PESTE
( SENNACHÉRIS.)
relief le représente assis sur son trône, ayant devant lui les captifs de Lakis auxquels il impose un tribut.
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Cependant on commença également des fouilles à la partie opposée du monticule de Koyoundjik , et on y trouva encore des sculptures; mais les fouilles ne furent pas poussées très-activement , bien qu'il fût déjà évident que ce tumulus devait renfermer d’autres ruines ; les fonds alloués étaient épuisés; il fallut s'arrêter et attendre de nouveaux crédits.
En 1848 , les Trustees résolurent une seconde exploration en Assyrie, et en confèrent encore la direction à M. Layard. Le monticule de Koyoundjik fut de nouveau l’objet de ses recherches. Il ouvrit une large tranchée à l'angle sud du mont et trouva bientôt des édifices qui se reliaient au palais précédemment découvert. C’étaient encore les mêmes sujets, la même disposition : de grandes salles longues et étroites, des bas-reliefs et des inscriptions. Maïs l’une de ces salles renfermait des objets en si grande abondance qu’elle frappa particulièrement l'attention. Déjà on avait trouvé çà et là des tablettes, des fragments de briques couverts d’une écriture fine et serrée; mais nulle part ces débris ne s'étaient offerts en si grande quantité que dans la salle dans laquelle on avait enfin pénétré. Le sol était couvert, à la hauteur de 1 pied et plus , de fragments plus ou moins considérables de ces tablettes; quelques-unes étaient encore entières, les autres brisées par la chute des murs. Elles étaient de différentes dimensions : les plus grandes avaient 9 pouces sur 6 environ. Malheureusement, le temps pressait et personne, du reste, ne pouvant alors mettre de l'ordre dans des archives qui se présentaient en telle abondance, on en remplit des paniers, des caisses, et on expédia le tout en Angleterre.
En examinant les inscriptions des briques de ce monument,
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on à pu constater qu'il avait été bâti par le dernier des Sarda-
napale.
Les explorations commencées sous de si heureux auspices ont été , pendant quelque temps, poursuivies avec une activité fiévreuse ; beaucoup d’autres sites ont été fouillés ; mais nous nous sommes borné à indiquer les points principaux qui ont été l'objet des recherches de la France et de l'Angleterre. Voici, en résumé , le résultat de ces grandes découvertes :
Trois points du territoire assyrien ont été principalement explorés : Khorsabad, Nimroud, Koyoundjik. Le palais de Khorsabad peut être considéré comme un grand épisode. C’est une création homogène, qui caractérise une époque avec assez de détails pour qu’on puisse l’apprécier exactement dans son ensemble. Le caractère primitif du monument n’a point été altéré par des constructions subséquentes. On voit que le palais a été fondé au moment où le roi était dans toute sa gloire, et qu’il a été détruit ou abandonné avant d’avoir vieilli.
A Ninive, les monuments sont plus nombreux et présentent l’histoire d’une période plus étendue. Cependant il paraît évident que cette ville a été l’objet de deux catastrophes successives ; car on ne trouve rien d’antérieur à la destruction de cette grande cité par les Chaldéens. Les palais de Koyoundjik ont été construits par les successeurs de Sargon, et ce qui nous est venu du tumulus de Nebbi-Younous annonce encore une époque postérieure. |
Nimroud , que l’on doit assimiler à l’antique Calackh, laisse une plus longue trace de son existence, et dès lors présente des types assez variés pour caractériser des âges différents, et même la transition de ces âges. C’est là que le génie assyrien a déposé les marques
les plus nombreuses des passions rivales qui ont agité la vie de cet
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empire. C’est là surtout qu'on peut voir l’inanité des imprécations que contiennent ces inscriptions, pour appeler la vengeance des Dieux sur la tête de ceux qui oseraient les détruire. C'est là surtout que nous voyons que les rois vainqueurs ont toujours mis les Dieux de leur côté, et qu'ils ont démoli les palais de leurs prédécesseurs en répétant sur les monuments nouveaux qu'ils élevaient les formules dont ils avaient bravé l'efficacité. Aussi il ne nous restera, de tant de rivalités jalouses , de tant de gloire et de tant de défaites, que ce que la Providence voudra nous en faire connaître, sans que nous puissions savoir pourquoi des rois, des dynasties tout entières sont tombés dans l'oubli, tandis qu'il nous arrive parfois de pouvoir apprécier cette antique civilisation jusque dans ses détails les plus vulgaires.
( ouvriers DU PALAIS DE SARDANAPALE, A KOYOUNDJIK. }
Cependant la France ne s'était point arrêtée dans ses recherches. Le palais de Khorsabad n'avait pas rendu, dans les premières fouilles , tous les trésors qu'il renfermait. Quelques années après, les travaux furent repris par M. Place : le monticule fut de nouveau labouré dans tous les sens, dans toutes les directions. Plusieurs salles, comme les appendices du palais principal, furent déblayées. Enfin, dans l’été de 1854, M. Place découvrit ce que
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nous devons considérer comme la première pierre de l'édifice. En effet, sous une large dalle de gypsé, on trouva une caisse en pierre, et dans cette caisse cinq plaques de différents métaux, chargées de caractères cunéiformes. Ces plaques , en or, en argent, en cuivre , en plomb, et peut-être en antimoine, y avaient été déposées , par le fondateur de l'édifice, pour perpétuer avec son nom le souvenir de son œuvre. La plaque de plomb n'est point parvenue en Europe, mais les autres sont au Louvre, où elles ont déjà exercé, à plus d’un titre, la sagacité des
savants (1).
Les habiles explorateurs des ruines de l’Assyrie recueillirent avec soin tous les débris de cette antique civilisation. C’est ainsi que nos musées se sont successivement enrichis d'échantillons plus ou moins complets de l’art céramique, de pierres gravées, de pierres polies, de briques émaillées, de sujets en terre cuite et
de curieux objets d'os, d'ivoire , de bronze ou d’or.
Voyons maintenant les renseignements qui nous sont fournis sur l'empire de Chaldée.
Le nom de Babylone se lie aux plus vieux souvenirs du monde, et nous reporte à cet âge où l'humanité, vagissante dans la boue du déluge , entreprenait déjà des travaux dont Dieu seul pouvait arrêter l’audace. Les enfants des hommes pétrissaient alors, d’une
(4) Voyez les curieuses et savantes recherches de M. Vazquez Queipo sur les mesures des anciens peuples. — Essai sur les systèmes métriques et monétaires des anciens peuples', t I, p. 283,
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main vigoureuse et hardie , la terre sur laquelle on devait jeter les fondements de la civilisation. De leur prodigieux travail, il sortit une ville dont l’enfance, assez obscure, s’est passée dans les rudes labeurs qui devaient assurer la fertilité du sol: gigantesques travaux de canalisation dont la plaine de Shinaar porte encore la trace; puis cette ville devint la capitale du monde; et, comme toute chose ici-bas doit finir, elle a eu aussi ses jours de décadence et de ruine. De cruels vainqueurs en ont fait, pendant sa longue agonie, la plus belle de leurs provinces, puis elle s’est couchée dans la tombe. Les sables du désert l’ont enveloppée comme un immense linceul , et maintenant elle gît parmi les tombeaux de trois empires qu’elle a vus naître, au milieu des ruines de trois civilisations qui la couvrent de leurs débris.
Babylone , comme au sortir d’un rêve, retrouve déjà confusément ses souvenirs ; bientôt on va connaître sa longue vie et on saura comment elle devint la reine des nations, cette merveille des merveilles, qui prépara pendant plus de deux siècles des jougs pour tous les rois.
Ce vaste pays, qui s'étend depuis Bagdad jusqu’à la mer et qui formait jadis la plus grande partie de la richesse de l'empire de Darius, ne renferme plus que des villages épars çà et là dans une plaine aride et sauvage. En quittant Mohaouil, pour descendre la rive gauche du cours actuel de l’Euphrate, on commence à distinguer, au-dessus de la ligne du désert, les ondulations d’un sol accidenté, que dominent quelques rares monticules. Ces éminences, qui de loin ne paraissent être autre chose que des accidents naturels du terrain, et que recouvrent quelques broussailles rabougries, sont tout ce qui reste de Babylone. On parcourt 13
kilomètres sur un terrain ainsi relevé et ondulé de toute part. Du
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reste, pas un monument, pas une pierre sculptée, rien ; des monceaux de briques au milieu d’un désert de sable coupé par des marais fétides. On dirait que ces contrées, jadis si florissantes, ont été frappées d’une stérilité complète; le temps et les hommes marchent à l’envi pour effacer la trace de leur grandeur, tandis que la terre se repose en attendant peut-être une culture féconde , dont Dieu seul a fixé l’époque par de mystérieux assolements.
La ville qui s’élève aujourd’hui au milieu de ces ruines porte le nom de Hillah. C'était, au X°, siècle, une cité déjà ancienne et très-étendue ; elle était entourée de murs qui ont dû être détruits plusieurs fois, car ceux qui la protégent maintenant ne remontent pas à une époque bien reculée. Hillah forme une sous-division du pachalik de Bagdad, et contient tout au plus dix ou quinze mille habitants. Les maisons sont construites avec des briques que l’on extrait des anciens monuments babyloniens. Depuis des siècles, ces ruines sont exploitées , comme des carrières , par des hommes que les Arabes nomment sakkhar, et dont le métier spécial est de rechercher ces antiques matériaux pour en édifier des maisons nouvelles. C'est ainsi que Séleucie, Ctésiphon, Bagdad, trois capitales, ont été bâties avec les débris de Babylone. On comprend combien ce travail des hommes a dû accélérer les ravages du temps; aussi ces grands palais, qui faisaient la gloire de la ville éternelle, ne marquent plus leur place sur le sol que par des monceaux de décombres, dont les besoins du moment changent souvent la forme et la position.
Cependant une circonstance particulière a contribué à la ruine de Babylone. Lorsque Persépolis a été détruite par Alexandre, la capitale de la Chaldée était dans un état tel, que le vainqueur du dernier des Darius avait songé à lui conserver ou à lui rendre sa première splendeur. Les palais de Persépolis, dont les colonnes
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sont encore debout, étaient en marbre. La pierre est commune dans la plaine de Merdract, tandis qu'elle est inconnue à Babylone. En creusant le sol, on ne trouve que de la terre ; aussi les briques déjà faites devinrent des matériaux qui devaient tenter la cupidité, et les constructions de Babylone, qui auraient bravé les injures du temps, ont moins résisté aux ravages des hommes que les palais de marbre de Persépolis et de Ninive. Babylone, dont on va ressusciter l’histoire, a cruellement expié sa grandeur passée. Mémorable exemple des vanités de la terre , elle a donné : son sang et ses trésors à ses premiers vainqueurs. Chacun est venu lui arracher un lambeau de sa gloire, et de ce colosse à la tête d'or, il ne reste plus, cachés dans les sables du désert, que les pieds d’argile sur lesquels on va lire les étonnants récits de l’époque la plus glorieuse de son histoire.
Les plus vieux souvenirs que les traditions hébraïques nous aient conservés nous font assister à la fondation de Babylone. Faisons des briques; pétrissons la terre, dirent les enfants de Noé, rassemblés dans la plaines de Sennaar , et construisons une ville. La Bible nous apprend encore comment l'orgueil de ces hardis architectes les porta à construire une tour qui devait s'élever Jusqu’au ciel, pour rendre leur nom célèbre dans l'avenir, et comment l'Éternel souffla sur leur œuvre pour ne laisser, de leurs efforts, que le souvenir de leur impuissance. Après cette première mention de Babylone, les Saintes Écritures se taisent sur le développement de la grande cité. L'Égypte devient, en effet, le théâtre sur lequel il faut désormais suivre le peuple de Dieu, et la Mésopotamie est pour ainsi dire oubliée.
Quel est donc le peuple qui régnait alors sur les bords de l’Euphrate ? A quelle branche de la famille humaine faut-il le rapporter? Bérose signale plusieurs périodes , pendant les-
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quelles les Chamites, les Mèdes et les Scythes ont dominé sur ces contrées , Jusqu'au moment de la fondation de l'empire de Babylone, sans qu’il soit possible de distinguer la part qui revient à chacun de ces peuples dans l’exercice de sa souveraineté. Mais tout commande la réserve, et une réserve d'autant plus grande que le champ est vaste pour les hypothèses , dans cet âge où la légende ne se distingue pas de l’histoire , où le sentiment du temps semble s’effacer, et où il est si facile de confondre les origines et les nationalités. Quoi qu’il en soit, on est convenu de désigner par un nom auquel je veux laisser tout le vague qu’il comporte, cette antique occupation de la Haute-Asie. C’est l’époque scythique ou touramienne. Justin assigne une durée de quinze cents ans à cette civilisation, qui semble caractérisée, d’abord par un sabéisme grossier , auquel il faut peut-être rattacher les mythes qui ont donné naissance à la religion de Zoroastre, mais surtout par l’usage d’un système graphique dont les documents modernes permettent de comprendre l’origine et les développements, et qui, après avoir subi des modifications plus ou moins importantes , a été accepté par les Assyriens , qui nous en ont conservé l’étonnante complication.
Vers l’an 2000 avant J.-C., on voit apparaître les traces d’une domination sémitique sur ces plages ; Babylone devient alors le siége d’un empire dont on peut suivre les prodigieux développements. Nous sortons des légendes ; on commence à distinguer nettement les hommes des villes et les rois des royaumes. Nous voyons s'établir des dynasties auxquelles on peut rapporter les souverains qui ont figuré, à différents titres , dans les grands événements de cette période reculée.
Plus tard , au XV°. siècle , nous avons une interruption dans le
développement de la grandeur de Babylone. Cette ville, qui avait
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jusque-là attiré autour d’elle toutes les puissances secondaires de la Basse-Chaldée , s’absorbe à son tour dans le vaste empire d’Assyrie, et sa destinée paraît entièrement subordonnée à la politique de Ninive.
Cependant, vers la fin du VIF. siècle avant J.-C. , l'empire du nord s’écroula sous le poids d’une invasion dont on ignore la cause et dont on ne peut apprécier que les résultats. Des peuples nomades apparurent alors, comme ils ont toujours apparu depuis, au milieu des grandes catastrophes qui sont venues arrêter la marche de la civilisation, On dirait que ces peuples sont les ministres redoutables d’une puissance inconnue qui lutte contre le développement régulier des arts, des lois, des sciences, des religions ; car ces hordes terribles, après avoir accompli leur sinistre mission, rentrent dans leurs déserts sans qu’on ait pu saisir encore les secrets de leur mystérieuse vitalité. Ninive, souvent menacée, souvent avertie, devait succomber sous leurs puissants efforts. Le vaste empire d’Assyrie , après avoir duré plus de cinq siècles, se partagea d’abord en plusieurs royaumes, dont on retrouve les centres en Médie, en Perse, à Babylone et à Suse ; puis Ninive disparut enfin pour ne plus se relever.
La destruction définitive de cette grande cité (625 avant J.-C.) est le signal d’une nouvelle phase de grandeur pour l’empire de Chaldée. Babylone reprend son rang dans le monde et Nabopolassar ouvre une ère nouvelle. Nabopolassar commença de vastes travaux de restauration : Babylone avait souffert, depuis cinq siècles au moins, de cet abandon qui reportait vers Ninive toutes les forces actives de la nation; ses palais étaient abandonnés, ses temples ruinés; le nouveau roi se mit à l’œuvre, et les briques qui portent son nom sont là pour marquer les monuments sur lesquels il avait d’abord jeté les regards.
Nabuchodonosor succéda, jeune encore, à Nabopolassar, son père. Il continua son œuvre, transforma la vieille cité; il en fut ainsi le second fondateur, et porta l'empire de Chaldée au comble de la gloire. L'image de ce grand roi nous a été miraculeusement conservée; car on n’a retrouvé, Jusqu'ici du moins, aucune des sculptures qui décoraient les palais de Babylone. Cette image existe, au musée de Berlin, sur un monument dont nous ignorons l'origine, mais dont l’authenticité et l’antiquité ne sauraient être contestées (1).
ET
{Nasucmoponoson. }
On commence à entrevoir déjà sous sou véritable jour ce grand règne qui résume une des plus grandes phases de la civilisation orientale. C'était l’époque où les prophètes d'Israël s’écriaient : « Faites-vous des liens et des chaînes , et mettez-les à votre cou, et vous les enverrez au roi d'Édom, au roi de Moab, au roi des
(4) Ce monument, publié depuis long-temps par Grotefend (New Birtrage zur Erlunterung on Babylonischen Keilschrift, Hanover, 1840), attira tout dernièrement l'attention des philologues, et MM, Oppert et Rôdiger en ont expliqué la légende dans la séance du Congrès des orientalistes allemands, du 30 septembre 1863.
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Ammonites , au roi de Tyr et au roi de Sidon, par les ambassadeurs qui sont venus à Jérusalem vers Sédécias, roi de Judée, et vous leur ordonnerez de parler ainsi à leurs maîtres ; car voici ce que dit le Seigneur, le Dieu des armées, le Dieu d'Israël : « C'est « moi qui ai créé la terre, les hommes et les animaux qui sont « sur la surface de la terre. Par ma puissance et par la force de « mon bras, j'ai donné la terre à qui il m'a plu, et je remets « maintenant toutes ces terres entre les mains de Nabuchodo- « nosor, roi de Babylone, mon serviteur... Et tous les peuples « lui seront soumis, à lui, à son fils, et aux fils de ses fils, jusqu’à « ce que son temps et le temps de son royaume soit venu. » Cependant, cette puissance ne devait pas être éternelle : le peuple juif limait sourdement ses chaînes, et ses prophètes, en même temps qu’ils prodiguaient la louange, jetaient la menace à la ville superbe. Poursuivons , en effet, la lecture du texte sacré : « Annoncez ceci parmi les nations, dit le prophète; faites-le entendre ; levez l’étendard ; publiez-le ; ne le cachez point. Dites : Babylone a été prise; Bel est confondu ; Mérodach est vaincu; leurs statues sont brisées et leurs idoles détruites. Car un peuple vient de l’aquilon contre Babylone, qui réduira son pays en une solitude, sans qu’il y ait plus ni hommes ni bêtes qui y habitent... Attaquez Babylone de tous côtés, vous tous qui savez manier l'arc; combattez-la; n’épargnez point les flèches, parce qu’elle a péché contre le Seigneur. Jetez de grands cris contre elle; elle tend déjà les mains de toute part ; ses fondements sont renversés ; ses murailles tombent par terre, parce que le jour de la vengeance du Seigneur est venu. » En effet, ce moment ne s’est pas fait attendre, et, après la menace, nous voyons bientôt surgir l’injure. Dès les dernières années du règne de Nabuchodonosor , Babylone n’est plus la ville sainte, la préférée de Dieu ; c’est la ville maudite,
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la ville des abominations , la coupe d’or dans laquelle s’enivrent tous les peuples, ou plutôt la grande prostituée qui ouvre ses portes et son cœur à tous les étrangers, à tous les vices. Aussi, la folie du plus grand de ses rois et le scandale de ses débordements sont les souvenirs les plus vivants qui surnagent encore aujourd'hui , comme une écume , sur son antique renommée.
Les monuments des successeurs de Nabuchodonosor sont de moins en moins nombreux, et nous conduisent rapidement, à travers les règnes d’Évil-Mérodach, de Nériglissor et de Nabonide, à la chute de l’empire de Chaldée.
Nabonide est le dernier roi de Babylone dont nous ayons des monuments sérieux. Après lui, l'empire assyro-chaldéen s'écroule. Nous voyons, avec le prophète, un peuple qui sort de l’aquilon, menaçant, redoutable. De grands rois s'élèvent des extrémités de la terre ; ils prennent leur arc et leur bouclier, ils sont impitoyables , et le bruit de leurs cohortes retentit comme celui de la mer. C’en est assez pour reconnaître l'approche de ce peuple habile à tirer de l’are, qui s’avance à son tour à la conquête du monde. On sait, en effet, par toutes les sources de l’histoire, comment Cyrus s’est emparé de Babylone. Il rendit la liberté aux Juifs et jeta les fondements d’un empire qui devait, à son tour, imposer son influence à toutes ces contrées. L'œuvre de destruction commença dès lors pour cette grande cité : le marteau qui avait démoli tant de trônes fut brisé à son tour.
Babylone essaya plusieurs fois, sous les rois Achéménides , de relever la tête; mais chacune de ses révoltes appela sur elle la vengeance des vainqueurs. Darius renversa ses tours, ses murs, ses fortifications gigantesques, et mit à mort trois mille de ses principaux habitants. Un peu plus tard, Xerxès continua l’œuvre
de son père , et ravagea les palais de Babylone. Hérodote nous
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apprend qu’il mit la main sur la statue d’or du dieu Nébo et sur les trésors du temple de Mérodach. Quand l'empire des Perses s’écroula, et que les vainqueurs d’Arbelles vinrent se ranger en bataille devant Babylone, les habitants les saluèrent en libérateurs et leur ouvrirent leurs portes. Alexandre fut frappé de l’admirable position de Babylone; il voulut en faire la capitale de son empire. Aussi, tandis que les palais bâtis par Darius fumaient encore dans Persépolis en ruine, il essaya de relever les palais que Darius et Xerxès avaient renversés dans Babylone. Il employa dix mille hommes pour en déblayer les décombres , et il mourut sans avoir pu accomplir son projet. Babylone ne devait plus se relever.
Au moment où Démétrius-Poliorcète (310 ans avant J.-C.) en prit possession , il restait encore deux forteresses. Quoi qu'il en soit, Séleucus-Nicator, qui succéda à Alexandre, avait abandonné les idées de son prédécesseur , et il fonda sur le Tigre une capitale nouvelle, à laquelle il donna son nom. Environ cent vingt-sept ans avant J.-C. , un général parthe ravagea Babylone, et semble lui avoir porté le dernier coup; car Diodore de Sicile en parle, sous Auguste, comme d’une ville qui tombaït en ruine. Vingt-neuf ans après J.-C. , sous le règne de Caligula, Babylone était à peu près oubliée : il en est à peine fait mention dans l'expédition de Trajan et de Sévère en Mésopotamie. Lucien de Samotrace, qui vivait sous Marc-Aurèle, la cite comme une ville dont on allait perdre la trace, et depuis cette époque les historiens en font à peine mention. Du IV°. au X°. siècle de l’ère chrétienne , Babylone est accidentellement nommée dans les auteurs, qui la confondent quelquefois avec Séleucie. L’abréviateur de Strabon (X°. siècle) dit positivement que Babylone était alors déserte. Les auteurs ecclésiastiques la regardent déjà comme abandonnée depuis long-temps. Eusèbe,
saint Jérôme, Cyrille d'Alexandrie , n’y signalent que des ruines.
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Ibn-Haukal , géographe persan, qui vivait en 917, cite Babel comme un village, et le voyageur juif Benjamin de Tudèle (XIF. siècle ) n'ose plus visiter ses ruines à cause de la grande quantité d'animaux malfaisants qui les habitent. Cependant, vers la fin du XVE. siècle, en 1583, un marchand anglais, Eldred, attira l’attention de l'Occident sur les derniers vestiges de Babylone. Quelque temps après, Rawolff, voyageur allemand, constata et signala les vestiges qui pouvaient encore faire soupçonner son emplacement ; et, depuis cette époque, un intérêt toujours croissant s’est attaché à ces débris, comme à toutes les ruines des anciens empires de l'Orient. Aujourd’hui, de nombreux voyageurs ont exploré la Mésopotamie; ils nous ont fait connaître, dans tous leurs détails, les plaines arrosées par le Tigre et l’Euphrate. Il suffit de parcourir les travaux de Rich, de Chesney, de Layard, de John Taylor, de Loftus, et, parmi nous, les récits de l’expédition française en Mésopotamie, pour connaître cette terre sur laquelle on fait chaque jour les découvertes les plus intéressantes et les plus inattendues.
Le 8 août 1851, le Ministre de l’intérieur, M. Léon Faucher, demanda à l’Assemblée nationale les fonds nécessaires pour organiser une expédition destinée à explorer la Mésopotamie. Ils lui furent largement accordés, et la direction de cette expédition fut confiée à M. Fulgence Fresnel; il avait sous ses ordres MM. Oppert et Thomas. M. Oppert a publié la relation de son voyage et on peut en apprécier les résultats. Tous les points de la Babylonie ont été fouillés, et M. Oppert a pu , à l’aide des documents nouveaux que les inscriptions lui ont fournis, retrouver la place de ces murs , de ces palais , de ces jardins si fameux jadis , qui faisaient la gloire de Babylone, et reconstruire, en un mot, sur le terrain, la topographie
de cette grande cité telle qu’elle était au temps de sa splendeur.
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On sait que les rois assyriens avaient l'habitude d'écrire leurs noms sur les briques qui servaient à construire les monuments qu'ils élevaient. Ces briques , si nombreuses sur l'emplacement de Babylone , méritent une attention toute particulière.
On distingue facilement, dans les ruines de Babylone, plusieurs espèces de briques. — Par rapport à la matière qui les compose, les unes sont jaune pâle, ce sont les plus belles ; d’autres sont rouges comme nos briques ordinaires, ce sont les plus communes; d’autres, enfin, sont brunes, ce sont les plus dures. — Par rapport à leur fabrication, les unes sont cuites au feu ; elles servaient à faire le revêtement extérieur des édifices. Les autres sont cuites à l'ardeur du soleil; elles servaient à la construction intérieure des gros murs. — En général, la dimension de ces briques est constante : elles ont toutes environ À pied en carré sur 3 pouces d'épaisseur. Ces dimensions paraissent avoir été prises sur une unité de mesure, car Ktésias nous apprend que les murs de Babylone avaient une largeur de trois cents briques. Cependant quelques-unes sont moitié moins larges et les briques crues n’ont pas la même dimension : elles sont beaucoup plus grandes.
Toutes les briques sont couvertes de caractères cunéiformes, et il est visible que des précautions ont été prises pour les utiliser dans les constructions sans endommager l'écriture: le bitume n’adhère pas sur les caractères, et l’inscription est toujours tournée en dessous. Il est évident, par cette disposition constante, que les matériaux ont été ainsi employés au moment de la construction de l'édifice et lorsque l'écriture qui les recouvre était en usage. En effet, dans les constructions plus modernes, à Bagdad, à Hillah, ces briques sont placées au hasard, sans qu'on se soit préoccupé de la position de l'écriture.
La variété des inscriptions n’est pas en rapport avec l’immense
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quantité de briques que l’on extrait de ces ruines. Cependant elles n'émanent pas toutes du même roi. Les plus communes sont celles de Nabuchodonosor. Le nombre des lignes d'écriture en fait bientôt distinguer quatre espèces, qui ont sept, six, quatre ou
trois lignes d'écriture et qui reproduisent toutes le même texte.
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