‹ Eléments d'embryologie de l'homme et des vertébrésChapitre 24 sur 159 · THÉORIES NATURELLES DE L’HEREDITE · texte numérisé non relu

THÉORIES NATURELLES DE L’HEREDITE

l’œuf hérite ainsi directement des propriétés delà mère. Mais comment comprendre ce transfert? Tient-il à une transmission matérielle de substances spéciales, héréditaires, des générateurs au descendant? Dans ce cas il est clair que ces substances héréditaires, support des caractères que les parents lèguent à leur descendant, sont nécessairement représentées par les substances fécondante et fécondée.

Mais cette substance héréditaire est-il bien nécessaire de l’admettre, et même existe-t-elle réellement? Pflüger en a douté. Il ne croit pas que la substance héréditaire puisse être morphologiquement démontrée. Il admet au contraire un équivalent physiologique, physico-chimique même de cette substance, consistant dans la tendance qu’ont les molécules solubles des générateurs à se grouper dans l’organisme du descendant, conformément au plan de leur agencement primitif. Il compare ingénieusement l’apparition des propriétés héréditaires chez le descendant à la cristallisation d’une solution saturée où l’on a laissé tomber un cristal ; ici comme là, les particules déjà groupées ordonnent les molécules prises à la solution suivant leur propre ordonnancement.

Contrairement à Pflüger, la plupart des auteurs, à la suite de Naegeli, ont reconnu la nécessité d’admettre la transmission d’une substance héréditaire ayant forme et typiquement structurée. C’est ce que Naegeli a établi dans sa théorie de l’Idioplasma. Naegeli part de ce point qu’il existe un moment où tous les organismes sont semblables; ce stade primitif est représenté par l’œuf. Cet œuf cependant renferme en lui tous les caractères essentiels du futur organisme : l’espèce est contenue dans l’œuf de Poule non moins complètement que dans le Poulet même, et l’œuf de Poule diffère autant de celui de Grenouille que celle-ci diffère du Poulet. Dans l’œuf se trouvent en puissance, à l’état d’ébauche, toutes les propriétés que l’état de complet développement manifestera. Cette ébauche, Naegeli la place dans une minime partie seulement du protoplasma de l’œuf, qu’il appelle idioplasma ; chaque caractère appréciable se trouvant à l’état d’ébauche dans l’idioplasma, il existe autant d’espèces d’idioplasmas qu’il y a de combinaisons des caractères spécifiques. La constitution variable de l’idioplasma est déterminée par la disposition moléculaire variable des parties protoplasmiques les plus ténues, les « micelles » de Naegeli. A côté de l’idioplasma, il faut distinguer dans le protoplasma un plasma nutritif (Ernahrungsplasma), plus ou moins abondant suivant les cas, très largement représenté dans l’œuf, de quantité minime dans le zoosperme.

Admettons la conception de Naegeli. Mais où placerons-nous la substance héréditaire, l’idioplasma? Nous pourrions le prévoir. Comme en effet de la fécondation dépend la transmission des caractères d’hérédité, et que la fécondation tient à la fusion ou juxtaposition de substances nucléaires, il en résulterait nécessairement que c’est dans ces substances nucléaires que siège l’idioplasma. La théorie de la fécondation exposée plus haut aurait ainsi pour conséquence immédiate une théorie parallèle de l’hérédité. Mais la théorie de la fécondation qui précède, reposant en partie elle-

MATURATION ET FECONDATION

même sur des considérations tirées de l’hérédité, le moment est venu de développer ces considérations, pour asseoir sur elles du même coup la théorie de la fécondation et une doctrine correspondante pour l’hérédité.

Suivant l’argumentation d’Hertwig, nous partons de ce principe que « tous les organismes produits par voie sexuelle ressemblent en général également à leurs deux parents ». On peut en conclure avec Naegeli que l’enfant a reçu du père et de la mère d’égales particules qui supportent les caractères héréditaires. Il faut voir maintenant comment les faits se comportent à l’égard de cette conception théorique de l’équivalence des substances héréditaires. Chez les organismes inférieurs, les deux cellules sexuelles, de taille égale (gamètes), se conjuguent pour donner naissance au nouvel être. Mais chez les êtres supérieurs, il y a entre les deux cellules sexuelles une inégalité. Et cependant ces deux éléments, si dissemblables parleur taille, doivent posséder la même puissance héréditaire. Pour parer à cette difficulté, deux hypothèses se présentent : ou bien l’on peut penser que la substance germinative mâle est d’autantplus active qu’elle est moins abondante ; ou bien l’on admettra que les cellules sexuelles consistent en substances de deux natures bien différentes, les unes étant actives dans la transmission héréditaire, les autres inactives, et que la taille supérieure de l’œuf tient uniquement à l’accumulation des substances inactives. La seconde hypothèse est seule acceptable. Dans l’œuf il existe quantité de matériaux vitellins qui n’entrent pas en ligne de compte ici ; mais même en les négligeant, la quantité de protoplasma de l’œuf demeure bien supérieure à celle qui se trouve dans le spermatozoïde. C’est alors qu’intervient la distinction faite par Naegeli en idioplasma et plasma nutritif. Il faut avouer toutefois que la distinction établie dans le protoplasma entre un idioplasma et un plasma nutritif ne repose sur aucun fait d’observation, puisqu’on ne peut donner la caractéristique morphologique ni de l’un ni de l’autre ; l’équivalence quantitative de l’idioplasma dans les deux cellules sexuelles ne peut pas être non plus morphologiquement prouvée.

Il n’en sera plus de même si avec O. Hertwig et d’autres l’on reconnaît pour le siège de l’idioplasma le noyau des cellules sexuelles. Ce noyau est de même importance dans le spermatozoïde et dans l’œuf ; bien plus, comme van Beneden l’a catégoriquement montré, la partie essentielle de tout noyau, la chromatine, se trouve en quantités égales dans le pronucléus mâle et dans le pronucléus femelle, qui renferment chacun deux anses chromatiques semblables.

Aussi, puisque le noyau satisfait seul à la nécessité de l’équivalence des substances héréditaires, a-t-on pu remplacer le mot d’idioplasma, pris dans le sens de substratum des principes héréditairement transmis, par celui de plasma nucléaire (Kernplasma) (1). C'est ce que Weismann a fait.

(1) Le terme Kernplasma est ici pris dans un sens tout autre et a une compréhension beaucoup plus large que dans le langage cytologique.

Page 1