BRIQUE DE NABUCHODONOSOR
Il est facile de voir que la plupart de ces briques ont été imprimées avec des types qui ont servi à tirer des milliers d'exemplaires. Les palais de Babylone ne sont plus qu’un amas plus ou moins considérable de ces briques, et c’est avec ces matériaux que M. Oppert a pu reconstruire le plan de l’antique cité et déter-
miner la place des principaux monuments.
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Examinons d’abord quelle était l'étendue de cette ville immense. Lorsqu'on parle des murs de Babylone et qu’on consulte les données des auteurs anciens, il est facile de tomber dans une confusion; car il est donné aux murs d'enceinte des dimensions trèsdifférentes , qu’il paraît difficile de concilier. Mais, pour faire disparaître toute incertitude à cet égard, il suffit de savoir que les divers quartiers de Babylone avaient des enceintes spéciales. La cité royale, par exemple, avait des murs et des fossés qui la séparaient du reste de la ville, et la ville avait également ses murs et ses remparts. Aussi, lorsqu'on parle de l’enceinte de Babylone, il n’est pas toujours facile de savoir de quelle enceinte on a entendu parler. Pour éviter toute équivoque, essayons de vérifier les plus grandes dimensions qui nous sont données par les auteurs grecs, et voyons ce qui résultera de leur comparaison avec les inscriptions. Voici, par exemple, ce que nous lisons dans Hérodote : « Cette ville, dit-il, située dans une grande plaine, est de forme carrée ; chacun de ses côtés a 120 stades de long, ce qui fait pour l'enceinte de la place 480 stades. » On a souvent dit que ces dimensions devaient être exagérées; il n’en est rien : la grande inscription de Nabuchodonosor, déposée au musée de la Compagnie des Indes, nous donne de précieux détails, non-seulement sur la construction du mur, mais encore sur les portes et sur les tours que le roi y fit construire. Nous y lisons : « Je (Nabuchodonosor) fis, en les alignant, six enceintes comme défense contre la guerre. Je fis imgur-bel, le mur indestructible de Babylone, long de 480 stades, qui entoure nivitti-bel, le boulevard de Babylone. » Babylone avait donc bien les dimensions indiquées par l'historien grec, dont la véracité, du reste, est souvent attestée par les découvertes modernes. |
Quels étaient maintenant les principaux édifices compris dans
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cette vaste enceinte, qui devait enlacer une ville plus grande que Paris et Londres réunis? Nous trouvons d’abord Babil, la première ruine que l’on rencontre en venant de Mohaouil à Hillah. C’est la ruine la plus imposante par ses dimensions , par sa position , par l’effet qu’elle produit. C’est une masse énorme de 180 mètres de longueur et de 40 mètres de haut, débris des matériaux accumulés par la main de l’homme pour construire un édifice immense sur un terrain parfaitement plat, et dont l'aspect, aujourd’hui désert, fait ressortir encore davantage la grandeur. Babil est le seul nom qui rappelle Babylone dans ces contrées ; les Arabes l’appellent quelquefois Makloubeh, c’est-à-dire la ruine, et non pas Mudjelibeh; ce dernier nom désigne une autre ruine dont nous parlerons bientôt, et s'applique même à d’autres encore. En fouillant le monticule de Babil, on y trouve, comme partout, les briques estampées au nom de Nabuchodonosor ; il a donc construit ou restauré ce grand bâtiment, dont il ne reste plus que les débris. Mais quelle en était la destination ? Est-ce la tour de Bélus dont parle Hérodote, comme Raynel, sir Henry Rawlinson, Quatremer , l'ont pensé ? Est-ce le sépulcre de Bélus , comme cherche à le prouver M. Oppert, en s'appuyant sur l’autorité des inscriptions qu'il a traduites et sur la connaissance personnelle du terrain? Il y à là une question que nous ne voulons pas résoudre, parce que, après tout, le nom du monument signifie peu de chose. Mais s’il y a incertitude sur le nom, il ne peut y avoir de doute sur la chose désignée ,'et les inscriptions viennent même nous en donner la description et l’usage. C’est le monument qui est désigné dans ces textes antiques par le nom de Bit- Saggatu, le Temple par excellence, et qui renfermait, outre la coupole des oracles où reposait le dieu , une chapelle consacrée à son épouse, à Mylitta Zarpanit, la Déléphat des Grecs. Ce temple avait
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alors une grande célébrité. Les rois d'Assyrie en parlent souvent * dans leurs inscriptions. Assarhaddon, et surtout Nabuchodonosor, puis, après lui, Nériglissor, ont orné, enrichi ce sanctuaire. Il fut détruit par Xerxès, et plus tard Alexandre fit d’inutiles efforts pour le restaurer ; sa position avancée engagea le Macédonien à en changer la destination : c'était un temple, il en fit un fort. Ce fort subsistait peut-être encore du temps des Arsacides ; mais, dans tous les cas, ses matériaux semblent avoir servi pour construire Séleucie et Ctésiphon. C’est par lui que la destruction de Babylone devait commencer. Quant à la forme que ce monument affectait, c'était une’pyramide, plus élancée peut-être que celles de l'Égypte, et qui devait avoir environ 550 pieds d’élévation. Ce temple renfermait d'immenses richesses, si on en juge par les précautions qu’on prenait pour les conserver , et dont les inscriptions racontent le détail. L'importance de ces richesses nous est, du reste , attestée par Diodore, qui semble avoir puisé ses renseignements à une source babylonienne. C’était d’abord une statue de Jupiter (?) (c’est un auteur grec qui parle), évaluée 1,000 talents; puis la statue de Rhéa (?), 1,000 talents; la statue de Junon (?), 800 talents; une table d’or, 500 talents ; deux coupes, 30 talents; deux autels, 600 talents; trois cratères, 2,400 talents ; ce qui donne un total de 6,330 talents, c’est-à-dire une somme de plus de 38 millions de francs, représentée par 12,000 kilogrammes d’or. Rien, sans doute, ne nous autorise à accepter ce chiffre d’une manière absolue; cependant, quand on songe que Nabuchodonosor , qui a porté si loin ses conquêtes , et qui avait pris un si grand soin d’orner et d’embellir ce temple, a dû y apporter nonseulement les richesses provenant du sac de Tyr et de Jérusalem, mais encore du monde entier, on ne trouve rien d’exagéré dans l'accumulation de ces trésors, qui devaient tenter bientôt les rois
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ariens, et exposer Babylone aux représailles que Xerxès et ses successeurs allaient exercer contre elle.
La seconde ruine sur laquelle nous portons maintenant nos regards, en suivant le cours de l’Euphrate, est celle que les Arabes nomment El-Kasr (le château), ou encore Mudjelibeh (la petite ruine), bien qu'ils appliquent assez indifféremment cette désignation à toutes les ruines de la plaine, ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer. Cette ruine cache, selon Bérose et les inscriptions , les restes du palais que le roi Nabuchodonosor fit élever en dehors de celui de ses pères. Un rapprochement suffit pour qu’il n’y ait aucune incertitude à cet égard ; l’historien grec nous dit que la construction de ce monument fut achevée en quinze jours ; or, cette donnée se trouve précisément reproduite dans un passage de la grande inscription de Nabuchodonosor que nous avons déjà souvent citée; il ne peut donc y avoir aucune équivoque’sur le monument ainsi désigné; c’est là que le vainqueur des Perses a rendu le dernier soupir. Les briques que l’on extrait de cette ruine sont, comme les autres, couvertes d’inscriptions ; elles portent la même formule, elles désignent le même roi. Cependant, quelques-unes ont été vernissées : elles proviennent du revêtement extérieur des murs. Les explorateurs de l'expédition de Mésopotamie ont constaté que ces briques devaient être disposées de manière à représenter des sujets. En réunissant un certain nombre de fragments, on a pu, en effet, reconnaître des montagnes, des forêts, de l’eau, des muraïlles, et même des images d'hommes et d'animaux, et il est peut-être permis d’y voir des vestiges de quelques-unes des chasses décrites par Ctésias, Enfin , quelques débris présentent des restes d'inscriptions. Ces fragments sont trop peu nombreux pour qu’il ait été possible de
les réunir ; mais ils sont suffisants pour qu'on puisse comprendre
que les palais de Babylone ne différaient des palais de Ninive que par la nature des matériaux employés à leur construction. Le marbre des palais de Ninive a résisté au fléau destructeur ; aussi on a pu exhumer les nombreux bas-reliefs, les nombreuses inscriptions qui nous donnent sur la civilisation assyrienne de si précieux détails; la décoration des monuments de la Chaldée, au contraire , a disparu. Les briques peintes des palais de Babylone se sont d’abord détachées des gros murs; puis elles ont été broyées pendant qu’on exploitait leurs soutiens pour construire des cités nouvelles, qui ont été détruites à leur tour.
La position du palais dont nous nous occupons est admirablement choisie : elle domine toute la plaine de Shinaar; c’est là peut-être que Nabuchodonosor, en promenant ses regards sur les monuments marqués de son empreinte qui s’élevaient à ses pieds, a prononcé ces paroles que la Sainte-Écriture nous a transmises : « N'est-ce pas là cette grande Babylone, dont j'ai fait le siége de mon royaume, que j'ai bâtie dans la grandeur de ma puissance et dans l'éclat de ma gloire! » Sur le sommet de cette ruine, on voit aujourd'hui le seul arbre de la contrée, c’est un tamarisc assez vieux déjà, mais auquel les légendes populaires prêtent plusieurs origines fabuleuses , que je rappellerai ici. Suivant les fervents disciples de Mahomet qui visitent ces ruines, Ali aurait fait croître cet arbre pour s’abriter du soleil lors de la bataille de Hillah, en enfonçant son bâton dans la terre; suivant les visiteurs qui ne trouvent pas cette légende assez merveilleuse, cet arbre serait un débris des fameux jardins suspendus bâtis ou plantés par Sémiramis. Ces deux légendes ont sans doute leur charme ; mais je n’ai pas besoin d’ajouter qu’elles ne peuvent se justifier ni l’une ni l’autre. C’est encore dans cette ruine que, depuis long-temps, on a remarqué le seul débris de la sculpture babylonienne qui soit
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parvenu jusqu'à nous. C’est un lion gigantesque en basalte noir, d’un assez mauvais travail; il se trouve ballotté au milieu de cette mer de décombres, suivant les ondulations que les chercheurs de briques font faire au terrain, et, tantôt caché, tantôt découvert, il a pu ainsi parvenir à peu près entier Jusqu'à nous. Îl se perpétuera dans ces ruines par la grossièreté du travail qu'il accuse et par la paresse des sakkhar, qui ne songent pas à le briser pour en employer les fragments.
Lorsqu'on quitte EI-Kasr, on rencontre, en suivant toujours le cours de l’Euphrate , une autre ruine. C’est la plus méridionale de toutes celles qu’on remarque dans ce groupe de collines qui comprend les débris de la cité royale ; elle porte le nom de Tel-Amran-ibn-A li. C’est là qu'Amran, un des fils d’Ali, a été tué avec sept de ses compagnons ; son tombeau a été construit au pied de la ruine. C’est un lieu de pélerinage pour les mahométans qui demandent l’accomplissement d’un désir: ils vont attacher un ruban à la balustrade de l'intérieur de la coupole, et ils l’y laissent flotter jusqu’à ce que leur but soit atteint. La ruine présente un aspect fort irrégulier ;
élevée d'environ 30 mètres du côté du fleuve, elle s'étend en s’affaissant dans la plaine sur une base de plus de 500 mètres. Cette colline recèle un grand nombre de tombeaux qui ont été fouillés à différentes époques , et parmi lesquels on en trouve cependant encore une certaine quantité d'intacts; ils renferment des bagues, des anneaux, des colliers. Ces tombeaux, antérieurs à l’époque des Parthes, sont peut-être ceux des compagnons d'Alexandre ; cependant, en fouillant plus avant, on s’aperçoit bientôt qu'ils sont d’une époque plus récente que le monument dans lequel ils reposent. Les briques qui forment, en effet, la masse de la ruine sont encore, comme partout, estampées au nom de Nabuchodonosor. M. Oppert pense que cette ruine est formée des
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débris des fameux jardins suspendus, dont Strabon et Diodore de Sicile nous ont donné la description, et il puise ses preuves dans la comparaison des passages anciens où il est question de cette merveille, et dans les connaissances topographiques qu'il a personnellement acquises. Je dois dire que cette opinion a été combattue par sir H. Rawlinson; mais jusqu'ici aucune preuve, tirée des nouveaux textes, n'est venue éclaircir le débat. D’après Bérose, la construction de cet édifice serait un des derniers travaux de Nabuchodonosor , et la plus récente des inscriptions qui soit parvenue à notre connaissance n’en fait pas mention.
Les autres ruines qui marquent encore, sur le sol de Babylone, la place des monuments de cette antique cité sont assez nombreuses, mais d’une importance beaucoup moins considérable, et tellement remuées par les chercheurs de briques qu’elles ne présentent plus que des décombres , d’après lesquels il est impossible de se faire une idée de l'édifice primitif, de son plan, de sa destination.
En traversant le fleuve, on retrouve les mêmes mouvements de terrain, et, sous chacune de ces vagues solides, les débris d’un palais assyrien. Mais la ruine qui frappe le plus, par son étendue et par sa masse, est située à 12 kilomètres au sud de Hillah ; on l’appelle Birs-Nimroud. C’est un des nombreux monuments qui perpétuent dans ces parages le nom de l’Éthiopien révolté qui, d’après la Genèse, plus de vingt siècles avant J.-C., aurait abordé sur ces plages en y laissant l'empreinte de son audace, de sa puissance et de son génie. Cependant, il faut bien le reconnaître , les briques que l'on extrait de ce monticule ressemblent encore à celles que l’on trouve au Kasr, à Babil, à Tel-Amran. Ce sont partout les mêmes, et ces briques sont, par rapport à Nemrod,
d’une époque relativement moderne. Le sommet de cette ruine
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s'élève à la hauteur de 46 mètres et forme une masse énorme, qui s'élargit en pain de sucre sur une base de plus de 700 mètres de pourtour. On gravit d’abord un ravin qui conduit sur une vaste plate-forme; puis le sentier devient plus facile, et on atteint bientôt le sommet de la colline qui domine toute la plaine de Babylone. On se croirait sur une colline naturelle, si ce n’est qu’en effleurant le sol on retrouve les briques que nous connaissons déjà, et qui portent encore la légende de Nabuchodonosor. Des blocs énormes de maçonnerie sont entièrement vitrifiés , et n’ont pu arriver à cet état que par suite d’un incendie dont il est impos$ible d’imaginer la violence. C’est là cependant que se dresse un pilier, de 40 mètres de hauteur , tellement entamé de
tous côtés qu’on ne peut plus en reconnaître la forme primitive.
(inscription pan uonsierA. )
Si l’on n’avait que les données de la science ordinaire , il serait aussi difficile de reconstruire l'édifice dont nous nous occupons que ceux dont il a été parlé ; mais, pour ce dernier, nous n'avons plus à nous lancer dans les conjectures. Nous savons, en effet, de la manière la plus positive, quand, pourquoi et par qui cet édifice a été construit. Sir Henri Rawlinson a eu le bonheur de découvrir l'inscription que le constructeur de ce monument avait cachée dans les fondations. Elle est écrite sur des barils en terre
cuite, chargés de soixante lignes d'écriture. On en a trouvé deux
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exemplaires identiques; il doit en exister encore un plus grand nombre, que des fouilles habiles ne manqueront pas de mettre à nu. Cette inscription à déjà été plusieurs fois interprétée, Sir H. Rawlinson, M. Fox-Talbot et M. Oppert en ont donné des traduetions qui diffèrent sur quelques points d’une façon assez notable, il est vrai, mais qui ne laissent aucun doute sur l’origine et la destination du monument. C'était une série de tours superposées les unes sur les autres , et qui s’élevaient à plus de 250 pieds , en formant sept étages de différentes hauteurs. Chacun de ces étages était diversement colorié, suivant la divinité à laquelle il était consacré, et on peut, d’après la couleur des briques qui restent encore dans la ruine, retrouver l’ordre de cette disposition, qui paraît avoir distribué les couleurs de la manière suivante, de la base au sommet : noir, blanc, orange, bleu, rouge, argent et or. M. Oppert pense que ce monument est construit sur l’emplacement de la tour de Babel, si célèbre dans nos Saintes-Écritures ; mais je passerai toutefois sous silence les graves questions que ce texte vient soulever ou résoudre, Il eût été téméraire de les indiquer, il y a quelques années à peine ; mais aujourd’hui il n'en est plus ainsi: on sait que la science qui marche dans ces découvertes se fortifie de jour en jour, et qu’elle n’a plus besoin de se défendre lorsqu'elle rencontre , dans ses rapports avec les livres sacrés , des coïncidences heureuses qui lui apportent la confirmation la plus précieuse qu’elle puisse désirer.
Tandis que la France accomplissait ces travaux sur le sol de la Mésopotamie , l'Angleterre ne restait pas inactive. Des recherches étaient entreprises dans la Mésopotamie inférieure par M. Loftus et poursuivies avec succès. On retrouva à Warka, à Niffer, à Mugheir, à Senkereh , à Abu-Shahrein, les débris des
palais fondés par les rois de la première dynastie chaldéenne. Les
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monuments les plus nombreux sont encore des briques, avec des légendes plus ou moins longues, plus ou moins étendues. Celles qui sont le plus développées appartiennent au règne de Hammourabi, qui florissait du XV°. au XX°. siècle avant notre ère. Le musée du Louvre possède une curieuse inscription de ce roi, dont J'ai donné la traduction. Les fouilles de M. Loftus ont fait connaître un certain nombre de monuments de cet antique souverain de la Chaldée, et entr’autres des anneaux en bronze que je regarde
comme des débris de son sceptre.
(FRAGMENT DU SCÉPTRE DE HAMMOURABI.)
Tels sont les principaux résultats des fouilles entreprises dans les ruines de l’empire assyro-chaldéen. Mais , avant d’entrer dans l'examen des inscriptions que ces fouilles nous ont révélées, jetons
un coup-d’œil sur l’ensemble des découvertes.
L'aspect général des ruines de l’Assyrie a quelque chose qui nous étonne au premier abord: nos regards ne sont pas habitués à toutes ces merveilles. Cependant, ces figures, malgré leurs gigantesques proportions, malgré la hardiesse des conceptions qui rassemblent sur le même sujet les formes les plus diverses , n’ont rien de barbare. On y trouve sans doute un parti pris, un système conventionnel pour rendre certains détails qu'il n’entre pas dans nos habitudes d'exprimer de la même manière ; mais ce parti pris
est rendu avec une entente si calculée des effets de sculpture, que
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l'œil n’en est point blessé. Il est facile, au surplus, de comprendre que c’est pour répondre à un type consacré que l'artiste a sculpté ces monstres à la tête d'homme, au corps de taureau, aux ailes d’aigle. On y soupçonne aisément le symbolique mélange de la force sur la terre, de la force dans les cieux, si toutefois cet accouplement bizarre ne voulait pas exprimer un nom que l’Assyrie semblait emprunter au bœuf ou à la colombe. Quelle que soit l'idée qui ait présidé à la conception de ces colossales figures , il est certain que l’art assyrien avait atteint à cette époque un haut degré de développement.
Ce n’était pas, du reste, un vain caprice qui portait les rois d’Assyrie à élever ainsi des palais. Les palais avaient alors une destination que les palais modernes ne comportent plus. Ces édifices étaient bien la demeure de la royauté, comme disent les inscriptions ; ce que nous nous garderons bien de traduire par la demeure du roi. Le palais, c'était alors le Livre que chaque souverain ouvrait à son avènement au trône , et dans lequel il devait déposer l’histoire de son règne. Aussi le rédacteur royal de ce livre de pierre se préoccupe non-seulement du présent, mais aussi de l’avenir ; il écrit non-seulement pour ses contemporains , mais encore pour la postérité , et il ne manque jamais de terminer ses récits par des imprécations contre ceux qui oseraient détruire les monuments qu’il élève.
Chaque pierre de l’édifice porte le nom du roi. On l'écrit à l’intérieur , à l'extérieur, sur des monuments de toute espèce, avec une profusion et une prodigalité qui témoignent du désir de le transmettre à la postérité la plus reculée. Aussi aujourd’hui, après vingt-cinq siècles de silence et d’oubli, on sent que ces rois vivent encore dans la poussière des ruines.
Quelquefois les monuments sont grandioses : ce sont des mon-
tagnes dont on taille les flancs , comme à Bisitoun, comme à Nahrel-Kelb ; quelquefois ce sont de simples stèles qu’on élève dans quelque lieu fameux pour perpétuer le souvenir d’un fait mémo-
rable. Telle devait être la stèle de Salmanassar , conservée au Bri-
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