‹ Éléments d'épigraphie assyrienneChapitre 25 sur 58 · INSCRIPTIONS MÉDO-SCYTHIQUES · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS MÉDO-SCYTHIQUES

Les travaux qui ont conduit au déchiffrement des écritures en caractères cunéiformes de la première colonne des inscriptions trilingues sont loin d’avoir eu, en fait, la suite qu’on peut apercevoir aujourd'hui dans l’enchaînement des procédés que nous venons d'exposer. Ce n’est qu'après avoir trouvé sur différents points de la Perse, à Mourgab, à l'Elvend, à Hamadan, à Vân, à Bisitoun , d’autres inscriptions qui présentaient dans leur ensemble le même aspect extérieur, et qui se prêtaient aux mêmes conjectures , aux mêmes hypothèses, aux mêmes inductions que celles de Persépolis, qu'on fut parfaitement convaincu que l’ordre dans lequel les trois genres d'inscriptions se trouvaient n’était pas arbitraire. Si la première place ou, du moins, celle que la nature des choses faisait considérer comme la première, appartenait

toujours au texte perse, parce que c'était la langue des maîtres

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du pays, la seconde place ne devait pas être indifférente : il y avait un choix intentionnel entre les idiomes des différents sujets vaincus qui composaient le vaste empire des Perses. Aussi on donna , dès l’origine, à la langue dont les caractères occupaient cette seconde place, le nom de médique, parce que les Mèdes étaient en effet plutôt alliés que tributaires des Perses. Le troisième système était évidemment le moins bien traité; à Bisitoun , il est placé sous les pieds des rois vaincus. On supposa que ce texte représentait l’idiome des Assyriens , dont l'empire s’était écroulé, après l’invasion des Scythes, sous les armes de Cyrus.

Ces désignations ne furent adoptées , dans l’origine, que pour l'appellation des inscriptions ; car on ne savait rien sur leur contenu. Nous avons vu que Tyschen, Münter et Grotefend supposèrent que l'écriture de la seconde colonne était syllabique ; cependant la seule chose sur laquelle on pouvait être fixé lorsque les travaux de la première colonne furent amenés au point de lire tous les textes, c'était le sens de l’écriture qui paraissait le même. Mais était-ce le même texte et la même langue écrite avec des alphabets différents ; ou le même texte dans une autre langue, ou enfin un autre texte, une autre langue et un autre alphabet ?

Quant au sens de l’écriture , les mêmes raisons qui avaient guidé dans la détermination du sens de celle de la première colonne s’appliquaient à l’écriture de la seconde, et de plus on ne tarda pas à reconnaître , dans l’ensemble des textes , des groupes qui reproduisaient évidemment les noms propres du texte perse, et qui se succédaient dans le même ordre; il était donc certain que ce texte se lisait encore de gauche à droite et, de plus, que c'était bien la reproduction de la même version. Malgré les recherches, qui dès l’origine portèrent sur les trois genres d'écriture, l’assyrien

résistait à toute espèce d'investigation, Dans l’ordre des décou-

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vertes, ce fut le texte médique qui céda le second aux efforts des philologues.

Le texte arien devenait, pour les recherches ultérieures , ce que le texte grec de Rosette était pour les égyptologues. Mais il s’agissait d’abord de déterminer les noms propres sur ces lignes encore inconnues ; il fut facile de les isoler dans les plus courtes inscriptions , et de retrouver dans les textes plus étendus les groupes qui correspondaient constamment aux mêmes groupes du texte arien. C’est une opération qui ne préjuge rien sur la connaissance d’un idiome ; tout le monde peut la pratiquer avec succès pour peu qu'on s'y applique et on est toujours sûr de réussir en y apportant quelqu’attention. Tous ceux qui se sont occupés du déchiffrement d’un idiome nouveau , lorsqu'on possède en langue connue la traduction du monument que l'on étudie, ont dû débuter ainsi; c'est le point de départ essentiel et indispensable des recherches de cette nature. Ce travail donna bientôt la certitude qu'un signe distinctif indiquait

invariablement les noms propres d'hommes. C'était ce clou perpendiculaire | qui n'apparaissait jamais dans le premier sys-

tème, et qui se retrouvait devant tous les noms d'hommes. Aïnsi,

au groupe perse

— D—— ju—— bg De— EU ST EE T es dans lequel on avait lu le nom de Darius, correspondait, dans

le texte médique , le groupe précédé du clou perpendiculaire qui

devait évidemment contenir le même nom

Len VENTE NET

et ainsi de suite pour les autres noms propres, Il s'agissait dès

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lors de déterminer un nouvel alphabet. Les combinaisons de l'élément radical se prêtaient à plus de cent combinaisons : on en forma la liste en les rangeant, pour la commodité des recherches, suivant un ordre logique basé sur le nombre et la direction des éléments. Mais ces signes étaient trop nombreux pour n’exprimer que des lettres : on adopta l'hypothèse de Münter, et l’on chercha des valeurs syllabiques pour chacun des signes de la seconde colonne. Rien de sérieux, cependant, ne fut produitavant l’année 1844.

A cette époque , le danois Westergaard , au retour d’un voyage qu’il venait d'accomplir en Orient, publia, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires du Nord, la traduction des textes médiques qui accompagnaient les textes ariens déjà connus et traduits. Ce travail fut reçu avec défiance par les philologues de l’Europe : on se demandait si ce texte médique était bien la traduction du texte arien. Et, ce premier point prouvé, on se demandait encore si les mots obtenus à l’aide des valeurs ättribuées aux caractères médiques , par la comparaison des noms propres, traduisaient bien la langue que l’on voulait comprendre. Ces mots semblaient ne se rattacher à aucun idiome connu, et si le sens général des documents pouvait être compris dans son ensemble, rien ne garantissait l’authenticité d’un idiome qu'on cherchait à reconstruire en empruntant des formes grammaticales à toutes les langues. La phrase présentait d’abord une structure générale indo-européenne ; mais les substantifs avaient une déclinaison analogue à celle des substantifs tures ; on trouvait un pronom sémitique, des adverbes sanscerits, une conjugaison tartare et celtique, un vocabulaire enfin bigarré de toutes ces langues, auxquelles on empruntait ainsi des fragments plus ou moins considérables, pour en reconstruire quelque chose qui restait sans

nom.

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. Le D. Hincks, de Dublin, en 1846, contrôla, le premier, le travail de Westergaard ; il publia, dans les Transactions de l’Académie d'Irlande (1), un mémoire fort remarquable , mais qui présente une assez sérieuse difficulté à la lecture. Le D’. Hincks à disposé une table comparative des différentes valeurs attribuées au même caractère par Westergaard et par lui, avec un numéro d'ordre : de telle sorte que les transcriptions ne sont possibles qu’à la condition d’avoir sous les yeux le texte cunéiforme et la table de rappel.

Le plus grand progrès qui résulte du travail de Hincks sur celui de Westergaard est celui-ci : Westergaard avait pensé que toutes les voyelles n'étaient pas exprimées dans cet alphabet nouveau , et qu’un À bref était quelquefois inhérent à chaque consonne, comme dans le premier système et dans les alphabets des langues indo-germaniques. Hincks pensa, au contraire, que toutes les voyelles y étaient exprimées au moins une fois { at least once ), et quelquefois plus ; car on exprimait quelquefois la voyelle après la consonne qui la précédait et avant celle qui la suivait. Ainsi on écrivait, par exemple, AN-NA-AP et on prononçait ANAP. C'était le premier pas de la démonstration du syllabisme des écritures anariennes : nous verrons, par la suite, quelles ont été les conséquences de ce principe.

Le D’. Hincks n'avait ainsi contrôlé que les bases du déchiffrement des inscriptions médiques, dont Westergaard avait donné l'analyse. M. de Sauley, en France, fit un pas de plus (2), et s’appliqua à contrôler, non-seulement les valeurs alphabétiques,

mais encore les formes grammaticales si étranges auxquelles les

(1) On the firts and second hinds of Persepolitan writing. Extrated from the Transactions of the royal Irish Academy, vol. XXI, part 1. Dublin, 4846. (2) Recherches analytiques sur les inscriptions du système médique, Paris, 1850,

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valeurs, attribuées à chaque caractère par le dépouillement des noms propres, avaient conduit le savant Danois. Dans un travail de cette nature, la critique et la louange avaient également leurs périls. Cependant , après avoir sérieusement examiné le travail de Westergaard, M. de Saulcy n’hésita pas à déclarer que e’était un essai philologique qui présentait les indices les plus constants d’une insigne bonne foi, d’une inaltérable loyauté et d'une vaste érudition. Au surplus, M. de Saulcy ne s'éloigne guère des résultats généraux obtenus par Westergaard, et il confirme de plus en plus les bizarreries grammaticales qui pouvaient faire suspecter une première traduction.

D'après M. de Saulcy, l’idiome médique avait une analogie assez étroite avec l’idiome des Perses pour que Strabon, qui n’y regardait pas de très-près, ait pu dire que les Perses et les Mèdes parlaient la même langue. Cet idiome a laissé des traces évidentes dans plusieurs dialectes , tels que le zend, le persan moderne, le turc, le mongol, l’arménien, le géorgien et la langue des Tsiganes ; mais le ture, plus que les autres langues congénères , présente des débris fort reconnaissables de l’ancienne langue des Mèdes.

L'écriture était syllabique, c’est-à-dire qu’un signe est attribué à chaque articulation quiescente, et un autre signe bien distinct, mais constant, représente une articulation avec une voyelle inhérente. Enfin, nous ne devons pas laisser passer une remarque importante : « Certains signes de l'écriture médique, dit M. de Sauley, ont sans doute une certaine ressemblance avec les signes persans d’une même valeur; mais la plupart d’entr'eux présentent des formes identiques avec ceux de l'écriture assyrienne. » On pressent déjà l'identité des deux systèmes graphiques.

Le travail de M. de Sauley comprend l’ensemble des textes

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qu'il était alors permis d'étudier ; c’est le travail le plus complet qui ait été fourni, au point de vue de l'analyse, sur ces inscriptions. M. de Sauley assume la responsabilité des traductions de Westergaard , et il les fortifie de toute l'autorité de ses propres recherches. Les travaux ultérieurs ont donné raison aux deux philologues.

En effet , tous les textes n'étaient pas encore connus : il y avait surtout à analyser et à comprendre le texte de la deuxième espèce de Bisitoun. Le major Rawlinson l'avait soigneusement relevé ; il permit à M. Norris de le publier avec une traduction et des commentaires à l’appui (1). Les valeurs attribuées aux signes médiques par Westergaard et confirmées par les recherches de M. de Sauley, ont subi le nouveau contrôle du déchiffrement d’un texte qu'on n'avait point pris pour base des recherches , et elles ont été pleinement confirmées ; elles n'étaient donc pas arbitraires ni erronées. Aussi M. Norris a pu compléter la série des renseignements que les philologues avaient à leur disposition sur ce point. :

Nous pouvons, maintenant, donner la transcription de l’in-

scription que nous avons déjà prise pour exemple ( Sup., p. 64).

BRETEE fr PTIT Ÿ TA TTEMTEMEEATE "ETES MEET

KHSARCHA KEI LACHALARA KEI KEIOYNA

DARIYAWAOUCH KEI CHARKI AKHAMENICHIYA,

(1) Memoir on the scythic version of the Behistun inscription, by M. E, Norris, dans le Journal de la Société asiatique de Londres , vol. XV, part 1. 1853.

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C’est la traduction exacte du texte perse :

KHSAYARSA KHSAYATIYA VAZARKA KHSAYATIYA KHSAYATIANAM

DARIAVAUS KHSAYATIYA PUTRA ACHEMENIS.

On a constaté, dans ce système , l’usage de quelques signes qui ont une valeur idéographique : tels sont les caractères qui signifient roi, mois, homme, Dieu , eau , animal. On a même constaté

des groupes de signes qui correspondent aux mots cheval et chameau :

D— > De =, 4 En = | | = (CHEVAL).

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