten. Anatom. Anzeiger, 1887, anal, in Revue d. se. mèd. — Boveri. Zellenstudien. H. 1-2, 1887-1888, Jenaische Zeitschr. — Zacharias. Areh. f. ni. Anat., Bd XXX, 1887, anal, in Revue d. sc. mèd. — Kultschitzky. Arcli. f. m. Anat., Bd XXXI et XXXII, 1888, an. in Revue d. sc. mèd. — Bœhm. Arcli. f. m. Anat., Bd XXXI, 1888, an. in Revue d. sc. méd.

Pour la partie théorique, voir particulièrement, outre les travaux précités : O. Hertwig. Das Problem der Befruchtung und der Isotropie des Eies. Jenaische Zeitschrift Bd XVIII. — Koelliker. Die Bedeutung der Zellkerne fürdie Vorgânge der Vererbung Zeitschr. f. miss. Zool., Bd XL1I. — Sabatier. Contribution à V étude des globules polaires et des éléments élim inés de V œuf en général. Théorie de la sexualité ; Montpellier, 1884. — Van Bambeke. Pourquoi nous ressemblons à nos parents. Bull, de VAc. roy. de Belgique, 1885. — Frenzel. Das Idioplasma und die Kernsubstanz . Arcli. f. milir. Anat., Bd. XXVII, anal, in Rev. d. sc. méd. — Weigert. Neue Vererbungstheorien. Schmidt's Jahrb., 1887. — Garnault. Le rôle des globules polaires dans la fécondation, d’après la théorie de M. Weismann. Revue scientifique, 1888.

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