‹ Éléments d'épigraphie assyrienne les écritures cunéiformes, exposé des travaux qui ont préparé la lecture et l'interprétation des inscriptions de la Perse et de l'AssyrieChapitre 3 sur 33 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ÉCRITURE ARIENNE

Les inscriptions que nous allons étudier appartiennent à l’époque la plus glorieuse de l'histoire de l’antique Iran. Elles sont de nature à modifier profondément les idées que nous nous étions faites sur la civilisation de la Haute-Asie; elles apportent le contrôle le plus sérieux qu'il soit possible de désirer aux traditions qui nous sont parvenues: — par les historiens orientaux, — par les livres sacrés de l'Iran, — et par les auteurs grecs qui nous ont parlé de l'Orient ; il importe donc de rappeler , aussi succinctement que possible, les données qui nous sont fournies par ces différentes sources, pour bien comprendre l’importance des lumières que les découvertes modernes vont jeter sur cette phase de l’humanité.

Le document historique le plus sérieux qui nous soit parvenu de l'Orient sur l’histoire de l’antique Iran porte le nom de Schahiï'ameh, c’est-à-dire le Livre des Itois. C'est une histoire qui

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commence aux premiers jours du monde et qui s'arrête à l’époque de la rédaction définitive du livre ; elle est écrite en persan moderne. Voici comment on raconte l’origine et la furmation de cette grande épopée :

11 y avait un livre des temps anciens dans lequel étaient écrites beaucoup d’histoires. Tous les mobeds ( les hommes de la classe la plus éclairée de la natiun ) en possédaient chacun une partie , et chaque homme intelligent en portait un fragment avec lui. Or, il y avait également un Pehlevan ( prince ) nommé Danischvcr , d’une famille de Dihkans, qui aimait à étudier et à recueillir les récits des temps passés. Il fit venir , de chaque province , un vieillard de ceux qui avaient rassemblé des jvarties de ce livre et il leur demanda l’origine des rois , des guerriers illustres , et la manière dont ceux-ci, au commencement, avaient ordonné le monde. Les vieillards récitèrent devant lui, l'un après l’autre, les antiques traditions de leur patrie. Il écouta leurs discours et en composa un livre digne de renom. C'est là le souvenir qu’il laissa parmi les hommes , et les grands et les petits célébrèrent ses louanges. Lors de la conquête de la Perse par les Arabes , la collection de Danischvcr , trouvée parmi les trésors d'Iesdedjerd , subit le sort des dépouilles que les vainqueurs se partagèrent : elle fut dispersée et on en perdit la trace. Cependant , deux siècles plus tard , on retrouva aux mains de Abdallah-ibn-al-.Makafa cette précieuse collection ; mais elle fut encore malheureusement perdue. Alors une foule d’auteurs comjiosèreut des histoires sur les vieilles légendes de la Perse. Quelques Arabes s'en approprièrent des extraits informes qu’ils faisaient réciter, par des chanteuses dans les assemblées , en tournant en ridicule , dans leurs fêtes, les anciens rois du pays conquis. Mais, dans la partie orientale de la Perse , il n’en était pas ainsi : une révolution qui

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s’était faite sourdement dans les esprits vint à éclater et la Perse secoua le joug du Khalifat. Ce fut lacoub , fils de Leïs , fils d’un chaudronnier, qui rendit à la Perse son antique splendeur et fonda la dynastie des Soffarides. 11 parvint à se procurer le recueil de Danischver-Dikan, et il ordonna h son visir Abou-Mansour de traduire en persan ces livres écrits en pehlvi. Abou-Mansour fit faire ce travail par le wakil de son père, Saoud-ibn-Mansour-al-Moamri, en lui adjoignant quatre personnes de pure race persane. L’ouvrage fut achevé, l’an 260 de l’Hégire, sous le titre de Livre des Rois. Les SofTarides ne gardèrent pas long-temps le pouvoir : vers l'an 297 de 1’Ilégire , leurs possessions tombèrent aux mains des Samanides qui s’occupèrent avec ardeur des anciennes traditions persanes : Balami , visir d’Abou-Saleh-Mansour le Samanidc, chargea Dakiki de mettre en vers la traduction du recueil de Danischver. Mais le poète mourut, assassiné par un esclave, laissant son oeuvre inachevée. Les Samanides n’eurent pas le temps de faire recommencer l’entreprise; car leur empire tomba quelque temps après aux mains des Ghaznévides. Cependant Mahmoud , le second roi de cette dynastie, s’affranchit de plus en plus du joug du Khalifat et abolit même l’usage de l'arabe dans l’administration de son royaume. Mahmoud, qui s'était formé une cour littéraire, ne pouvait laisser passer inaperçu l’ouvrage de ses prédécesseurs : il proposa des récompenses pour les meilleures rédactions en vers des épisodes du poème de Danischver, et, les désignant lui-même, il pressait Ansary, poète fort distingué d’alors, de mettre en vers toute cette collection ; mais celui-ci n’accepta point cette mission ; il proposa au roi, qui l’agréa, Abou-Kasim-Mansour, dit Firdousi(le Paradisiaque). Les documents authentiques dans lesquels sa biographie est consignée sont très-rares : on ne trouve nulle part la date exacte de sa naissance. Il vivait dans le IV'. siècle de l’Hé-

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gire (X". do J.-C. ). De bonne heure il s’était occupé de ce genre de poésie : plus qu’un autre il pouvait remplir les projets de Mahmoud ; il s’en acquitta avec un succès qui lui valut les faveurs du prince. C’est ce poème qui est parvenu jusqu’à nous et que M. Molli a traduit en français dans la collection orientale publiée par ordre du Gouvernement (t).

Voici maintenant les principaux faits qui nous sont révélés par le Schah-Xameh , sur l’origine et les développements de la civilisation arienne :

Suivant le Schah-X'ameh , deux dynasties seulement ont régné sur cette contrée, depuis l’origine du monde jusqu'au moment où l’empire de Darius s’écroula sous les armes d’Alexandre. La première dynastie , qui porte le nom de Pischdadiens (Pischdad, qui donne des lois justes), a commencé avec le premier homme, naturellement le premier roi de cette terre. C’est Kaiomnrs; il a régné cinq cent soixante ans. Ses descendants fournissent une succession de douze souverains qui ont régné pendant l’espace de trois mille deux cent soixante-neuf ans. La plupart de ces rois présentent des règnes dont la durée excède les limites de la vie humaine ; ils nous montrent, comme dans les légendes de tous les peuples de l’Orient, des règnes séculaires qui font soupçonner des dynasties plutôt que des règnes isolés. Il est évident que plusieurs individus du même nom sont réunis sous un seul type. Quelques-uns de ces rois ont laissé sur la terre des souvenirs chers à leur patrie. Ilouschenk, petit-fils et successeur de Kaiomors, a établi dès ces temps reculés le culte du feu dans l’Iran. Thahamouras, son fils, apprit à tondre la laine des brebis, à la filer, à en faire des vêtements.

(!) Voyez la belle traduction du Schah-Nameh, intitulé*: Le Livre des Rois 0 par Ahou'l Kasirn Firdousi, publié, traduit et commenté par M. Jules Molli ; A vol. in-folio. Paris, Imprimerie impériale.

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Djemschid, le fils de Thahamouras, régna sept cents ans; il signala sa puissance par ses bienfaits, et les habitants de l’Iran en conservent encore le souvenir. Il amollit le fer, nous dit le Schah-yameh, par sa puissance royale; il lui donna la forme des casques, des lances, des cuirasses, des cottes de mailles; il fit des vêtements avec le lin et la soie ; les étoffes de luxe , le brocart , apparurent sous son règne. Djemschid a fixé la durée de l'année et l’a divisée en périodes ; il a marqué le commencement de chacune d'elles par une fête spéciale que l’on célèbre encore aujourd'hui. Enfin il passe pour avoir jeté les fondements d’une ville qui fut pendant long-temps la capitale de la Perse. Les Grecs nous l’ont fait connaître sous le nom de Persépolis et ses ruines sont encore visibles non loin de Schiraz , à côté du village d’Istakhar.

Les hommes ont été long-temps heureux sous son règne ; cependant, dans les dernières années de sa vie, ils négligèrent peu à peu le culte du vrai Dieu, et après la mort de Djemschid, un prince étranger, Zohak, s’empara du trône. Son règne, de lugubre mémoire , a duré raille ans , pendant lesquels la moralité fut méprisée , la magie en honneur et le culte établi par Djemschid abandonné. Il parait que l’impur Zohak portait sur ses épaules deux serpents nés des baisers d’un Génie cruel , et qu’il fallait repaître ces monstres avides avec des cervelles humaines. Enfin , un descendant de la famille des Pischdadiens, Féridoun, arracha des mains de Zohak le sceptre de ses ancêtres, il ranima le culte du feu , institua des fêtes nouvelles , combattit la magie et régna 500 ans. Les habitants de l'Iran retrouvèrent sous ce prince le bonheur des premiers ûges ; après lui vinrent encore quelques rois pleins de bonté , dont le nom seul est resté dans l’histoire, et la dynastie des Pischdadiens s’éteignit pour faire place à une dynastie nouvelle.

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I,a secundo dv nastie , celle des Keons ou Koyans ( rois géants) , rois forts et guerriers , habiles ù tirer de l'arc, comprend une succession de neuf rois, qui ont régné 732 ans selon les uns ou 938 ans selon les autres , pour arriver au régne d'Isknnder-lc-Roumi ( Alexandre), qui porta un coup si cruel à la civilisation iranienne. Quelques-uns des rois de celte dynastie se présentent encore avec ces régnes séculaires, qui indiquent que nous sommes toujours dans les temps héroïques. Le plus célébré de ces nouveaux souverains , c'est Gustasp ; il a régné 120 ans. Sous son régne s'est accomplie la grande révolution religieuse de l'Iran. Le culte de Djemschid était relâché ; les méchants commençaient à prendre de l'audace ; les bons tremblaient ; mais les fervents étaient pleins d'espérance. Le moment était venu , en effet , où le Dieu de l’Iran devait envoyer sur la terre le prophète qui devait les consoler et leur apporter la parole céleste. Ce fut alors qu'un saint personnage, Poroschasp, riche en chevaux , s’humilia devant le Seigneur et lui demanda un tils pour apporter la parole d'Ormusd parmi les hommes. Sa prière fut écoutée, et le Seigneur accorda à Poroschasp un fils, Zoroastre, qui devait relever les saintes croyances et délivrer les captifs.

Quelle est l'époque nielle de ce grand événement? Les calculs auxquels on s’est livré tendent à le placer h des époques bien différentes: on s’était arrêté à considérer Gustasp comme Ilistaspe, et à placer cette réforme sous Darius , en identifiant comme on pouvait les rois Achéménides avec les derniers rois Kayanicns ; mais aujourd'hui il faut abandonner ces calculs et reporter la venue de Zoroastre à une époque bien antérieure, sans pouvoir encore la fixer dans l’histoire. Les rois des premiers âges de la Perse ont vécu dans un temps pour lequel les dates font défaut ; Gustasp lui-même nous montre encore une vie plus que sécu-

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laire; il touche à la légende et il ne saurait avoir vécu à l’époque de Darius dont le règne est désormais bien connu ; il y a plus : ces rois paraissent avoir eu le siège de leur empire, de môme que le dogme dont ils étaient les défenseurs parait avoir eu son berceau dans des contrées plus septentrionales que celles de la Perse, telle que nous pourrions aujourd'hui en fixer les limites. C’est au-delà de la Bactrianc et beaucoup plus au nord , dans les pays où le plus long jour d’été est égal aux deux plus courts jours d’hiver (1), qu’il faut chercher l’origine des croyances religieuses qui ont fait vivre la Perse. Le Schah-Nameh, qui retrace si bien les règnes vénérés de Féridoun et de Djemschid , n’a pas un chant pour les princes Achéménides : Cyrus, Darius, Xercès n’y sont pas nommés ; il est impossible d’établir un rapport quelconque entre les rois mentionnés dans le poème de Firdousi et les rois que les Grecs nous ont fait connaître et auxquels les découvertes modernes ont donné une incontestable réalité. Il y a , dans l’histoire des rois de la Perse , des lacunes que nous pouvons constater , mais dont il est impossible d’apprécier l’importance et la durée.

— Voyons maintenant ce que nous disent les livres sacrés de la Perse sur ces temps antiques. Ces livres, que les croyants regardent encore aujourd'hui comme l’expression par excellence de la parole divine, portent le nom d’drcstact Zend-Avetla, à cause de la langue dans laquelle ils sont conçus ; ils renferment un dogme,

(I) Voyez A. Du Perron , Zend-Avesta, Bovndehesch , XXV. Ce passage n’a point échappé à Volney : « Un tel étal de choses, dit-il, n’a lieu que par le 49*. degré 20 de latitude, où le plus long jour de l'année est de 16 heures 10 minutes et le plus court de 8 heures 5 minutes. Or, cette latitude est d’emiron 11 degrés plus au nord que les tille» de Dactre ou Italk et Ourmia ou l-rnii, où l'histoire place le théâtre des actions de Zoroaslre. » Volney, Œuvres complètes, 8 toi. ; Hechcrchcs sur l'histoire an tienne , t. I"., ch. xtw, p. 197.

ÉCRIT!) Il K ARIENNE.

un culte dont l'origine remonte aux premiers jours du monde, et qui n été successivement révélé aux hommes par une série de prophètes dont Zoroastre est le dernier.

Quelques-uns de ces livres pénétrèrent en Europe dans le courant du XVII*. siècle; mais personne ne pouvait alors les comprendre: ils restèrent donc en Angleterre dans les bibliothèques publiques ou privées, comme un objet de curiosité. Ilyde, en 4700, n'hésita pas à dire qu'il avait essayé de traduire ces livres, mais qu'il y avait trouvé tant d’absurdités qu'il lui avait fallu renoncer à sou projet. La vérité était que Hyde ne savait même pas é]>eler les caractères dans lesquels ils étaient écrits. C’était un mensonge. Aussi l'Angleterre, malgré l’opinion de Ilyde, promit des sommes considérables au premier traducteur sérieux. Ces encouragements n’eurent aucun résultat de l'autre côté du détroit. Ce fut un français , Anquetil Du Perron , qui de lui-même conçut le projet d'aller dans l’Inde surprendre les secrets des Parses au fond de leurs retraites , s'instruire do leur langue , de leurs usages , de leurs coutumes , afin de pouvoir rapporter en Europe une traduction de leurs livres. On sait qu’Anquetil Du Perron ne recula devant aucun sacrifice et ne fut arrêté par aucun obstacle pour accomplir son œuvre : il renonça aux douceurs de l'aisance et de la vie de famille pour s'engager comme simple soldat de la Compagnie des Indes, et le 7 novembre 1754, avant le jour , il quitta Paris ù pied , confondu dans une de ces troupes de bandits dont les Reentes des colonies se composaient alors , commandée par un bas-officier des Invalides , au son lugubre d'un tambour mal monté. Il resta huit ans dans l’Inde, poursuivant son œuvre avec une persistance qui lui fit surmonter tous les obstacles. Il parvint à obtenir des copies des livres de Zoroastre, s'instruisit de la langue dans laquelle ils étaient composés , acheta des

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manuscrits, les copia lui-mfime et les défendit quelquefois au péril de sa vie , le pistolet au poing ; enfin , après huit ans de laborieux travaux, il revint en Europe en 1762 , rapportant avec lui tout ce qu’il avait pu recueillir sur la religion de Zoroastre , et donna au monde savant la première traduction de PAvesta.

Ces livres , lorsqu’ils étaient complets jadis , étaient au nombre de vingt-un; chacun d’eux portait le nom de Nosk; la sagesse divine les distribuait sur la terre par l'entremise de ses prophètes , à mesure que les besoins toujours croissants des peuples de l’Iran réclamaient des vérités nouvelles. Zoroastre, qui avait apporté à l’Iran le vingt-uniôme nosk de l'Avesta, devait avoir trois fils posthumes, et chacun d’eux, à des jours différents, devait ap|>orter un nosk nouveau et compléter ainsi la collection des livres de Dieu. Mais il s’en faut que les vingt-un nosks qui existaient au temps où la foi au culte d'Ormusd était dans toute sa vigueur soient parvenus jusqu'à nous. Ces livres ont d'abord été détruits au moment de la conquête d’Alexandre ; et plus tard , au moment de la conquête de l’Islamisme , les vainqueurs en ont dispersé les derniers fragments. Ce qui nous en reste aujourd’hui a été conservé avec une persévérance miraculeuse par les pieux sectateurs de Zoroastre , qui sont encore attachés à leur culte malgré les persécutions dont ils ont été l’objet.

Dans l'état actuel, ils comprennent d'abord le Yendidad-Sadé, renfermant Vlzeschné, le Yispered et le Vendidad proprement dit. Par le mot Izcschné on désigne une prière dans laquelle on relève la grandeur de celui à qui on l'adresse. L’ouvrage qui porte ce titre se compose de quatre-vingt-douze lias, ou prières divisées en deux parties : la première contient vingt-sept bas qui ont pour objet Ormusd et ses créatures ; la seconde parle de l'homme et de plusieurs génies chargés de le protéger. On présume que l’Izeschné

ÉCRITCtlR ARIKNNR.

faisait partie du premier ou du second nosk de l’Avcsta. — Le Vispcred, qui mentionne tous les chefs des Êtres , est divisé en vingt-sept Cardés ou portions et faisait probablement partie du quinzième nosk de l’Avesta. — Le Vendidad est un recueil de prières contre les Uews ou pour éloigner les Dews. Le mot Vendidad, qui désigne encore tous les nosks qui traitent de la loi, est cependant plus spécialement réservé au vingtième. Les sections ou divisions du Vendidad se nomment Fargards ; il en contient vingt-deux; le Vendidad réuni à l'Izeschné et an Vispcred forme le Vcndidad-Sadé , que les prêtres d'Ormusd récitent encore aujourd'hui tous les jours , mais la plupart du temps sans le comprendre.

Comment ces livres ont-ils été conservés et transmis de génération en génération pour arriver jusqu'à nous? C’est un miracle plus difficile à expliquer peut-être que celui de leur céleste origine : je dois me borner ici à constater quelques faits.

Alexandre, après la conquête de la l’erse, a fait brûler sept des livres qui traitaient de la doctrine de Zoroastre ; il envoya en Macédoine les quatorze autres , parce qu’ils traitaient de la médecine et de l’explication des songes, et il les fit traduire en grec. Il est naturel de croire que les Perses cherchèrent, malgré cela, à reconstituer leur liturgie ; mais il est assez difficile d'apprécier le résultat de leurs efforts : les renseignements manquent , pour ainsi dire , complètement sur ce point.

Dans le milieu du VII*. siècle de notre ère, la Perse subit une nouvelle conquête; les Arabes lui imposèrent la religion de Mahomet et détruisirent , autant qu’ils purent, les livres de Zoroastre. Le sort de ce malheureux empire fut décidé dans une grande bataille qui fut livrée au village de Nahavand, à 50 milles environ de l’antique Ecbatane; l’armée des Perses fut détruite et Iesdedjerd , le

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dernier des rois masdaiesnans (I), fut contraint d’abandonner son royaume : il parvint à se cacher pendant quelque temps; mais il périt victime d’une trahison qui livra aux Musulmans le secret de sa retraite. Après la mort d'Iesdedjerd , les Parses qui étaient restés fidèles au culte d’Ormusd se retirèrent dans le Cohistan, où ils vécurent environ cent ans; ils descendirent ensuite à Omias et de là firent voile pour l’Inde. Plusieurs siècles s’écoulèrent sans événements remarquables; mais le nombre des Parses diminuait de jour en jour ; vers l’an !)00 d'Iesdedjerd (1-iîiO de J.-C. ), lorsque le mahométisme pénétra dans l’Inde, ils s’unirent au Rajah de Saudjan pour combattre le Sultan. Quatorze cents Parses, rassemblés de toutes parts , vouèrent leur vie au Rajah et lui assurèrent la victoire; mais leur chef Ardcschir périt dans une bataille , et sa mort les obligea de fuir, emportant avec eux le feu sacré. Depuis quelques années leur condition s’est sensiblement améliorée ; leur nombre semble avoir une tendance à augmenter : on en compte bien près de cent cinquante mille qui habitent en général Bombay et quelques villes du Guzarat. Ils ont fondé des établissements à Calcutta et se sont mis en rapport avec tous les comptoirs de l’Inde. Leur prospérité commerciale leur a fait faire un retour vers leurs livres, et quelques-uns sont entrés en relation avec les savants d’Europe, dont ils empruntent les lumières pour éclairer et ranimer leur foi.

Les Parses qui n’ont point quitté leur patrie ont subi une autre destinée. Lorsque l’empire des Khalifes se fut bien établi en Perse, lorsque les proscriptions eurent fait justice de tout ce qui était

Iesdcdjerd , fils de Shchérinr, 28 e . et dernier roi de la dvnnslic des Sassanidcs , Ait détrôné par le khalife Haicrel-Omar-Kctab , et mourut l'an de Jésus-Christ or»l. L'ire des Parses commença à la première aimée du règne de ce prince, c'est-à-dire l’an 632 de Jésus- Christ.

ÉCHITL'HF. AKIENNF.

riche, influent, attaché au culte d'Ormusd, et que la peur eut converti le plus grand nombre, l'Islamisme régna sans partage; il ne resta plus que quelques Parses trop pauvres pour mériter la proscription, trop ignorants pour qu’on pût songer à les convertir ; ils ne valaient pas la mort : on leur abandonna un coin de terre dans une province marécageuse et malsaine, située dans le Kirman , où ils traînèrent une vie misérable ; aucun événement remarquable n'a signalé pendant douze siècles leur soumission ; aucune tentative d’insurrection contre le Croissant n’est venue protester an nom de leur foi. Ce sont pourtant les mêmes hommes que nous retrouvons dans l’Inde ; ce sont les mêmes livres , le même culte ; les traits de leur figure n'ont pas changé et nous les retrouverons sur les marbres de Persépolis pour nous attester que, depuis vingt siècles , cet air de famille des Achéménides s’est transmis d’âge en âge , jusqu'à nos jours , sur le visage des sectateurs d’Ormusd.

Le Zend, tel que les manuscrits que Anquctil Du Perron a donnés à la Bibliothèque impériale nous le font connaître, est une langue arienne à laquelle se rattachent différents dialectes : le pazend , le pehlvi , le parsi et naturellement la langue de la Perse antique , dont le persan moderne ne tjoit être qu’une dernière transformation. L’écriture zend se trace de droite à gauche ; un signe de ponctuation sépare tous les mots ; elle comprend quarante-huit caractères, dont seize marquent les voyelles et trente-deux les consonnes; ces différentes lettres n’expriment toutefois que trente-cinq valeurs : douze voyelles et vingt-trois consonnes. *

La langue zend porte les traces d’une haute antiquité et son expression graphique semble avoir été toujours appropriée aux idées qu’elle était chargée de transmettre. Cependant , si antique que soit cet idiome, cet idiome et son exuression graphique ne parais-

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sent pas avoir été le moyen le plus antique qui ait servi à exprimer la pensée. En effet , les plus vieilles traditions sur la vie de Zoroastre nous font connaître que les livres révélés par Ormusd au prophète de 1 Iran ont été présentés dans un long recueil au puissant roi Gustasp , pour en propager les doctrines , et que ce prince en admira d’abord les lettres et le style sans en comprendre le sens (I). Ces lettres avaient donc quelque chose d’insolite à ses yeux , et dès lors on peut se demander s’il n’y avait pas à cette époque , à côté des formes graphiques si simples que les livres sacrés nous ont fait connaître , des formes plus ou moins rapprochées de cette écriture monumentale dont les ruines de Persépolis nous ont conservé les rares échantillons. Mais rien, dans les livres sacrés de la Perse, ne peut éclairer cette question. Ici encore nous retrouvons , dans l’histoire religieuse comme dans l’histoire politique de la Perse , des lacunes que nous ne pouvons combler. La chaîne des traditions a été brisée plusieurs fois peut-être , et les chroniqueurs en ont renoué les anneaux sans chercher à expliquer l’intervalle qui les sépare. Il ne faut donc pas songer aux traditions orientales pour connaître la phase la plus glorieuse de la civilisation arienne; voyons maintenant quelle lumière nous pourra venir des récits qui nous ont été transmis par les Grecs.

Hérodote nous apprend que le vaste pays qui devait former la Perse, compris entre l’Indus et l’Euphrate, depuis le golfe Persique jusqu’aux bords de la mer Caspienne , fut peuplé jadis par un certain nombre de tribus dont il nous a conservé les noms. C’étaient d'abord des tribus guerrières : les Maspiens , les

(I) Voyez le Z erdus t-Nameh , ch. xlv , dlé par Anquelil Du Perron dan* la Vit de Zoroastre, t. I M «, p. 34.

Ê< KIM HK ARIESNC.

Maraphiens, les Pasargades , dont les Achéménides formaient une branche et qui donnèrent à la l’erse ses rois les plus célèbres et les plus glorieux ; venaient ensuite des tribus nomades : les Mardes, les Drnpiques, les Sagarticns et les Daces, pasteurs errants sur les rives de la mer Caspienne , depuis les bords de l’Oxiis jusqu'aux bouches du Tanats ; enfin des tribus de laboureurs : les Panthialéens , les Dérusécns , les Germaniens , peuplades sédentaires attachées au sol quelles cultivaient. Toutes ces tribus, au surplus , étaient prêtes à quitter, au premier signal , le socle ou leurs troupeaux, pour se ranger sous la bannière qui les protégeait et les conduisait au combat.

La Perse était encore dans cet état voisin de la barbarie , et déjà, autour d'elle, vivaient des États puissants et civilisés :à l’orient, l'Inde et ses traditions séculaires, une race d'hommes avec des besoins et des goûts qui la séparaient profondément des habitants de l'Iran ; à l’ouest, le vaste Empire d’Assyrie, dans toute sa splendeur, brillait par le luxe i raditionnol de ses rois et par son collège de prêtres, chaldéens ou mages, profondément versés dans les sciences et dans les arts. Il tenait sous sa puissance Sidon , Tyr , les Lydiens , les Syriens , les Paphlagoniens , tous ces petits États , qui s’étendaient à l'occident plus ou moins loin sur les bords de la Méditerranée. Enfin, au nord , une civilisation dont on ne connaît encore que le trop plein qui refluait sur la Perse. On sait qu'à une époque dont la date peut être précisée (de l'an 623 à l’an 537 avant J . -C . ) , les innombrables tribus nomades des Scythes, mêlées, confondues avec les autres tribus, nomades comme elles, des Uactriens, des Daces et des Perses, débordèrent sur les royaumes de la Haute-Asie et y exercèrent, pendant vingt-huit ans , leur domination.

La Perse fit avec ces farouches guerriers l’essai de ses forces :

KCRITIHK AHIENNE.

elle aspirait à l’indépendance, et entrevoyait déjà, au moment de leur retraite, l’aurore d’une nationalité future. Aussi, dès que ces belles contrées furent délivrées de l’invasion des peuples du Nord, elle a dû promptement grandir. Vers le milieu du VI*. siècle avant J.-C. , sa prospérité naissante commence à inspirer de l’inquiétude à ses voisins. Crésus, roi de Lydie, malgré le désespoir que lui cause la mort de son fils , héritier présomptif de son trône, comprend qu'il est temps que sa douleur de père s’efface devant les préoccupations du roi. « Il faut, dit-il , se liftier d'arrêter la puissance des Perses avant qu’elle devienne plus formidable ; car elle prend, de jour en jour, de nuuveatix accroissements. » Les Perses, tributaires de la Médie, s’affranchissent d’abord de cet impôt. En prince jeune, audacieux, Cyrus, fils de Cambyse, les pousse à la révolte, les convie à la liberté, les conduit à la victoire. La Médie devient bientôt le partage de ce jeune conquérant ; avec lui commence la grandeur de la Perse ; il fonde Pasargade , et l’une des plus puissantes dynasties de l’Orient. A partir de celte époque , l’histoire de la Perse occupe une grande place dans l’histoire du monde. L’Empire d'Assyrie, ébranlé par la chute de N'inive , s’écroule bientôt sous les armes de Cyrus , et les conquêtes incessantes de ses successeurs portent la Perse au comble de la gloire. Sous Darius , elle forme un grand et vaste empire, partagé en vingt satrapies qui comprennent le monde civilisé d’alors. Darius et scs successeurs élèvent, à l’envi l'un de l’autre, des monuments qui ont éternisé la mémoire de leur gloire et de leur puissance.

On connaît, par les Grecs , l'histoire des rois Achéménidcs ; on sait de plus que ces rois avaient l’habitude, pour perpétuer le souvenir de leurs exploits, d'en écrire le récit sur des stèles de marbre en plusieurs langues différentes. Hérodote nous dit, en effet,

ÉCRITURE ARIENNE

que Darius Bt ériger, sur les bords du Bosphore, deux colonnes de pierre blanche, et qu’il fit graver, sur l’une, en caractères assyriens, «luùfi» yfàfifutTot, et sur l'autre, en lettres grecques, les noms de toutes les nations qu'il avaitàsa suite(t).Or, il menait à cette guerre tous les peuples qui lui étaient soumis.... Depuis l’expédition des Scythes, ajoute l’historien d’IIalycarnasse, les Byzantins ont transporté ces deux colonnes dans leur ville et les ont fait servir à l’autel de Diane Orthosienne, excepté une seule pierre qu’on a laissée auprès du temple de Bacchus à Byzance , et qui est entièrement chargée de ces caractères.

Ce texte est d'autant plus précieux que c’est le seul passage dans lequel il soit question de l’écriture employée par les Perses , et à laquelle Hérodote donne le nom d’écriture assyrienne. Thucydide parle également d’une lettre d’Artaxercès I". aux Lacédémoniens , qui était écrite en caractères assyriens. Cependant , d’après Strabon et Arrien (2), il y aurait une différence entre l’écriture des Perses et celle des Assyriens ; car ils distinguent ces deux écritures par la dénomination de ipùyp.um ic cvp<« et ypi.yy.a.ru ntpatxà. Cette distinction peut être justifiée aujourd'hui , puisque nous savons maintenant que les monuments épigraphiques des Perses étaient écrits avec deux alphabets différents. Mais les renseignements antiques sur ces écritures nous font défaut : les plus précis ont péri, peut-être, avec le Traité de Démocrite d’Abdère sur l'écriture sacrée de Babylone, et nous en serions réduits aux plus vaines conjectures , si les découvertes modernes n’étaient venues nous fournir les renseignements les plus précis sur un système graphique qui paraissait à jamais enseveli dans les ténèbres de l'oubli.

(I) Mtlpomène , IV', ixxxvi.

(î) Conf. Stiudon, XIV, cap. »., et XV , cap. lit; — Aiuiik* , Anab, , 1. II, cap. », et I. VI , cap. xxix.

ÉCRITIRE ARIENNE.

On ne saurait douter maintenant que les deux stèles que Darius fit élever sur le Bosphore, ne fussent des monuments semblables à ceux que l’on a découverts sur différents points de la Perse, et que cette écriture que les Grecs appelaient iaaùpm ou nptuti ne fût l'écriture que nous avons appelée cunéiforme.

Si la stèle dont parle üérodote nous fût parvenue , elle eût été d'un grand secours pour retrouver la langue des Assyriens et des Perses. C’est une inscription de ce genre qui a donné la clef du déchiffrement des hiéroglyphes égyptiens. Mais tout document analogue nous a manqué , et il a fallu retrouver sur les ruines de la Perse , par un soupçon sublime , ce que la science moderne a consacré comme le plus merveilleux effort de l’esprit humain.

Voyons maintenant quelles sont ces ruines. La Perse a subi toutes les alternatives d’une nation dont la longue agonie s’est prolongée jusqu’à nos jours. De temps à autre , elle a paru sc réveiller pour reconquérir son antique splendeur; mais elle est bientôt retombée dans cette langueur qui semble avoir frappé tous les empires de l’Orient, en laissant toutefois, de ses efforts, de glorieux témoignages sur lesquels on peut lire son histoire plus fidèlement que dans les récits incomplets de ses chroniqueurs et de ses poètes.

Parmi les ruines des différents âges qui couvrent la Perse , nous n'avons pas à nous occuper de celles qui ne portent point l’empreinte de cette écriture dont nous cherchons à pénétrer le sens : ce sont les monuments des Achéménides qui seuls paraissent, jusqu’ici, nous avoir transmis , avec ces caractères, ces curieuses révélations de la grandeur et de la gloire de ses rois ; nous nous en tiendrons donc aux débris de ces monuments.

ÉCRITURE ARIENNE

Les plus belles ruines de cette époque sont celles de l’ancienne capitale de la Perse. Les Grecs avaient appelé cette puissante cité Persépolis (1); mais son nom antique n'est [ias parvenu jusqu’à nous. On sait que cette ville fut détruite par Alexandre, qui y mit le feu dans une nuit de débauche, et que ses temples, ses palais s’écroulèrent alors pour ne plus se relever. On en désigne aujourd’hui les débris sous le nom du village qui a remplacé la ville, ou bien encore sous des noms fournis par la disposition des ruines : c’est alors Tschüminar, les quarante, les cent colonnes, ou enfin sous le nom d’un des groupes dont l’ensemble se compose et qui rappelle le souvenir des anciens rois de ce pays : Takht-i-Djemsehid , « le trône de Djemschid » ; A'anei Dora , « la maison do Darius. » Aujourd'hui, ces débris de la splendeur de l’antique résidence des souverains de la Perse sont bien connus de l'artiste, du philologue et de l’antiquaire. Nous croyons cependant devoir rappeler, avec quelques détails, l'aspect général qu'ils présentent.

A douze lieues de Schiraz , sur un rocher qui domine perpendiculairement la plaine de Mcrdascht, s’élève le village d’Istakhar. C'est au pied de ce rocher que s’étendent les ruines. Les voyageurs qui les ont visitées nous disent l’impression profonde que l’on éprouve en y arrivant , après de fréquents détours dans des sentiers interrompus par les canaux et les marécages de la plaine. Les récits les plus récents , ceux de M. Texicr , ceux de M. Flandin , ne font , du reste , que confirmer les narrations de Morier, Chardin, Corneil-le-Bruin, Ker-Porter , etc.

(I; I.e nom de TltfifJtxQUç n’esl peut-être que la transforma lion d’un mol iranien que la Grecs .Miraient d’alxml prononcé \\tf>ntrri'kï] . Voyez Oppcrt, Les inscription» fies Achéménides, p. 225.

ÉCHmjHK UUESSK.

La montagne au pied de laquelle sont situées les ruines, et qui borne la plaine à l’est , forme en cet endroit comme une espèce d’hémicycle ; sa base s’élargit en suivant une pente douce. C’est là que, sur un vaste plateau , en partie produit naturellement par le rocher, en partie construit avec de gros blocs de pierre rapportés pour établir le niveau du sol , s’élèvent les ruines de trois palais bâtis successivement par Darius et scs successeurs; elles sont entourées de trois côtés par une ceinture de rochers élevés. Du haut de la plate-forme, le palais principal dominait la plaine de Merdascht dans toute son étendue. La vue se promène depuis les montagnes du Khorasan et les pics élevés du Fars jusqu’aux défilés des monts Bactyaris. Cette immense terrasse, de 10 mètres de hauteur environ , s’étend sur une longueur de 473 mètres nord-sud , sur 286 de large de l’est à l’ouest. Ce soubassement, formé quelquefois de pierres gigantesques scellées les unes aux autres avec une précision qui a défié le vandalisme des siècles, ne présente aucun ornement ; il s’ouvre et s’incline pour faire place à un magnifique escalier qui conduit sur la terrasse. A droite et à gauche se déroulent deux rampes divergentes qui ont cinquante-huit degrés; au haut de ces deux premiers escaliers sont deux paliers sur lesquels s’ouvrent et montent, en sens inverse des deux premiers , deux autres rampes de môme largeur ayant quarante-huit marches chacune. Les degrés de ces quatre rampes ont seulement 10 centimètres de hauteur, et la pente est si douce qu’on peut la monter et la descendre à cheval.

Le premier monument qui s'offre à la vue, sur la terrasse, est un ]>ortique composé de deux énormes quadrupèdes ailés , de dimensions colossales ; au-delà sont deux colonnes , et plus loin deux autres piliers semblables et correspondant aux premiers. Chacun de ces piliers présente deux nouveaux monstres , dif-

ÊCIUTÜRE AWfcNNK.

férents des premiers : ils portent une tête d’homme sur un corps de taureau aux ai^es d'aigle. Au-dessus de ces monstres on distingue trois tablettes , chargées d’inscriptions en caractères cunéiformes.

Les colonnes étaient d’une grande délicatesse, et les débris le prouvent encore suffisamment ; elles étaient cannelées et reposaient sur une base également ornée de cannelures, et surmontées d’un

ÉCRITURE ARIENNE

chapiteau très-élevé, composé de plusieurs pièces d’une forme trèscaractéristique.

Après avoir franchi ce portique , on tourne au sud pour arriver aux palais groupés à droite du plateau. En face de lui , au milieu d'un grand nombre d’autres, se dressent encore treize colonnes restées debout. L’édifice auquel appartenaient ces colonnes était assis sur une terrasse à laquelle on arrive par quatre escaliers. Le mur de cette terrasse , dont le développement n’est pas moindre de 83 mètres , est littéralement couvert de sculptures ; les quatre rampes sont formées de trente-une marches, et leurs murs sculptés représentent autant de figures de gardes armés de lances , d'arcs et de carquois, posés sur chaque degré, et qui semblent ainsi protéger les abords du palais. Dans un cadre de forme triangulaire , • ... *

compris entre le sol et la ligne d'inclinaison des escaliers, on voit

un taureau qui se cabre et se défend vainement contre la rage

f.ciiiTi'HK arie.vm:.

d'un lion qui l'a saisi avec ses puissantes griffes et qui dévore sa

croupe. Les portions du mur comprises entre les cadres triangulaires des escaliers et les rampes sont ornées de sculptures, et la série n’est interrompue que par trois tablettes préparées pour recevoir des inscriptions. Sur le mur du perron central, quatre

figures de grande dimension semblent représenter des gardes. A

f.i nn nu. abiennk.

droite et à gauche, le inur s'étendait sur une longueur de tti mètres jusqu’aux rampes. 11 était divisé, sur sa hauteur, en trois champs dans lesquels étaient rangés des personnages et des animaux marchant procession licitement vers le centre ; la différence est très-sensible entre les sujets du mur de droite et ceux de gauche : ici, des gens du roi, des officiers du palais, des courtisans;

ft droite, des artisans, des gens de la campagne, des personnages qui caractérisent, par leur costume et leurs attributs, les diverses nations dont se composait l'empire des Perses.

Au point de vue de l'art , ces sculptures ne sont pas moins remarquables qu'au point de vue archéologique. Ce qui les distingue particulièrement, c'est une grande rectitude de dessin et

ÉCRITURE ARIENNE

une pureté de contours qui vajusqu'àla sécheresse, mais qui n'ex-, dut ni la majesté ni la pompe (1).

Après avoir franchi ce vaste perron , on arrive à la plate-forme sur laquelle s’élèvent les colonnades dont les débris gisent au pied des treize colonnes restées debout au milieu de ces ruines. L'ensemble , d’après les bases retrouvées sur place , se composait de quatre séries de colonnes; la série principale en comptait trentesix; les trois autres, placées à distance , en arrière et sur les ailes, en comptaient chacune douze. Ce palais ne parait pas avoir été habité : on dirait qu’il était destiné aux grandes cérémonies royales et religieuses.

Tel est le premier groupe de ruines , auquel les habitants de la contrée ont donné le nom de Takht-i-Djcmshid.

En arrière de la magnifique colonnade qu’on traverse après avoir franchi le grand perron dont nous venons de parler, on rencontre les ruines d’un édifice qui a pu servir à l'habitation. Ce monument, assis sur un soubassement de 3 mètres au-dessus du sol, est construit en larges assises; quelques portes, dont les chambranles et los linteaux n’ont pas bougé , sont encore debout. Ce palais avait deux façades, sur lesquelles régnaient deux perrons à rampe double; leurs murs de soutènement et leurs escaliers étaient ornés de sculptures représentant des individus porteurs de présents , le groupe du lion terrassant le taureau, et les gardes armés de lances , avec trois tablettes d’inscriptions sur le nnir du plus grand perron , et une au centre du plus petit. Au premier perron aboutissent deux escaliers de vingt-trois marches, sur chacune desquelles est figuré un petit personnage qui semble monter les degrés; ces ligures portent toutes un objet qu’elles paraissent

(1) Voyez l'excellent article «le M. Ferri-Pisnni sur l'art asiatique ancien , dans la Gazelle fies Beaux- Ans du 15 octobre 1860.

ÉCMÏUHK AHIK.VNK.

vouloir offrir au royal habitant du palais. Au-dessus de la tablette

gravée du centre , on aperçoit la partie inférieure de l’image symbolique de la Divinité. C’est à Persépoüs , comme dans toute la Haute- Asie, malgré la diversité des religions, une figure ailée dont le buste est passé dans un disque et qui se termine par des plumes d'oiseau ; elle plane sur la plupart des monuments de cette époque.

Quelquefois cette figure, simplifiée, ne laisse plus apercevoir que le disque orné des appendices ornithomorphes.

Si l'on pénètre dans l’intérieur de ce palais, on trouve, au centre, une salle carrée avec laquelle communiquent d’autres salles plus

ÉCRII L'IIE ARIENNE.

petites. Dans le pourtour de la salle s'ouvraient plusieurs portes et fenêtres qui avaient pour jambages des blocs de basalte très-épais, formés de deux pieds-droits d’un seul morceau sur lesquels repose un troisième bloc servant de corniche. Toutes ces portes , toutes ces fenêtres sont ornées de sculptures ; quelques-unes sont d'une entière conservation. Le sujet principal, reproduit, du reste, un certain nombre de fois, représente un roi. On sait aujourd'hui que c'est Xervès; il porte une canne dans une main, dans l’autre une fleur de lotus. Deux serviteurs , de taille plus petite , tiennent au-dessus de sa tête le parasol et le chasse-mouches.

( X ch tés. )

Sur d’autres piliers on remarque la lutte allégorique d’un personnage combattant et éventrantd’un coup de poignard un animal qui se défend sous sa main vigoureuse ; le héros peut être un

l.l.umilK AIUKXXK.

roi ou un dieu ; le monstre a une tête horrible, avec de grandes oreilles et une corne sur le front ; scs put tes de devant sont semblables à celles du lion , tandis que celles de derrière tiennent des serres de l'aigle ; son corps emplumé se termine par une queue de scorpion. Cette lutte du même personnage se répète avec des

monstres différents; mais l'issue n'est jamais douteuse. Ici, le monstre accuse la forme du taureau et son adversaire lui plonge un poignard dans le flanc ; ailleurs, c'est un lion qu'il étouffe dans une puissante étreinte.

A quelques pas derrière ce palais , on aperçoit les ruines d’un édifice qui semble d'une construction postérieure à celle des sculptures qu’on y a attachées et qui se succèdent sans ordre. D'autres parties des ruines semblent avoir encore subi cette restauration inintelligente.

ÉCHITl'lIF. AltlENNÉ.

Le dernier groupe de ruines qui occupe cette plate-forme avait un développement de 72 mètres sur 65. En avant, on voit une vaste plate-forme sur laquelle s’ouvrait l’entrée principale du palais. On y arrivait, du côté de l’est et du côté de l’ouest, par deux perrons analogues à ceux que nous connaissons déjà : ce sont des gardes flanquant des inscriptions , à côté desquels on retrouve le combat allégorique du lion et du taureau ; puis , sur les marches des escaliers, encore des personnages chargés de présents. Le plan de ce palais , avec sa distribution, ressemble dans son ensemble à celui que nous avons décrit tout-à-l’heure, et, comme dans ce dernier , tout indique qu’il devait être habité. On y accédait par un portique à colonnes précédant une salle d’apparat , également à colonnes , autour de laquelle étaient distribués les appartements. Les bas-reliefs qui décorent l’intérieur de cet édifice ne diffèrent guère de ceux qui ornent les autres palais : ce sont encore les doriphorcs avec leurs longues lances, et à la porte principale, le roi avec ses deux serviteurs portant le parasol et le chassemouches. Au surplus , les sculptures sont encore plus prodiguées que dans l’autre palais. On trouve des bas-reliefs , non-seulement dans l’embrasure des portes, mais en outre dans l’embrasure des fenêtres. La destruction semble avoir été plus grande dans cette partie de la plate-forme ; ce n’est qu’en déblayant la terre qu’on peut suivre la trace d’une partie des bâtiments qui complétaient l’ensemble. Sur des blocs qui paraissent avoir été les pieds-droits des portes d’un édifice, dont il ne reste plus assez d’éléments pour en reconstruire même le plan , on reconnaît la figure du roi : il tient une longue canne de la main droite , et de la gauche une fleur de lotus; au-dessus de lui, la figure symbolique du Dieu.

Le dernier palais dont il nous reste à parler est d’une étendue

ÉCRITURE ARIENNE

plus considérable encore, et il a aussi, par le nombre et la beauté des sculptures , une importance beaucoup plus grande ; sa superOcie se mesure par 91 mètres du nord au sud et 73 de l’est à l'ouest; à en juger par les débris, on ne tarde pas à se convaincre qu'il réunissait toutes les beautés que nous avons successivement indiquées dans chacun des autres édifices de Persépolis.

Ce monument se composait de deux parties distinctes : une grande salle carrée en avant; du côté du nord , un large portique, et , pour donner plus de grandeur encore à ce portique , on avait placé de chaque côté un taureau colossal. De ce portique on pénétrait dans l’intérieur par deux portes à large baie ; on y avait également accès par trois autres faces, dans chacune desquelles étaient percées deux autres portes dont les jambages sont couverts de bas-reliefs où l'on trouve le lion , le griffon , le taureau et cet autre monstre sans nom, qui figure dans les scènes allégoriques, qu'on pourrait considérer comme la lutte du génie du mal contre le génie du bien. C'est là que le roi est représenté dans toute sa majesté: il est assis sur son trône, entouré d'un nombreux cortège, mais avec des variantes qui caractérisent des scènes différentes : ici, le souverain a ses sujets à ses pieds ; plus loin, il est environné de ses familiers et de ses gardes. Ce bas-relief, qui parait avoir été l’objet de la prédilection de l’artiste, est divisé horizontalement en six champs, séparés les uns des autres par des bandes de rosaces qui , dans les deux sens de la hauteur et de la largeur, forment des cadres contenant les diverses parties du grand tableau. Dans les cinq cadres inférieurs sont rangés des gardes armés de lances, de carquois et de boucliers; il y en a dix à chaque rang ; au-dessus de ces cinquante gardes, le roi est assis sur son trône, placé sous un dais, tenant la canne et une

ÉCniTL'RË ARIEVXE.

fleur de lotus : c’est Darius. Son trône a la forme d'une chaise à dossier, et les pieds du prince reposent sur un tabouret.

Derrière le monarque, dont la taille dépasse de beaucoup celle des autres personnages , un serviteur agite le chasse-mouches ; après lui on voit un officier qui semble porter les armes du roi. Devant le souverain, un personnage en tunique courte et portant une canne a la main droite levée et paraît parler an roi. De chaque côté du dais sont deux figures, dont l’une représente un garde , l’autre un serviteur portant un vase. Le dais royal est figuré par deux montants qui soutiennent un baldaquin à coins retombant aux angles et terminé par une frange ou un filet avec une bordure de glands; au-dessus de cette frange courent trois petites bandes de rosaces ; dans les intervalles qui les séparent sont deux petits champs superposés, dans lesquels plane la figure symbolique du dieu.

Un bas-relief analogue représente le roi entouré de ses sujets

ÉCRITURE ARIËX.VE.

C'est toujours, dans la partie supérieure, le prince assis sur son trône; dans la partie inférieure on distingue, soit par leur costume, soit par le caractère do leur visage, des Assyriens, des Mèdes, des Scythes et des Nègres; deux autres bas-reliefs analogues complètent l'ornementation de cette partie de l’édifice.

Pour terminer cette description d'un des plus magnifiques ensembles de palais ruinés qui soient restés debout, il faut encore signaler çà et là , dans la partie septentrionale du plateau qui sert d'assiette commune à tous ces monuments, un grand nombre de fragments dégrossis , préparés pour la taille du ciseau ou simplement coupés dans les blocs inhérents au sol môme : preuve évidente que la dernière main n’avait pas été mise à ces travaux quand le génie destructeur est venu en interrompre le cours.

Enfin, pour compléter la description trop succincte sans doute de ces ruines, nous devons ajouter qu’on voit dans la montagne, à laquelle les monuments sont adossés, les dernières demeures des habitants de ces superbes palais. Ces tombeaux mêlent la sévère ordonnance de leur disposition funèbre à la richesse et à l’éclat de ces édifices , où des traces non équivoques permettent de supposer que la dorure et la peinture faisaient partie de la décoration des constructions de cette époque.

Les tombes sont disposées, à l’est, sur la pente de la montagne qui forme l’enceinte des ruines; elles sont creusées dans la roche vive. C’est le rocher lui-mème qui a été taillé et sur lequel on a sculpté les détails de l’ornementation. Ces caveaux inaccessibles, d’une manière permanente du moins, rappellent l'architecture des palais. La façade offre à la base un portique simulé par quatre colonnes engagées ; leurs chapiteaux sont formés de deux corps de taureaux adossés , dont les fronts cornus

ÉCRIIIBli AMSKNK.

supportent une corniche à denlicnies. Au-dessus règne une frise dans laquelle sont sculptés dix-huit lions, neuf de chaque côté, rangés en ordre inverse el séparés par une fleur de lotus qui occupe le centre. Au-dessus de cet encadrement , la façade se rétrécit , et sur un plan compris entre deux parties saillantes du rocher se trouve un grand bas-relief. A la partie supérieure du cadre plane la figure du dieu , telle que nous la connaissons déjà ; il préside à une cérémonie religieuse accomplie par un personnage dans lequel on peut reconnaître un roi : il est debout , monté sur trois degrés ; il tient un arc de la main gauche et il étend la droite vers un autel sur lequel brûle le feu sacré.

Cette première partie du bas-relief est placée sur une espèce de table, ornée d’une rangée d'oves et terminée par le double corps de ce monstre qui réunit la nature du lion à celle de l’aigle. Quatorze figures, sur deux rangs, do physionomie et de costume différents, semblent supporter cette espèce d’estrade. D’autres figures sont placées de chaque côté : parmi elles il y en a dont le geste et l'attitude semblent indiquer quelles versent des larmes.

L’intérieur du tombeau est d’une grande simplicité. Ou y pénétrait par une porte placée entre les colonnes ; la chambre souterraine sc divise en deux compartiments, qui n’en consti-

rua i ut k aucune.

tuent pas moins un seul caveau au centre duquel on voit un sarcophage taillé et creusé dans le rue.

Telle est , aussi sommairement que nous avons pu le faire , la description de ces belles ruines; mais ce ne sont pas les seuls débris do la grandeur de ces souverains qui soient parvenus jusqu'à nous.

En quittant Tchilminar, les premières ruines que le voyageur rencontre sur la route de Schiraz à llispali&n sont celles de Nack-i-Roustam : après les ruines des palais, les ruines des tombeaux. Ces monuments forment quatre caveaux funéraires, taillés dans un rocher à pic ; l’entrée des caveaux est ornée de bas-reliefs, de chapiteaux, de colonnes dans le genre des monuments de Persépolis ; l’un d’eux, seulement, est décoré d’inscriptions en caractères cunéiformes , épitaphe, ou testament du roi qui devait reposer dans cette dernière demeure. On sait aujourd’hui qu’il fut creusé pour recevoir les restes mortels de Darius.

Un trouve encore des inscriptions en caractères cunéiformes sur différents points de la Perse : d’abord à Suze, puis sur quelques piliers qui s’élèvent dans la plaine de Mourgab, sur l’emplacement de l'antique Pasargade fondée par Cj rus. D'un autre côté, en allant de Kirmanschah à Bagdad , on rencontre encore sur cette route, qui a été suivie de tout temps par les armées qui voulaient sortir de la Perse pour aller à la conquête de la Mésopotamie ou de l’Asie-Mineure, une belle page de cette nature : elle est écrite, à une lieue au nord de la ville, sur un rocher escarpé dont le sommet est quelquefois couvert de neige au mois de mai ; c’est le mont Bizitoun, un des sommets les plus élevés de la chaîne qui, de ce point, se prolonge vers les monts Zargos.

ÉCRITURE ARIENNE

Il ne faut pas s'arrêter aux sculptures ni aux inscriptions (pii ornent le pied du rocher, elles sont de l’époque des Sassanides ; mais dans un angle rentrant de la montagne, à une hauteur qui la mis à l’abri des injures des hommes, on trouve un bas-relief entouré de longues inscriptions en caractères cunéiformes ; l’escarpement du rocher, qui en a rendu l'accès pour ainsi dire impossible , les a présences de la destruction.

En sortant de la Perse proprement dite, non loin de llamadan, au fond d'une gorge de l’EIvend , l’ancien Oronte , on trouve encore des inscriptions en caractères cunéiformes ; puis , plus au nord, sur les rochers de Y An, en Arménie, et enfin çà et là sur les différents points où les Achéménides ont porté leur puissance.

Tels sont les principaux monuments de la Perse proprement dite. A l’ouest , les documents sont très-rares : pas une inscription, pas un bas-relief ne nous est parvenu des bords de l’Oxus ou de la Bactrianc. Mais les monuments de Suze, de même que ceux de VAn , méritent une attention toute particulière , ainsi que ceux de l’Occident , où les ruines sont plus nombreuses , ou du moins plus connues. Dans certains endroits , les briques surgissent du sol, pour ainsi dire, sous chaque coup de pioche, et chaque brique porte avec elle des caractères cunéiformes. Mais nous étudierons ces nouveaux textes à leur tour, lorsque nous arriverons à l'examen des ruines de Babylone et de Ninive.

Maintenant que nous connaissons les différents points de la Perse sur lesquels nous aurons à porter nos regards, voyons comment les connaissances que nous avons acquises sur le contenu de ces inscriptions nous ont été successivement révélées.

L’Europe avait grandi dans une salutaire et vigoureuse igno-

Éf.lUTl'HE ARIEHNE.

rance ; elle était arrivée à cette époque féconde qu'on a si justement appelée la Renaissance : c'était l’époque illustrée par les Michel-Ange, les Cellini, les Léonard de Vinci, et par tant d’autres qui portèrent si haut les règnes de François I". et de Léon X. On commençait à tourner les yeux vers l’Orient; mais les regards ne pénétraient pas plus loin que la Grèce. C’était déjà beaucoup , car on commençait à soupçonner que, si l’Europe était sortie de la civilisation romaine, la civilisation romaine avait été ellemême précédée par une autre. Cependant la Grèce passait alors pour le berceau des sciences, des lettres et des arts; on ne voyait rien au-delà.

Les premiers voyageurs qui pénétrèrent en Perse furent des missionnaires français, des marchands anglais et hollandais, puis des moines portugais et italiens qui s'établirent à üispahan, sous le règne des Sophis. Mais , à la suite des conquêtes de Mahmoud Afghan , ils quittèrent un pays où les schismes mahométans faisaient seuls des progrès.

Cependant quelques pèlerins revenaient de temps à autre en Europe, et racontaient ce qu’ils avaient vu. Ils parlaient de ruines superbes; celles de Persépolis avaient attiré leur attention. Malgré leurs récits, l’architecte bolonais Sébastien Serlio s’était cm assez bien renseigné, vers la fin du XVI'. siècle, pour rêver et pour donner , non-seulement le plan , mais encore l’élévation de ces mines (1). Il donnait , il est vrai , ce plan et cette élévation , pour prouver que les Grecs et les Romains étaient les premiers inventeurs de la bonne architecture ; aussi son imagination , venant à l’appui de son système, n’avait pu inventer autre chose que des

(1) Il Imo lihro di Sebastiano Serlio Bolognese, net quai si figurano e descrivano le Aniiquita di Roma, e le alire que sono in lialia e fuori d'Ilalia. Imprpsso in Vcnclia M.D.XXXX. De le Aniiquila libro lerso, p. «cil.

ÉCRITfRE ARIENNE.

colonnes ornées de chapiteaux corinthiens, et surmontées d’un fronton qui rappelait les plus mauvais monuments de l’architecture grecque et romaine.

Nous reproduisons ici le dessin de Scrlio, comme un exemple de la témérité des théories préconçues qui reposent sur des synthèses incomplètes; car on ne saurait trop se prémunir, dès lo début de ces études , contre le danger de fermer les oreilles aux récits de ceux qui apportent des faits nouveaux à l'histoire.

Quoi qu'il en soit , on parlait déjà des ruines de Persépolis, et les récits d’un moine espagnol, le frère Antoine de Gouea, avaient vivement intéressé dom Garcias de Sylva de FiguSroa. Aussi il joignit à la mission diplomatique dont il était chargé l’étude des antiquités orientales, et n’eut garde d’oublier ce qu’il avait entendu sur les merveilles de l’antique capitale de la Perse. Il visita ces ruines , et il en a le premier donné une description assez étendue pour qu’on puisse se former une idée de leur aspect. Il signala les inscriptions qui les couvraient, et il en distingua nettement de plusieurs époques. Les unes, légèrement gravées, lui parurent

ÉCRITURE ARIEXNE.

modernes; d'autres, au contraire, profondément entaillées, lui parurent appartenir au monument lui-méme, et tracées à l’époque de sa construction. Ces inscriptions le frappèrent surtout par la bizarrerie des caractères. Les lettres , dit-il (1), se composent de petites figures pyramidales diversement combinées : on en voit sur plusieurs points de l'édifice, à l’escalier, dans les architraves ; et, afin de faire miens comprendre la description qu'il pourrait en donner un jour, il fit faire devant lui le dessin d’une ligne de la grande inscription gravée dans les parois de l’escalier qui conduit ii la terrasse sur laquelle furent hAtis les palais.

A peu pri;s au même moment, Pietro délia Valle, gentilhomme romain, visitait également ces ruines et en faisait une description très-détaillée. Il n’eut garde d’oublier ces inscriptions aux caractères inconnus et bizarres, formées de petites figures diversement posées; elles lui parurent, comme à Figuflroa, gravées au moment de la construction des édifices. « Au surplus, dit-il dans sa relation (2) , personne ne peut dire quels sont ces caractères, ni à quelle langue ils appartiennent ; ils sont d’une grandeur prodigieuse ; ils ne sont point liés ensemble pour former des mots ; ils sont séparés comme les caractères hébreux. J’en ai copié cinq , du mieux que j'ai pu. »

(I) U AmLasuuir de dont Garcius de Sylva de Ftguéroa en Perse. Traduit de l'espagnol par WicforL Paris 1607, in-4*., page 103. — Voyez encore: Garciæ Silva Figueroa Philippi III, II isp. indianarumque regis Pcrsiæ regem legati, de rébus Persanim epistola V. kal. an. M. DCG. XIX Spahani exorala ad niarehionem Bedmuri I nuper ad Y enclos mine ad scren. ault. arehid. Belgarem principes rrgnin légat. Anlvcrpia*. M. UC. XX. — Figueroa ( Garcia» de Sylva), né il Badajoz, vers 1574, de l'illustre famille des dues de Feria, ambassadeur de Philippe III , à Goa ; visitait la Perse en ifllb.

(î) Viaggi di Piclro délia Valle. 11 pclegrino descritti du lui medesimo in lettcrc familiari ail emdito suo amico Mario Scbipano. La Persia, parle II. Rotna, M.DC.LY1II, in-4*., p. 286. — luttera 15 du Sciraz de 21 de ottobre 1621.

èUUTIIlE AR1EXNK.

Pietro (lella N ulle ne doute pas que ces caractères ne soient les éléments d'une écriture; seulement, comme les lignes sont séparées par des traits horizontaux et que toutes les lignes des inscriptions sont remplies, il peut y avoir de l'incertitude sur le sens de cette écriture, et il cherche à s'en rendre compte par des observations sur la manière dont les caractères sont formés. Pour bien comprendre le raisonnement de Pietro délia Yalle, nous reproduisons ici les cinq caractères qu'il a copiés.

« Je donne comme indice , dit-il , que cette écriture pouvait s'écrire de gauche à droite comme notre écriture européenne , le second caractère, qui est composé de quatre figures semblables, en forme de pyramide, trois droites avec la pointe en bas et une superposée horizontalement sur ces trois caractères. La tète des figures pyramidales est dans cette écriture, comme on peut s’en assurer dans tous les caractères, la partie large qui est toujours en haut quand la pyramide est droite. Or, dans cette figure pyramidale, posée sur les trois figures perpendiculaires, la tète, qui est la partie large, étant à gauche, et la queue , qui est la pointe , se tournant il droite, montrent que le commencement de l'écriture est dans la partie gauche pour se diriger vers la droite. Toutefois, ajoute naïvement Pietro délia Vallc , je ne l’affirme pas : Tuttauia, non l'ulfirmo per sicuro. »

On peut faire , continue-t-il , la même observation sur le quatrième caractère, composé d’une seule figure pendant obliquement,

Él HIÏTItE ARIENNE.

SI

dont la partie supérieure , qui est la plus large et par conséquent la tête , se repose à main gauche , tandis que la pointe , qui est la queue , s’étend vers la droite , etc. Piètre délia Valle fut ainsi , dans sa lettre datée de Schiraz le 21 octobre 1621 , le premier commentateur des inscriptions cunéiformes , et le temps a sanctionné sa perspicacité.

Cependant ces textes , ainsi révélés h l'Europe pour la première fois, n’attirèrent pas l’attention des savants. A quelle investigation, du reste , pouvaient-ils se livrer sur quelques signes inconnus pris au hasard dans une inscription ? D’ailleurs , l’esprit général du XVII". siècle ne devait point porter les penseurs vers des recherches de cette nature , et si quelques tentatives eussent été faites, on sait, par les rêveries du Père Kirkher, dans quelle voie les esprits auraient pu être entraînés.

Les récits des voyageurs ne pouvaient donc qu’exciter la curiosité des nouveaux visiteurs , qui , h de rares intervalles , admiraient encore les ruines de I’ersépolis.

Chardin est le premier qui , un demi-siècle après l'ietro délia Valle , s’étendit plus longuement sur la nature de ces inscriptions aux caractères inconnus. Il était de retour en Europe vers l’année 167* , et publia la relation de son voyage avec un dessin des inscriptions qu’il avait relevées lui-même sur les murs de Persépolis. il s’exprime ainsi à leur sujet (I) : « 11 y a beaucoup d’apparence que les divers peuples qui ont conquis ce pays , ont voulu graver sur les marbres de ce magnifique bâtiment la date de leurs exploits et tout ce qui pouvait en transmettre la connaissance à la postérité, comme un monument que le temps ne pouvait détruire.

(I) Chardin, Vl'ffinjn ni l*crsr , t. III . |>. Il8(fldit. Amsterdam , 1711).

ÉClUTlHIi AltlKNNK.

On y voit du grec , de l’ancien syriaque et de l’ancien arabe , qui sont les seuls caractères communs aux diverses nations qui ont conquis la province de Perse : l’ancien syriaque aux Parthes et aux ilèdes; le grec aux Grecs avant et après J. -G.; l’ancien arabe aux Arabes et aux Tartares. Pour ce qui est des Romains, ils n’ont jamais pénétré jusqu’à Persépolis. Je donne des cctypes de tous ces caractères : celle qui est marquée S est proprement l’écriture de cet édifice, et cetto écriture est celle qui était commune et eu usage au temps de sa construction. La plupart des inscriptions sont de ce caractère , et pour celles qui n’en sont pas , vous les trouverez toutes si mal formées et si mal taillées, qu’on n'a pas de peine à reconnaître qu’elles sont d’un autre temps et d’une autre main ; le ciseau est entré rude et peu ferme. En un mot , ces méchantes lettres ne sont que des traits effleurés et tremblants, au lieu que cet ancien caractère est admirablement formé. On y voit de petites et de grandes lettres : il y en a qui ont bien 3 pouces de grandeur. On dirait que ces lettres auraient été dorées; car il y en a plusieurs, et surtout les majuscules, où il parait encore de

l’or Il n’y a que deux sortes de figures dans cette écriture des

anciens Porscs : l’une ressemble à une équerre ; mais on ne saurait proprement dire à quoi l’autre ressemble , si ce n’est pourtant qu’on veuille qu’elle ressemble à la figure pyramidale. L’une et l’autre figure ne sont pas toujours posées du même sens, comme nos lettres. La première est posée de deux sens : étant droito , elle a la pointe angulaire ou en bas ou en travers. La seconde est posée de six sens : lorsqu’elle est perpendiculaire , elle a la pointe en haut ou en bas; étant collatérale, elle a la tète à gauche ou à droite; quand elle est inclinée, elle l’a ou en-dedans ou en-dehors. Ce sont là les lettres simples, dont la forme ressemble, comme j’ai dit, à un triangle oblique ou à la figure pyramidale. Les lettres

ÊCKITIIIK A KIESNE.

composées paraissent en grand nombre. J'appelle lettres simples celles qui sont faites d’une seule figure, comme nos lettres françaises l'I et le C, et j’appelle lettres composées celles qui sont faites de l’addition et de l’adjonction des mêmes ligures , comme notre M et notre H qui sont formés de l’addition de plusieurs I ensemble. Ces figures paraissent jointes ou combinées en tant de diverses sortes, qu'on peut compter plus de cinquante lettres de cette cctypc. Des gens s'étonnent que deux figures puissent faire tant de lettres ; mais pour moi je ne vois pas de quoi s'étonner si fort, puisque les lettres de notre alphabet, qui sont au nombre de vingt-trois, ne sont pourtant composées que de deux figures, la droite et la courbe , c’est-à-dire qu’avec un C et un I on fait toutes les lettres qui composent nos mots. D’autres croient cette écriture de purs hiéroglyphes; mais il n’y a pas d’apparence qu’il en soit ainsi , et je tiens pour certain que c’est une véritable écriture comme la nôtre : d’autant plus qu’il y a une quantité de points dont on sait que les caractères hiéroglyphiques n’ont pas besoin. C’est là tout ce que l’on peut savoir de cette écriture ; il faut en ignorer pour jamais le reste : comme , par exemple , si elle avait des voyelles, si elle était aisée à déchiffrer, et ainsi des autres particularités. Figuôroa (1 ) se peine fort à chercher si elle se faisait de gauche à droite , comme la nôtre , ou de droite à gauche , comme l’écriture orientale; et il conclut qu’elle se faisait de gauche à droite. J'ajouterai qu’elle se faisait aussi de haut en bas, comme l’écriture chinoise , ainsi qu’il parait en cette ectype (2)

(i) n , a là une erreur de nom. S. de Sacv ( 3/t mcn’rr sur fhvtr&es antiquités fie la Perse, note tij a déjà fait remarquer que celle observation n’a point été consignée dans le récit de l’ambassade de Kiguëroa ; elle a été faite, pour la première fois, par Piclro délia Vallc, qui voyageait en Perse à peu près à la même époque que l'iguëroa et avec lequel Chardin , qui citait de mémoire, a pu le confondit 1 .

(2 I ). LXIX de l'Atlas de la nouvelle édition publiée par Langlta. Paris, tHl t.

fXRITl HK AIIIKXMK.

et en cent endroits de ce monument. J’ajoute encore, que ce caractère paraît fort beau et qu’il n’a rien de confus ni de barbare. Du reste , ce n’est pas merveille qu’aucun de tous les savants du inonde n’ait jamais rien entendu dans cette écriture , puisqu'elle n’approche d’aucune écriture qui soit venue à notre connaissance , au lieu que toutes les écritures qui sont aujourd’hui en usage dans les parties du monde ancien, si l’on en excepte l’écriture chinoise, ont beaucoup d'aflinités entre elles et paraissent connue sorties d’une môme source. Ce qu’il y a en ceci de plus merveilleux, c’est que les (luèbres, qui sont les restes des Perses, et qui en conservent et en perpétuent la religion en divers endroits de la Perse , non-seulement ne connaissent pas mieux ces caractères que nous , mais qu'ils aient eux-mèmes des caractères qui n’v ressemblent pas plus que les nôtres. «

Nous avons reproduit 1a dissertation de Chardin à peu près dans son entier. C’est le premier voyageur qui se soit étendu sur ces inscriptions, et il est facile de comprendre dès lors que la plupart des vérités ou des erreurs qu’il fallait découvrir ou éviter ont été formulées dès l’origine. On ne s'est avancé dans la voie du progrès que lentement et [léniblement , après avoir cx|>érinienté chacun des éléments dont la connaissance était nécessaire à la solution de cet intéressant problème.

L’ectypc que donne Chardin n’est autre chose que l’inscription en caractères cludiformes qui entoure les fenêtres du palais de Darius. Sans la reproduire en entier , nous pouvons parfaitement en figurer ici la disposition par trois mots empruntés aux textes qu’il cite et sur lesquels nous aurons occasion de revenir.

Ces trois mots se présentent sur le monument , de môme que sur la planche de Chardin , avec la disposition A. B. C. que nous figurons à la page suivante.

ÉCRITURE ARIENNE

Une série de caractères accompagne chacun de ces mots et forme «n encadrement qui se répète autour de la plupart des fenêtres du Palais.

A ! T ffl 1 J=<ÏÏ Xi

Avec une pareille disposition, l'hypothèse de Chardin, sur le sens de l’écriture , était de nature à ébranler les remarques de Pietro delta Valle. On reconnaissait bien , il est vrai , dans la ligne horizontale les signes que Pietro avait analysés ; mais il était impossible d'appliquer son raisonnement aux figures pyramidales, coins ou clous , qui se présentaient avec des positions si différentes dans

fXHlTUHK A1UENME.

no

les colonnes perpendiculaires , à droite et à gauche; ou bien alors le raisonnement môme de Pietro justiliait toutes les directions possibles de l'écriture, ainsi que cela ressort de l’exposé de Chardin. Nous verrons plus tard comment la vérité a pu se faire jour sur ce point fondamental.

Quelque temps après Chardin , Flower , agent en Perse pour la Compagnie des Indes , envoya un spécimen assez bien copié de l’écriture de Persépolis , et il a été reproduit dans les Transactions philosophiques du mois de juin 1693(1). Flower estime que cette écriture se lit de gauche à droite , et son spécimen confirme en cela son opinion et celle de Pietro délia Yalle ; mais il ne dit rien pour infirmer ou expliquer l'opinion de Chardin lorsqu'il veut lire cette écriture de haut en bas. Enfin Flower parle d’un savant Jésuite qui affirmait que ces caractères étaient bien connus en Égypte; toutefois, il n’a pas été possible de savoir quel était ce savaut , ni dans quelle partie de l’Égypte il avait vu de l'écriture cunéiforme.

En l'année 1700, les inscriptions de Persépolis étaient donc connues en Europe depuis bientôt un siècle et l'on n'avait, pour s’en faire une idée, que les appréciations de rares voyageurs, dont il était même difficile de contrôler l’opinion. Cependant, les esprits sérieux se préoccupaient déjà de ces caractères : les commentaires allaient commencer.

Un orientaliste anglais d'une grande réputation, le If. Ilyde, fit paraître à cette époque un ouvrage important sur la Perse; il avait

(1) An exact il r ou y Ut or copy of the sacral cliaracters engraven in nuirbte at the mountain s of MocturcstanJ ami Chaehninar in Persia, as they irere taAen in mm m ber 1607, bjf M. Flowpr.

ÉtHITlHE AIUENNK.

SI

fait une étude spéciale des antiquités de ce pays; il compulsa les auteurs arabes et persans ; il joignit à ces monuments les lettres que plusieurs de ses amis lui écrivirent de l’Inde et il composa son livre sur la religion des anciens Perses (I). Toutes les questions que la nature du sujet pouvait comporter y sont traitées, discutées et résolues. On attendait de lui la vérité sur les caractères de I'ersépolis; il ne put les passer sous silcnco. La solution qu’il a apportée est , comme toutes celles qu’il a consignées dans son livre , très-nette , très-tranchée , sans réplique. « Ces caractères, dit-il , ne sauraient représenter un système d'écriture quelconque : ce ne sont ni des lettres , ni des hiéroglyphes , ni des figures destinées ù exprimer des mots entiers , comme dans l’écriture chinoise. C’est le jeu d’un sculpteur qui , pour charger d’ornements les murs de Persépolis, a imaginé d’essayer combien de différentes formes pourrait produire une seule figure élémentaire combinée avec elle-même. Si ces caractères exprimaient des mots, la même figure y reparaîtrait plusieurs fois. Que le lecteur examine donc si le même caractère se trouve répété ; dans ce cas, notre conjecture tombe (2). »

Ilyde aurait dû s'arrêter à ce premier jugement : il ne fallait pas aller plus loin; il se trompait, sans doute : nul ne savait le mobile qui avait pu précipiter son jugement. Mais, confondant dans le même mépris toutes les inscriptions qui couvrent les murs de Persépolis , il les attribue è dos voyageurs qui auraient voulu laisser sur ces ruines des traces de leur passage, et il ajoute : « mais ils n'ont fait qu'y laisser un témoignage de leur ignorance dans l’art d’écrire et de graver , et méritent de justes reproches pour avoir fait passer è la postérité des traits insignifiants et gros-

(1) HiHoria lUIi/jWNt* v. ierum l , ersarmu.

(2) Ibùl. , p. 527 Cl suiv.

ÉClUTUitE ARIENNE.

siers, qui devaient être le tourment des savants et des critiques. Nous ne les aurions même jugés dignes que du mépris, et non de faire l'objet, de nos recherches, sans l’importunité de quelques personnes qui se flattent d'y trouver des choses dignes de leur curiosité , et si nous ne craignions que notre silence ne fût regardé comme un moyen de cacher notre ignorance (1). »

C'est donc en pleine connaissance de cause que Ilyde accepte la responsabilité de sa critique. Cette opinion du savant anglais n’était pas de nature h encourager les recherches; mais les faits devaient donner quelque jour un démenti à scs assertions ; car elles contenaient en elles-mêmes leur propre réfutation. Si, en présence des rares dessins alors connus , elles paraissaient plus ou moins spécieuses, on doit convenir, cependant, que Ilyde se faisait une pauvre idée du talent de l’artiste qui n’avait trouvé qu’un si maigre ornement pour décorer des palais que l’on disait chargés de sculptures.

Un siècle s’était écoulé pour arriver à ce résultat, et la question semblait à tout jamais résolue : l’argument paraissait péremptoire en présence des dessins; il était sans valeur en présence des inscriptions, et les rai vs visiteurs qui pouvaient voir par eux-mêmes les monuments de Persépolis ne tardaient pas à se convaincre du peu de solidité de l’argument du docteur anglais. Je ne parle que pour mémoire de Tavernier, écuyer, baron d'Aubone, qui prétend avoir vu, vers 17(2 , plusieurs fois ces ruines , entre autres, avec le hollandais Angel, envoyé par la Compagnie des Indes pour enseigner le dessin à Schah-Abbas II , roi de Perse, et qui passa huit jours à les dessiner. « Mais, ajoute Tavernier dans sa rela-

(I) Ifisioria lirtig. trier . Penurum , p. .*>16.

ÉCRITl'RE ARIENNE.

lion, il m’avoua que la chose ne valait pas la peine d’ôtrc dessinée, ni d’obliger un curieux à se détourner un quart-d’heure de son chemin (1). » Il est certain que Tavernier ne s’est pas détourné de son chemin ; il n'a pas vu les ruines : il ne saurait parler des inscriptions d'une manière sérieuse.

Vers la même époque, Kœmpfer visitait les ruines de Persépolis et recueillait des renseignements très-circonstanciés sur les caractères de ces inscriptions , qui allaient bientôt apparaître sous un nouveau jour (2). Il publia une longue inscription tout entière de vingt-quatre lignes; et, malgré le peu d’élégance du dessin qui , sous ce rapport, ne fait pas comprendre la beauté des caractères, la planche de Kœmpfer est suffisante pour réjiondre aux arguments de Ilyde, et se prêter à une lecture que l’on peut suivre aujourd'hui. Malheureusement le hasard avait mal secondé Kœmpfer , et son spécimen ne pouvait servir alors qu’à attester la complication des caractères de l’écriture de Persépolis et à faire douter de l’exactitude des copies de ses devanciers.

Le moment n’est pas encore venu de distinguer ce qu’il y a de vrai dans les constatations de l'ietro, Chardin et Kœmpfer, ni de comprendre ce qui pouvait égarer les raisonnements auxquels on se livrait alors; il faut attendre que les spécimens soient plus nombreux et mieux dessinés.

Kœmpfer, au surplus, constate la beauté de l’écriture : il y voit, comme Chardin, des traces d'or; mais il ne sait s’il doit rapporter

(1) Les six voyages de J.-R. Tavernier , écuyer , baron d’Aubonc; nouvelle édition, in-lî, 471 2. Tome il, pape 399.

(S) Amxnifalum exoticarum polilico-physico-medicarum fascicufi V , quitus continentur rariit relutiones , observai ion es el descriplbnes rtrum persicarvm , auclore Kngelberto Ku-nipfcro, 1). — Lcuigoviæ , 1712. In-à"., fasciculus 11, relalio V, p. 331.

KO

ÉCRITL'RK ARIENNE.

ces caractères à l’écriture hébraïque ou à l'écriture chinoise; et il ne fait que répéter les traditions locales, dont les plus raisonnables rattachaient cette écriture à la langue qui était en usage au moment de la construction des palais. Les légendes populaires n’attendaient pas en effet les découvertes de la science pour donner un sens à ces bizarres inscriptions, et déjà Chardin avait recueilli autour de ces ruines les assertions des tarants du pays , qui attribuaient à ces caractères des pouvoirs magiques d’autant plus étendus qu’ils étaient plus difficiles à comprendre.

11 y a en Orient , comme partout , des légendes plus ou moins merveilleuses qui se débitent autour des ruines. Celles de Persépolis , avec leurs inscriptions incomprises, n’avaient pas manqué de trouver dans l’imagination populaire des interprétations dont les visiteurs devaient se contenter , en attendant que l’on ait pénétré le véritable sens des signes mystérieux qui les recouvraient. Quelques-unes de ces interprétations étaient de nature à éveiller bien des genres de curiosité.

C’étaient , suivant les naïfs enfants du désert, les décrets de Djcmsrhid , le fondateur de la dynastie des Pischdadiens , qui, plus de dLx-sept siècles avant notre ère, avait ordonné la construction de ces palais. Ou bien c'étaient des talismans qui protégeaient des trésors cachés : ces signes exprimaient des mots magiques qu'il fallait prononcer , des énigmes dont il fallait pénétrer le sens pour s’en rendre maître; et ces bizarres caractères causaient plus d’effroi que les monstres ailés , immobiles sous les portiques en ruine, qui semblaient aussi veiller en silence sur des richesses inconnues.

Cependant, quelque absurdes que soient ou paraissent être les traditions jiopulaires , il ne faut point , en présence de l’inconnu ,

ÉCRITCIIE AHIENNE.

les rejeter sans examen : il y a souvent des torrents qui roulent de l'or dans leurs eaux les moins pures; mais les travaux les plus opiniâtres parviennent setds à le faire découvrir. — Était-il donc si invraisemblable que les fondateurs de ces palais , quels qu’ils fussent , y aient tracé ces inscriptions pour perpétuer leur souvenir? Le marbre aurait-il moins bien conservé les titres de gloire qu’on pouvait lui conlier, que les traditions populaires qui ont toujours perpétué le nom des plus grands rois de la Perse antique au milieu de ces ruines, à côté de leur impérissable image? Enfin, non loin des palais, sur les tombeaux, dernier refuge des idées religieuses, on voit encore la représentation de certaines cérémonies que les disciples de Zoroastre ont perpétuées jusqu’à nos jours , et qu’ils reproduisent aussi fidèlement que ces rochers sculptés en présence desquels ils viennent encore réciter leurs prières , lorsqu’un pieux pèlerinage les appelle dans cette contrée (t). Il était donc raisonnable d’examiner l’idiome de la Perse tel que son antique religion nous le faisait connaître, pour chercher quelque lumière sur ces signes dont on avait oublié la valeur. Mais le moment n’était pas venu de le faire avec fruit.

Après Kœmpfer, de nouveaux visiteurs rapportèrent de nouveaux dessins des ruines de Persépolis et de ses inscriptions. Corneille van Bruyn en a donné des copies qui laissent sans doute beaucoup à désirer encore , mais qui offrent déjà des points de comparaison suffisants pour qu’on puisse avoir la certitude que ces caractères expriment autre chose que des figures insignifiantes, résultant des combinaisons diverses que des clous enchevêtrés auraient pu faire. Ces caractères sont disposés sur des tables prépa-

(l) Couf. Flixiiin, Voyage en Perse, l. Il, |L 20 A, el supra , la gravure de In page 44.

ÉCRITURE ARIENNE

rées avec soin ; quelques-unes ue sont pas encore remplies par ces caractères; aussi, pour Corneille van Bruyn , de même que pour tous ceux qui avaient vu ces ruines, il y avait là des inscriptions, une langue, une écriture; mais c'était le seul point qui paraissait alors certain. Quant à la première chose à connaître pour arriver il épeler les mots de cette langue, c’est-à-dire quant à la direction des caractères, on ne pouvait encore distinguer les assertions erronées des conjectures heureuses.

Le danois Niebuhr , en visitant les ruines vers 1768, changea eu certitude le soupçon de Pietro délia Valle et, de plus, il fit faire un pas immense à la solution du problème par le soin qu’il apporta dans la reproduction des caractères sur lesquels ou avait jusqu'alors discuté sans données suffisantes.

11 s’aperçut d’abord, en copiant les inscriptions gravées sur les poteaux des portes d'un des édifices de Persé polis , que le même texte composé des mêmes caractères était répété deux fois, et que deux caractères qui se trouvaient sur une des portes, à droite, à la fin de la troisième ligne, étaient répétés dans l’autre, à gauche, au commencement de la quatrième ; il en conclut dès lors que ces deux inscriptions devaient se lire de gauche à droite ; et cette observation donna immédiatement une très-grande force aux observations de Pietro délia Valle.

D’un autre côté , la transcription attentive des inscriptions lui donna la certitude d'un fait qui, inaperçu à l’origine, avait jeté une grande confusion sur les dissertations auxquelles on s’était livré. En effet, il reconnut que, si les caractères des inscriptions de Persépolis procédaient toujours de la même origine, du clou ou du coin, ils n’en formaient pas moins des combinaisons différentes suivant les inscriptions que l'on considérait.

ÉCRITUHE AIUENIXE.

En général, le clou ou le coin est vertical ou horizontal

et la pointe est tournée à droite ou en bas. Un second élément , formé peut-être de l’assemblage de deux clous réunis par la tête et écartant symétriquement leurs pointes sons un angle droit , forme

un grand crochet ^ qui se présente toujours dans la même dis-

position , l'ouverture tournée à droite. Ces éléments primitifs ont la même apparence dans toutes les inscriptions; mais les combinaisons qu'ils forment présentent, des caractères différents qui ne se confondent jamais dans un même texte. Niebuhr distingua ainsi trois genres d’écritures et il constata que les inscriptions se trouvaient groupées trois par trois, et que chacune d’elles était affectée à un système spécial des combinaisons de l'élément primitif.

L'une de ces inscriptions parut, au premier abord, plus longue (pie les deux autres : si le nombre des lignes est égal , les lignes sont deux fois plus longues; si les lignes sont de la même longueur , il y en a le double. Enfin l’ordre ne parut pas non plus indifférent. Nous allons voir bientôt comment tous ces faits ont été généralisés; voici d’abord les différences qui caractérisent ces trois genres d’écritures, lorsqu’elles se présentent sur la même ligne à côté les unes des autres.

Au-dessus d'un bas-relief où la personne royale est facile à reconnaître à sa haute stature et aux attributs qui l'accompagnent, on voit un groupe de trois inscriptions. Dans une première table, h droite, on reconnaît d’abord l'inscription qui paraît la [dus longue , ou du moins celle qui occupe le plus d’espace. Les combinaisons des éléments primitifs sont très-simples et peu nombreuses. Niebuhr a constaté qu’elles ne formaient que quarantedeux caractères. Les éléments primitifs se présentent soit isolés,

ÉCBllL'Hi: ARIENNE.

soit combinés entre eux, pour former des caractères de deux, trois, quatre ou cinq éléments au plus. Ces éléments, en général , n’ont pas de liaison, ni même de contact; un seul offre, par exception , deux éléments croisés.

«ÏÏ^Tf ïït  ' KT

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•unis, t. ii, h- iitr, tus. t.

Ce système d'écriture est surtout remarquable par la répétition fréquente d’un clou en diagonale, qui ne se mêle jamais aux autres combinaisons et qui se reproduit \ à des intervalles inégaux et fréquents. On peut se convaincre de la justesse de ces observations, par l’inspection de l’inscription que nous reproduisons cidessus : c’est colle qui est marquée F. dans la planche XXIV de Niebuhr.

Dans une autre catégorie d’inscriptions, la suivante à gauche , les lettres paraissent , au premier abord , le résultat de combinaisons moins simples querelles que nous venons de décrire; le clou

FÜH TF *^T m

hïïKTff ^ sTEfti-

xicBonn . t. H i ri., taxi», in*, r.

diagonal a disparu : mais, de temps à autre, on remarque un clou

ÉCRITURE ARIENNE

perpendiculaire qui semble avoir h lui seul une signification propre. Outre les grands crochets, il y en a de petits qui prennent différentes positions et qui viennent quelquefois s'ajouter comme une seconde tête aux éléments primitifs perpendiculaires ou horizontaux, et présentent ainsi des combinaisons bien caractérisées. Les éléments primitifs présentent un plus grand nombre de combinaisons ; il y a des caractères composés de la réunion de sept , huit, neuf et môme onze éléments. Le nombre des combinaisons est également plus considérable : elles forment environ une centaine de caractères. En général , le sens de la flèche semble encore indiquer la direction de l’écriture; cependant on croirait que quelques clous sont terminés pur un petit crochet ou par une seconde tète contraire au sens général de l'écriture. Quelquefois encore la pointe du clou a disparu, et il n’en reste plus que la tête qui forme un grand crochet, dont, l'ouverture est tournée à gauche et qui entre ainsi dans la formation des lettres. Nous avons donné , cidessus, la seconde inscription, à gauche, qui accompagne les figures royales que nous avons citées, et qui est marquée F sur les planches de Niebuhr.

Dans le troisième système, les combinaisons paraissent encore

lïïïÿfi^ --f <«k-

différentes de celles des deux premiers : le clou diagonal a disparu comme dans le second système; et. comme dans ce second sys-

fifl ÉCBiriltK AniEXXE.

tenu! , le clou perpendiculaire isolé apparaît de temps à autre , ainsi que les clous à deux têtes et quelques combinaisons semblables à celles de ce système; cependant on découvre bientôt des combinaisons bien caractéristiques; quelques signes paraissent beaucoup plus compliqués encore; leur nombre est plus considérable que dans le premier et le second système; les clous se croisent fréquemment et prennent des directions convergentes et même opposées au sens général de la flèche , qui est toujours de gauche à droite. Des formes bien remarquables caractérisent cette écriture et empêchent de la confondre avec celle des deux autres systèmes. Nous avons reproduit ci-dessus l’inscription de la 3'. table, marquée G dans les planches de Niebuhr.

En comparant ces trois inscriptions , on peut reconnaître déjà ce qu’il y a de vrai et de faux dans les observations antérieures. Les caractères publiés par Pietro délia Valle appartiennent au premier système , et ses remarques sont pleinement justifiées. — Les caractères qui ont été publics depuis avaient été pris dans différents genres d’inscriptions , et présentaient une diversité qui pouvait égarer Ilyde et ceux qui ne voyaient pas les monuments. — Enfin l’inscription de Kccmpfer appartient au troisième système : c’est l’inscription K de Niebuhr, et la complication des caractères de ce système ne laissait aucune prise alors pour asseoir les recherches sur une base sérieuse. Mais au point où Niebuhr en était arrivé, les observations pouvaient prendre une autre direction. Ainsi on ne tarda pas à remarquer que ces trois genres se trouvaient partout où il y avait des inscriptions , que l’ordre dans lequel elles se présentaient n’était pas indifférent et qu’il était constamment le même. Lorsque les trois tablettes sont sur la même ligne , le texte le plus simple est à droite , puis un autre plus compliqué , puis enfin le plus compliqué à l’extrême

ÉCRITURE ARIENNE

gauche. Si les inscriptions se développent en hauteur, le système le moins compliqué est au sommet , le plus compliqué à la partie inférieure. Enfin, pour n'avoir plus à revenir sur ce point, qui naturellement n’a pas été considéré comme constant dès l'origine |iar tout le monde , on retrouva encore ces trois genres d'inscriptions autour des fenêtres des palais de Persépolis dans les inscriptions , dont Chardin avait précisément donné la copie. Ouselev constata définitivement ce fait (t), en relevant avec beaucoup de soin ces mêmes inscriptions; il y retrouva les trois genres d’écriture que Niebuhr avait constatés, et il rectifia ainsi ce qu’il y avait d’erroné dans la conjecture de Chardin , qui avait voulu lire de haut en bas ces inscriptions, sans songer à les développer, pour ainsi dire , comme la légende d’une médaille. En effet , quand les inscriptions ont cetle disposition, ainsi que Rich le fait remarquer (2), le style le moins compliqué est toujours au sommet , le plus compliqué à droite, l’intermédiaire h gauche. Si nous redres-

* Tint at<-T£<nT<

» | tpi ipjHHTPE^frT^^T

sons maintenant l’inscription de Chardin pour lui donner le véri-

(4) Ouseley, Trarels in tarious counlryes of the cast more particularly Per sia. Vol. Il, pl. XLI, fig. 21.

(2) ll /ien an inscription ü round a door or a nindoir, llte first species is on the top, the second on left h a ml running up , the third on the right running dtncn. I spcnh as loohing ai the door. Rich , Jrurney to Persepotis , p. 251. Édil. de l.omlir», 1829.

ÉtRlTlIRK ARIENNE.

table sens quelle doit avoir, nous retrouvons alors les trois genres d’écriture signalés dans les autres inscriptions , et les roots que nous avions pris pour exemple ( supra , page 55 ) se lisent comme nous l'avons figuré ci-dessus. Ces inscriptions étant ainsi redressées, rien ne s'oppose à ce que, généralisant les observations antérieures à Chardin même, nous ne puissions déjà avoir la certitude que toutes ces écritures doivent se lire dans le môme sens. Les signes reprennent en effet leur position véritable, et n’ont plus rien dans leurs cléments qui contrarie la direction constante des pointes de flèches. Mais, avant d'en arriver à ce résultat, toutes les combinaisons devaient ôlre épuisées.

Wahl (1), en 1784 , avait annoncé qu'il s'était occupé avec succis de l’étude des anciens caractères de Persépolis, et qu’il espérait pouvoir pousser ses découvertes plus loin. Il n’a point , il est vrai, fait part au public de ses recherches; mais, quant au sens de l’écriture , il va tout concilier : ceux qui veulent quelle se lise de droite à gauche et ceux qui veulent qu’elle se lise de gauche à droite. Il déclare on effet que la direction de cette écriture n’est pas uniforme, et quelle présente la marche nommée par les Grecs (2).

Il ne faut pas croire cependant qu’il n’y eût point place à de nouvelles hypothèses, et qu’elles n’aient point été émises ni discutées : rien n’est fertile en erreurs comme une première erreur. Du reste, si Chardin avait pu se tromper en présence des monu-

(I) Allegemeine Geschichle des Morgen landisehen spratUen und literatur, Leipzig, 178.4, p. 018.

(J) En revenant comme les bœufs qui labourent, c'est-à-dire en écrivant de droite 4 gaucho, puis de gauche 4 droite, et ainsi de suite alternativement.

ÉCRITURE ARIENNE

monts qui semblaient par eux-mêmes limiter les hypothèses probables , le nombre en devenait plus prend lorsque l'on se trouvait en présence du dessin d'une inscription, d’un fragment, ou d'une inscription nouvelle dont les caractères, bien que formés avec les mêmes éléments radicaux, semblaient ne se rapporter à aucun des spécimens que les murs de Persépolis pouvaient offrir. Les lignes d’écriture étaient bien dans tous les cas séparées par des traits, mais rien n’indiquait la position primitive de l'objet. C’étaient des briques exhumées des ruines de Bahjione, et des cylindres gravés dont on possédait déjà quelques rares échantillons. La Croze (I ), admettant l’hypothèse de Chardin , qui pensait que cette écriture jiouvait se lire de haut en bas , avança que ces caractères devaient avoir un certain rapport avec l’écriture des Chinois; mais il n’y avait lu rien de sérieux, et cette supposition , comme toutes celles que nous avons indiquées , ne pouvait plus se reproduire avec fruit. Cependant, pour les épuiser, on soutint même que cette écriture pouvait se lire non-seulement de haut en bas , mais encore de bas en haut (Ü).

Différentes écritures semblaient encore avoir une analogie plus ou moins grande avec les signes qui nous occupent. « Beaucoup de caractères runiques, dit Vallancey (3), paraissaient avoir été formés des mêmes éléments, et on a été frappé de la ressemblance des caractères de Persépolis et îles caractères de l’ancien Ogham.» Mais cette ressemblance, qui a été également remarquée par W. Jones (i), était purement fortuite. Aujourd’hui ce point est par-

(I) Thetaur. Epistol. Lacrozian,, I. 111, p. 8.3.

(5 Voyez, sur ces difT. tentes hypothèses, l’arlirle d'Hagor dans le Mmlhly Magazine, vol. XXII, p. 2.

(3. A Crammar of the lUrno-Crllic or Iriih lunguagt . by Major Charles Vallancey. Dublin, M.DCC.LXX1II. ln-&°.

\h) The n'orKs of tir II ittiam Janet, London, 1807, vol. III, p. 123.

ÉCH1TLRE AK1EXNK.

faitenient établi ; nous verrons plus tard que la forme du clou ou du coin n’est que le résultat de l’instrument qui a tracé les caractères, et ne peut servir d’indice pour établir un système de lecture basé sur les rapports qu’une langue ainsi écrite pourrait avoir avec tout autre idiome dont les lettres auraient avec celle qui nous occupe des ressemblances plus ou moins éloignées.

Cependant, en attendant ces éclaircissements, on se demandait encore si ces caractères, quelle que soit la langue exprimée, représentaient des lettres comme les alphabets ordinaires, ainsi que l’avait pensé Leibnitz (1) , des syllabes comme le dévanagari , ou des hiérogly phes plus nu moins altérés qui tiendraient le milieu entre les caractères des Égyptiens et des Chinois? Enfin on n’abandonnait pas encore complètement la pensée que cette écriture pouvait représenter des signes talismaniques, ou au moins la transcription des secrets sacerdotaux , dont les prêtres seuls auraient eu la clef et que le vulgaire n’aurait pu comprendre. Il fallait donc faire de nouveaux efforts, et les nouveaux textes qui arrivaient en Europe étaient loin d’apporter des moyens de solution h ces questions; ces textes semblaient ne se produire, avec des formes et des combinaisons différentes de l’élément radical , que pour égarer les recherches qu’il était important de concentrer sur les inscriptions de Persépolis.

Toutes les hypothèses sur le sens de l’écriture ont donc été formulées, examinées, discutées. 11 est constant qu’on n’a pu faire de nouveaux progrès qu'en suivant la direction qui avait été indiquée par Niebuhr.

(1) Rotant antiqux littera? in ruinis Perscpolit-jnis , tpiz non liierogh plia? ps«e, sod iilplialjFliim aliqund constituent videutur. Leibnitz, Optra omma , édit. Dutciis. T. VI, i r *. partie, p. 204. — Vojn aussi Hnger, supra , loc. rit.

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