‹ Eléments d'embryologie de l'homme et des vertébrésChapitre 44 sur 159 · I. — MORULA ET BLASTULA EN GENERAL · texte numérisé non relu

I. — MORULA ET BLASTULA EN GENERAL

Nous avons vu comment, par le fait de la segmentation, l’oeuf qui avait la valeur d’une cellule unique, est devenu une pluralité cellulaire, dont les éléments sont diversement structurés et agencés surtout différemment suivant le type de la segmentation. Cette masse de cellules est connue depuis longtemps sous le nom de morula, ou « sphère mûriforme », à cause de sa ressemblance avec une mûre. Bischoff décrivit et figura le premier d’une manière satisfaisante la sphère mûriforme dans l’oeuf des Mammifères.

Avant lui, Prévost et Dumas, qui avaient réellement découvert chez la Grenouille le phénomène de la segmentation, ne voulaient voir dans la segmentation qu’un fendillement superficiel du vitellus. V. Baër après eux fit voir que les sillons partageaient l’œuf dans toute son épaisseur, et faisaient des morceaux complètement distincts. On eût pu penser dès cette époque que ces morceaux étaient des individualités, pouvant se développer chacune pour son propre compte, et produire chacune peut-être une partie distincte du corps du futur embryon, qu’ils étaient en un mot des cellules, et spécialement des cellules embryonnaires. Mais la théorie cellulaire n’était pas faite alors, du moins telle qu’elle est aujourd’hui. Les cellules étaient caractérisées par leur membrane, et comme les globes de segmentation manquaient apparemment de membrane, on leur refusait le caractère cellulaire, on n'en faisait que de simples fragments. La fragmentation de l’œuf une fois faite, dans un but que l’on ignorait du reste, on pensait, sousl’eihpire de la théorie du blastème, que les fragments se résolvaient en un « cytoblastème » (Schwann), dans lequel naissaient ensuite, par voie de

MORULA ET BLASTULA

formation libre, les éléments du futur embryon ; le corps embryonnaire ne se développait ainsi qu’indirectement aux dépens des cellules de segmentation, ou comme on disait alors, des globes de segmentation. Bischoff, qui partageait ces idées sur la nature des parties produites par la segmentation, eut le mérite de voir que les globes de segmentation deviennent directement les cellules du « blastoderme », c’est-à-dire de la formation qui représente le corps embryonnaire à son début.

On se souvient que, vers cette époque aussi, l’on croyait que le noyau de l’œuf était une formation nouvelle ; la vésicule germinative, s’étant, pensait-on, dissoute, ne pouvait lui donner naissance ; de là dans le développement de l’œuf un premier hiatus. Nous avons vu comment cette lacune fut comblée. Le noyau de l’œuf à son tour ne produisait pas directement les deux premiers noyaux de segmentation, qui se constituaient de toutes pièces; nouvel hiatus, nouvelle erreur plus tard abandonnée. Enfin voici que Bischoff montre que le développement de l’œuf n’est pas troublé, la segmentation une fois faite, par une phase où les éléments se confondent et ne reprend pas ensuite son cours sur d’autres frais ; mais il fait voir que les tissus embryonnaires sont liés génétiquement aux globes de segmentation dont ils dérivent directement. Hertwigput alors dire que « toutes les cellules et tous les noyaux de l’organisme animal dérivent d’une façon ininterrompue de la cellule- œuf et de son noyau : omnis cellula a cellulâ, omnis nucléus a nucleo ».

La morula des Mammifères est la forme la plus simple sous laquelle se présente le produit de la segmentation. L’œuf segmenté des Mammifères, de forme sphérique, se compose de cellules toutes égales ou à peu près. L’œuf de Grenouille, ayant subi la segmentation inégale, est constitué au pôle animal par de petites cellules, au pôle végétatif par de gros éléments riches en vi tell us. Le résultat de la segmentation partielle enfin, que nous présente la morula de l'Oiseau par exemple, est un œuf dont la région végétative est occupée par un énorme vitellus non segmenté, la segmentation n’ayant frappé que le vitellus formatif, qu’elle a transformé en un disque germinatif composé d’une foule de petites cellules.

Une modification importante va s’opérer, tôt ou tard, dans ce germe multicellulaire (1). En son milieu prendra naissance, par

(1) L’expression de « germe », bien qu'elle doive strictement être réservée à la région riche en protoplasma qui dans un œuf méroblastique en occupe l’un des pôles, sera désormais employée, en l’absence de tout autre terme convenable, pour désigner l’œuf tout entier, holo- ou méroblastique, qui, après segmentation, contient le rudiment de l’embryon .

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