‹ Éléments d'épigraphie assyrienne les écritures cunéiformes, exposé des travaux qui ont préparé la lecture et l'interprétation des inscriptions de la Perse et de l'AssyrieChapitre 7 sur 33 · HA KH A MA N Y SCB Y H · texte numérisé non relu

HA KH A MA N Y SCB Y H

C’est le nom patronymique des rois perses fils d'Achéménès ; le changement de la voyelle longue a en aï dans la transcription

Kl uni IIK AllliNNK.

grecque 'A/cn/iivn lui a donné une apparence hellénique qui s'évanouit devant la transcription véritable, conservée par l'écriture cunéiforme. Enfin nous devons encore remarquer que le M de ilask se retrouve dans le nom d'Ormusd

TtKfjEMrî WTTîïï

A 1 : R M * Il A.

(I ne reste donc plus qu’une lettre il découvrir pour que ce nom soit complet.

.Mais, avant d'aller plus loin, nous ne pouvons passer sous silence les progrès qui s’accomplissaient dans les études philologiques. La langue sacrée des anciens Perses, dont Anquetil- Dupcrron avait fait connaître les monuments , était enfin étudiée avec une sagacité qui en avait révélé toutes les nuances. E. Burnouf, après avoir reproduit avec le plus grand soin le texte de l’un des livres de Zoroastre (1), venait de publier son Commentaire sur le l'ofao (2). Jamais monument philologique n'a reçu une consécration plus imposante : il nous suffit de dire que le texte de Burnouf est devenu le texte officiel auquel les descendants de Zoroastre ont recours, et que les Commentaires du philologuo français ont l’autorité d'une décision qui fixe parmi eux l’orthodoxie incertaine. Enfin on sait que les l’arscs viennent encore aujourd’hui en Europe demander aux rares disciples de Burnouf

(1) Vriulidtui Sodé , publié d'après le manuscrit zend de lu Bibliothèque impériale. In-folio. Paris, 1833.

(2) Commentaire sur te Yaçna , l'un des litres religieux des Peises, ouvrage contenant le texte xrud expliqué pour la première fois, les variantes drs quatre manuscrits de la bibliothèque royale, et la version sanscrite inédite de Nerioscngli, par B. Burnouf. Paris, M.DCCC. XXXIII.

Kl BIllllF. AMÏN.NE.

l'explication de leurs livres et des renseignements sur l’origine de leur religion (1).

La langue sacrée de la Perse, ainsi connue et approfondie, devint le contrôle nécessaire des études qui allaient s’accomplir sur la langue monumentale des Achéménides. Aucun progrès sérieux n’a été tenté, par la suite, sans qu’on n’ait cherché à s'appuyer plus ou moins directement sur le Commentaire de l’iopna.

Nous voici maintenant à un point important. Dans le courant de l’année 1896, trois savants, par des travaux simultanés, peuvent revendiquer l'honneur d’avoir complété l'alphabet commencé par Münter. Si nous voulions examiner leurs droits h la priorité, il faudrait non-seulement rechercher les moyens dont chacun s’est servi pour arriver à son but, mais encore faire la part de ce qu’ils doivent à leurs devanciers; car leurs moyens reposent sur tout cet entourage qui presse les intelligences ft un moment donné , lorsque l’attention , depuis long-temps éveillée sur le même objet, va enfin formuler le résultat des méditations individuelles ou collectives. Cette simultanéité , c’est le produit de l’incubation nécessaire des germes qui doivent éclore au moment où les découvertes commencent à perdre leur caractère personnel. Lorsque Miinter vit un A et un R dans ces signes inconnus sur lesquels il fixait sa pensée , son intuition ne puisa qu’en lui-même le motif de sa découverte; aussi elle resta indécise en attendant une sanction ultérieure. 11 en fut de même lorsque Grotefend vit tout d’un coup et en bloc, dans des groupes qu’il désigna, les noms de quelques rois achéménides. Pour rendre sa découverte féconde, il lui fallut aussi la sanction du temps ; mais, à mesure que les découvertes avancèrent , elles répondirent it une disposition plus géné-

(I) Vojei, entr’autres, le livre remarquable du Pnrse Dnsubhoy Framjee : The Portées, their hisloty, w tanner», msloms nnd rctijjimi. London, 1858.

ÉCIUTL'KE A1UENNE.

raie des esprits, et furent dès-lors plus tôt comprises et plus vite acceptées. Voici, du reste, les dates dos travaux que l'on vit éclore, à ce moment, sur des points différents.

En mai 1830 , M. Lassen publiait , à Bonn , son travail sur les inscriptions cunéiformes (1), et donnait à chaque caractère une valeur avec laquelle il pouvait lire et comprendre les textes de la première colonne qu'il avait sous les yeux.

En juin 1830, E. Burnouf publiait son Mémoire sur les inscriptions de Ilamadan (2) , et donnait également à chaque lettre une valeur qui lui permettait de faire l'application de son alphabet à tous les textes jusqu’alors connus.

A la même époque, sir II. Ravvlinson (3) était en Perse; il avait, dès 1833 , entrepris des études sur les inscriptions cunéiformes, et, par des procédés analogues à ceux que Grotefend avait employés, il se trouvait , en 1830, assez avancé pour avoir formé un alphabet complet, indépendant des alphabets de l'Europe.

Reprenons maintenant l’analyse de ces différents travaux. Les recherches de Lassen ont pour objet la traduction des inscriptions de Xerxès et de Darius publiées par Niehuhr. Le point de départ de sa traduction se trouve naturellement dans les noms propres que l’on avait déchiffrés avant lui, et qui donnaient un certain nombre de lettres dont il fit l'application aux textes connus, en cherchant h déterminer de nouvelles lettres par suite de l’influence des flexions grammaticales que les mots devaient néces-

(1) Die Altpersischen Keil-Inscli riften von Persrpolis. Ent zifferung des alphabets und Erklarung des lnhalts. Bonn, mai 1830.

(2) Mémoire sur deux inscriptions cunéifot'mes t rout ées près de Hamatlan. Paris , juin 1830.

(8) The persian cunrifvrm inscription al lichistun, decyphered and translate/! : with a Memoir on persian cuneiform inscription in general , and on that of Behistun in particular.

ÉCRITURE ARIENNE

saircmcnt représenter; il a ainsi composé un alphabet qui lui a permis de lire deux inscriptions de vingt-cinq lignes chacune , et d’en déterminer le sens général. Beaucoup de ces valeurs ont été confirmées par l'application qu’on a pu en faire aux nouveaux textes que l’on soumit ultérieurement à l’analyse. Cependant M. Lasscn a été violemment attaqué en Allemagne : on lui a contesté l’originalité de ses découvertes ; il n’a jamais répondu à ces attaques ; mais il a poursuivi son œuvre en corrigeant ses premières lectures et en les appuyant, dans ses écrits ultérieurs (1), de tous les documents qui pouvaient assurer l’indépendance de ses recherches. Certaines lettres lui appartiennent évidemment en

propre, le était encore lu G par Burnouf, lorsque Lasscn lui

assigna la valeur de V. Mais il est inutile de multiplier les citations de cette nature qui ressortent de la comparaison des alphabets, tels que chacun de ces savants a pu les établir.

Voici maintenant les procédés de Burnouf (2). 11 prend pour sujet de traduction deux inscriptions copiées par Schulz , dans les rochers de Ilamadan , et qui reproduisent le même texte que les inscriptions copiées par Niebulir et Lebrun, sur les murs de Persépolis. Pourquoi ces inscriptions se retrouvent-elles si loin de Persépolis? C’est ce qu’il est inutile d’examiner ici : il nous suffit de dire que la comparaison de ce texte et des copies antérieures a suffi à Burnouf pour fixer toutes les incertitudes que des erreurs de transcription auraient pu produire. Lorsque la forme des

(I) Voyez, dans le journal intitulé : Zeitschrift fur die Kunde des Morgenlandes , t. VI, les derniers travaux de Lassen sur récriture cunéiforme; voyez aussi l’article PinséPOLis dans V Encyclopédie d’Ersch et Gruber.

(2/ Mémoire sur deux inscriptions , passim.

91 ÉCRITURE ARIKNXE.

signes fut ainsi bien fixée , il appliqua à chacun d'eux le procédé suivant (1) : « Il ne peut, dit-il, exister qu’un moyen scientifique pour la détermination d’un signe inconnu : il faut réunir tous les mots où il se trouve , les comparer entre eux , et essayer d’appliquer au signe inconnu les valeurs de l’alphahet pour lesquelles on ne possède pas encore de caractère propre et rigoureusement déterminé. Si le déchiffrement de l’alphabet est commencé, s’il repose sur quelques bases certaines, l’examen des diverses positions du signe dont on cherche le sens devra en donner la véritable valeur. »

Or , Burnouf a ainsi analysé les quarante-deux signes de Niebuhr, et a étudié les combinaisons que chaque caractère peut faire dans chaque mot. C’est ce travail de patience qui lui a fait rejeter quelques-unes des valeurs de ses devanciers , pour en adopter d’autres qui lui parurent plus rigoureuses.

Ainsi , par exemple , il remarqua que le signe que Grotefend lisait V et. que Saint-Martin lisait II se trouvait dans seize mots, dans les inscriptions qu’il avait sous les yeux. Dans ces seize mots, les valeurs qui étaient attribuées par Grotefend et Saint-Martin donnaient (les noms dont la physionomie iranienne n’offrait rien de séduisant. Si , au contraire, on accordait ïi ce caractère la valpnr de B , alors ccs mots prenaient un tout autre aspect; leur structure devenait très-satisfaisante et, de plus, l’un d’eux , qu’on lisait Vakhtris ou Rakhtris, recevait par celte nouvelle valeur une forme ( Bakhlrit) dans laquelle il était facile de reconnaître l’antique Baclra ou la Bactriane. Burnouf fut ainsi sur la voie de l’énumération des satrapies créées par Darius , et il ne tarda pas à se trouver devant une série de noms propres dont les caractères

(!) Mànoirc sur deux inscriptions , p. 23.

ÉainillK AIUKN.XK.

devaient se contrôler les uns par les autres , et qui lui permirent de compléter son alphabet.

Cette découverte est bien propre à Burnouf , et on comprend tout le parti que put en tirer l’auteur môme du Commentaire sur le Yaçna. Nous ne terminerons pas toutefois ce qui a trait à ses

travaux sans nous arrêter sur un nom, que le signe , qu’il

lut Z, comme Lassen, lui permit de compléter, et qui donna définitivement en ancien perse le nom d'Orimisd , qu’on put lire ainsi :

TtKÏÏEMtT H TT ’ÎÏÏ

Eu résumé, ce nom se compose de sept caractères représentant six valeurs différentes : la première lettre (A), qui est aussi la dernière, a été déterminée par Müntcr; trois autres (U, D, R) ont été déterminées par Grotefend ; une (M), par Ilask; enfin une (Z), |>ar Lassen et Burnouf.

Ce nom , qui a coûté tant de peine à lire , a suggéré une remarque importante : l’orthographe cunéiforme n’est pas en rapport avec celle des textes zends. En effet, les deux inscriptions analysées par Burnouf font usage de ce mot sans l’accompagner d’aucune désinence ; de plus, elles omettent deux fois la voyelle A et une fois l’aspirée II. Il suit de là de deux choses l’une : ou que cette voyelle ainsi que l’aspiration n’existaient pas dans ce mot, ou bien quelles ont été supprimées. « Or, comme ces lettres sont étymologiquement nécessaires dans le mot Ahura-.Vazda, je crois, dit Burnouf (1), pouvoir avancer que, si elles manquent dans le

(1) Mémoire sur Jeux inscriptions cunéiformes, p. 41 et stiiv.

ÊcmU'Kt: ARIENNE.

Aurmsdd do nos inscriptions , c’est par suite d une suppression et non en vertu de l’application d’une règle étymologique. Nous admettons donc que le Aurmzdâ de l’inscription de Darius a dû être primitivement Ahura-Mazda, et que si ce titre a perdu trois de ses lettres, c'est sous l'influence d’une cause étrangère à la langue à laquelle il appartient par son origine. Cette cause me parait ne pouvoir être autre que l'écriture. C’est parce que le système d’écriture qui a été appliqué à la gravure de ces inscriptions n’était pas, quant à la représentation des voyelles, aussi rigoureux que le système des écritures zend et sanscrite, qu’une voyelle, d’une prononciation très-brève , a pu disparaître de ce mot ; et , quant à la suppression de l'aspirée, lettre nécessaire dans Ahura, on comprend également qu’une écriture , qui considérait chaque voyelle comme essentiellement accompagnée d’une aspiration faible , pouvait se passer de l’exprimer dans la transcription de ce mot. Il y a donc un désaccord évident entre la langue de nos inscriptions et le caractère avec lequel elles sont écrites; et ce désaccord se remarque non-seulement dans les noms propres, mais encore dans un assez grand nombre de termes. »

Nous arrivons maintenant aux travaux du colonel sir Henry Kavvlinson. Voici, en résumé, comment il explique l’origine de ses études et ses propres progrès.

Ce fut, d’après lui (1), dans le cours de l’année 1833 qu’il entreprit des recherches sur les écritures cunéiformes, il savait seulement alors que le professeur Grotefend avait déchiffré les noms do quelques souverains achéménidcs. Mais dans sa position, à Kermanschali , sur la frontière ouest de la Perse , il ne pouvait

(1) The Persian , etc., Preltminary remarhs , p. 4.

ÉCRITURE ARIENNE

obtenir une copie de son alphabet , ni se procurer les inscriptions qu'on avait étudiées avant lui. Les premiers matériaux qu’il soumit il l’analyse furent les tables île Ilamadan , dont il prit luiméme la copie avec beaucoup de soin. Ce sont précisément ces tables dont Burnouf avait donné l’analyse et la traduction. Par des procédés analogues à ceux de Grutefend, sir 11. Kawlinson parvint à lire sur ces tables les noms de Darius, A ’erxès, Ihjslaspe , et il fit bientôt des progrès rapides. Une circonstance particulière lui donna , du reste , tout d’un coup un vaste champ d’étude : il se trouvait à peu de distance de Bisitoun , il en profita pour copier la belle page d’histoire que les Achéménides ont laissée sur ces rochers. La comparaison des deux premiers paragraphes de cette longue inscription, avec les tables de f El vend, lui permit d’ajouter aux noms déjà connus ceux d 'Arsamès, d’.lnamnéj , de Tispès, A’Achéméiiès , et de déterminer ainsi la valeur de dix-huit caractères avant qu’il eût eu connaissance des travaux qui s'accomplissaient en Europe. Ce fut en 1836 , pendant sa résidence à Téhéran , qu’il eut connaissance des travaux de Grotefend et de Saint-Martin; il était déjà en avance sur ces découvertes, par l’étendue des matériaux qu’il avait eus à sa disposition. Dans le courant de 1 837 , il copia les autres paragraphes de la grande inscription de Bisitoun , et pendant l'hiver de cette même année , croyant que la lecture de ces textes n’avait fait aucun progrès depuis Saint-Martin , il envoya à la Société asiatique de Londres la traduction des deux premiers paragraphes de cette inscription , qui rappelaient les titres et la généalogie de Darius , fils d'Uystaspc.

Bien que sur les lieux mêmes où les textes étaient écrits , ses moyens d’investigation étaient très-restreints. 11 avait, sans doute, à sa disposition , comme moyens d'étude des textes , des inscrip-

ÉCRITL'IIE ARIENNE.

lions plus complètes; mais il n’en était pas ainsi des moyens d'analyse grammaticale : il ne possédait que les recherches d'Anquctil sur la langue de l’Amta, quelques manuscrits zends qu’il s’était procurés en Perse* , et pour interprète un mobod ignorant , d’Yezd , qui pouvait à peine lire l’ancienne langue de son pays.

Lorsque le Mémoire de sir H. Rawlinson arriva en Europe, le savant anglais avait été devancé; il reçut, en échange, les Mémoires de Lassen et de Burnouf qui lui arrivèrent à Téhéran, avec le Commentaire du Yaçna, dans le courant de l'année 1838. Comment douter de l'indépendance des travaux de sir II. Rawlinson, lorsqu’il reconnaît que son premier Mémoire contenait un grand nombre d’erreurs , et que c’est h partir de cette époque qu'il fit les progrès les plus sûrs , et qu'il en attribue la cause aux connaissances qu’il a puisées dans le Commentaire sur le Yaçna? — Quoi qu'il en soit, en 1 839 , la longue inscription de Bisitoun était transcrite et traduite. Ce ne fut, toutefois, qu’en 1843 qu’il adressa ses travaux en Europe. Des difficultés matérielles survinrent pour arrêter la publication de cette grande page d’histoire. Le texte ne parut dans le Journal de la Société asiatique de Londres que dans le courant de l’année 184(i, et la publication de l’Analyse et des Commentaires du colonel anglais ne fut terminée qu’en 1849.

L’importance de cette belle inscription nous oblige h la faire connaître d’une manière plus détaillée. Les renseignements historiques quelle nous fournit sont du plus haut intérêt, et les moyens d’investigation quelle a apportés pour arriver à l'interprétation des autres inscriptions en caractères cunéiformes en ont fait le point de départ et la base des recherches et des progrès qui ont été accomplis jusqu'ici.

ÊcnninK ame.nne.

Ainsi que nous l'avons dit , cette inscription est gravée autour d’un bas-relief sculpté sur un rocher escarpé qui se dresse à une lieue au nord de Kirmanschah.

Ce bas-relief représente Darius, la taille liante, la télé ceinte de la couronne royale , la main gauche appuyée sur un arc , la droite étendue vers neuf personnages enchaînés par le cou et les mains liées derrière le dos. 11 foule à scs pieds le corps d'un ennemi vaincu qui semble implorer sa grilce. On voit derrière lui deux officiers de son palais, armés de l’arc et de la lance; enlin, audessus de cette scène plane, comme sur tous les monuments de eette époque, la grande figure d'Ormusd.

OAMKBlIKr D# Bl*l70(iK.

Celte scène, qui a été plusieurs fois interprétée avant que la lecture des inscriptions en eût donné la véritable signification , est aujourd'hui parfaitement comprise. Il est facile de reconnaître, à la diversité des types et des costumes, les différents vaincus auxquels Darius a fait sentir sa puissance. Au surplus , leurs noms

ÉCRITURE ARIENNE

sont écrits sur leurs tètes ou sous leurs pieds dans les trois langues qui servaient aux rois arhéménides .1 faire connaître leur pensée & leurs nombreux sujets.

Au-dessous de cette ligure renversée que le roi foule à ses pieds , nous lisons ces mots : « Celui-ci, c’est Gaumatès-lc-Mage ; il mentit ; il parla ainsi : Je suis Smerdis, le fils de Cyrus; je suis roi. » Ce nom est écrit, avec cette note flétrissante , en perse, en médo-scythique et en assyrien, tandis que la grande inscription raconte, dans les trois langues des Achéménides , les détails de la trahison du Mage et son châtiment terrible.

Après Gaumatès , la première figure que l’on voit sur le basrelief , en présence du roi vainqueur, — c’est, nous dit l’inscription : « C'est Athrina; il mentit en disant : Je suis roi en Susiane. » — Le suivant : « C’est Naditabcl ; il mentit en disant : Je suis Nabuchodonosor , le fils de Nabonide; je suis roi à Itabylone. » — Le troisième porte son inscription sur sa robe : elle devrait être , comme les autres , sur le champ du bas-relief ; mais la place est occupée par la figure d'Ormusd : « C’est Phraortès; il mentit en disant : Je suis Xatritès , de la race de Cyaxare ; je suis roi en Médie. » — Le quatrième, dont la robe plus longue traîne à terre : « C’est Martiya ; il mentit ; il dit : Je suis roi en Susiane. » — Le cinquième : « C’est Sitratachmès ; il mentit ; il dit : Je suis roi en Sagartie, de la race de Cyaxarès. » — Le sixième, Vayadatc, cherchait, comme le Mage, à fomenter une insurrection dans la Perse môme, pendant une absence de Darius; il voulait, lui aussi, se faire passer pour le fils de Cyrus, dont la fin mystérieuse prêtait aux ruses des imposteurs : « 11 mentit en parlant ainsi : Je suis Smerdis, le fils de Cyrus; je suis roi. » — Le septième, c’est Aracha, qui voulait susciter une nouvelle révolte dans la Babvlonie : « Il mentit; il dit : Je suis Nabuchodonosor, le fils de

ÊI.1IITI HK ARIENNE.

Nabonidc; je suis roi à Dalnloue. » — Le huitième : « C'est Frada; il mentit; il parla ainsi : Je suis roi en Margiane. » — Enfin , le neuvième , au bonnet pointu , à la taille plus haute que les autres, se reconnaît facilement pour un de ces grands Scythes, tireurs d’arc, qui, pendant vingt-huit ans, avaient fait trembler la Haute-Asie quelques siècles auparavant; aujourd'hui il est là, devant Darius, comme les autres rois menteurs et rebelles, les mains liées derrière le dos et la corde au cou , avec cette seule suscription : « Celui-ci, c’est Sarukha le Scythe. «

Les inscriptions qui entourent le bas-relief forment un ensemble de plus de six cents lignes d'écriture; elles sont plus ou moins endommagées par le temps , toutefois elles se complètent les unes parles autres. Le texte perse est celui qui a le moins sou(Tert; l’eau, en glissant sur les rochers , a rongé çà et là des parties importantes , particulièrement dans le texte assyrien ; mais il est visible qu’aucune main vengeresse n'est venue insulter l’image immobile du roi, ni effacer les lignes flétrissantes qui désignent les vaincus au mépris de la postérité. Il parait môme qu’on aperçoit encore sur la pierre , dans quelques endroits , la trace d’un vernis qui recouvrait ces antiques caractères.

L'inscription s’ouvre par une invocation à ürmusd , qui se trouve reproduite sur le champ du bas-relief; puis la première colonne commence ainsi : « Je suis Darius, grand roi, roi des rois, roi de Perse, roi du monde, fils d'Hystaspe, petit-fils d’Arsauiès, Achéménide. » Ensuite Darius donne sa généalogie et l’énumération des provinces qui constituent son empire, puis il raconte comment il est parvenu à conquérir le trône de ses ancêtres , qui avait été arraché à sa famille par l’usurpation d'un mage imposteur.

Os données sont conformes à celles qui nous sont transmises

ÉCRITURE ARIENNE

par les historiens grecs. Nous savons , en effet , que l’empire des Perses, depuis la mort de Cambyse, était aux mains d’un mage qui se faisait passer pour Smerdis. Une conspiration, dans laquelle figuraient les principaux Perses, était tramée contre lui. Les conjurés étaient réunis et délibéraient lorsque Darius , arrivant des provinces où son père commandait , leur fut présenté. On hésitait sur le moment favorable de l’exécution, mais le bouillant Darius enleva toute incertitude, et, sur ses conseils, on marcha droit vers le palais du Mage, où les conjurés donnèrent le signal d’un affreux carnage. Si le texte de Bisitoun ne nous raconte pas les massacres qui suivirent cet acte , il est aisé de comprendre avec quelle rapidité et avec quelle fureur l’exemple fut suivi. Le texte ne nous dit pas non plus ce qui décida, parmi les conjurés, du rang suprême auquel Darius fut porté après l’événement ; mais le rôle que les Grecs font jouer à son cheval, dans cette circonstance, nous parait une fable inutile pour expliquer une faveur à laquelle sa naissance le destinait et un rang qu'il sut conquérir lui-même. Le texte nous apprend , en effet , que c’est lui qui a porté le coup décisif et qui a tué le mage Gaumatès.

Le sort qui fut réservé aux autres rois vaincus dont nous connaissons les noms n’a pas été moins terrible. Voici comment Darius raconte la fin de la première révolte en Susiane : Le roi Darius dit : « Alors j’envoyai une armée en Susiane ; lui, Athrina, fut amené enchaîné devant moi. Je le tuai. » Le style est concis. Gomment cet Athrina fut-il tué? C’est ce qu’une connaissance plus approfondie des mœurs de cette époque pourrait nous faire connaître ; mais le texte était sans doute assez explicite pour les sujets de Darius.

La révolte de la Babylonie devait être plus sérieuse que cette première insurrection, car le texte nous apprend qu’il y eut une

ÉCRITURE ARIENNE. 103

sanglante bataille aux portes de la ville, dans laquelle on tua beaucoup de monde ; une partie des troupes rebelles fut lancée dans le fleuve , et , lorsque Babylone fut prise avec le chef de la révolte , Darius nous fait ainsi connaître sa fin : « Je tuai ce Naditabel à Babylone. »

La révolte de Phraortès fut également sérieuse ; malgré les victoires de scs généraux , Darius , occupé dans d’autres provinces , ne pouvait apaiser les insurrections de la Médie; une longue rivalité explique, du reste, la résistance et l'acharnement des deux partis. Pour mettre fin à toutes les séditions, il fallait un châtiment sévère. Darius nous apprend alors quel fut le sort du chef de la révolte : « Pliraortès, dit-il, fut amené devant moi; je lui coupai le nez, les oreilles, la langue... il fut tenu enchatné à ma cour ; tout le monde le voyait ; ensuite je le lis crucifier à Ecbatane, lui et les hommes qui avaient été ses complices. »

Nous savons par le livre d'Esther, qui fournit de si précieux renseignements sur l’histoire de la Perse au temps de Xerxès , en quoi consistait le supplice qui fut réservé au Mède insurgé dans la capitale de la Médie. La croix de l'orgueilleux Aman avait 30 coudées de haut. C’est probablement h un pilori semblable que Phraortès fut attaché lorsque les Perses se furent rassasiés du spectacle de ses atroces mutilations. 11 était encore vivant quand il fut mis en croix, car le texte perse a soin de nous faire connaître qu'autour de lui furent également attachés, sur des poteaux semblables, les cadavres de ses complices qui avaient péri dans la mêlée. Ces cruels supplices n’étaient pas rares. Hérodote nous a raconté la ruse héroïque de Zopire , qui se mutila volontairement pour ouvrir à son roi les portes de Baljylone. Le texte de Bisitoun nous apprend , du reste , que d’autres rois insurgés subirent le même supplice : Sitratachmès fut crucifié à Arbclles , et Vayadato

ÊCRITI'HK AHIKNNF.

dans une ville (Vadaida) qui ne nuus est connue que par ce fait.

L’inscription peut se diviser en un certain nombre de paragraphes, qui commencent par une formule qui revient soixante-douze fois dans le courant du récit : Thütiy Dârayavus khsdyathiya paçAca , c’esl-à-dire : Le roi Darius dit. Elle se termine par un résumé des différentes victoires que Darius remporta dans les provinces de son empire , et les dernières lignes renferment en quelque sorte un appel au jugement de son peuple et nu jugement de rhistoire, qu’il prend à témoin de la sincérité de ses paroles. Il veut surtout que son récit parvienne il la postérité la plus reculée tel qu’il l’a fait, parce qu’il a dit vrai. Aussi il explique les nécessités politiques qui ont dicté ses rigueurs :

« Le roi Darius dit : Ces pays étaient insurgés contre mon pouvoir; le mensonge me les avait ravis. Ceux-ci (ceux dont on voit les images) trompèrent le peuple. Mon armée les prit et les mit dans mes mains, d’après mes ordres ; elle les dépouilla.

« Le roi Darius dit : O toi qui seras roi plus tard , garde-toi de te rendre coupable de l’imposture. L’homme qui sera méchant, juge-le comme il doit être jugé, et si tu règnes ainsi, mon pays pourra être puissant....

« Le roi Darius dit : Ce que je faisais , je le faisais toujours par la grftce d’Ormusd. Toi qui consulteras cette table sur mes exploits, ne crois pas que tu as été trompé , ne t’en méfie pas.

« Le roi Darius dit : Ormusd , sois mon témoin que je n'ai jamais fait ce récit d'une manière mensongère. »

Enûn , Darius donne la liste des conjurés qui l’accompagnaient lors de l’insurrection contre le Mage : « Le roi Darius dit : Ceuxci étaient les hommes qui étaient auprès de moi lorsque je tuai Gaumatès-le-Magc,qui s’appelait Smerdis. C’étaient ces hommes qui étaient mes complices : un Perse, nommé Intaphernès , fils de

ÉCRITURE AHIKNNK. 105

Uyspakès (?); un Perse, nommé llydarnès, lils de Dysgarès (?); un Perse, nommé Gobrias, (ils de Mardonius; un Perse, nommé Otanès , flls de Franaspejun Perse, nommé Mégabyse, lils de Zopire, et un Perse, nommé Aspathixès, lils d’Amorgès.

Cette belle inscriplicm comprend tous les grands événements du règne de Darius ; il en ressort un fait important pour l’histoire du développement religieux de l’humanité. Depuis que les livres zends ont jiénétré en Europe , on avait pensé que Darius , sous le nom de Gustasp , était le prince qui avait prété son concours à l’établissement du culte d’Ormusd; or, il n’en est rien : il est certain aujourd'hui que le mazdéisme était dans toute sa splendeur sous le règne des Achéménides. Le nom de Zoroastre ne se trouve pas une seule fois dans les inscriptions trilingues , et si Darius eût participé aux faits qui ont accompagné la mission du grand prophète de l’Iran, il nous en eût certainement conservé le souvenir.

Nous n’en treronspasdansle détail des événements que cette longue inscription nous fait connaître: elle a été l’objet des traductions les plus consciencieuses et des commentaires les plus éclairés. Elle nous confirme du reste , par son ensemble , les données qui nous sont fournies par Hérodote. 11 nous suffit de faire comprendre que la lecture de ces textes est désormais achevée , et que partout où le contrôle en est possible nous les trouvons d'une irrécusable sincérité. Il en sera de même des inscriptions que nous examinerons par la suite : ce sont bien là les archives les plus authentiques de l'histoire. Les contemporains de Darius, par exemple, n’ont-ils pas sanctionné ses récits par leur respect et leur silence , malgré les récriminations possibles des partisans de neuf rois vaincus?

Lorsque la dynastie des Achéménides s’éteignit à son tour, lorsque l'empire des Perses s'écroula sous les armes d’Alexandre,

10Ô ËCRITI'IIE .VRIE.VXK.

ou lisait encore ces inscriptions, que les soldats grecs ne manquèrent pas de se faire traduire eu passant au pied de la montagne de liisitoun , sur cette route (pie les Perses vainqueurs avaient si bien connue deux siècles auparavant. Mais ces pages ne témoignaient plus alors que d une grandeur impuissante, et le soldai grec passait indifférent devant ces inscriptions déjà deux fois séculaires , sans insulter aux vainqueurs ou aux vaincus d’un autre Age.

Puis, lorsque les langues n'ont plus été comprises, le basrelief n'en a pas moins perpétué long-temps encore le souvenir d'un grand règne, le souvenir d'un grand roi qui n’effrayait plus les Assyriens ni les Mèdes, mais pour lequel les- Partîtes avaient encore quelque respect. Ces traditions notaient sans doute pas complètement éteintes au moment du règne d’Ardeshir-Babekan ; car ce fut au nom des anciens rois de l'Iran que la Perse entra dans une nouvelle itériode de grandeur.

Enfin , au moment de l'invasion musulmane , un principe nomveau s’implanta sur ce sol épuisé par tant de générations glorieuses , et la Perse transformée marcha de nouveau , sous l'égide de Mahomet, vers des destinées nouvelles. De l'arbre primitif , il ne resta que le tronc dénudé. Pour que la sève se jvortût tout entière dans la tige qui allait grandir, on élagua les vieux rameaux : mœurs, croyances, souvenirs, tout fut changé, et bientôt tout fut oublié. Quand la Perse a voulu reprendre sa vie, après avoir secoué le joug des khalifes, il n’est pas étonnant qu’elle n’ait pu retrouver son passé : les chroniqueurs orientaux ne recueillirent que de vagues renseignements qu’il fut impossible de mettre d'accord avec les récits gravés sur les rochers de l’antique Iran, ou dans la mémoire de ceux qui avaient conservé dans l’Occident les traditions primitives. Aussi, maintenant, si la Perse veut connaître ses glorieuses origines, c’est vers l'Europe qu’elle doit

ÉCBITtRE AlUENNE.

tourner scs regards. Ses montagnes et ses ruines conserveront long-temps encore les récits des Achéménides ; mais c'est chez nous qu'elle trouvera l'explication des pages qui consacrent la gloire dont elle brilla jadis.

Maintenant que nous avons exposé les travaux des savants qui ont achevé la connaissance de l’alphabet perse , nous savons que les quarante-deux signes déterminés par INiebnhr ont reçu une valeur qui nous permet de lire les différents textes dont on avait cherché si long-temps la signilication. Aussi, nous donnerons facilement la transcription et la traduction de la courte inscription que nous avons citée plus haut, et qui précisément avait servi «le [«oint de départ aux travaux de Grotefend. Tous les noms propres qu’elle renferme , ainsi que les titres royaux , nous sont «léjà connus ; il ne nous reste plus que deux mots Ji examiner , <;l les valeurs acquises nous permettent de les prononcer et de les traduire.

Voici le premier mot , que nous lisons :

HEH£TTs=

va za n sa ;

il trouve son représentant dans le persan moderne buzury , qui veut dire yrand. Le second, que nous lisons :

1T<ïm

p c ma ,

n’est autre que le sanscrit fuira , qui veut dire fils , et dont on retrouve les dérivés dans le grec éolien *<>•/>, le latin puer, et enfin dans le persan moderne puser.

ÉCIII'Il'AE ARIENNE.

Tous les mots de notre inscription nous sont donc maintenant connus , nous pouvons la lire et la traduire ainsi :

KH sa V A H S A * Kll SA Va TH I \<J t Va 7.0 H-

Xenes , rex magnusj,

1£\<M W<^<nff<^<ftWinT<H<l TTK- fit

K a * K H 8 A va TH I Yfl * Kll S A Yfl TH I Yfl A-

?e\ rcgurn ,

r< ^lTT\TTTïï^Tf «ïï«mT<r T<T

k a m » i> a lia v a v a h c s , k h s a va th- Darii regis

TWWKfflMKff W\<K<<ïït^<WftffK-A

i va h y a * p r tua , lia kh a Ma n i si va * filius Achemenis.

J|. de Rosny la transcrit ainsi , en persan moderne (1) :

(j< 6/oC>

Ardechir padichah-i buiurg Chahenchah puser-i D&rA padichah-i Akkamâni.

C’est-à-dire , en français :

« Xerxès , le grand roi , le roi des rois , fils de Darius roi , Achémiinide. »

(1 ) ««-Iieir/IM jur l'écrilurr éet diprenU ptupltl . par M. L. de Rosny, p. «3.

f.l HIII KK ARIK.VNK.

Nous ))ouvons citer encore ici la courte inscription des piliers de Mourgab , elle est d’autant plus curieuse quelle nous fuit connaître le nom et l’image de Cyrus.

cr nus.

On lit, en effet, pour nous en tenir aux deux lignes de caractères de l'inscription supérieure :

A l)A M t K U R O SH * K1I SH A YA

no

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