PHÉNOMÈNES DE FLEXION ET DE TORSION DU CORPS DE L’EMBRYON
rieure de l’embryon dont il figure une annexe nourricière. Nous nous occuperons plus tard de cet appendice.
Le corps de l’embryon de Poulet, une fois constitué par le processus que nous venons de voir, subit des flexions particulières, que l’on peut désigner sous les noms de flexion sur l'axe transverse et torsion sur l'axe longitudinal (Kôlliker). La flexion sur l’axe transverse consiste en ce que le corps s’incurve à ses deux extrémités sur la face ventrale, et se recourbe bientôt si fort que la tête et la queue arrivent à se toucher. C’est l’extrémité céphalique qui s’infléchit la première, ce qu’elle fait dès le second jour. Au troisième jour la flexion céphalique est très nette ; comme elle porte sur la partie antérieure de la tête, on peut lui donner le nom de flexion céphalique antérieure ; le sommet de la courbure ainsi produite est le vertex.
A cette première flexion s’en ajoute une autre dans la seconde moitié du troisième jour et durant le quatrième ; elle frappe la région postérieure de la tête, et dès lors peut s’appeler flexion céphalique postérieure ; le point culminant de la courbure qu’elle détermine est la nuque. Les mêmes phénomènes se retrouvent chez les autres Amniotes et aussi chez les Sélaciens ; mais chez les Téléostéens la flexion crânienne est très peu accusée, et paraît même faire défaut.
En ce qui touche les phénomènes de torsion sur l’axe longitudinal, il survient chez le Poulet, au troisième jour, une torsion très remarquable, consistant en ce que, le tronc restant appliqué par sa face ventrale sur le vitellus, la tête se contourne pour venir appliquer sa face gauche sur le même plan, c’est-à -dire du même côté que la face ventrale de l’embryon. Plus tard, l’extrémité postérieure du corps, elle aussi, se contourne et se trouve couchée par son côté gauche sur le vitellus. Puis la tête redevient droite, mais pour se contourner bientôt en sens inverse, de façon qu’alors le corps, dans sa totalité, figure une spirale tournant de gauche à droite. Chez le Lapin il existe de même une torsion spiroïde de l’embryon, surtout marquée pour l’extrémité postérieure du corps, qui à elle seuie peut être complètement recourbée en hameçon. Cette disposition est plus accentuée encore chez les embryons de Reptiles et surtout ceux de Serpents dont la queue décrit un grand
CONSTITUTION DE L’EMBRYON
nombre de tours de spire. Les Poissons osseux et les Sélaciens par contre n’offrent qu'une inflexion spiroïde très peu prononcée de l'embryon.
Les deux catégories de flexions, aussi bien la torsion sur l’axe longitudinal que l’incurvation sur l’axe transverse, atteignent leur degré le plus marqué au quatrième et au cinquième jour chez le Poulet. A partir de là, l’embryon de Poulet redevient de plus en plus droit, et se déroule si bien qu’à partir du sixième jour l’axe longitudinal est redevenu rectiligne, et que la face ventrale augmente sans cesse d’étendue.
Quant aux causes de ces courbures, elles sont incontestablement la conséquence de ce que le dos et surtout le système nerveux central croissent plus vite que la région ventrale, ce qui détermine nécessairement la convexité dorsale de l’embryon (1).
§ 3. — Mammifères. — Il nous faut examiner les relations du blastoderme avec ce qui est l’homologue du vitellus chez les Mammifères, c’est-à-dire avec la vésicule germinale ou blastodermique. On a vu plus haut, en effet, que les Mammifères descendent certainement d’ancêtres dont les embryons étaient pourvus d’un grand sac vitellin, mais que chez eux le vitellus a énormément diminué de quantité, suppléé physiologiquement parles matériaux nutritifs qu’un organe nouveau, le placenta, prend à l’organisme maternel, en se mettant en connexion intime avec l’utérus. La cavité germinale devient ainsi vide de vitellus, et forme un sac vitellin sans autre contenu qu’un liquide coagulable. On comprend dès lors facilement que la cavité d’un œuf, dont le vitellus a disparu, soit chez les Mammifères de diamètre beaucoup moindre que chez les Oiseaux où l’œuf est distendu par une énorme masse de vitellus. Il s'ensuit que l’enveloppement de la cavité de l’œuf par le blastoderme sera plus rapide ici qu’ailleurs, et que de très bonne heure l’épiblaste et l’hypoblaste entoureront complètement ou à peu près la cavité de l’œuf, que la zone radiée limitait seule jusqu’alors. Dès ce moment, la cavité germinale, entourée par le
(1) La description des phénomènes de flexion qu'on vient de lire est à peu près complètement empruntée au traité d’embryologie de Kôlliker.