‹ Éléments d'épigraphie assyrienne les écritures cunéiformes, exposé des travaux qui ont préparé la lecture et l'interprétation des inscriptions de la Perse et de l'AssyrieChapitre 4 sur 33 · ÉCHUT II F. ARIENNE · texte numérisé non relu

ÉCHUT II F. ARIENNE

Cependant le savant danois supposa d'abord que cos trois inscriptions représentaient non-seulement le môme texte et la môme langue, mais encore qu’elles étaient écrites avec trois alphabets différents. C'était une erreur. Toutefois, sous l’impression de cette idée, il concentra naturellement ses recherches sur le système le plus simple, et il dressa une table des différentes combinaisons que les éléments de l’écriture formaient dans ce premier système. Il s'assura, ainsi que nous l'avons dit, que ce nombre ne dépassait pas quarante-deux. Il pouvait y avoir, sans doute, dans cette liste quelques erreurs de transcription ; quelques caractères indécis sur les monuments que Niebuhr avait copiés ont pu ôtre rectifiés par la suite ; mais, dans tous les cas, il a été reconnu que ces caractères représentaient non-seulement les combinaisons des inscriptions sur lesquelles Niebuhr les avait étudiés, mais encore celles que l'on retrouva plus tard sur des monuments analogues beaucoup plus étendus.

Niebuhr venait donc de faire faire un pas immense à l'étude de celte écriture. 11 parut démontré que, pour aller plus loin , il fallait s'attaquer au système le plus simple. Les quarante-deux caractères pouvaient bien , après tout , représenter les lettres d’un alphabet. Mais quel était cet alphabet? quelle était cette langue?

Si cette langue avait pu être connue d’avance, il ne serait plus resté qu’un travail facile pour substituer un alphabet à un autre. Mais, à cette époque, non-seulement la langue était complètement ignorée, mais encore les dialectes qui s’en rapprochaient le plus n’étaient pas alors assez connus pour qu'on pût les prendre pour base de travaux sérieux. Tout était donc à apprendre, puisque tout était inconnu. La lumière ne pouvait venir que de quelquesunes de ces mystérieuses intuitions qui illuminent de temps h autre les hommes de génie dans leurs découvertes.

ÉCRIT! RK ÀRIESKE.

Tyschen, de Rostock, en 1798, ajouta, le premier, une remarque importante aux observations de IViebuhr (t) : il comprit (pie le clou en diagonale, qui apparaissait dans le texte de la première espèce, pouvait servir à séparer les mots: les caractères compris entre deux de ces signes ne dépassent jamais le nombre de dix. Ces groupes pouvaient donc former des mots, et les caractères qui les composaient représenter des lettres.

Mtinler, de Copenhague , deux ans après, adopta et confirma cette observation, qui établissait déjiï une présomption de ressemblance entre cette écriture et le /end des livres de Zoroastre : il suivit ces données. L'Essai de Monter parut d’abord en danois dans les .Vémoircs de l'Académie royale de Copenhague; il a été traduit en allemand (2), et de Sacy en a donné une analyse dans le Magasin encyclopédique de Millin , en 1803. Voici, en résumé , le résultat des recherches de Monter.

Monter s'explique d'abord sur les différentes sortes d'écritures cunéiformes, telles que Niebuhr les a constatées, et il estime que la première espèce est alphabétique , la seconde syllabique et la troisième manngrammatique. Nous n'examinerons point les raisons qu’il apporte à l’appui de son opinion sur les deux derniers systèmes, quant à présent du moins, pour concentrer de plus en plus nos recherches sur le premier.

« Deux moyens, dit-il, peuvent être employés pour tenter le déchiffrement. Le premier, commun à toute écriture alphabétique, est de tâcher de distinguer les figures qui expriment les voyelles de celles qui expriment les consonnes , et de parvenir

(1) De cuncalis inscript ionibtu Persepolitanis lucuùratio. Hostock, 1 71>8.

(2 1 Versuch ûbtr du keilformigen insdtrificH zu Pe fit polis , ton l) r . Frederick Huilier, mil Kupirrm. Copcnlmgcn , 1802.

ÊCIIITL’HE AKIENNK.

ainsi à obtenir la valeur de quelques lettres dont la découverte peut faire deviner un petit nombre de mots. Le second est de comparer les caractères de l’écriture inconnue avec d’autres alphabets connus qui puissent offrir quelques analogies. »

Les alphabets zend et pellivi sont ici les principaux que Münter a consultés; cependant il y a joint les alphabets arménien et géorgien. Parmi les lettres des inscriptions, il en signale trois que leur retour fréquent lui fait considérer comme des voyelles, et elles reviennent assez souvent pour qu’il en tire l’induction d'une grande conformité entre la langue de ces inscriptions et le zend , dont le principal caractère est d’exprimer toutes les voyelles et même d’en être surchargé outre mesure. Miîntcr va plus loin : il se hasarde à déterminer la valeur de ces trois voyelles, en partie d’après l’analogie qu’il croit observer entre leurs formes et les formes de certaines lettres des alphabets qui lui servent de pièces de comparaison , et en partie d’après la prédilection de la langue zend pour certains sons.

Du reste, Miinter est convaincu que cette écriture se lit de gauche è droite , et que les mots sont séparés par un signe de ponctuation qui n'est autre que le clou diagonal signalé par Tysehen. Enfin il remarque que l’on trouve, entre ces clous en diagonale , non-seulement la répétition des mêmes groupes , mais encore que ces groupes se reproduisent avec des variations dans les terminaisons qui semblent indiquer les flexions grammaticales. C'est dans ces terminaisons qu’il cherche à découvrir la valeur de certains caractères, en leur appliquant les différentes flexions grammaticales des langues plus ou moins rapprochées de celle que l’on supjiosait écrite avec ces caractères. Mtlnter a essayé l'application de ces principes, signe par signe, sur les inscriptions qu’il avait à sa disposition ; il en est résulté un tableau

ÉdimilK AKIKWE.

dans ItMjuel il a cru pouvoir faire figurer la valeur de douze caractères. Quelque téméraire que soit ce premier essai, il est facile de comprendre que Müuter a cherché à enlever aux valeurs qu’il attribue à certains signes toute application arbitraire. Son travail est sérieux ; nous devons donc noter ici ce que les travaux ultérieurs en ont confirmé.

Parmi les six caractères que Münter regarde comme des voyelles, il ne s'est pas trompé sur la valeur de l’A , sauf peut-être la quantité. 11 a confondu l’ü et l’I comme on l'a fait, du reste, pendant long-temps encore après lui. Ces trois caractères, toutefois, sont des voyelles ; les autres sont des consonnes. Parmi les six consonnes qu'il a désignées, la valeur du B fut la seule heureuse, bien ([ne les autres caractères fussent également des consonnes. Münter avait donc déchiffré deux lettres (l'A et le B) de cette antique écriture. Mais, à cette époque, nul n'avait encore le droit de considérer ces valeurs comme définitives, ou les autres comme erronées. Comment, en effet, arriver à les contrôler, bien qu’il fût prouvé désonnais que ces signes étaient les éléments d'une langue?

Au milieu des difficultés inouïes que présentait un travail de cette nature, les plus graves, les plus sérieuses ne vinrent pas toujours du sujet lui-même. Tandis que , dès l'origine des découvertes , il s’est trouvé des hommes patients et modestes qui consacrèrent leurs téllexions les plus mûries et toutes les lumières de leur savoir à faire faire un pas h la science, il s’en est trouvé d’autresquisemblent n'avoir apporté leur attention sur ces matières que pour obscurcir la voie ouverte par les premières données, et retarder les découvertes naissantes. On doit être sévère pour Hyde; un homme de son mérite devait avoir le courage d’avouer son ignorance sur des points que tout le monde ignorait alors. — Il

faut être indulgent pour Chardin; car ceux qui, comme lui, se trompent de lionne foi servent quelquefois la science h leur insu , et puis il est si facile de s’égarer sur ces terres inexplorées! — Enfin on peut passer sous silence le nom de celui qui ne voyait dans ces inscriptions que le travail fortuit de vers rongeurs qui auraient attaqué la pierre. — Mais que dire de ceux qui , spéculant sur la nouveauté des découvertes, inventèrent des lubies pour s’attribuer un mérite mensonger? Avant d'aller plus loin, nous croyons devoir faire justice des prétendues traductions de Lichtenstein (I). Ses travaux ne s’appuient sur aucune observation antérieure , et ils n’ont conduit à aucune découverte; mais nous les relevons ici pour montrer qu'il est désormais plus facile de se tromper soi-môme que de sc laisser égarer par autrui.

Lichtenstein aborde ces textes sans autre préambule que des plaisanteries à l’adresse de ceux qui douteraient de ses procédés, ou ipii ont été assez aveugles pour n’avoir pu découvrir avant lui quelque chose d’aussi simple. Ces distinctions en trois écritures, en trois langues, sont insignifiantes : c’est toujours le même alphabet, plus ou moins orné. Il y a plus, le caractère le plus compliqué est précisément , pour lui , le plus facile à traduire et h comprendre. Dans le mois d’août 1801 , le D'. Ilager avait publié l’inscription d’une brique de Babylone ; mais il s’était abstenu de tout essai de lecture. Lichtenstein ne voit aucune difficulté dans ce texte : il fixe d'abord l’âge de ces briques au VII”. ou VIII*. siècle de notre ère , et la vue seule des caractères lui révèle que c’est de l’ancien arabe , des caractères connus sous le nom de coufiques , qui

(I) Les principaiu résultats des premiers essais de Lichtenstein ont paru dans le /IrauHScItu'ritjrKhcs Alngazin,Q\\ 1800. On peut voir surtout sou essai intitulé : 7 'entamen Palrttgrapltùr asit/rùt-ptriior. Aurtore !). Anton. Asgvst. Ilenric. Lichtenstein. — Helmestad, 1803.

ÉCRCUHt AIIIKNNE.

dérivent de récriture syriaque nommée estrangelo, et qui se retrouvent encore, avec un peu d’altération, dans le caractère des Arabes d’Afrique et surtout de ceux de l'empire du Maroc. 11 lit sur-le-champ cette inscription , qui lui paraît former une sentence tirée ou imitée du Karan et il en donne ainsi la traduction : « Nous « bâtissons sur toi (c’est-à-dire nous mettons notre confiance en « toi ) ; car c’est toi qui nous as tous créés, 6 Dieu le très-saint, « le trôs-véridiquc; sois-nous favorable ; car sur toi repose la « sécurité; restaure-nous, nourris-nous; car c’est toi qui nous as « tous créés. »

Lichtenstein ne donne pas la transcription arabe sur laquelle il s’appuie; il avertit seulement qu’il lit de droite à gauche, et sa méthode lui jurait tellement simple qu’il s’étonne beaucoup que M. llager ne l’ait pas trouvée avant lui, en dessinant sa brique ; car la ressemblance des caractères saute aux yeux : « mais, ajoute Lichtenstein, il (M. llager) s’était mis dans la tète que ces briques avaient été faites et gravées par l’ordre de Bélus et de Sémiramis et il ne pouvait lui venir en pensée d’y lire, en prenant pour guide la simple analogie du caractère coufique, de pieuses sentences d’un dévot musulman. »

La longue inscription qui recouvre le Caillou de Michaux , dont nous nous entretiendrons par la suite, est aussi facile à traduire. Ce n’est qu’un jeu pour Lichtenstein; il lui suffit de quelques instants pour en donner une traduction complète. « C’est « de l’araméen, du chaldaïque, qui renferme un discours que « le prêtre du temple du Dieu de la mort adresse aux femmes « revêtues d’habits de deuil et assemblées, au jour de la Commé- « moration de toutes les âmes, auprès des tombeaux de leurs « parents défunts [tour s’y livrer aux transports de leur dou- « leur. » Puis il donne, pour la traduction d’un texte dont il ne

ÉCRITCAE ARIENNE.

lit pas le premier mot, la plus incroyable harangue que l'on puisse inventer, pour la mettre en harmonie avec un pareil préambule.

Enfin Lichtenstein applique son système au* inscriptions de Persépoiis, et particulièrement aux inscriptions de la pl. XXIV de Nicbuhr dont nous avons donné la copie page Gi. On sait aujourd’hui ce que ces inscriptions renferment ; il les lit encore de droite à gauche et les traduit ainsi : « Le roi, le prince # souverain de tous les princes , le seigneur Saleh , Jinghis , fils « d'Armérib , gouverneur général pour l'empereur de la Chine « Orkhan-Sahcb. »

Nous verrons , plus tard , quelles sont les lectures véritables de tous ces textes auxquelles on n’est arrivé qu’à la suite des plus pénibles efforts; mais alors Lichtenstein pouvait impunément jeter à la face du monde savant ce pastiche du Koran qu’il fait remonter à Genghizkhan ou à Tamerlan, parce que personne ne pouvait alors le contredire.

Le tour était hardi , et Lichtenstein a dû être satisfait de voir qu'un homme de la valeur de M. de Sacy examinait son travail, et que l’opinion publique pouvait hésiter entre ses rêveries et les travaux les plus consciencieux et les plus opiniâtres qui devaient s’accomplir pour arriver à un résultat véritable. L’Eurjpe du XIX‘. siècle ne devait retrouver la langue des Perses et des Assyriens qu’au prix des dévouements les plus désintéressés : une vie d'homme pour chaque lettre de cet antique alphabet 1

Revenons donc aux travaux sérieux qui continuaient de s’accomplir sur ce sujet. Les savants de l’Europe ne pouvaient plus ne pas se préoccuper des découvertes de Niebuhr. L’Orient appelait de plus en plus l’attention des philologues : déjà les hiéroglyphes égyptiens ne passaient plus pour des ornements frivoles; on avait

78 EcRIll'HE ARIENNE.

fait justice des hypothèses de l’abbé Tandcau , qui renouvelait , à propos de ces images , le système de llyde sur les écritures cunéiformes ((). Les recherches philologiques acquéraient chaque jour de plus en plus d’importance. Les ruines de Persépolis, définitivement étudiées dans leur ensemble, dans leurs détails, étaient considérées comme les ruines des palais construits par les rois Achéménides, et on nedontait pas queles inscriptionsqui en recouvraient les murs n’appartinssent ù l’époque de leur construction; l’archéologie regardait ces points comme constants , et c’était sur ces données qu’il fallait désonnais établir ses recherches; l'indécision du comte île Caylus avait été tranchée par M. de Sacv : il venait de lire sur ces ruines les inscriptions pehlvies que les rois Sassanides y avaient tracées , en effleurant le marbre, it rété des caractères profondément gravés par leurs prédécesseurs.

Le moment était venu où la lecture des inscriptions qui nous occupent allait faire de nouveaux progrès. Le 4 septembre 1802 , Georges-Frédéric Grotefend exposa, devant la Société académique de Goèttingue, ses premières découvertes (2), précisément dans celte même séance où Heync rendait compte des premiers travaux sur les hiéroglyphes égyptiens. Les observations de Grotefend procèdent d’un principe tout autre que celui qui avait servi de point de départ ît Tyschen et à Monter. Grotefend était peu versé dans la connaissance des langues orientales , et les procédés philologiques dont ses prédécesseurs avaient développé toute la puissance ne lui furent que d’un faible secours. Il aborda les inscriptions de

(1) Voyez la Dissertation sur les hiéroglyphes de l’abbé Takdui'. Paris, 1762. In-12. Voyez aussi le Journal des Savants , du mois de mai de la même année.

(2) Prœvia de cuneatis quas votant inscript ionibus Persepolilanis legendis et erplirnndis relatio. Goêttingen, 1802.

ÉCRITURE ARIENNE

Perse polis il l’aide de l’archéologie et de l’histoire , et il y trouva des données suffisantes pour résoudre cet intéressant problème. Il arriva ainsi il formuler une traduction que le temps a consacrée et à lire, en un mot, ce qui était resté indéchiffrable jusqu’alors. Voici , du reste , les moyens qui l’ont conduit à ce résultat :

Les inscriptions de Persépolis , ainsi que nous l'avons dit , offrent des groupes qui présentent trois genres d'écriture. Grotcfcnd admit que chaque inscription, dans ces groupes respectifs, était transcrite, non-seulement dans un alphabet différent, mais encore dans une langue différente , et que , si l’on connaissait le sens de l’une , on connaîtrait par cela mémo le sens des deux autres qui devaient lui correspondre. Il posa ainsi le premier l’hypothèse d’inscriptions trilingues. 11 distingua provisoirement ces trois systèmes par cette désignation générale , suivant le degré de complication des caractères du plus simple au plus composé : le premier , le deuxième , le troisième , et il prit le premier système comme base de ses recherches. Il regarda d’abord comme constant le fait observé par Tyschen et Münter , à savoir que dans ce premier système les mots sont séparés par un clou en diagonale. Enfin, guidé par l’analogie des inscriptions sassanides que de Sacy avait traduites, il supposa que le mot que Tyschen et Münter avaient déjà signalé comme devant contenir le titre royal le contenait réellement. Ce mot est composé de sept caractères qui présentent l’aspect suivant :

«ïïrmTH<lffK-\

Il apparaît çà et là dans le courant du texte, et de plus il est répété deux fois consécutives après les premiers mots dans la plupart de toutes les inscriptions, et la seconde fois il est suivi d’une

ÉCRITl' R K ARIENNE.

terminaison qui pouvait ôtif considérée comme la terminaison d'un génitif pluriel.

Il en conclut que ces deux mots devaient représenter la qualification iranienne qui nous a été transmise d’Age en Age , et que l'on retrouve encore dans la forme moderne o p* Shafienthah,

roi des rois , sauf A donner ultérieurement une valeur phonétique à chacun des caractères qui la composent.

D'un autre côté, la traduction récente des inscriptions sassanides semblait révéler l’existence d’antiques formules, dont on pouvait soupçonner la reproduction dans les inscriptions de Persépolis. En comparant, sous l’influence de cette idée, deux inscriptions de Nicbuhr qui lui parurent représenter deux de ces formules, il y constata cependant une différence : l’une, en clfet, commence par un groupe que nous nommerons X, et qui s’écrit ainsi :

«ÏTK-m

l’autre , par un groupe que nous nommerons D , et qui s'écrit ainsi :

TïTn

Or, dans le courant de la seconde inscription , on voit un groupe que nous nommerons II , ainsi figuré :

frïï^WïïHE ?f

précisément A la même place où la première inscription montre le

Kl KHI II K A|IIK.\NE.

groupe L), qui commence lu seconde. Groteleud induisil , de ces remarques, que les déux séries de groupes que nous venons de désigner sous les lettres X, D, II, figuraient des noms propres et, en outre, qu’il y avait dans ces noms un certain ordre de filiation. Il soupçonna que le groupe noté II désignait le père du groupe noté D , cl que I) élait le père de X. Enfin il constata que le groupe II n’était pas suivi du mot roi. Le groupe II était donc le nom d’un prince qui n'avait pas régné ; et dès-lors il élait probable que D, fi Is de II, était le fondateur d’une dynastie. Le problème à résoudre se trouvait donc posé, pour ainsi dire, mathématiquement de la manière suivante pour la première inscription :

X , roi îles rois , fils de I), roi , etc.

et , pour la deuxième :

D, roi des rois , fils de II, .... etc.

11 y avait d'abord à trouver les noms propres qui ]>ouvaicnt satisfaire aux données du problème. La date des monuments était certaine; il était démontré, avons-nous dit, que ces monuments étaient construits par les rois achéménides : il fallait donc chercher, parmi ces princes, les noms de ceux qui pouvaient convenir aux données du problème. Or, comme fondateurs de dynastie, il y avait Cyrus et Darius. Cyrus ne pouvait convenir : le groupe qui l'aurait représenté parut trop long d’abord et, d’un autre côté, on sait que Cyrus a eu pour père et pour fils deux personnages du même nom ; il eût donc fallu que les groupes II et C eussent été semblables. Restait donc pour le groupe D le nom de Darius, qui satisfaisait admirablement à toutes les données historiques du problème , puisqu'il donnait , pour la première inscription :

Xerxès , roi des rois, fils de Darius, roi, etc.

ÉCRITTRE ARIEXXE.

et, pour la seconde :

Darius, roi des rois, fils de llyslaspe , etc.

Mais ce n’était pas tout, il fallait eucoro chercher la transcription de ces noms dans leur forme originelle. En consultant l'hébreu tnm (i) et le grec que les Perses, au dire de Strabon,

prononçaient (2). Grotcfend épela le groupe de la manière

suivante :

Tl m

U A H H K l MH.

Des études ultérieures établirent qu’il ne s’était trompé que sur le signe qu’il lit 11 et qui représente Y.

Pour déchiffrer le nom de Xerxès, Grotcfend se souvint du grec EipÇw, dont toutes les lettres se trouvaient en rapport avec le groupe à déchiffrer; il n’y avait d'inconnu, dans regroupe, que le premier signe auquel il donna la valeur de l’aspirée Kh.

«ÏÏK-ïït Tl Tm

Kl( H A 11 S,:H A

Dans cette première lecture, il n’y avait encore de mal lu que le même signe. Les travaux ultérieure ont établi que ce nom était identique à la transcription hébraïque t*r"icrm , dont on a formé le grec ’A ocoùijmç , et le latin Ahasvérus. C’est ainsi (|ue les inscriptions achéménides ont [lermis de reconnaître le véritable nom du roi des Perses, mentionné au livre iVEsiher, que l’on avait confondu pendant long-temps avec Artaxerxès, à cause sans doute du u prosthétique (3).

(1) Voyez Cicnesi us, I.exic. hebr. , p. 250, h', édilion.

(2) Kirabon, 6V«g«* M lib. XVI, in fine.

^3) Voyez Oppert, Les inscriptions des Achémeuides , elc., p. 208.

ÉChinHK ARIENNE.

Enfin , pour expliquer le troisième groupe, dans lequel Grotefend voyait le nom d'ffyslaspe, père de Darius, il eut recours aux Livres zeods , qui donnaient le nom de Yitnspa à un personnage célébré auquel les Persans modernes avaient conservé le nom de Gustasp, et que l'on assimilait alors au père de Darius. Quelque erronée que fût cette assimilation, la ressemblance nominale n’en subsistait pas moins et elle donna, pour le groupe G, la transcription suivante :

fr ïï^^iTm Te

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